Part 23
Le sol du pays des Vidris est ordinairement ferrugineux, il est sablonneux aux environs de Korou. Dans la zone de Kakouma, Basso, il est caillouteux, avec minerai de fer. C’est à Basso que GRECH a retrouvé la tombe d’un Européen de l’expédition DE LA KÉTHULLE. Les Vidris cultivent le riz, mais le manioc forme le fond de leur alimentation. Ils appellent guita la houe employée pour la culture. La liane à caoutchouc et l’arbre à gomme existent au N. du pays. Ils coagulent le caoutchouc en recevant le latex sur leur corps, c’est la sueur qui joue le rôle de coagulant. On trouve dans ce pays un caféier qui atteint quelques mètres de hauteur. Le bambou et le _Borassus_ existent aussi. On cultive encore le tabac, le bananier, le dazo, le _Ficus_ lili. Le bananier n’existe plus au N. de la Dorou (affluent du Bari ?). Le chien des Vidris n’aboie pas. On trouve dans le pays des moutons importés par les Ouadaïens et quelques chevaux. Les Vidris font du commerce avec les traitants musulmans qui vont chercher des captifs aux sultanats où ils séjournent en hivernage et qui retournent en été dans leur pays avec le produit des razzias qu’ils ont échangé contre de l’étain (mbassa), du sel, de la poudre, des capsules.
Dem-Ziber était la résidence habituelle du Moudir. En exécution des ordres reçus de M. LIOTARD, M. l’interprète GRECH pénétra du bassin du Mbomou, dans le bassin du Nil et planta le pavillon français à Dem- Ziber, le 17 avril 1897[158]. Les derviches, quelques années plus tôt, avaient semé la dévastation dans la contrée, les puits étaient transformés en véritables ossuaires.
M. GRECH trouva une population composée de Niogolgolés[159] commandés par Nacer Andel et de Forogués[160] commandés par Moussa-Ahmed.
Traduction de la pièce arabe de la page 155, faite par M. GAUDEFROY DE MONBYNES.
De sa Seigneurie le sultan Senoussi à sa Seigneurie notre commandant le capitaine Youssef ; de nous à toi, salut excellent et quantité de politesses et de courtoisies. L’objet de la lettre que je t’adresse, c’est que tu nous as écrit une lettre que nous avons lue, nous avons compris ce qu’elle contenait au sujet de la grande fête. Nous n’irons point t’y joindre ; nous ne serons point tes compagnons pour manger, boire et nous divertir. Qu’Allah te bénisse dix dix fois (Merci.). Tu es notre commandant mais ces nuits-ci, moi, j’ai été malade, à peu près trois jours, je ne me suis levé du lit que pour la fête d’aujourd’hui. Mais tous les officiers iront vers toi, entre autres el Hadj Teqqo, el Hadj Mohammed, Abou Azz (?) ; beaucoup de gens iront vers toi ; voilà ce que nous avions à te faire savoir. Salut.
Nous t’informons encore que les soldats se rendront auprès de toi après la prière du soir.
[Note 154 : Il avait alors comme principal lieutenant Nour Angara (Yanbassa).
On a cité, à Abdoul, les noms des plus importants lieutenants de Rabi, c’étaient : Dioufaga, Moussa Diaman, Ethman Ouettaco, Gadou, Hassan, Baboukar, Ouad el Fagui, Abeschaoui, Hide, Roumouroulaye, Kaoutsour, Baldas, Diabon, Daaf, Barou.]
[Note 155 : Le village porte le nom d’Ara.]
[Note 156 : Appelés aussi Krékis (PATAGOS) ; Adja (LUPTON) ; Krédi (SEHIO) ; Baïas (GRECH). Kreich serait un nom de mépris donné par les Arabes. Ils ne sont pas anthropophages, ce par quoi les Arabes les différencient des Bandas. La plupart ont été organisés en tribus puissantes dont les chefs vivaient à la manière des sultans soudanais et trafiquaient avec les Arabes.]
[Note 157 : Mbélé vivrait toujours et gouvernerait un petit sultanat au S.-O. du Dar Four.]
[Note 158 : Tout le monde à Ndellé croit Ziber Pacha mort depuis longtemps et on a cru que je plaisantais quand j’ai dit qu’il vivait encore au Caire.]
