L'amiral Du Casse, Chevalier de la Toison d'Or (1646-1715) Étude sur la France maritime et coloniale (règne de Louis XIV)

Part 15

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C'est ce qui ne tarda pas à arriver. Le roi d'Espagne apprit, à la fin du mois d'octobre 1705, la prise de Barcelone par l'archiduc Charles. Il fut fort affecté de voir Gibraltar au sud, Barcelone au nord, aux mains de ses deux plus redoutables ennemis, les Anglais et les Impériaux. Il résolut de reprendre une de ces deux places.

Le récent insuccès de ses armées à Gibraltar, point isolé d'ailleurs en quelque sorte dans ses Etats, lui fit craindre de ne pouvoir réussir de ce côté; il se décida à faire une tentative sur Barcelone, ville qui pouvait devenir un centre d'action pour l'archiduc, vu sa situation dans une province toujours prête à la révolte.

Philippe V toutefois voyait bien qu'il ne pouvait, avec ses seules forces, enlever Barcelone à ses ennemis. Il résolut donc d'implorer, pour réussir, la protection de son aïeul; il lui envoya en mission spéciale un grand d'Espagne, le comte d'Aguilar; mais il réservait le principal rôle dans cette négociation à l'amiral du Casse, dont il avait depuis longtemps apprécié les qualités et qu'il savait très-influent à la cour de Versailles.

Voici comment l'amiral raconte, dans une lettre à Pontchartrain, en date du 6 novembre 1705, la mission dont il fut chargé à ce moment par le roi d'Espagne:

«Monseigneur, j'eus l'honneur de vous écrire, le 2 de ce mois, par un courrier qui allait à Bordeaux et, comme il fut retenu un demi-jour, j'étais le soir au palais, attendant le coucher du roi. Mme la princesse des Ursins m'étant venue appeler, me dit que le roi et la reine désiraient que j'entrasse dans leur appartement. Leurs Majestés me dirent que les preuves que je leur avais données de mon zèle les avaient déterminés à me choisir pour m'envoyer au Roi. Je répondis à cela comme je le devais, et je priai M. Daubenton de vous l'écrire, ayant été occupé à des choses qui convenaient au service de Sa Majesté.

«En apparence, partie de ces choses dont Leurs Majestés me veulent charger ne sont pas éclaircies, en ce que M. le comte d'Ayrones, qui était dans Barcelone, n'est point arrivé et que l'on ne sait que confusément ce qui s'est passé à la prise de cette ville, ni ce qui a dérangé la capitulation qui avait été faite entre M. de Velasco et le milord Péterbourg. L'on ne sait pas non plus si toute l'armée navale ou partie d'icelle est en route pour retourner en Angleterre. Il n'y a nulle nouvelle de Malgue et de Gibralter, d'où absolument on la verra en sortant. Les vents sont contraires depuis le vingt-huitième jour qu'elle est en vue de Carthagène. Il est cruel qu'il faille souhaiter qu'elle ait un vent favorable, en ce que restant elle touchera à Alicante ou à Malgue, où vraisemblablement on lui ouvrirait les portes.

«Je vis hier au soir M. Amelot, qui me dit que le roi d'Espagne enverrait M. le comte d'Aguilar pour informer le roi des dispositions présentes. J'ai su qu'il a pris congé ce matin, mais que ce départ-là n'empêcherait pas le mien. Ainsi, Monseigneur, je ne sais quand on m'expédiera.

«J'ai envoyé ordre à M. du Tertre de s'en retourner à Toulon, dès qu'il sera informé de la sortie de l'armée navale du détroit, et qu'il profitât d'un gros vent d'aval pour ne se point commettre, en cas qu'il fût resté des vaisseaux dans Gibraltar.

«Le Conseil des Indes a fait un recueil de ces vaisseaux français qui ont été à la mer du Sud et de ceux qui se préparent pour y aller, et il a fait des représentations à Sa Majesté catholique dans le même esprit que nombre d'autres, que les Français les ruinent. Rien n'est plus fâcheux dans la situation présente.

