L'Amérique sous le nom de pays de Fou-Sang
Part 3
[28] Il y a dans l'original _To-Phou-thao_. De Guignes ayant décomposé le mot _Phou-thao_, traduit: «On y trouve une grande quantité de glayeuls et de pêches.» Cependant le mot _Phou_ seul ne signifie jamais _glayeul_, c'est le nom des joncs et autres espèces de roseaux de marais, dont on se sert pour faire des nattes. _Thao_ est en effet le nom de la pêche, mais le mot composé _Phou-tao_ signifie en chinois la vigne. A présent il s'écrit avec d'autres caractères, mais ceux employés ici sont l'ancienne orthographe du tems des _Han_, qui a prévalu jusqu'au 10e siècle de notre ère. La vigne n'est pas une plante originaire de la Chine, les grains en ont été importés par le célèbre général _Tchang-kian_, envoyé en 126 avant notre ère dans les pays occidentaux. Il parcourut l'Afghanistan de nos jours et la partie nord-ouest de l'Inde, et revint en Chine après 13 ans d'absence. Le terme _Phou-thao_ n'est pas originaire de la Chine, de même que l'objet qu'il désigne, il n'est vraisemblablement que la transcription imparfaite du mot grec [Greek: botrys]. Les Japonais le prononcent _Bou-dô_; ils donnent ordinairement à la vigne le nom de _Yebi-kadzoura_, composé de _yebi_, écrevisse de mer, et de _kadzoura_, nom général des plantes grimpantes qui s'attachent aux arbres voisins.
Dans le texte, M. Klaproth, malgré tout ce qu'il dit dans cette note, devait traduire, comme nous l'avons fait dans notre mémoire, les mots _Pou-tao_, qu'il prononce _Phou-thao_, par _raisins_, et non pas par le mot _vignes_, qui chez nous, entraîne l'idée de _culture_. Les bois de l'Amérique du nord et du nord-ouest abondent en raisins sauvages, comme le dit le Samanéen; mais on n'a pas trouvé en Amérique des vignes cultivées, et ce texte, en effet, n'en parle pas. (_De Par._)
[29] De Guignes traduit: «Pendant leurs prières ils exposent l'image du défunt.» Le texte parle du _chin_ ou génies, et non pas des âmes des défunts.
[30] C'était aussi l'antique usage en Chine et dans l'Indo-Chine. (_De Par._)
[31] Dans l'original _tchu-kia_, c'est-à-dire «quitter sa maison ou sa famille» ou «embrasser la vie monastique.»--De Guignes n'a traduit que le commencement de ce paragraphe.
[32] Extrait du no de juillet-août 1831 des _Nouvelles annales des voyages_, 2e série, tome XXI, p. 53.
[33] Un mot seul, quand il est bien choisi, vaut parfois une démonstration. Dans le dictionnaire de la langue du Mexique, par le P. _Molina_, dictionnaire conservé au _British museum_ à Londres, nous avons trouvé que le mot _Lama_, ou _Llama_, exprimait le nom des médecins chez les Mexicains; et personne n'ignore qu'au Thibet et en Tartarie les _Lamas_, ou prêtres bouddhistes, sont en même tems les _médecins_ de ces contrées si peu connues, par où l'on devait, des Indes, se rendre au _Fou-sang_. (_De Par._)
Planche 50.
Annal. de Phi. chrét. IIIe Série. Nº. 90. t. XV. p. 449.
Lith. Desportes à l'Ins. des S. M.
NOUVELLES PREUVES
QUE LE PAYS DU FOU-SANG
MENTIONNÉ DANS LES LIVRES CHINOIS
EST L'AMÉRIQUE.