[Note 159 : Les Niogolgolés ont pour capitale Liffi dans le Talganonna, ville principale Beled. A l’E. les Niogolgolés sont séparés des Djengués par le Bahr el Ona ou Bahr el Arab.]
[Note 160 : Les Forogués sont originaires du pied du Djebel Marra ; aujourd’hui le Dar Diga ou Dar Zandé est leur principal pays. Il est traversé par la rivière Borou. Ils sont séparés des Niogolgolés par le Mangayat.]
CHAPITRE X
LE MOYEN-CHARI
I. Hydrographie, généralités. — II. Le Bahr el Abiod (Bamingui) et le Chari. — III. Excursion à l’O. du Chari.
* * * * *
I. — HYDROGRAPHIE, GÉNÉRALITÉS
Il existe, en Afrique centrale, entre 9° et 10° de lat. S., une immense plaine qui s’étend des marais de Toubouri à la lagune du Mamoun sur plus de 6° de longitude. Lorsque les rivières, originaires des plateaux du S., arrivent dans cette dépression, elles serpentent à travers la plaine, n’ayant plus qu’une pente insensible. Leur lit est souvent incertain, le courant se frayant un chemin variable à travers les alluvions les moins résistantes. Les apports de sable en des crues annuelles comblent peu à peu les lits déjà existants, et l’eau est obligée de s’écouler par ailleurs. De là ces lits nombreux où l’eau ne coule plus, même à la saison des pluies. Les uns sont remplis seulement de sable meuble et soulevé par le vent en forme de dunes ; les autres se transforment en marais et se couvrent de bourgou.
Toutes les grandes rivières, Bamingui (Abiod), Boungoul, Bahr el Azreg et Bahr Sara, ont conservé néanmoins un lit principal, généralement très ensablé, mais qui, en temps ordinaire, suffit à l’écoulement de l’eau, le débit de ces rivières ayant considérablement diminué.
Il n’est pas rare d’observer, sur le Chari même, les berges actuelles écartées de 200 ou 300 mètres limitant un lit encombré de sables, alors que sur les deux rives on aperçoit bien, au-delà du thalweg actuel, d’anciennes berges souvent distantes de plus de deux kilomètres. Sans doute les années de très hautes crues, le fleuve peut encore reprendre momentanément son ancien lit, les apports récents d’alluvions déposés près des anciennes rives l’indiquent. Mais ce phénomène ne se produit qu’à des intervalles éloignés. Dans les crues ordinaires, lorsque le lit actuel ne peut plus suffire, l’eau se déverse dans les innombrables chenaux latéraux qui, tantôt rejoignent le fleuve en aval, tantôt vont déboucher dans des mares ou encore pénètrent fort loin dans les terres. On ne saurait considérer ces bras comme des canaux puisqu’ils sont à sec presque constamment, parfois plusieurs années de suite ; aux hivernages ordinaires, leur lit n’est en somme qu’un chapelet de mares dont l’eau provient, soit des pluies tombées dans les régions traversées par ces chenaux, soit des infiltrations des rivières. Ce sont, en somme, des ouadi dont le lit a été creusé à une époque où les crues avaient une importance infiniment plus considérable qu’aujourd’hui. Souvent même, le lit de ces chenaux devient tout à fait incertain et ce n’est plus dans une dépression rectiligne qu’afflue l’eau, mais elle s’étend dans de vastes plaines qu’elle transforme en marécages.