«J'ai pris la liberté de dire hier au soir à M. Amelot qu'il fallait que Sa Majesté donnât une déclaration qui traitât favorablement le Conseil, le remerciant de son zèle et de son application, qu'il l'exhortât de continuer son bon zèle, et que Sa Majesté aurait toute la déférence à se conformer à leurs représentations. Mon dit sieur Amelot a paru bien aise de me trouver dans ces dispositions, me disant qu'il pensait la même chose que moi, et, à l'égard de la flotte et des galions, de leur en laisser une entière et pleine disposition.

«Imaginez-vous, Monseigneur, dans l'embarras où l'on est ici, quelle sûreté il y a que ces vaisseaux sortent. Il s'en est brûlé un au Pontal, appartenant à des particuliers de Séville, qu'on dit qui avait chargé pour quatre cent mille écus de marchandises, le tout à des Espagnols, ce qui augmentera la misère de cette nation. Comme je compte avoir bientôt l'honneur de vous voir, il serait inutile de m'étendre sur aucun sujet.»

Peu de temps après, du Casse partit pour Versailles, où il arriva au commencement de 1706. Il vit les ministres et le Roi, expliqua à chacun combien il était important de reprendre Barcelone, et essentiel d'agir rapidement, avant que les armées navales ennemies, retenues loin du théâtre de la guerre par la mauvaise saison, aient pu rentrer dans la Méditerranée.

Les raisons mises en avant par du Casse furent si fort goûtées, qu'un mois après son arrivée à Versailles il vit partir pour Toulon le grand amiral comte de Toulouse et le maréchal de Cœuvres, qui allaient prendre le commandement d'une armée navale française destinée à appuyer devant Barcelone les opérations de l'armée de terre, conduite par Philippe V en personne, ayant sous ses ordres le maréchal de Tessé.

Le 3 mars, les deux princes et les deux maréchaux de France arrivèrent devant Barcelone. Au lieu d'attaquer sur-le-champ le corps de place, ils commirent la faute de perdre leur temps au siége d'un fort détaché, le _Mont-Jouy_, qui les occupa près de deux mois et ne se rendit qu'à la fin du mois d'avril. Ce retard avait permis à une formidable armée navale ennemie d'approcher. Le 8 mai, le comte de Toulouse dut abandonner le siége sans combat, n'étant pas de force à soutenir la lutte.

Le 12 mai, le roi d'Espagne, avec l'armée qu'il commandait, leva également le siége et opéra sa retraite par le Roussillon. On lui conseillait de se rendre à Versailles. Il refusa énergiquement de prendre un parti indigne d'un fils de France. Il entra en Espagne par le pays de Foix, gagna Pampelune et de là Madrid. Obligé d'en sortir ainsi que la reine, à l'approche des Portugais, il joignit l'armée du duc de Berwick.

Ce fut le 18 juin que la cour d'Espagne dut abandonner la capitale de ce pays. Les ennemis étaient en ce moment maîtres de la plus grande partie du royaume. Les troupes de France n'arrivaient pas. On craignit de voir les villes du littoral, encore en la possession du petit-fils de Louis XIV, tomber entre les mains de l'archiduc Charles. Les quelques vaisseaux de guerre qui restaient à l'Espagne étaient dans la rade de Cadix, ainsi que tous les galions et la majeure partie des navires de commerce espagnols et beaucoup de français. Les faire sortir était les donner à l'ennemi; les laisser à Cadix était risquer de les voir tomber en sa possession, s'il s'emparait de la ville. Dans cette occurrence, du Casse fut jugé seul capable de sauver ce qui restait de la marine militaire ou marchande espagnole.

Il se trouvait à Versailles, souffrant d'une manière cruelle de la blessure grave qu'il avait reçue à la bataille de Malaga. Il eut l'ordre de se rendre immédiatement en Espagne pour s'assurer par lui-même de l'état des choses. Il vit le Roi, qui lui prescrivit d'aller de suite à Cadix, le laissant libre du reste d'agir comme il l'entendrait. On s'en rapportait entièrement à son habileté.