_A monsieur le directeur propriétaire des Annales de philosophie chrétienne._
Monsieur,
En attendant qu'il se trouve en France un ministère qui sente la haute importance de la Perse, de l'Inde et de la Chine, et qui veuille organiser convenablement cette _Société asiatique_, dont j'ai été, avec MM. de Sacy et de Chézy, un des fondateurs; en attendant qu'on alloue des fonds convenables à cette Société, qu'on lui donne un local spécial et un bibliothécaire; qu'on la dote pour président d'un homme, qui, comme lord Aukland, directeur de la Société asiatique de Londres, puisse, par sa richesse et son influence, grouper et utiliser tous les orientalistes instruits, _mais divisés entre eux_, qui existent à Paris et en France, je me plais à donner à votre _Journal_, parce qu'il n'est soumis à aucune commission, à aucune coterie, qu'il a fait déjà beaucoup de bien, depuis 17 ans qu'il existe, et qu'il en fera encore, _mes Essais divers_, fort imparfaits, je le sens, mais dont la réunion formera un jour une masse de faits aussi nouveaux que positifs.
Avec votre esprit judicieux, vous avez senti la force de mes _Tableaux de l'origine des lettres_, dont jamais le _Journal asiatique_ de Paris n'a voulu dire un seul mot; qu'avait approuvés cependant le célèbre docteur Young, et dont s'est servi M. Princeps.
En 1844 vous avez donné ma _Dissertation sur l'Amérique_, ou _le Fou-sang_[34]. Vous publiez avec raison, les analyses d'ailleurs utiles et bien faites des travaux sur l'_Orient_ que donne tous les ans M. _Mohl_, dans le _Journal asiatique_, et je vous remercie d'avoir rappelé en note, sur celle de 1845, que moi aussi, j'avais traité la question délicate et importante de ce lieu célèbre du _Fou-sang_[35].
M. _Walcknaër_ m'a dit que M. _Rémusat_ avait traduit pour lui, les textes chinois sur le _Fou-sang_; j'ignore si M. _Walcknaër_, ce géographe érudit, a exprimé une opinion à cet égard; j'ignore aussi ce que pense à ce sujet le savant vicomte de _Santarem_, mais ce que je sais, ce que je vous prie de publier, c'est que M. _Newman_, cité par M. Mohl, n'a publié, en 1845, sa _Dissertation à Munich_, qu'après m'avoir vu, _à Londres_ en 1830-1831, à son retour de la Chine, et après avoir su par M. _Huttman_, alors secrétaire de la Société asiatique de Londres, que je m'occupais d'un travail étendu sur cette relation du _Fou-sang_, dont j'avais retrouvé en Angleterre le texte chinois, accaparé à Paris par M. Klaproth.
Il en est de même de M. d'_Eichthal_, cité par M. Mohl. A la _Société asiatique_, (septembre 1840) et à la _Société de géographie_ aussi, M. d'Eichthal a pu, en 1840, entendre une _note_ que j'ai lue sur ce pays, et voici les calques que j'y ai présentés des figures de _Bouddha_ et de _Siva_, reconnues par moi, le premier, au _Yucatan_, dans le bel ouvrage de M. de Waldeck, sur les ruines d'Uxmal[36]. Vous avez vous-même alors, vu ces divers calques et ces dessins, et M. Burnouf fils y a reconnu comme moi, et d'après moi, les figures de _Bouddha_ et de _Siva_.
Comment se fait-il que M. Mohl ait ignoré ces faits très publics à cette époque? comment se fait-il qu'il les ait attribués à M. d'_Eichthal_, sans me nommer? J'ignore tout-à-fait pourquoi[37].
Je ne connais encore ni le _Mémoire de M. d'Eichthal_, ni la _Dissertation de M. Newman_, qui date seulement de 1845, la mienne étant de 1843 et 1844 dans votre journal, et je suis le premier à vous prier, monsieur, de les faire traduire ou analyser; car le sujet est fort important, je le répète.
Déjà Bernardin de Saint-Pierre, dans ses _Harmonies de la nature_, avait indiqué ces migrations _vers l'est_, des peuples de l'Inde et de l'Océanie, arrivant ainsi vers l'Amérique du nord et le Pérou, et M. l'amiral de Rossel, navigateur célèbre, savant aimable et loyal, avait cité les _îles Sandwich_, comme point de relâche antique, entre les Indes, la Chine et l'Amérique, ainsi que cela se renouvelle en ce jour.
M. de Saint-Pierre[38], avait parlé aussi de nombreux rapports trouvés par un auteur déjà ancien, entre le _Malais_ et le _Péruvien_. Et mes nombreux extraits du _Dictionnaire de la langue Qquichua_ du Pérou, dictionnaire conservé à la Bibliothèque du roi à Paris, ont confirmé ces rapports avec le Malais parlé à _Java_. M. d'_Eichthal_ est donc entré dans une bonne voie; mais j'avais la priorité, et M. d'_Avezac_, à qui j'ai souvent parlé de ces matières, a pu l'en entretenir aussi et lui signaler mes lectures.
Vous parlant ici de ma _Dissertation sur le Fou-Sang_ qui, avant d'être imprimée, avait motivé en 1831, celle de M. _Klaproth_[39], comme je l'ai exposé dans mon mémoire; permettez-moi, monsieur, de la corriger par quelques notes nouvelles et fort importantes. J'avais dit que les navires du _Kamtchatka_, construits en ce lieu par les Bouddhistes venus là du _Caboul_, devaient les porter en Amérique, vers les bouches de la _Colombia_: mais, écrivant loin de mes livres, et sans globe terrestre, j'avais remonté, en 1844, le point de leur arrivée un peu trop haut vers le nord.
Le bel ouvrage de M. Duflot de Mofras, sur l'_Orégon_[40], ouvrage que je viens de lire et d'analyser, m'a conduit au port excellent de _San-Francesco_, au sud de la Colombie, pour ce point d'arrivée des Indiens bouddhistes, _du Caboul_.
D'après l'échelle de 1,500 lys, comptés par les Chinois entre la Perse et la ville de _Sy-ngan-fou_, comme aussi évalués entre cette ville, et la pointe sud du _Kamtchatka_, ou du _Ta-han_, la distance de 20,000 lys entre le _Kamtchatka_ et le _Fou-sang_, mesurée sur un globe terrestre, arrive précisément en ce point, et M. de Mofras[41] dit que les vents du _nord-ouest_ régnent une grande partie de l'année à _San-francesco_ et y amènent facilement quand on vient de la côte nord-est d'_Asie_.
Là, les navires entraient sans périls, au lieu que la barre de la bouche de la _Colombia_, est très difficile à franchir, du moins pour de grands navires; mais cependant aussi, cette entrée naturelle du beau pays de l'_Orégon_ a dû être connue des anciens.
En effet, dans la figure, des Américains à demi-vétus, à demi-policés du _Fou-sang_, que donne le _Pian-y tien_, et aussi l'_Encyclopédie chinoise_, et que nous reproduisons ici avec une explication (voir ci-après notre _planche_ 50 et l'_appendice_ C), on voit cet indigène, _traire une jeune biche à mouchetures blanches_, et son faon est également moucheté. J'avais en vain cherché cette nature de _biches mouchetées_ en Amérique, mais en relisant M. de Humboldt, j'ai vu que le _Cervus mexicanus_ de Linnée était aussi _moucheté_, comme nos chevreuils d'Europe, et surtout était ainsi dans sa _jeunesse_: et cette espèce de cerfs se trouve en Amérique et au Mexique, en troupeaux immenses, dit M. de _Humboldt_[42], aussi bien qu'un grand cerf, pareil aux nôtres, et souvent entièrement blanc, cerf qui se voit dans les _Andes_, où il vit en troupes également.
Ce dernier rappelle donc les biches blanches et privées, dont les Indiens de l'_Himalaya_ tiraient leur lait, nous dit _Philostrate_, dans sa _Vie d'Apollonius de Tyane_; car, ces individus étant bouddhistes, ils devaient se priver de _viandes_ et vivre de fruits et de laitages.
La relation du _Fou-Sang_, parle aussi de boeufs aux cornes fort longues, et domptés par les naturels de cette contrée; or, M. de Humboldt dit[43] que les bisons du _Canada_ peuvent se soumettre au joug, et produisent avec nos _boeufs d'Europe_.
Ces bisons pèsent jusqu'à 2,000 livres et plus, mais leurs cornes sont petites; tandis qu'on a trouvé, dit-il, vers _Cuernavaca_, au _sud-ouest_ de Mexico, dans des monumens en ruine, _des cornes de boeuf monstrueuses_.
Il rapporte ces cornes à celles du _boeuf musqué_, du nord extrême de l'Amérique; mais M. de Castelnau, vers l'Amazône et le Paraguay, dans sa courageuse exploration, vient de retrouver ces boeufs _aux cornes fort longues_, outre une autre espèce aux _petites cornes_, qui erre avec elle et dans les mêmes steppes.
La _relation du Fou-sang_ est donc justifiée encore en ce point, et il y a eu certainement quelque faute dans le texte, quand on y dit, que _sur ces longues cornes_, _ces boeufs_ portent des _poids de_ 20 HO _poids_ de 120 livres chaque, c'est-à dire un poids total de 2,400 _de nos livres_!!! On devait dire qu'ils pesaient _par tête_, au moins 2,400 livres, et non pas que cette charge énorme était posée sur leurs cornes; ce qui serait impossible.
Les chevaux que cite cette relation semblent seulement avoir manqué en Amérique; mais les _Patagons_, vrais Tartares, sont toujours à cheval, et rien ne prouve qu'ils n'aient sauvé chez eux quelques-uns des chevaux que virent les bonzes indiens au _Fou-sang_, et que les navires du Kamtchatka y avaient peut-être apportés de Tartarie.
Je vous donnerai quelque jour, un mémoire sur les peuples du nord extrême de l'Asie, _à grands navires et à nuits presque nulles_ en été.
Plus savant cent fois que M. Klaproth, M. de Guignes le père a déjà indiqué par quelques mots, dans son _mémoire_ sur le _Fou-sang_, ce peuple aux _grands navires_, et dont le nom _Ku-tou-moey_, c'est-à-dire _à nuits très-courtes en été_, indique la position vers le cercle arctique.
Il en est question dans l'ouvrage intitulé: _Wen-hien-tong-kao_ du docteur _Ma-tuon-lin_; j'en ai extrait ce qu'il en dit.
J'ai montré ailleurs que le passage d'Europe vers l'Amérique, au nord de la Sibérie, avait dû être alors praticable, cette mer se comblant par les détritus des grands fleuves qui y tombent, et par cela même se glaçant de plus en plus chaque jour; car, on le sait, les mers profondes ne gèlent pas. Tout ceci offre des questions nouvelles et importantes, et votre Journal, utile et grave, fera bien de les traiter successivement.
Agréez, etc.
Saint-Germain, ce 24 avril 1847,
Cher de PARAVEY, Du corps royal du génie et l'un des fondateurs de la Société royale asiatique.
NOTES EN BAS DE PAGE:
[34] Voir t. IX, p. 101 (3e série) des _Annales_.
[35] Voir notre n° 87, ci-dessus, p. 219.
[36] Voir une figure de ce _Bouddha_ dans notre planche.
[37] Voyez à ce sujet notre lettre à l'Académie, ci-après appendice A, et l'appendice B.
[38] _Études de la nature_, étude XI et note 49, édition 1836, 1er volume.
[39] Cette dissertation de M. Klaproth a été aussi insérée dans les _Annales_ à la suite de celle de M. de Paravey, t. IX, p. 116, année 1844.
[40] Paris, 1844.
[41] Note 28, t. I, p. 171, _Tableaux de la nature_, traduction d'_Éyriés_.
[42] Tome I, note 28.
[43] Voir _Tableaux de la nature_, p. 90 et 157, note 5.
APPENDICE A.
RELATIF AU MÉMOIRE DE M. D'EICHTHAL CITÉ PAR M. MOLH.
2.--Preuve donnée dès 1840 de l'introduction du culte de Bouddha en Amérique, par le moyen des Indiens du Caboul.
A Monsieur le président de l'Académie des sciences,
En l'an 458 de notre ère, des Bonzes indiens, partant du centre de l'Asie, ont-ils été en Amérique par le _Kamtchatka_ et le nord-ouest du nouveau-monde, pour y convertir les peuples qui y existaient, et dont ils connaissaient dès lors l'existence?
C'est ce qu'à affirmé le docte M. _de Guignes_ le père[44], dans les _Mémoires de l'Académie des Inscriptions_, où il a donné la traduction du voyage de ces Bonzes indiens, tiré des grandes _Annales_ de la Chine.
C'est ce que M. Klaproth et M. de Humboldt ont nié postérieurement, s'appuyant sur quelques doutes du savant père Gaubil, qui n'avait pas assez étudié cette question. C'est ce que je viens affirmer; ce dont je n'ai jamais douté, m'étant entretenu à ce sujet avec le savant amiral M. de Rossel, et ayant étudié à fond le _mémoire_ de M. _de Guignes_, sur ce voyage et les navigations des Chinois vers le célèbre pays oriental qu'ils nomment le pays du _Fou-sang_ (et qu'ils mettent à 2,000 lieues à l'est des côtes de leur empire et de la Tartarie). Mais comme mes simples assertions ni celles des autres ne seraient pas plus admises que ne l'a été le beau travail de M. de Guignes le père; comme à l'Académie des sciences on veut des faits et non des phrases; j'apporte ici des monumens d'une partie de l'Amérique centrale, encore à peu près inconnue, au moins sous le rapport des antiquités, monumens que j'ai montrés à la _Société asiatique_ de Paris, à M. Burnouf fils et à M. le chevalier Jaubert, et qu'ils ont reconnus avec moi purement bouddhiques.
Chez M. le baron Van der Cappellen, près Utrecht, en Hollande, j'ai vu, rapportés des Indes par lui, des dessins en grand du temple de _Bourou-Bouddhou_, à Java: temple antique, circulaire, orné de milliers de petites niches élégantes, où figure le célèbre dieu indien _Bouddha_, assis avec les jambes croisées et surmonté, dans le haut de chaque niche, de la tête monstrueuse et déformée de _Siva_.
Je pourrais montrer les mêmes idoles dans l'antique Égypte et à Axum, en Abyssinie; mais, en parcourant le bel ouvrage du peintre habile, M. Waldeck, élève distingué de David, envoyé au _Yucatan_, par le généreux et malheureux lord _Kingsborough_, j'ai été frappé de voir, sur la façade du sud du vaste palais quarré des ruines d'_Uxmal_, ruines que M. Waldeck a dessinées près de _Mérida_, huit niches du _Bouddha indien_, figuré assis comme à _Java_ dans les Indes, et avec le front décoré de grossiers rayons, et de voir en outre, une tête humaine monstrueuse et applatie, qui surmonte la niche quarrée et la cabane ou maison où est assis ce Bouddha indien. On peut voir cette figure dans le dessin que je donne ici. La ressemblance de ces _Bouddha_ du _Yucatan_ avec la figure des _Bouddha de Java_, publiée dans Crawfurd, _Archipel indien_ (t. II, p. 206), est telle, que M. Burnouf a cru d'abord mes calques du palais antique d'_Uxmal_, au _Yucatan_, calques faits d'après la pl. XVII de M. _Waldeck_, d'origine purement Indienne et Siamoise, et non Américaine.
M. Burnouf sait que le culte du monstrueux _Siva_ accompagne, même à _Siam_, et dans le _Népaul_, le culte plus doux de _Bouddha_; et que souvent leurs images sont accouplées, comme au temple de _Bourou-Bouddhou_ de l'antique Java, archipel indien: et comme dans l'Égypte antique, on accouple partout _Typhon_ et le _jeune Horus_.
Retrouver, _au centre de l'Amérique_, ces deux figures accouplées aussi, copiées exactement, et ornant au nombre de huit la façade sud d'un temple orienté, démontre ce me semble entièrement la vérité du voyage au _Fou-sang_ (en 458 de Jésus-Christ), traduit du chinois par M. de Guignes, et attribué à cinq bouddhistes partis du _Ky-pin_ ou de la _Cophène_, c'est-à-dire du pays de _Caboul_ dans les Indes.
Dans les _Annales de philosophie chrétienne_, t. XII, p. 441, où l'on donne une analyse des _Antiquités du Mexique_, par Dupaix; on cite les recherches qu'il fit à _Zachilla_, capitale de l'ancien royaume des _Zapotèques_, et qui lui offrirent, sur un rocher, l'empreinte d'un _pied gigantesque_, empreinte où M. de Paravey voit une imitation de celle que l'on va vénérer sur le _pic d'Adam_, à Ceylan, et dont les peuples d'Ava et du Pégu, au culte bouddhique, ont aussi des imitations analogues; en outre, le colonel Dupaix trouva en ce lieu, une idole _assise_, les mains croisées sur la poitrine, et qui ne pouvait être qu'une des figures de _Sakia_ ou _Bouddha_, comme celle que l'on donne ici.
Là, suivant le _Voyage des Samanéens_, traduit depuis, par M. Rémusat, fut le centre du _bouddhisme_, et des monstrueuses idolatries de l'Inde, altérations déplorables du culte pur, fondé dans l'Indo-Perse, par _Sem_, où nous voyons le célèbre _Heou-tsy_ des chinois[45].
Là, on faisait deux planètes imaginaires de _Ragou_ et _Cetou_, tête et queue du dragon, noeuds de la lune, cause des éclipses et lieu des conjonctions; _et ces dragons sont figurés en grand, sur la façade ouest du palais d'Uxmal au Yucatan_, étant _entrelacés_ et formant des noeuds, et ayant des plumes au lieu d'écailles, c'est-à-dire étant _aériens_. Tout ceci tient à une ancienne astronomie hiéroglyphique, où les spirales du soleil, dans sa marche apparente d'un tropique à l'autre, étaient rendues par un dragon ou par un vaste boa, chose toute naturelle comme _image_.
Ainsi, on écrivait en Chinois, ancien Babylonien, _Soleil mangé par le dragon_ ou le serpent, _pour éclipse du soleil_; _Lune mangée par le dragon_, pour _éclipse de lune_.[46] Mais on savait calculer les éclipses, et le peuple grossier, croyait seul, _en faisant du bruit_, faire fuir ce dragon imaginaire, ce boa à plumes, c'est-à-dire aérien.
Retrouver la peinture en grand de ces superstitions chinoises et indiennes à _Uxmal_, dans _l'Yucatan_; y voir retracé avec toute évidence le _Bouddha de Java_, île qui offre aussi, à _Suku_, un téocalli ou temple antique et pyramidal, pareil à celui d'_Uxmal_ en Amérique, dessiné par M. Waldeck (_voyage au Yucatan_), m'ont paru des faits importants et décisifs, qui, signalés par l'Académie dans son _Compte-rendu_, avertiront les Américains instruits et leur montreront que leur pays et leurs ruines, sont dignes de recherches plus complètes, et veulent d'autres _explorations_ que celles faites jusqu'à ce jour, et qui sont presque nulles.
Justifier le docte auteur de l'_Histoire des Huns_, appuyé ici du savant géographe _Buache_, contre les objections mal fondées de M. _Klaproth_, m'a aussi paru fort important, et je ne crois pas que l'on puisse nier maintenant les navigations des _Indo-Tartares_ vers l'Amérique, et cela, près de 1000 ans avant Colomb.
Je joins ici un de mes calques, et je pourrais à _Uxmal_, à _Palenqué_ et à _Tulha_, montrer encore d'autres rapports avec l'Inde, si j'avais plus d'espace pour les indiquer.
Paris, 20 juillet 1840.
Cher de PARAVEY.
NOTES EN BAS DE PAGE:
[44] T. XXVIII, p. 513.
[45] Voyez nos _documens hiéroglyphiques, emportés d'Assyrie et conservés en Chine_, p. 25. Paris, 1838, chez Treuttel et Wurtz, et au bureau des _Annales_, (no 6, rue Babylone) qui ont d'abord publié ce _Mémoire_ dans le t. XVI, 1838, p. 123 et p. 124, note.
[46] En chinois, voir ici Jy, chy, _Eclipse de Soleil_, et youe chy, _Eclipse de Lune_, ou astres _engloutis peu à peu_, sena de _chy_ (_dict. chin._ n° 9505), caractère mis sous la clef _tchong_, celle du _serpent_, qui combinée avec _chy_ signifie: manger peu à peu, comme avalent les boas.
APPENDICE B.
A NOTRE LETTRE A L'ACADÉMIE.
Nouvelles preuves de l'introduction du culte du Bouddha en Amérique, ou dans le pays du _Fou-sang_.--Quel fut le premier pays converti à ce culte dans le nouveau monde?
Une des contrées de l'Amérique qui fut convertie la première par les Samanéens du _Caboul_, arrivant par la pointe sud du _Kamtchatka_, au port excellent du _San-Francisco_, en Californie, au nord de Monterey, a dû évidemment être le _pays du Rio-Colorado_, vaste fleuve qui, dans ces régions même, coule du nord au sud, et vient tomber dans la pointe nord de la mer _Vermeille_.
Or, précisément dans les traductions utiles des auteurs espagnols de M. Ternaux Compans, on voit Castanéda placer vers le _Rio-Colorado_, dans une petite île, un sanctuaire du _lamaïsme_ ou du _bouddhisme_.
Il y mentionne, dans un lac sur cette île, un personnage divin nommé, dit-il, _Quatu-zaca_, et qui, habitant une petite maison, était censé ne _manger jamais_.
On lui offrait du maïs, des mantes de cuir de cerf, des tissus de plumes en très-grande quantité; et dans ce lieu même se fabriquaient aussi (ce qui prouve une colonisation) beaucoup de sonnettes ou de grelots en cuivre.
Le nom même de ce _Lama_ déifié ou de cette idole _Quatu-zaca_, offre le nom tartare et indien _Xaca_, ou _Che-kia_ en Chinois, _Sacya_ en sanscrit, nom du célèbre dieu _Bouddha_; remarque que nous faisons le premier; et _Quatu_ a pu indiquer son origine du _Catay_.
_Castanéda_ ajoute que les peuples de ces contrées étaient fort doux, ne faisaient jamais la guerre, et (s'abstenant de chair) vivaient seulement de trois à quatre sortes de fruits très-bons.
Il est donc impossible de ne pas voir ici une antique colonie de _Bouddhistes_ ou de _Lamas_: colonie qui, ensuite, poussa des rameaux au Mexique, dans le Yucatan, à Bogota et même au Pérou, pays de moeurs fort douces.
Les Mexicains, affreusement cruels dans leurs idolatries récentes, sont, on le sait, une migration du _nord-est_ de l'Asie et du nord-ouest de l'Amérique, mais beaucoup plus moderne; et, avant leur arrivée dans ces belles contrées, il est à croire, comme le dit la _relation du Fou-sang_, que le culte doux et fraternel des _Bouddhistes_, débris de la race de _Sem_, y régnait exclusivement.