Part 66
_Fabrication du Sam._ — Le Sam est fabriqué méthodiquement. Le Sara emploie le gros mil pour cette fabrication et rarement le petit mil, on pourrait presque dire qu’il ne cultive du gros mil que pour la fabrication du Sam. Après avoir fait tremper le mil dans l’eau pendant le temps nécessaire pour que la germination se fasse dans de bonnes conditions, c’est-à-dire pendant 24 heures, on l’étend sur le sol à l’ombre, sous un arbre, sur une épaisseur de 5 à 10 centimètres et on recouvre le tout de feuillage. Quand la germination est terminée, le mil est séché, débarrassé des germes, et concassé dans des mortiers en bois avec un pilon également en bois. Après le concassage, vient la macération ou brassage dans la quantité d’eau nécessaire pour faire le Sam plus ou moins fort, et qui dure trois heures. Le tout, liquide et mil, est ensuite transvasé dans une ou plusieurs marmites et on procède à la cuisson qui dure 12 heures, c’est-à-dire du lever au coucher du soleil. La cuisson terminée on filtre dans de grands entonnoirs confectionnés à demeure avec des baguettes et garnis de paille à l’intérieur. Le liquide ainsi filtré est recueilli dans des calebasses où on le laisse fermenter.
_Comparaison des surfaces cultivées par habitant et rendements._
Saras. — 40 à 45 ares. Culture dominante : Mil.
Arétous. — 30 à 35 ares. — —
Bandas. — 30 à 35 ares. — Manioc, maïs, mil.
Mandjas. — 25 à 30 ares. — Manioc, maïs, mil.
Rendements : Saras, mil, 1600 kg. à l’hectare
Arétous, — 1200 kg. —
Bandas, — 1200 kg. —
En introduisant dans la Colonie un élément d’échange intermédiaire qui serait l’argent français et éventuellement seulement le thaler, en attirant les gens du Ouadaï manquant de mil et possédant du bétail et les gens du Tchad, le pays des Saras deviendrait rapidement un centre important de production du mil et Fort-Archambault un marché pour le commerce intérieur. On pourrait, en procédant ainsi et à l’aide de l’élément métal, faire diriger sur cette région nos produits manufacturés venant par l’Oubangui.
H. COURTET.
LE BÉTAIL DANS LA RÉGION DU CHARI
La principale région d’élevage de nos possessions du Chari est située à l’E. de ce fleuve et s’étend dans une direction N.-O. du Dékakiré ou Djiguékaré au Dagana et Bahr-el-Ghazal, soit une longueur de 350 kilomètres à vol d’oiseau.
L’élevage est pratiqué dans cette région par les Peuls et les Arabes. Un fait particulier c’est que lors des razzias de Rabah, ce dernier enleva les troupeaux des Peuls et ménagea ceux des Arabes, et aujourd’hui dans le Dékakiré, les Peuls n’ayant pu reconstituer leurs troupeaux faute de reproducteurs font l’élevage pour le compte des Arabes.
En 1893, une épizootie sévit dans toute la région du Tchad et détruisit une grande partie des troupeaux[552]. Les bœufs sauvages et les antilopes ont été également atteints et se laissaient tuer à coups de lance par les indigènes.
En 1894, l’épizootie ravagea les troupeaux de moutons et de chèvres. Dans le Dékakiré, région montueuse et parsemée de mamelons et d’affleurements granitiques où l’herbe fait défaut, pendant la saison sèche, les troupeaux émigrent vers les plaines arrosées par les grands cours d’eau ou leurs ramifications.
_Reproduction._ — Pour la reproduction, les bouviers du pays admettent une période de 20 mois qui se décompose ainsi : gestation 10 mois, traite du lait 6 mois, repos 4 mois.
Théoriquement une vache donnerait donc dans un troupeau un veau tous les 20 mois, soit 6 veaux par an pour 10 vaches.
Quelques éleveurs ont fait produire par an 7 veaux pour 10 vaches, ce qui porte la période à 17 mois se décomposant ainsi : gestation 10 mois, traite du lait 6 mois, repos 1 mois.
Une vache qui s’appelait Daké a donné chez le peul Djébril, éleveur dont les troupeaux avaient été razziés par Rabah et bouvier du troupeau de Fort-Archambault en 1903, 14 veaux, elle était donc âgée de 23 à 26 ans quand elle est morte.