Cette grande plaine est sillonnée aussi de cours d’eau d’aspect particulier nommés _Mindja_ ou _Minia_. Il n’y a aucun doute pour moi que les Minia sont souvent des rivières ensablées ou plutôt des canaux dont le lit a été comblé par la terre et les débris végétaux, l’eau ayant cessé d’y couler depuis longtemps, même d’une façon intermittente. D’autres Minia ont pu être des diverticules allant d’une rivière à l’autre. C’est le cas de la Minia Mbanga qui réunissait vraisemblablement le Boungoul (Aouk) au Bahr Salamat, peut-être aussi du Bahr Nam ou Ba Bo qui aurait réuni le Logone au Bahr Sara. D’autres enfin ont pu être les bras secondaires d’une rivière dont le courant principal s’est conservé tandis que les autres se sont taris par suite de la diminution des pluies, et sont devenus, pour ainsi dire, des _Rivières fossiles_. Les Minia, en effet, n’ont plus aucune valeur hydrographique. Dans leur lit on trouve encore çà et là des flaques d’eau une partie de l’année, parfois même des trous profonds où vivent des hippopotames. Puis le lit devient tout à fait indécis ; il se rétrécit jusqu’à une largeur très inférieure à celle qu’il a en aval ou même en amont. Parfois, à un lit ayant des berges verticales de 2 mètres de haut, succède plus loin un lit qui n’est plus marqué que par une large dépression herbeuse profonde seulement de quelques décimètres, sur les bords de laquelle on ne trouve plus de berges. Enfin il peut arriver que ces dépressions même soient comblées totalement ; le lit est de niveau avec la plaine et quelquefois la végétation ligneuse s’établit sur l’emplacement. Plus rien n’indique les traces d’une rivière. Les indigènes savent seulement qu’en creusant des puits on trouve l’eau à une faible profondeur. Ainsi au N. de 9°, presque toutes les routes de caravanes des Arabes ou les sentiers de brousse des Kirdis suivent des traces de Minia ou bien les coupent perpendiculairement de manière à les conduire d’un point d’eau à un autre. Même lorsque la dépression d’une Minia n’est plus apparente, on peut ordinairement suivre son cours en repérant les touffes de _Nauclea inermis_ qui le jalonnent. Cet arbuste, dont les racines doivent vivre toute l’année dans la terre humide, ne s’éloigne point des dépressions. Malgré ce précieux indice, il est parfois difficile de retrouver le tracé de l’ancienne rivière. La pente n’existe pour ainsi dire plus dans le lit des Minia ; parfois même après une très grande pluie le trop plein d’une mare du lit remonte l’ancien thalweg. Le plus souvent ce trop plein se répand sur les bas-fonds avoisinants qui se transforment alors en marais étendus.
Une multitude de culs-de-sac, parfois plus profonds que la _Minia_ même, y aboutit. Ce sont, ou les trous du lit primitif, ou même des bras secondaires. Enfin il arrive que la Minia débouche dans un _Firki_ c’est-à-dire dans une grande plaine herbeuse sans arbres, transformée en marais après chaque pluie, l’écoulement de l’eau ne s’effectuant pas. Toutes ces causes font que la plupart des Minia ne sont point considérées comme des lits continus par les indigènes mais comme des fossés sans issues. Demandez à un noir où va et d’où vient la Minia qu’il vous montre : neuf fois sur dix, il répondra qu’elle s’arrête à une faible distance en aval et en amont. Sur les relevés d’itinéraires faits par les officiers du territoire du Chari, la plupart des Minia sont regardées comme des communications entre mares. D’autres fois, les indigènes font des réponses paradoxales : un jour ils vous diront que la Minia Lomé s’abouche avec le lac Iro, un autre jour avec le Ba Koulfé ou même avec le Bahr Chari.
En cela d’ailleurs les indigènes n’ont point tort. Il n’y a plus de doute pour moi que toute la plaine du Chari, depuis 9° N. jusqu’à la latitude du Tchad et depuis probablement les marais de Toubouri jusqu’au Mamoun, a formé une immense nappe lacustre à l’époque où l’érosion des massifs montagneux de l’E. et l’O. du Chari comblait progressivement la dépression centrale du continent noir. Les sables du Sahara lui-même seraient en grande partie constitués par les apports des fleuves tropicaux : Sénégal, Niger, Benoué, Chari, Nil, qui charriaient le limon et les sables arrachés aux montagnes situées entre 2° et 8° N. La plaine du Chari central aurait été comblée à une époque relativement récente. Le remplissage s’achève encore de nos jours. Chaque année de petits canaux latéraux à la rivière de Fort-Archambault sont ensablés ou remplis par les débris de bourgou. Il est vrai qu’à chaque crue exceptionnelle de nouveaux fossés s’ouvrent à travers les sables encore meubles des berges. En de nombreux endroits, ces sables sont consolidés et forment une muraille que l’eau rompt plus difficilement. Comme le remplissage s’est fait irrégulièrement et par apports inégaux, la plaine est loin d’être nivelée. Il reste ici et là des fossés profonds qui sont les lits des rivières actuelles permanentes, des fossés moins profonds qui sont devenus inutiles, en partie remplis. Enfin çà et là de grands marais subsistent, s’anastomosant entre eux ou avec les rivières permanentes et les Minia voisines. Ces trois catégories de dépressions forment un réseau très complexe, entre les mailles irrégulières duquel sont compris les monticules où l’eau n’a point séjourné, mais a ruisselé. Ces terrains surélevés sont de deux sortes : 1o des rochers granitiques qui se dressent en gigantesques monolithes à travers la plaine et sont ordinairement entourés d’une ceinture de blocs éboulés[161] ; 2o des mamelons de faible relief, constitués par une arène granitique, et qui entourent les roches en place sur un périmètre de plusieurs kilomètres. Appartiennent encore à cette catégorie des ondulations diversement orientées, hautes de 20 à 60 mètres au-dessus du niveau des marais, larges de 15 à 20 kilomètres, qui s’étendent souvent de chaque côté des grandes Minia. Le limon rouge (terre sablonneuse rouge) qui recouvre ces plateaux est très propre à la culture[162] ; aussi tous les villages saras sont-ils installés sur ce terrain. Les coteaux sablonneux sont perméables à l’eau qu’on est obligé d’aller chercher dans des puits profonds comme chez les Toummoks, les Saras Mbangas, etc. L’eau des pluies est immédiatement absorbée par le sol ou bien elle ruisselle pendant une heure ou deux le long de petits ravins, larges de quelques mètres à peine et profondément entaillés. Le reste du temps ces ravins sont complètement asséchés et l’on pourrait creuser dans leur lit des puits à une grande profondeur sans rencontrer d’eau, tandis que dans le lit des Minia il en subsiste ordinairement.
_Valeur agricole de la plaine basse._ — C’est une opinion fort répandue en Europe que les plaines de tous les grands fleuves tropicaux constituent un sol d’une fertilité remarquable. Ce n’est malheureusement souvent qu’une légende, et en ce qui concerne la vallée du Chari en particulier, le sol est très souvent impropre à la culture. Ce n’est tantôt qu’un sable absolument stérile, tantôt une argile grisâtre, bonne tout au plus à faire des poteries. Beaucoup de dépressions se prêteraient sans doute à la culture du riz, mais cette céréale est absolument inconnue tout le long du fleuve ; c’est à nous de la vulgariser. L’élevage trouverait aussi dans les grandes prairies de bourgou et dans les steppes voisines du fleuve (dont la végétation se maintient verte six mois de l’année) assez d’herbe pour les troupeaux. Mais, tant qu’on n’aura pas de remède efficace contre les maladies à trypanosomes, l’élevage demeurera dans une situation précaire. Il existe bien, çà et là, dans la vallée des points fertiles, parfois même assez étendus. Ce sont ces terrains que les tribus agricoles ont choisis pour l’emplacement de leurs villages : les Rétous, les Ndoukas, les Niellims, les Kabas, les Saras. Le _Sorgho_ et le _Penicillaria_ y donnent de superbes rendements, enfin le coton y est cultivé, mais en très petite quantité.
II. — LE BAHR EL ABIOD (BAMINGUI) ET LE CHARI
La direction générale du Bahr el Abiod ou Bamingui depuis le Bangoran jusqu’aux rochers des Niellims, est N. 30°. Sur ce parcours (180 kilomètres), il n’y a point, comme l’indique la carte PELET, une multitude de canaux anastomosés et presque égaux en importance : partout on ne trouve qu’un seul grand chenal où l’on puisse à la rigueur passer à la saison sèche, où l’eau coule toute l’année.
La saison sèche se prolonge de janvier à mai inclusivement. A cette époque, même sur le chenal principal, même avec des chalands plats, la navigation est très pénible et celles de ces embarcations qui remontent font à peine 10 kilomètres par jour. Ce serait vers la fin d’avril que la hauteur des eaux atteindrait son maximum ; le 18 mai, le niveau a monté de 0m,20 environ, si l’on en juge par la ceinture de bancs de sable recouverts d’une végétation qui disparaît déjà sous l’eau. Pourtant, le 10 août, NACHTIGAL voyait encore à Maffaling par 10° 30′ environ, des îles sablonneuses peuplées d’hippopotames et de crocodiles[163]. En 1904, à Fort-Archambault, l’eau monta de 1 mètre le 1er août à plus de 5 mètres au milieu d’octobre. M. BRUEL fait remarquer que la décrue du Chari fut alors beaucoup plus lente que celle du Logone à Laï[164]. Le premier, en effet, est alimenté par des rivières d’origines plus diverses, ne recevant pas à la même époque le maximum de précipitation ; aussi la crue dure-t-elle plus longtemps.
En saison sèche, le chenal principal est large de 200 à 1.200 mètres. L’eau n’occupe pas d’ailleurs tout ce lit au mois de mai. Si les îles y sont rares, il n’en est pas de même des bancs de sable qui, plus ou moins mobiles et souvent sans végétation, atteignent fréquemment 200 à 400 mètres de largeur. La pente est insensible et le courant, partant, très faible. Voici les dimensions relevées en quelques points de notre itinéraire : le 18 mai, j’ai passé à gué le Bamingui (Abiod) un peu en aval du confluent du Bangoran, la partie occupée par les eaux n’avait que 200 mètres de large, et la plus grande profondeur observée n’était que de 0m,60. Le 25 mai nous le traversons en aval de Fort-Archambault entre le poste et le confluent du Ba Karé ou Boungoul, nous lui trouvons 300 mètres de large et 0m,50 de profondeur. Enfin, le 27 mai, nous passons le Chari, un peu au-dessous du confluent du Bahr Salamat. Le lit est occupé, en amont et en aval du gué, par des rochers de granite, la largeur des eaux est de 150 mètres ; la profondeur observée de 1m,20, mais, en ce dernier point, il faut éviter des gouffres creusés entre les roches qui doivent avoir une grande profondeur, si l’on en juge par les tourbillons. La profondeur est donc loin d’être régulière : il n’est pas rare d’observer tout près d’un gué, soit en amont, soit parfois en aval, des cavités où les hippopotames prennent leurs ébats.
L’une des berges de ce lit mineur est abrupte, avec un à-pic de 3 à 7 mètres. L’autre est souvent à peine accusée ou bien, après un rivage qui limite le cours d’eau à la saison sèche, un second distant de 800 à 2.000 mètres de la rive opposée forme le rebord du lit majeur que l’eau ne remplit qu’aux très hautes crues. C’est en dedans de cette fausse berge que sont situés des canaux secondaires, les culs-de-sac et les mares dans lesquels l’eau reste en permanence. Dans toutes les dépressions, le niveau se maintient sensiblement le même que dans le cours proprement dit, quand bien même ces dépressions ne lui seraient pas reliées directement. Cette communication se fait par capillarité à travers le sable, et, aux Niellims par exemple, les habitants se procurent de l’eau, en creusant des trous dans un banc de sable, à 2 kilomètres du fleuve. Au-delà de ce lit majeur, les alluvions sablonneuses déposées par le fleuve à une époque de plus fortes précipitations, s’étendent presque partout sur une largeur de 8 à 10 kilomètres. Les sables soulevés par le vent forment des dunes assez mal fixées par la végétation. Ils obstruent souvent les nombreux canaux qui suivent le chenal le plus important et qui, remplis par l’eau à l’hivernage, ressemblent à ces bras de fleuve qu’indique la carte PELET. Mais le plus souvent ils se réduisent à des culs-de-sacs et n’ont de communication avec le fleuve qu’en amont : En aval, le chenal a été obstrué, soit par les dépôts de sable qui s’y sont engouffrés, soit par l’accumulation du Bourgou dont les longs chaumes genouillés remplissent, dès le mois de mai, le lit entier des chenaux secondaires.
_Les roches des bords ou du lit du fleuve._ — Près du confluent du Bangoran et de l’Abiod, M. COURTET a recueilli une roche à grain très fin, de couleur blanche ou brune. A 6 ou 8 kilomètres du confluent, sur la rive droite, j’ai trouvé des falaises de roche ferrugineuse dure et très caverneuse. Elles s’élèvent de 6 à 8 mètres au-dessus du niveau de l’eau, et les blocs éboulés dans le lit étaient couverts de coquilles d’_Etheria_ fixées seulement à la surface des blocs, mais n’entrant pas dans leur constitution. Plus loin on rencontre encore le même type de roche ferrugineuse. A Fort-Archambault, il y a quelques blocs ferrugineux dans le lit du fleuve. J’ai en outre constaté sa présence sur les bords d’un marigot se jetant dans le bras principal du Boungoul (Aouk) et situé à 14 kilomètres environ de Fort-Archambault, en aval. En cet endroit, les tables ont une épaisseur de 3m,60 environ, et reposent sur une couche sablonneuse compacte, formée par l’agglutination de grains de quartz liés par une pâte assez solide. A la hauteur des confluents du Bahr el Azreg et du Bahr Sara, et sur un parcours d’une dizaine de kilomètres on observe sur la rive gauche (à 5 ou 6 kilomètres du fleuve ?), un plateau surélevé d’une vingtaine de mètres, qui se prolonge d’un côté vers Daï, et de l’autre vers les Niellims. Les roches qui le constituent n’arrivent point jusqu’au lit de la rivière.
C’est près du confluent de la première branche, la plus méridionale, du Bahr Salamat (Ba Goulfé, Ba Di, Ba Ko, Ba So, Ba Tanako[165], des indigènes) que de nouvelles roches font leur apparition sur la rive droite. Un gros bloc de grès horizontal, long de 50 mètres, large de 15 à 30 mètres, et haut de 15 à 20 mètres, se trouve à un kilomètre du lit principal, à proximité de la limite des eaux aux hautes crues. Des rochers semblables existeraient çà et là, dans la brousse, aux environs. Puis, à quelques centaines de mètres, en aval, commencent à apparaître, dans le lit même du fleuve, et sur les bords de gros blocs arrondis de granite dont la surface est noircie et comme vernissée par le bioxyde de manganèse. Ces rochers forment un barrage, non continu, près du confluent du bras principal du Bahr Salamat et du Chari. Deux ou trois kilomètres plus loin, on retrouve des blocs semblables, formant une chaîne qui va d’une rive à l’autre et alignée O. 25° N.
A partir du confluent du Bahr Salamat on aperçoit beaucoup mieux sur la rive gauche le plateau déjà cité.
_Les confluents._ — Sur la rive droite, à 3km.,500 en aval de Fort- Archambault, il existe un petit bras peu important du Boungoul ou Ba Karé[166]. A 11 kilomètres on coupe le bras principal actuel dont le lit est large de 400 mètres environ, mais il est en grande partie ensablé, l’eau n’en occupe que 40 mètres de large et n’a qu’une profondeur au gué de 0m,40. Un autre bras se trouve à 5km.,500 plus loin, c’est le Dio dont le lit est large de 50 mètres. Tantôt l’eau occupe toute la largeur du lit, tantôt elle se réduit à un filet de 3 ou 4 mètres de largeur ayant à peine 0m,30 de profondeur ; le courant est insensible.
Le marigot de Bambara dont le confluent est situé à 40 kilomètres environ de Fort-Archambault en amont, que les laptots considèrent comme communiquant avec le Boungoul ou Ba Karé, ne constituerait pas un bras de cette rivière d’après DECORSE.
Le Bahr Salamat atteint le Chari à 50 kilomètres à vol d’oiseau en aval de Fort-Archambault. Le delta se compose de plusieurs bras en grande partie ensablés. Le plus important a une centaine de mètres de largeur et se divise en deux à quelques centaines de mètres du Chari, ses berges ont de 3 à 4 mètres de haut. Le lit ne contient en mai que des flaques d’eau et des prairies de bourgou. A 6 kilomètres en aval se trouve un autre bras mais moins important que le précédent. A 6 kilomètres sur la rive gauche le fleuve reçoit successivement le Bahr el Azreg et le Bahr Sara. Ce sont des rivières distinctes. Le Bahr Sara est, de l’avis de tous, plus important que la rivière des Kabas[167] (Bahr el Abiod ou Bamingui). L’Azreg et le Bahr Sara ont leur confluent situé à 15 ou 18 kilomètres environ en aval de Fort-Archambault. A ce confluent leurs lits se confondent, étant séparés seulement par une grande plaine marécageuse, recouverte d’eau pendant les crues, et sillonnée en temps ordinaire de nombreux canaux anastomosés.
III. — EXCURSION A L’OUEST DU CHARI