Du Casse fit diligence. Le 6 juillet il était à Bayonne, et le 10 il écrivit à Pontchartrain de cette ville:

«Monseigneur, j'arrivai ici le 6 au soir. J'en serais parti, si j'avais trouvé des voitures. La poste d'Espagne ne traîne point de chaises, et il ne m'est pas possible de changer cette voiture, ma jambe pouvant avec peine même la supporter; elle est, à peu de chose près, au même état que lorsque je partis de Versailles. Je prends demain la route de Saint-Jean-Pied-de-Port, à la suite de l'artillerie, où il a passé d'autres chaises. Je me rendrai à Pampelune pour y joindre quelque régiment de cavalerie pour me rendre auprès du roi d'Espagne. J'étais déterminé de m'en aller par Burgos, pour y faire la révérence à la reine; mais M. Ory, avec lequel j'ai eu des conférences, m'en a détourné pour m'engager de me rendre auprès de Sa Majesté et pour continuer la route pour Cadix, que je trouve impossible, aucun voiturier ne voulant l'entreprendre.»

«Je ne prévois pas que je puisse rendre aucun service en Espagne, et j'ose croire que dans la situation présente je pourrais vous être de quelque utilité, et quoique vous ayez eu la bonté de m'écrire à Toulon que je pouvais rester, si je ne croyais pas pouvoir être utile en Espagne, je vous avouerai avec liberté que je ne le prévois que trop clairement, mais que la vergogne me surmonte. L'on pourrait croire que j'ai saigné du nez... J'attends vos ordres.»

Des secours étant arrivés au roi d'Espagne, il prit l'offensive; secondé par l'habile et intrépide Berwick, en très-peu de temps il reprit aux alliés tout ce dont ils s'étaient emparés, excepté Barcelone. Du Casse l'avait joint, et l'aidait de ses conseils. Il était auprès de ce prince à sa rentrée triomphale au mois de septembre dans Madrid, aux acclamations enthousiastes du peuple.

Du Casse trouva à Madrid des lettres de la cour de Versailles l'informant qu'il allait recevoir le commandement d'une escadre de vaisseaux français appareillant de Brest, pour conduire en Amérique la flotte de Cadix et en ramener les galions chargés des impôts perçus, au nom du roi catholique, dans le nouveau monde.

Du Casse redoutait cette mission et aurait volontiers décliné l'honneur qui lui était fait. Sa santé était si mauvaise qu'il écrivit le 28 septembre 1706 à Pontchartrain:

«Je vous prie de me permettre de passer l'hiver en mon pays, pour me trouver en état de profiter de la première saison de Bagnères. J'en ai besoin, sans dissimulation, autant pour mon pied et ma jambe que pour la sciatique qui me veut dépêcher.»

En réponse à cette demande, du Casse obtint un congé d'un mois pour aller respirer, au pays natal, l'air pur des Pyrénées. A la fin d'octobre 1706, il quitta Madrid pour venir chez son neveu, à Bayonne, où il arriva le 4 novembre. Il y était à peine qu'il reçut de Pontchartrain l'avis qu'on lui expédiait ses lettres de service pour le commandement qui lui était destiné. Il écrivit au ministre:

«J'arrivai avant-hier en cette ville (Bayonne), à dix heures du soir par un temps affreux. J'ai trouvé la lettre que vous me faisiez l'honneur de m'écrire à Madrid du 10 d'octobre, qui m'a été renvoyée par M. Daubanton. Je n'avais garde, Monseigneur, de dormir. Lorsque j'ai eu l'honneur de vous écrire que je fusse destiné pour commander l'escadre de Brest, j'ai pris la liberté de vous dire que j'aurais bien souhaité d'en être dispensé; mais, Monseigneur, il me paraît que vous n'entrez pas dans mes raisons et que vous désirez que ce soit moi qui en sois chargé. Je prendrai la liberté de vous dire que je ferai ce qu'il vous plaira. Il n'y a rien de pressé. Je puis savoir de vous vos intentions. Je me rendrai à la cour incessamment. Il serait inutile que j'allasse à Brest, les ordres pour l'escadre n'étant pas encore envoyés de Madrid, le courrier n'ayant apporté que ceux pour les navires de la mer du Sud, et pour le sieur de la Rigaudière, et pour un aviso pour la Nouvelle-Espagne, qui ont été laissés à Saint-Sébastien, d'où il partira au premier beau temps et auquel j'envoyerai les ordres pour la route qu'il doit tenir, lui étant ordonné de les recevoir de moi. M. de la Rigaudière partira au premier vent favorable. Les dépêches sont arrivées. Je joindrai aux instructions du Roi ce qui me paraîtra convenir par la navigation allant et venant.»

«Je vous envoie, Monseigneur, les paquets qui contiennent les ordres pour la mer du Sud; il n'y a que ce départ qui presse pour profiter de la saison pour entrer dans la mer du Sud. A l'égard des autres vaisseaux pour Carthagène, Porto-Bello et la Havane, pour attendre la flotte de la Nouvelle-Espagne, pourveu qu'ils partent à la fin de janvier, ce sera encore assez tôt, et j'oserais assurer qu'ils auront encore du temps inutile, les uns à attendre les galions et les autres la flotte, et à juger par les apparences, les uns ni les autres ne seront pas prêts. Le temps est très-différent du passé où les flottes allaient à coup sûr. Le pays étant dégarni de marchandises, il était naturel que les flottes fussent expédiées à un temps réglé, mais à présent tout est dérangé en ce pays-là par la quantité de vaisseaux qui ont fourni les royaumes de marchandises.

«Il n'y a personne qui puisse déterminer l'expédition de ces vaisseaux, et je vous avouerai que je serai plus surpris que personne, si les vaisseaux que vous destinez pour convoyer les deux flottes en ramènent aucune, ne pouvant me persuader qu'elles puissent être prêtes, et les vaisseaux du roi n'ayant des vivres que pour rester trois ou quatre mois pour les attendre. Que feront-ils, s'ils ne sont pas prêts? La prudence ni la capacité des chefs qui les doivent ramener n'y sauront contribuer, et à leur retour ils seront l'opprobre du public.

«L'obstacle des ennemis est moindre; mais il ne laissera pas d'être considérable. C'est la raison qui me fait craindre ma destination. Si j'avais été auprès de vous, Monseigneur, lorsqu'on a projeté cet envoi, j'aurais pris la liberté de vous faire mes observations, et peut-être aurais-je pu vous persuader à ne pas envoyer les escadres jusqu'à ce que j'aie eu la certitude de l'état où étaient les galions et la flotte, et à régler le départ avec quelque fondement, au lieu qu'à présent vous envoyez les escadres sans savoir si les vaisseaux espagnols pourront profiter de leur escorte. Je ne prise pas mes opinions et je peux personnellement me tromper. Je le serai très-fort, si elles ramènent aucun vaisseau. A l'égard de ceux de la mer du Sud, il faut profiter de la saison. C'est elle qui détermine l'envoi, et je trouve, Monseigneur, que vous faites très-bien. Cet envoi n'est pas du goût des Espagnols, mais vos raisons ne sont que les leurs. Il n'y a que deux vaisseaux dans les ordres. Cette réserve de deux à trois est faite par prudence.

«Le courrier m'a remis une lettre du roi catholique pour le Roi. J'aurais peur qu'elle ne tardât trop, si je la retenais. Je prends la liberté de vous l'envoyer. Sa Majesté catholique me paraît assez contente de moi. En prenant congé d'elle à Ségovie, elle me dit qu'elle en écrirait au roi, et peut-être que c'est une lettre en ma faveur.»