Les vaches vivent ordinairement de 13 à 15 ans. La mortalité par 100 têtes est de 5 à 7 têtes par an pour une mortalité ordinaire et 10 têtes par an pour une mortalité exceptionnelle.
La perte sur les élèves est de 10 0/0 par an environ.
Dans les troupeaux de reproduction les bouviers admettent en moyenne un taureau pour 30 vaches.
Les vaches sont rarement vendues, les bœufs seuls sont livrés soit pour la consommation, soit pour le portage.
Les éleveurs vivent presque exclusivement du lait des troupeaux ou des produits fabriqués avec le lait.
_Races._ — Dans le Dékakiré, il existe deux races type, qui sont le type Peul et le type Arabe et les métis de ces deux types.
Type Peul : Zébu à pelage souvent brun, souvent noir, quelquefois blanc, et présentant des dérivés du blanc avec le brun ou le noir. Cornes moyennes, fines, légèrement aplaties, courbées en arc. Œil rentré sous une grosse paupière plissée. Long et large fanon allant de la gorge jusque sous le sternum. Membres fins. Corps bien proportionné.
C’est le type des Peuls du Sénégal et du Soudan, que les Arabes fréquentant ces régions ont adopté et qu’on utilise comme porteur.
Type Arabe : Mêmes caractères que le précédent, sauf pour les cornes qui sont courtes, droites ou très peu arquées.
Ces deux types ont de grandes affinités et leurs qualités sont égales.
Dans le Bas-Chari et plus rarement dans le Dékakiré on rencontre encore un troisième type qui mérite d’attirer l’attention. C’est un grand zébu dont la taille atteint celle de nos plus forts taureaux à cornes longues et très fortes, à long et large fanon allant de la gorge jusque sous le sternum. Ce type se rencontre également au Sénégal, dans le Baol, le Cayor, le Djoloff et le Saloum ; il existe également dans le Haut- Sénégal. Au dire des bouviers il est beaucoup moins rustique que les deux types précédents.
C’est ce grand zébu qu’emploie le sultan Senoussi pour le portage de son canon de montagne en bronze pesant 100 kilogrammes et de son affût.
Une autre petite race sans bosse, de taille inférieure à notre race bretonne, a été aussi remarquée dans les troupeaux des postes, elle paraît très rustique ; signalons enfin le bœuf des îles du Tchad, sans bosse, ayant de grosses cornes, dont la taille atteint celle du grand zébu, fortement charpenté, mauvais animal de boucherie, mais bon animal de transport.
_Rendement en lait et beurre._ — A Koussri dans le Bas-Chari on a obtenu en 1900 un rendement moyen de deux litres de lait par vache. A Ndellé, pays de Senoussi, une vache type arabe a donné pendant quatre mois (saison sèche) deux litres et demi de lait par jour. A Fort-Archambault, en août 1903, c’est-à-dire pendant la saison des pluies, époque où l’herbe est belle et tendre, sur 10 vaches, on a obtenu un rendement moyen de 2 litres 58 par jour. Le 11 août trois de ces vaches ont donné l’une 5 litres 17, la seconde 4 litres 65, et la troisième 4 litres 13.
Le rendement en beurre a été de 40 grammes de beurre par litre de lait.
_Ennemis du bétail._ — Un ennemi redoutable du bétail est la mouche nommée Boguéné, Bodjéné, Boadjani (Tsétsé) par les Arabes qui occasionne une mortalité considérable dans les troupeaux qui s’aventurent dans les endroits où elle existe. Cette mouche pique comme le taon. Elle est particulièrement abondante le long des rives boisées et toujours plus ou moins marécageuses des cours d’eau importants et dans les parties boisées confinant à ces cours d’eau. Dans les parties surélevées et découvertes elle n’existe pas, et il en est de même de beaucoup de régions plus ou moins boisées n’étant pas en contact avec les cours d’eau précités. Elle est plus abondante à la saison des pluies qu’à la saison sèche et ne circule pas la nuit.
Il existe aussi un moucheron nommé Douche par les Peuls possédant un appareil de succion comme la tsétsé (?) qui s’attaque aux paupières du bétail adulte et occasionne parfois la mort quand le nombre en est trop considérable. Il laisse sur la peau de l’homme une petite tache rouge comme celle que laisse la piqûre de la puce et qui persiste pendant 36 ou 48 heures ; pendant la succion si on chasse le douche, une gouttelette de sang vient perler sur l’épiderme.
Comme fauves, citons le lion particulièrement abondant entre Bongo en amont de Fort-Archambault et le poste des Lutos (Arètous), et la panthère.
_Élevage dans les autres parties du territoire._ — Dans la colonie l’élevage est possible ailleurs que dans les deux régions spéciales d’élevage citées ci-dessus, et s’il n’est pas pratiqué ce n’est pas parce que le terrain est défavorable, c’est parce que les indigènes qui l’occupent ne sont pas des pasteurs.
La région proprement dite de l’élevage a été envahie à une certaine époque par les Arabes et les Peuls, qui avec eux ont amené les troupeaux indispensables à leur existence toute pastorale, et les descendants ont fait ce que les ancêtres avaient fait. C’est donc par tradition que les Arabes et les Peuls actuels sont pasteurs, et c’est par tradition aussi sans doute que les nègres des régions limitrophes considérés avec dédain par les Arabes et les Peuls et qualifiés de Kirdis (sauvages) ne sont pas pasteurs.
L’élevage est possible ailleurs et il suffit pour cela de faire un choix judicieux et prudent des emplacements. On peut s’en rapporter pour cela aux bouviers qui, vivant continuellement avec leurs troupeaux, auront vite déterminé les endroits favorables.
Le sultan Senoussi possédait en 1903 un magnifique troupeau à Ndélé.
La même année le poste de Fort-Archambault possédait aussi un magnifique troupeau, une partie au poste même et l’autre partie à Balimba sur le Bahr-el-Azreg.
Le troupeau de Fort-Sibut était en bonne voie de prospérité en novembre 1903, quoique ayant reçu des sujets trop jeunes et de race défectueuse.
La mission catholique de Bessou (21 kilomètres en amont de Fort-de- Possel sur l’Oubangui) possédait un superbe troupeau, une partie provenant du Chari et l’autre partie de chez le sultan Senoussi.
Il est évident que la stabulation pour la nuit et pendant les mauvais temps s’impose dans beaucoup d’endroits.
Un troupeau de 33 bœufs et 8 vaches provenant du Bas-Chari a été expédié à Brazzaville où il est arrivé en juillet 1903.
Quoique les sujets aient été mal choisis au départ et trop jeunes pour un semblable voyage, la moitié des animaux était dans un état très satisfaisant, l’autre moitié était plus fatiguée. Les types représentés dans ce troupeau étaient les types peul et arabe décrits ci-dessus, la petite race, et la race à grosses cornes des îles du Tchad. En décembre 1904, il restait encore à Brazzaville un certain nombre de têtes provenant de ce troupeau et en particulier quelques beaux sujets du type peul et arabe et métis de ces deux types.
H. COURTET.
LES CHEVAUX DU MOYEN-LOGONE
La région comprise entre le Bamingui et à l’O. la frontière allemande, entre 7° 45 et 10° de latitude N. frontière allemande, est une région où l’on pratique l’élevage du Cheval.
On y rencontre deux types : le type du Moyen-Logone, de petite taille (1m,25 à 1m,30) robuste et très rustique ; et plus à l’O., dans la région de Palla, Léré et Binder, le type des plateaux de l’Adamaoua et du Mandara, plus grand, plus élancé, mais moins rustique. C’est ce dernier type qui est préféré par les Baguirmiens et les gens du Ouadaï, qui ne visent dans ce choix que la vitesse de la course, vitesse que sa taille plus grande lui permet.
L’occupation de Laï en 1903, et les reconnaissances faites ensuite ont permis de déterminer approximativement les limites de la région d’élevage, et de déclarer que cette région était à ce sujet d’une certaine richesse. MAISTRE avait d’ailleurs signalé, lors de sa célèbre exploration en 1892-1893, qu’il existait dans la région de Laï un grand nombre de Chevaux.
La région d’élevage des types du Moyen-Logone s’étend environ à 80 kilomètres à l’O. de Laï et 110 kilomètres à l’E. ; 40 kilomètres au N. de Laï et 110 kilomètres au S. En dehors de ces limites, jusqu’à 10° de latitude N. d’un côté, 7° 45 de l’autre, et jusqu’au voisinage du Bamingui on pratique encore l’élevage mais d’une façon moins intensive. En 1903, d’après les renseignements qui nous ont été fournis à Fort- Archambault, nous avons évalué la population chevaline adulte de cette région à 10.000 têtes environ. Les indigènes prétendent que leur petite race est peu susceptible aux atteintes de la mouche tsétsé, ce qui peut être vrai. Les Baguirmiens sont du même avis, et déclarent que la mouche tsétsé fait des ravages beaucoup plus sérieux dans le type des plateaux de l’Adamaoua et du Mandara, que dans le type du Moyen-Logone.
Les Chevaux de l’Adamaoua et du Moyen-Logone s’exportent par razzia ou par impôt en général, dans tout le Baguirmi et de là au Ouadaï. Par le Ouadaï, ils gagnent le Dar Rounga et le pays de Senoussi et ces deux dernières contrées envoient au Ouadaï des esclaves en échange.
L’exportation doit être considérable, car en 1903 un chef baguirmien opérant pour le compte du sultan Gaourang a ramené 1.000 Chevaux d’une razzia, et il est fort probable que ce chef en a mis à part selon l’usage, un certain nombre pour son propre compte. Un seul village (Bangoul) payait comme impôt annuel au Baguirmi quinze Chevaux. Certains chefs pour éviter les razzias traitaient avec le Baguirmi pour un impôt annuel, et dans certains endroits, il y avait des représentants du sultan Gaourang.
Les petits Chevaux du Moyen-Logone se comportent admirablement en route, dans les sentiers étroits, tortueux, encombrés de troncs d’arbres, dans les futaies si difficiles de bambous, dans les terrains rocheux et escarpés. Au passage à gué des rivières, dans les rivières non guéables on les fait facilement passer à la nage, et ils ont le pied très sûr, qualité appréciable surtout dans les terrains rocheux et escarpés, et dans les grandes plaines sillonnées de profondes crevasses pendant la saison sèche. On peut leur demander des étapes de 30 kilomètres avec un jour de repos après quatre ou cinq jours de marche consécutive. M. CHEVALIER, chef de la mission scientifique Chari-Lac Tchad, a pu faire tous les itinéraires suivis par la mission avec une jument du Moyen- Logone qui lui avait été donnée par le sultan Senoussi, conduire cette jument de Fort-Crampel à Ndélé, faire les parcours du pays de Senoussi et du Mamoun, de Ndélé à Fort-Archambault, du lac Iro, du territoire de Korbol dans le Baguirmi, du Baguirmi au Kanem, du Kanem à Fort-Lamy, où M. CHEVALIER s’embarqua. De Fort-Lamy, la jument remonta le Chari, le Bamingui, le Gribingui jusqu’à Fort-Crampel. De Fort-Crampel elle fut ensuite dirigée sur Fort-de-Possel (Oubangui) et de là à la mission catholique de la Sainte-Famille à Bessou, où elle arriva sale par suite du manque de soins et fatiguée, mais encore en bon état.
Comme nourriture il est nécessaire d’ajouter à la ration d’herbe de ce Cheval 10 à 12 grammes de sel par jour, et au minimum deux à trois litres de gros mil[553] (Sorgho).
Sur la ligne d’étape entre Fort-Sibut et Fort-Crampel, on attribue à la tsétsé et à une foule d’autres causes inconnues, la mortalité considérable qui sévit sur les Chevaux servant au transport des Européens. Il est bien plus rationnel d’attribuer cette mortalité au manque de soins et au surmenage. Il était notoire au moment où nous avons circulé dans cette région, que, si l’Européen ne distribuait pas lui-même la ration de sel au cheval, que s’il ne lui faisait pas distribuer et manger le mil devant lui, le tout allait aux palefreniers et aux boys ; en outre l’Européen a trop souvent considéré que le Cheval que l’Administration lui confiait, était un animal fait pour caracoler, ou pour franchir le plus rapidement possible la distance qui sépare un gîte d’étape d’un autre ; dans de semblables conditions, la mortalité s’explique en partie sans autre intervention. Le cavalier ne doit considérer le Cheval que comme animal de transport, il doit le laisser aller librement son pas et ne forcer l’allure qu’en cas de nécessité absolue.
Les indigènes du Moyen-Logone ont grand soin de leurs chevaux, malheureusement leur mors trop rudimentaire leur abîme la bouche, et n’ayant comme selle qu’une peau, qui sert plutôt d’isolateur entre le cavalier et l’animal, il est très rare de voir un Cheval sans plaie ou sans cicatrice de plaie sur le dos.
H. COURTET.
LA MOUCHE TSÉTSÉ
La Tsétsé (Bodjené, Boadjani) est très vive et au moindre mouvement que l’on fait pour s’en emparer elle se déplace, et ce n’est que lorsqu’elle est alourdie par le sang ou pendant la succion que l’on peut la prendre avec la main ; elle frotte ses pattes de devant et celles de derrière et les passe sur sa tête ou ses ailes comme la mouche vulgaire. Sa pose est très légère et on sent instantanément une petite douleur vive qui devient irritante, douleur produite par la piqûre.
Son puissant appareil de succion lui permet de gonfler son abdomen dans un temps très court qui varie de 30 à 70 secondes après la piqûre. Entre les 5 et 10 premières secondes on voit par transparence le sang affluer dans l’abdomen (l’auteur a fait ces observations sur lui-même). Elle ne sort que pendant le jour, la nuit elle se blottit dans le feuillage. Dans les territoires du Chari et au pays de Senoussi, on la rencontre le long des rives boisées et toujours plus ou moins marécageuses des cours d’eau importants. On ne la rencontre pas le long des rives dénudées ; à une courte distance des rives boisées ou des endroits inondés où croît la même végétation on ne la rencontre plus. Sur les petits cours d’eau, où la végétation n’est plus celle des rives basses ou inondées on ne la rencontre pas. Elle est plus abondante pendant l’hivernage que pendant la saison sèche.
En remontant le Bamingui et le Gribingui en baleinière à la saison des hautes-eaux (septembre-octobre 1903), dès que la baleinière frôlait les arbres, elle était envahie par la Tsétsé à tel point que dans certains endroits les pagayeurs presque nus en étaient incommodés ; dès que la baleinière prenait le milieu de la rivière la mouche devenait rare ou disparaissait.
A la tombée du jour les Tsétsés surprises dans la baleinière ne regagnaient pas les arbres, mais se réfugiaient sous la bâche abritant les caisses de matériel ou dans les intervalles de ces caisses. Au cours du voyage entre Fort-Archambault et Fort-Crampel elle n’a été rencontrée qu’à partir de Bongo, endroit où les rives deviennent boisées. Elle a été particulièrement abondante du confluent du Bangoran au confluent de la Vassako des Ngamas, un peu moins abondante plus en amont et retrouvée abondante jusqu’à Fort-Crampel.
Les postes de l’Irina, des Arétous (Lutos), de Finda et de Tinguéré sont très dangereux pour les chevaux et il importe de ne pas les laisser séjourner même quelques minutes au voisinage immédiat de la rivière et surtout des parties boisées de la rive.
La Tsétsé existe encore en amont de Fort-Crampel et sur la Nana. Elle a également été rencontrée à Fort-Sibut sur la Tomi, affluent de l’Oubangui par la Kémo.
En résumé, la mouche Tsétsé existe en plus ou moins grande abondance le long de tous les cours d’eau importants rencontrés et en particulier le long des rives boisées de ces cours d’eau, sauf au voisinage immédiat des centres hydrographiques où ces cours d’eau ne sont que des ruisseaux.
Ces principaux cours d’eau sont : Kémo, Tomi, Basse-Nana, Gribingui, Koukourou, Bamingui, Bangoran, Tété, Moussoubourta, Boungoul (Aouk), Diahap ou Mindja, Koumara et Bahr Salamat.
H. COURTET.
LE COTON AU BORNOU, AU BAGUIRMI ET AU TCHAD
Deux espèces de coton sont cultivées au Bornou, au Baguirmi et au Tchad : Le _Gossypium hirsutum_ (Niéré Barma) dans la proportion des deux tiers, et le _Gossypium arboreum_ (Niéré Massara) dans la proportion d’un tiers.
