L'Amérique sous le nom de pays de Fou-Sang

Part 2

Chapter 23,710 wordsPublic domain

Ce qu'il dit des boeufs à longues cornes, portant de lourds fardeaux sur la tête, de chars attelés de boeufs, de chevaux et de cerfs, offre seulement, ce semble, quelque difficulté; mais les boeufs à crinières et à têtes énormes, de l'Amérique du nord, ont pu donner lieu à ce rapport inexact, et l'on a pu, bien qu'à tort, mais pour éviter de les décrire, donner le nom chinois _Ma_, qui s'applique aux chevaux, aux ânes, aux chameaux, et qui forme la clef des quadrupèdes utiles de cette nature, aux _Llama_ et _Alpacas_ déjà domptés peut-être dans l'Amérique du Sud, comprise aussi dans le _Fou-sang_.

Il serait possible, d'ailleurs, que des chevaux, à cette époque, eussent été introduits déjà dans l'Amérique du nord-ouest, à peine connue de nos jours, et où l'on cite des peuplades qui s'en servent; et l'on a pu aussi y voir des attelages de rennes du Kamtchatka.

Il est vrai qu'on suppose que ces chevaux sont issus de ceux amenés au Mexique par les Espagnols; mais la chose n'est pas démontrée; et en supposant ceux-ci d'origine européenne, une épidémie, une guerre destructive auraient pu, depuis le 5e siècle, détruire les chevaux domestiques, amenés au _Fou-sang_, par les Tartares et les bouddhistes de l'Asie.

Ce peuple du _Fou-sang_ n'avait encore alors, que des cabanes en planches, et des villages, comme on en a trouvé vers la Colombia, et au nord-ouest de la Californie; et pour obtenir une épouse, les jeunes gens du pays devaient servir leur fiancée, pendant une année entière. Or (dans la _Collection de Thévenot_) c'est précisément ce que dit _Palafox_ de son _indien_ de l'Amérique, indien dont il décrit les moeurs; et c'est ce qui existe aussi dans les contrées extrêmes du nord-est de l'Asie, contrées d'où on passait en Amérique, avons-nous dit.

D'autres détails de moeurs semblent empruntés à la civilisation chinoise, et spécialement le Cycle de 10 années, ou peut-être même de 60 ans[7], cycle portant les noms chinois des 10 _kans_, et servant à marquer les couleurs successives des habits du roi, couleur qu'on devait changer tous les 2 ans, ainsi que le prescrit pour l'empereur, en Chine, le chap. _yue-ling_ du _Ly-ky_, ou livre sacré des Rites.

Mais ces cycles prétendus chinois, et qui ont donné les alphabets des peuples les plus anciens en Syrie, en Phénicie et dans l'Inde, comme dans la Grèce, ainsi que nous l'avons démontré ailleurs[8], ont pu être apportés au _Fou-sang_, aussi bien de l'Asie centrale ou de l'Inde que de la Chine, et ils n'ont jamais été inconnus aux bouddhistes ou samanéens.

Nous pourrions aussi discuter le son des noms donnés au roi et aux grands du pays de _Fou-sang_[9]; mais ces discussions nous entraîneraient trop loin. Nous nous bornons donc à discuter la fin de cette relation du _Fou-sang_.

«Autrefois, dit _Hoeï-chin_, la religion de Bouddha n'existait pas dans ce pays; mais sous les _Song_ (en 458 de J.-C., date précisée ici), cinq _Pi-kieou_, ou religieux du pays de _Ky-pin_ (pays où le P. Gaubil voit Samarcande, où M. de Rémusat voit l'antique Cophène vers l'Indus), allèrent au _Fou-sang_, apportèrent avec eux les livres et les images saintes, le rituel, et instituèrent les habitudes monastiques; ce qui fit changer les moeurs de ses habitans.»

Aussi, venant en Chine en 499, c'est-à-dire 48 ans après cette conversion du _Fou-sang_, _Hoeï-chin_, samanéen lui-même, déclare-t-il, qu'alors les peuples de cette contrée vénéraient les images des esprits, le matin et le soir, et ne faisaient pas la guerre.

On sait que le prosélytisme est un des devoirs qu'ont à remplir les religieux Bouddhistes; il n'est donc pas étonnant de les voir partir de l'Asie centrale, franchir les mers et les pays les plus dangereux, pour aller convertir les peuples encore sauvages de l'Amérique, pays déjà bien connu d'eux, et des Arabes et Perses de Samarcande.