L'escadre dont il est question dans toutes les lettres précédentes devait être armée à la requête du roi d'Espagne. Au mois d'août, alors que du Casse était auprès de lui, ce prince avait fait demander à la cour de France deux escadres, une de sept vaisseaux de guerre destinée à aller chercher et à ramener la flotte de la Nouvelle-Espagne, qui était au Mexique chargée de richesses, et une autre de huit, qui devait mener à Carthagène des galions renfermant des marchandises d'Europe et en ramener d'autres, sur lesquels se trouvaient les trésors d'Amérique. Sur ces huit vaisseaux deux iraient au Pérou porter les ordres de Philippe V.

Le roi catholique offrait de couvrir toutes les dépenses qui seraient faites par le gouvernement français; les richesses rapportées d'Amérique garantissaient le remboursement.

D'après une lettre qu'il reçut à Bayonne de Pontchartrain, du Casse s'empressa d'écrire à Philippe V que le roi de France avait accédé à ses désirs, et que l'ordre avait été donné pour que les quinze vaisseaux, demandés par Sa Majesté espagnole, appareillassent à Brest dans le plus bref délai.

Aussitôt après avoir reçu la missive de du Casse et l'avoir communiquée à ses ministres, ainsi qu'au Conseil des Indes, le roi d'Espagne rendit un décret, daté du 26 novembre 1706, par lequel Sa Majesté catholique ordonnait: «qu'il serait pris sur les effets de la flotte la somme de 413,528 piastres pour le remboursement de la dépense des sept navires qui devraient composer l'escadre pour le Mexique, et 469,642 piastres pour celle des huit vaisseaux destinés pour l'escorte des galions et pour le Pérou.»

Immédiatement les deux escadres furent formées, mais, les préparatifs terminés, du Casse représentait au ministre qu'il ne pouvait se charger au cœur de l'hiver, par des vents contraires, de se rendre en Amérique. La nouvelle vint en même temps que les richesses du Pérou n'étaient pas encore à Panama, et que par conséquent il faudrait rester là longtemps pour les attendre.

Sur les observations faites par du Casse, la destination de ces quinze vaisseaux fut changée et le commandement en fut donné à du Quesne-Monnier. Cet officier, sorti de Brest au mois de mars, rencontra quinze bâtiments de commerce anglais dont il s'empara. Ils étaient justement chargés de poudre, de fusils, de selles, brides, harnachements de toutes sortes, en un mot des choses qui étaient nécessaires aux troupes britanniques faisant alors campagne dans la péninsule espagnole et dénuées de tout.

LIVRE VII

De 1707 à 1715.

LA MARTINIQUE. LES GALIONS. BARCELONE.