Le Niéré Massara comme son nom l’indique est venu du Soudan égyptien[554]. Il a été primitivement l’espèce cultivée dans le continent africain.
Le Niéré Barma d’origine américaine (il est la souche du Upland) est arrivé en Afrique centrale par le Soudan occidental où il est répandu partout. Le nom de Barma qu’on lui donne semble indiquer que les Baguirmiens (Barmagués en langue soudanaise) ont eu quelque temps la spécialité de sa culture.
Le _Gossypium barbadense_, planté çà et là dans les villages de la côte d’Afrique et dans ceux de la forêt du Congo, est inconnu au Baguirmi, mais on en rencontre quelques touffes chez les Saras de l’Ouest.
Il faut joindre à cette énumération le _Gossypium anomalum_ qui croît à l’état sauvage au sud du Kanem, chez les Krédas du Bahr el Ghazal et chez les Koukas du Dar el Hadjer, à l’E. du Tchad.
_La culture du coton au Baguirmi._
Tandis que le cotonnier se sème toute l’année dans les Bahrs du Tchad, au Baguirmi on ne le sème qu’à la saison des pluies. L’époque la plus favorable est le mois de juin, c’est-à-dire le début de l’hivernage. Par négligence quelques cultivateurs sèment seulement en septembre, cette pratique défectueuse empêche la plante de fleurir la première année ; de plus la saison sèche arrive trop vite ensuite et cette plante est encore trop faible pour résister convenablement à la sécheresse et au vent d’E. Le coton dans ces conditions reste toujours rachitique.
Pour l’ensemencement le sol subit la même préparation que pour le mil ou le sorgho, écobuage et grattage ou léger labour. Les graines au nombre d’une vingtaine sont très légèrement enterrées avec le pied dans des trous espacés de 0m60 à 0m80. La germination se fait très vite. On a la fâcheuse habitude de laisser en place tous les jeunes plants qui sortent (soit une dizaine environ), il est vrai que les plus faibles finissent par disparaître, mais il en reste cependant encore de 3 à 5 qui ne forment qu’une seule touffe, qu’il s’agisse du Niéré Massara ou du Niéré Barma. Nous n’avons vu nulle part repiquer le cotonnier, la racine pivotante se prêtant mal à cette opération. Les deux espèces cultivées vivent de 4 à 5 ans. Les plants du _Gossypium hirsutum_ atteignent en octobre 0m60 à 0m80 de hauteur, ils fleurissent à cette époque et donnent en moyenne de 4 à 8 capsules mûres en décembre. La floraison continue jusqu’à la fin de la saison sèche, mais il ne faut cependant compter que sur un rendement maximum de 20 capsules pour la première année. C’est la deuxième année que le _Gossypium hirsutum_ atteint la taille adulte et donne son plus grand rendement. Les années suivantes une partie des branches se dessèchent, et les inflorescences, beaucoup plus grêles, ne se forment plus que sur certaines pousses latérales à entre-nœuds courts et très chétives.
Le _Gossypium arboreum_ fleurit quelquefois la première année et alors donne très peu. C’est seulement la troisième année qu’il atteint son complet développement. Il peut atteindre alors 2m,50 de hauteur et ses rameaux grêles, retombants, couvrent parfois un espace de 1m,20 à 1m,50 de diamètre. L’écartement de 0m,70 donné par les indigènes à la plantation est donc trop faible. Les rameaux de cette espèce se renouvellent chaque année et dans les bons terrains un pied peut vivre 7 ou 8 ans (comme le _Gossypium peruvianum_ de Piura au pied des Andes).
Le rendement est naturellement très variable selon la nature du sol. Je ne m’occuperai ici que du rendement des terrains moyens (terres à _Sorgho_) du S. du Baguirmi. Dans les meilleures conditions le _Gossypium hirsutum_ peut donner annuellement dans ces terrains 20 capsules la première année, 50 capsules la deuxième, 30 capsules la troisième, 20 capsules la quatrième et presque rien la cinquième. Voyons ce que cela représente en coton.
Des capsules choisies, parfaitement mûres, ont donné à Mandjaffa :