C'est ce qu'on ne peut plus révoquer en doute, depuis que M. de Waldeck a dessiné, dans le _Yucatan_, un temple ou monastère antique, vaste enceinte carrée, accompagnée de pyramides analogues à celles des Bouddhistes du Pégu, d'Ava, de Siam et de l'archipel indien, et qu'on peut étudier dans tous leurs détails.

Une multitude de niches, où figure le Dieu célèbre, _Bouddha_, assis les jambes croisées, existe à Java, tout autour de l'ancien temple de _Bourou Bouddha_, et si l'on examine le temple du Yucatan, dont M. de Waldeck a publié les beaux dessins, on y reconnaît ces mêmes niches où est assis le même Dieu _Bouddha_, ainsi que d'autres figures d'_origine indienne_, telles que la tête affreuse de _Siva_, tête aplatie et déformée, qui surmonte chacune de ces niches.

Nous ne pourrions affirmer cependant que ces temples du Yucatan fussent aussi anciens que cette relation du _Fou-sang_, pays où l'on ne nous montre encore que des cabanes en bois; mais, persécutés par les Brahmes dans l'Inde et le Sind, les Bouddhistes ont dû, à plusieurs reprises, chercher un asile dans le _Fou-sang_ ou l'Amérique, et peut-être même fuir à Bogota et jusqu'au Pérou, où les moeurs ont été trouvées si douces et si analogues à leurs moeurs.

De la même manière, ils adoucissaient les peuples encore sauvages des îles de l'archipel indien, et des pays compris entre l'Inde et la Chine, et ils y élevaient ces temples, ces pyramides qu'on y retrouve en débris, comme à Java, ou encore debout et vénérées, comme dans le Pégu et Siam.

La Chine avait reçu leur culte peu de tems après notre ère, sous _Ming-ty_, des _Hans_; la Corée, dès l'an 372 de Jésus-Christ; le _Fou-sang_, avons-nous dit, en l'an 458; et le Japon, enfin, seulement en 552, le recevant aussi de la Corée et du royaume de _Pe-tsy_, pays situé dans cette même contrée de l'Amour et de la Corée, ancien centre de civilisation.

C'était de la Corée, disent les livres chinois, qu'on allait par _mer_ au pays de _Ta-han_, pour de là cingler à l'est, et arriver en Amérique, c'est-à-dire au _Fou-sang_. Dans ce voyage on relâchait au Japon, et sans doute on le contournait pour atteindre, au nord, l'île _Saghalien_, puis se diriger, à l'est, vers le Kamtchatka ou le _Ta-Han_.

Mais dans la curieuse _Histoire des Chichimèques_, publiée dans la collection de M. Ternaux, l'auteur, américain d'origine, _Ixtlilxochitl_, fait venir les Toltèques, par mer, du Japon en Amérique, abordant par les côtes nord-ouest, et dans des pays à terre Rouge, tels que le _Rio del gila_, où l'on cite encore un ancien monument, appellé la maison de Motecuzuma.

Il avait vu, à Mexico, des Japonais envoyés à Rome par les missionnaires; et dans ces Japonais modernes, il reconnaissait les traits et le costume des Toltèques dont il parlait; or, il fixait leur migration au 5e siècle de notre ère. Il se trouve donc parfaitement d'accord avec les Relations chinoises sur les divers voyages en Amérique; car on passait par le Japon, nous venons de le dire, quand de Corée on allait par mer au pays de _Ta-han_, pointe sud du Kamtchatka, latitude élevée où se rencontrent, on le sait, les vents d'ouest et du nord-ouest, vents qui poussent tout naturellement vers le _Fou-sang_, ou l'Amérique du nord, contrée située à l'est.

Monumens bouddhiques au Yucatan; histoires conservées par les Toltèques du Japon venus en Amérique; relations chinoises du pays de _Ta-han_ et du _vaste pays de Fou-sang_, et qui nous sont données par les Bouddhistes, partis de ce pays d'Amérique, et qui _par le Japon_, venaient en Chine: tout est donc parfaitement d'accord; ce passage, _par le Japon_, expliquant d'ailleurs comment nous avons pu montrer, dès 1835, que les noms de Nombre et beaucoup de Mots de la langue des Muyscas sur le plateau de Bogota se retrouvent encore dans la langue actuelle des Japonnais[10].

De même que les Scandinaves avaient pu, à une époque plus récente, descendre de la côte nord-est du Nouveau-Monde, et du _Vinland_ fondé par eux, jusqu'au Brésil dans l'Amérique du sud, où se sont retrouvés de leurs monumens; de même, mille ans avant les Espagnols, mais débarqués sur la côte nord-ouest, les Bouddhistes de l'Inde, alors persécutés par les Brahmes, les peuplades du Japon, et celles des rives de l'Amour, pays des anciens Hyperboréens, ont pu pénétrer au Mexique, au Yucatan, au pays de Guatimala et de Palanqué, au royaume de _Cundinamarca_, et enfin jusqu'au riche et pacifique royaume du Pérou. Le célèbre M. de Humboldt a très-bien indiqué les rapports de race et de civilisation, de cycles, moeurs, usages, qui unissaient les peuples de ces dernières contrées à ceux de la Tartarie et de l'Asie; mais en niant, d'après le P. Gaubil auquel l'Amérique était peu connue, et d'après M. Klaproth, l'identité de l'Amérique et du _Fou-sang_, il se privait de ses meilleurs argumens, et ne pouvait fixer aucune date précise pour ces migrations.

Nous espérons, s'il lit ce court Mémoire, qu'il rendra plus de justice à la vérité des aperçus du célèbre M. de Guignes, sinologue profond, dans les travaux duquel M. Klaproth avait puisé une grande partie de sa science, et que, _pour cela même_, celui ci n'aurait pas dû tant décrier!!

Nous avons voulu, dans ce succinct extrait de nos vastes travaux sur l'Amérique, rendre justice à ce docte et modeste auteur de l'_Histoire des Huns_. Comme lui aussi, de méprisables coteries nous oppriment; mais nous espérons qu'un jour, peut-être, on rendra plus de justice à des recherches qui ont consumé nos plus belles années.

Le cher de PARAVEY.

Août 1843.

NOTES EN BAS DE PAGE:

[1] En lisant cette curieuse dissertation de M. le cher de Paravey, nos lecteurs ne doivent pas oublier que sa principale importance, pour nous, est qu'elle fournit les moyens d'expliquer comment quelque connaissance du Christianisme a pu arriver dans le Nouveau-Monde, beaucoup avant le voyage des Espagnols; et comment, par conséquent, on a pu trouver des souvenirs de la Bible au Mexique, des _croix_ et autres symboles chrétiens sur les monumens découverts à _Palenqué_ et ailleurs. C'est donc une bonne fortune pour nous que le nouveau travail de M. de Paravey, et nous l'insérons avec plaisir. (_Note du Directeur des Annales de philosophie chrétienne_).

[2] Voir à la fin de la présente dissertation cette relation du _Fou-sang_, extraite de cette réfutation de M. Klaproth.

[3] _Mémoires concernant les Chinois_, t. XV, p. 450.

[4] _Ib._, t. XV, p. 453.

[5] _Hist._, l. III, 18.

[6] Voir sur le Lotus _sacré_ type de l'Egypte, Gramm. _égypt_. de Champol, et les _Annales de philosophie chrétienne_, t. VII, p. 343, 3e série.

[7] M. de Humboldt, en effet, a signalé chez les Muyscas du Plateau de Bogota en Amérique, l'usage du cycle de 60 ans et des institutions analogues à celles du Bouddhisme du Japon.

[8] Voir notre essai sur l'origine unique et hiéroglyphique des chiffres et des lettres. Paris, 1826, chez Treuttel et Wurtz, et dans les _Annales_, t. x, p. 8, l'article _Origine japonaise des Muyscas_, où se trouvent les figures de ces cycles, p. 109.

[9] Le titre du roi était _I-ky_, son qui rappelle le nom des _Hic-sos_, venus d'Asie, rois pasteurs d'Égypte; et la finale _Ric_, des noms des rois goths, aussi venus du nord de l'Asie; et peut-être encore celui de _Cacique_, des chefs des îles d'Amérique, comme celui des _Arikis_, ou rois des îles de l'Océanie.

[10] C'est la _Dissertation sur les Muyscas_, insérée dans les _Annales_, et citée plus haut. Elle a été aussi publiée à part sous le titre de _Mémoire sur l'origine japonaise des peuples du plateau de Bogota_. Chez Treuttel, à Paris.

APPENDICE.

RELATION DU PAYS DE FOU-SANG,

Faite par un prêtre Bouddhique nommé _Hoeï-chin_ au 5e siècle de notre ère, et extraite des grandes Annales de la Chine.

(Avertissement de M. Klaproth).

Le célèbre de Guignes, ayant trouvé dans les livres chinois la description d'un pays situé à une grande distance à l'orient de la Chine, à ce qu'il lui sembla, crut que cette contrée, nommée _Fou-sang_, pouvait bien être une partie de l'Amérique. Il a exposé cette opinion dans un mémoire lu à l'académie des inscriptions et belles-lettres, et intitulé _Recherches sur les navigations des Chinois du côté de l'Amérique, et sur plusieurs peuples situés à l'extrémité orientale de l'Asie_[11].

Il faut d'abord observer que ce titre est inexact. Il ne s'agit nullement dans l'original chinois que de Guignes a eu devant les yeux d'une navigation entreprise par les Chinois au _Fou-sang_; mais, comme on verra plus bas, il est simplement question d'une notice de ce pays donnée par un religieux qui en était originaire et qui était venu en Chine. Cette notice se trouve dans la partie des grandes Annales de la Chine[12] intitulée _Nan-szu_, ou _Histoire du midi_. Après la destruction de la dynastie de _Tsin_, en 420 de J.-C., la Chine fut pleine de troubles, dont il résulta l'établissement de deux empires, l'un dans les provinces septentrionales, l'autre dans celles du midi. Ce dernier a été successivement gouverné, de 420 jusqu'en 589, par les quatre dynasties des _Soung_, des _Thsi_, des _Liang_ et des _Tchhin_. L'histoire de ces deux empires a été rédigée par _Li-yan-tcheou_, qui vivait vers le commencement du 7e siècle. Voici ce qu'il dit du _Fou-sang_[13].

«Dans la première des années _young-yuan_, du règne de _Fi-ti_ de la dynastie de _Thsi_, un _cha-men_ (ou prêtre bouddhique), nommé _Hoeï-chin_, arriva du pays de _Fou-sang_ à _King-tcheou_[14]; il raconte ce qui suit:

»Le _Fou-sang_ est à 20,000 li à l'est du pays de _Ta-han_, et également à l'orient de la Chine. Dans cette contrée, il croît beaucoup d'arbres appelés _Fou-sang_[15], dont les feuilles ressemblent à celles du _Thoung_ (_Bignonia tomentosa_), et les premiers rejetons à ceux du bambou. Les gens du pays les mangent. Le fruit est rouge et a la forme d'une poire. On prépare l'écorce de cet arbre comme du chanvre, et on en fait des toiles et des habits. On en fabrique aussi des étoffes à fleurs. Les planches du bois servent à la construction des maisons, car dans ce pays il n'y a ni villes, ni habitations murées. Les habitans ont une écriture et fabriquent du papier avec l'écorce du _Fou-sang_. Ils n'ont ni armes ni troupes, et ne font pas la guerre. D'après les lois du royaume, il y a une prison méridionale et une septentrionale. Ceux qui ont commis des fautes peu graves sont envoyés dans la méridionale, mais les grands criminels sont relégués dans la septentrionale. Ceux qui peuvent recevoir leur grâce sont envoyés à la première, ceux au contraire auxquels on ne veut pas l'accorder sont détenus dans la prison du nord[16]. Les hommes et les femmes qui se trouvent dans celle-ci peuvent se marier ensemble. Les enfans mâles qui naissent de ces réunions sont vendus comme esclaves à l'âge de 8 ans, les filles à l'âge de 9 ans. Jamais les criminels qui y sont enfermés n'en sortent vivans. Quand un homme d'un rang supérieur commet un crime, le peuple se rassemble en grand nombre, s'assied vis-à-vis du criminel placé dans une fosse, se régale d'un banquet, et prend congé de lui comme d'un mourant[17]. Puis on l'entoure de cendres. Pour un délit peu grave, le criminel est puni seul; mais, pour un grand crime, le coupable, ses fils et les petits-fils sont punis; enfin, pour les plus grands méfaits, ses descendans, jusqu'à la 7e génération, sont enveloppés dans son châtiment[18].

»Le nom du roi du pays est _Y-khi_ (ou _Yit-khi_)[19]; les grands de la première classe sont appelés _Toui-lou_, ceux de la seconde les _petits Toui-lou_, et ceux de la troisième _Na-tu-cha_. Quand le roi sort, il est accompagné de tambours et de cors. Il change la couleur de ses habits à différentes époques; dans les années du cycle _kia_ et _y_[20], ils sont bleus; dans les années _ping_ et _ting_[21], rouges; dans les années _ou_ et _ki_[22], jaunes; dans les années _keng_ et _sin_[23], blancs; enfin dans celles qui ont les caractères _jin_ et _kouei_[24], ils sont noirs[25].

»Les boeufs ont de longues cornes, sur lesquelles on charge des fardeaux qui pèsent jusqu'à 20 _ho_ (à 120 livres chinoises). On se sert dans ce pays de chars attelés de boeufs, de chevaux et de cerfs[26]. On y nourrit les cerfs comme on élève les boeufs en Chine; on fait du fromage avec le lait des femelles[27]. On y trouve une espèce de poire rouge qui se conserve pendant toute l'année. Il y a aussi beaucoup de vignes[28]; le fer manque, mais on y rencontre du cuivre; l'or et l'argent ne sont pas estimés. Le commerce est libre et l'on ne marchande pas.

»Voici ce qui se pratique aux mariages. Celui qui désire épouser une fille établit sa cabane devant la porte de celle-ci; il y arrose et nettoie la terre tous les matins et tous les soirs. Quand il a pratiqué cette formalité pendant un an, si la fille ne donne pas son consentement, il la quitte; mais si elle est d'accord avec lui, il l'épouse. Les cérémonies de mariage sont presque les mêmes qu'en Chine. A la mort du père ou de la mère, on s'abstient de manger pendant sept jours. A celle du grand-père ou de la grand'mère, on se prive de nourriture pendant cinq jours, et seulement pendant trois à la mort des frères, soeurs, oncles, tantes et autres parens. Les images des esprits sont placées sur une espèce de piédestal, et on leur adresse des prières le matin et le soir[29]. On ne porte pas d'habits de deuil.

»Le roi ne s'occupe pas des affaires du gouvernement pendant les trois années qui suivent son avénement au trône[30].

»Autrefois, la religion de Bouddha n'existait pas dans cette contrée. Ce fut dans la 4e des années _Ta-ming_, du règne de _Hiao-wou-ti_ des Soung (458 de J.-C.) que cinq _Pi-khieou_ ou religieux du pays de _Ki-pin_ (Cophène) allèrent au _Fou-sang_ et y répandirent la loi de Bouddha; ils apportèrent avec eux les livres et les images saintes, le rituel et instituèrent les habitudes monastiques[31], ce qui fit changer les moeurs des habitans[32].»

KLAPROTH.

A l'appui de ses idées, M. De Guignes a aussi traduit un autre passage du _Nan-szu_, qui donne la route, par mer, de la _Corée_ au pays de _Ta-han_. M. Klaproth traduit également ce passage, et il dit, en le rectifiant sur quelques points: «On partait alors de _Ping-yang_, ancienne capitale des Coréens, sur la côte ouest de ce royaume; on cotoyait cette presqu'île, et après une navigation de 12,000 lys, on arrivait au Japon. De là, une route de 7,000 lys vers le nord amenait au pays de _Wen-chin_, ou des hommes peints, tatoués; et enfin, après une navigation de 5,000 lys vers l'Orient, on atteignait le pays de _Ta-han_,» pays où M. Klaproth, à tort avons-nous dit, voit seulement la grande île _Saghalien_.

Mais en appliquant à ce routier par mer la même échelle de lys que lui a donnée la distance de Persépolis à Sy-ngan-fou, M. de Paravey trouve en effet 5,000 lys au nord-est, entre les _Bouches de l'Amour_, ou la fin de l'île _Saghalien_, pays de _Wen-chin_ de ce routier, et la pointe sud du Kamtchatka, ou du _Ta-han_; et il trouve également 7,000 lys au nord entre _Iedo_, capitale du Japon, et ces mêmes _Bouches de l'Amour_.

Le routier est donc exact entre ces deux parties; et s'il compte d'abord 12,000 lys par mer entre le Japon et la capitale de la côte ouest de la Corée (ce qui est évidemment une trop grande distance), c'est qu'en allant au Japon on allait d'abord toucher aux îles _Lieou-kieou_, qui sont en effet situées à 5,000 lys du Japon, et 7,000 de la Corée; on faisait ce détour ou bien on comptait ici de très petits lys; mais le _Ta-han_, n'en est pas moins le Kamtchatka. Et, dans toutes les hypothèses, le _Japon_, ici indiqué par son nom, pays parfaitement connu, n'a pu renfermer le _Fou-sang_ comme le veut M. Klaproth[33].

7 mars 1844. Cher de PARAVEY.

NOTES EN BAS DE PAGE:

[11] Voyez _Mémoires de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres_, vol. XXVIII, p. 505 à 525.

[12] Ce sont les _Nian-eul-szu_, ou les 22 historiens, dont les ouvrages forment une collection de plus de 600 volumes chinois, et qu'il ne faut pas confondre avec les Annales intitulées _Thoung-kian-kang-mou_, qu'on connaît en Europe par le maigre extrait que le P. Mailla en a donné en 12 volumes in-4o.

[13] Le célèbre _Ma-touan-lin_, si estimé par M. Rémusat, a aussi donné cette relation dans son _Wen-hien-tong-kao_ avec de légères variantes, et c'est là que M. De Guignes l'a traduite; elle se trouve également répétée, dans la célèbre encyclopédie chinoise, intitulée _Youen-kien-touy-han_, où nous l'avons trouvée à Londres en 1830; et dans le _Pian-y-tien_, ou géographie des peuples étrangers; et tous ces ouvrages, fort estimés, existent à Paris.

(_Note de M. de Paravey_).

[14] _King-tcheou_ est une ville du premier ordre, située sur la gauche du grand _Kiang_ dans la province actuelle de _Hou-pe_. Cette date répond d'ailleurs à l'an 499 de J.-C.

[15] _Fou-sang_, en chinois et selon la prononciation japonaise, _Fouts-sôk_, est l'arbrisseau que nous nommons _Hibiscus rosa chinensis_.--Voir ces Caractères dans la Dissert de M. de Paravey, ci-dessus, p. 102.

M. de Paravey, à leur égard, fait observer encore, que le P. _Gonçalvès_, dans son _Dict. portugais-chinois_, fort estimé, traduit ce nom _Fou-sang_ par _Papoula cornuda_, ou aussi _Argémone_ du _Mexique_. Ce savant missionnaire y voyait donc une plante ou un arbuste d'Amérique; et cette seule observation pourrait prouver que le _Fou-sang_ propre répondait à quelque partie du _Mexique_.

[16] De Guignes a assez mal rendu ce passage de cette manière: «Les plus coupables sont mis dans la prison du nord, et transférés ensuite dans celle du midi, s'ils obtiennent leur grâce; autrement ils sont condamnés à rester pendant toute leur vie dans la première.»

[17] De Guignes traduit ces derniers mots par «on le juge ensuite.»

[18] Ces lois pénales sont celles que l'on a suivies de tout tems en Chine et dans les pays de l'Asie qui ont dépendu de la Chine. (_De Par._)

[19] De Guignes a mal lu _Y-chi_.

[20] Les années 1, 11, 21, 31, 41 et 51 du cycle de 60 ans portent le caractère _kia_; les années 2, 12, 22, 32, 42 et 52 ont le caractère _y_.

[21] _Ping_, 3, 13, 23, 33, 43 et 53; _ting_, 4, 14, 24, 34, 44 et 54.

[22] _Ou_, 5, 15, 25, 35, 45 et 55; _ki_, 6, 16, 26, 36, 46 et 56.

[23] _Keng_, 7, 17, 27, 37, 47 et 57; _sin_, 8, 18, 28, 38, 48 et 58.

[24] _Jin_, 9, 19, 29, 39, 49 et 59; _kouei_, 10, 20, 30, 40, 50 et 60.

[25] M. Klaproth reconnaît donc ici l'existence au _Fou-sang_, du cycle de 60 ans des Chinois; mais le recueil du P. _Souciet_ montre qu'il existe aussi aux Indes; et dans le _Journal asiatique_ de Paris, M. de Paravey a montré qu'il commençait dans l'Inde et en Chine précisément en la même année. Les Bouddhistes de l'Inde ou du nord de l'Asie-Centrale avaient donc pu le porter dès lors au pays de _Fou-sang_, en Amérique et au Mexique. (_De Par._)

[26] Dans l'Inde, on le sait, ce sont surtout les _boeufs_ qu'on attelle aux chars, et, au Kamtchatka, ce sont les rennes, espèce de cerfs, qui tirent les _traineaux_. (_De Par._)

[27] De Guignes traduit: «Les habitans élèvent des biches comme en Chine, et ils en tirent du beurre.»