Du Casse part pour l'Amérique (12 octobre 1707).—Son arrivée à la Martinique et à Saint-Domingue.—A Carthagène (mars).—Il part pour la Havane avec les galions.—Là, il reçoit des instructions apportées par le marquis d'Ars.—Du Casse nommé lieutenant général des armées navales de France (27 décembre 1707).—L'escadre et du Casse quittent la Havane le 1er juillet 1708.—Rencontre et prise de six vaisseaux anglais richement chargés.—L'amiral entre au port du Passage près Bilbao avec sa capture et les galions (28 août 1708).—Instructions en date du 2 juin 1708 remises à du Casse, pour le paiement intégral des frais de l'expédition.—Lettre du comte de Toulouse à du Casse.—En juillet 1710, il reçoit l'ordre de se rendre de nouveau à Panama pour ramener d'autres galions menacés par les escadres anglo-hollandaises.—Histoire de cette nouvelle et importante mission entreprise pour sauver la monarchie espagnole.—Départ de Brest, en mars 1711, de du Casse et de son escadre; ses sages instructions à ses capitaines.—Il apaise en passant à Saint-Domingue une émeute populaire.—Rapport sur cette affaire.—Du Casse se rend à Carthagène le 2 juin et y trouve les galions.—Il fait mettre les trésors sur ses vaisseaux.—Sa ruse pour tromper l'escadre ennemie.—Il sort du port de Carthagène (3 août).—Il atterrit au port de Paix (26 août).—Lettre de Charitte, gouverneur de l'île.—L'amiral reçoit les provisions de commandeur de Saint-Louis.—Lettre de Berthomier (18 septembre) sur l'escadre de du Casse.—Violente tempête.—Relâche à la Martinique; on ne peut partir qu'au commencement de décembre.—Lettre de Charitte à Pontchartrain (25 novembre).—Entrée au port de la Corogne en avril 1712.—Le comte de Durtal envoyé par du Casse à Philippe V.—Grande joie à la Cour et dans toute l'Espagne à la nouvelle de l'arrivée des galions qui sauvent la monarchie.—Du Casse nommé chevalier de la Toison-d'Or (24 avril 1712).—L'amiral reçoit l'investiture de la main du roi à Madrid (23 mai).—Lettres relatives à la mission si heureusement et si habilement accomplie par du Casse.—Une page de Saint-Simon; le duc est jaloux de du Casse.—L'amiral du Casse de retour à Paris et nommé commandant en chef de l'armée navale devant Barcelone (1713).—Louis XIV désire que du Casse se rende à Toulon pour activer les préparatifs.—La santé de l'amiral le retient quelque temps à Paris.—Son voyage.—Il est forcé de s'arrêter à Moulins et à Bourbon-l'Archambault.—Lettres de Pontchartrain et de Louis XIV.—La santé de du Casse le contraint à quitter le siége et à se rendre à Bourbon avec son gendre.—Sa mort (25 juillet 1715).

Au mois de septembre 1707, la _Nymphe_, frégate de vingt canons, commandée par le chevalier de la Fayette, fut envoyée au Mexique annoncer l'arrivée prochaine de l'escadre de du Casse, afin que le vice-roi fît mettre la flotte en état d'appareiller.

En effet, un mois plus tard, le 12 octobre 1707, du Casse partit de Brest avec cinq vaisseaux et une frégate: le _Magnanime_, sur lequel il avait arboré son pavillon, le _Grand_ monté par M. de Serquigny, l'_Elisabeth_ par M. de Champmeslin, le _Glorieux_ par M. de Poudens, l'_Hercule_ par M. de Chavagnac, la _Thétis_ par M. de Villiers de l'Isle-Adam; il fut joint en mer, à peu de distance du port, par deux frégates, venues du Havre: la _Diane_ commandée par M. de Laiguillette, et l'_Atalante_ par le chevalier de Rancé.

Du Casse fit route jusqu'à la Martinique sans rencontrer d'ennemi. De cette île, il se rendit à Saint-Domingue. Obligé de faire séjour dans ces deux colonies, il envoya trois navires de faible tonnage au gouverneur et au général des galions, avec mission de les engager à tout préparer pour qu'il pût repartir avec les galions qu'il était venu chercher; ayant même su que la flotte se trouvait dépourvue de beaucoup de choses, il la fit ravitailler par la frégate marchande le _duc de Bourgogne_.

A Carthagène se trouvait un gouverneur qui aurait servi plus volontiers l'archiduc que Philippe de France et qui faisait subir mille vexations aux Français. Il avait fait mettre le séquestre sur plusieurs navires appartenant à des particuliers de notre nation et avait causé la ruine à peu près complète d'un sieur de Valeille. Lorsque du Casse arriva à Carthagène vers le milieu du mois de mars, Valeille lui exposa ses griefs. L'amiral le prit de fort haut avec les autorités espagnoles, qui, effrayées, se hâtèrent de réparer leurs actes iniques; justice fut faite.

Du Casse passa peu de temps sur le continent d'Amérique et s'en fut avec les galions à la Havane. Là il trouva une frégate française, le _Ludlow_, sur laquelle était le capitaine de vaisseau Louis de Brémond, marquis d'Ars. Cet officier apportait à du Casse des instructions. Au mois de février 1708, le marquis de Brémond d'Ars avait reçu celles qui suivent: