Chapter 20
Madame D'Aucheron le reconnut. Elle se portait beaucoup mieux; la crise était passée et le danger d'une folie irrémédiable s'éloignait de plus en plus. Ceci avait lieu pendant le procès même, le dernier jour, au moment où le père Pêcheur rendait témoignage. Personne ne connaissait donc encore le redoutable secret. Le jeune ministre était un peu dans l'embarras. Il ne savait pas s'il devait, par des phrases adroites, préparer madame D'Aucheron à la grande surprise qui l'attendait, ou se jeter dans ses bras en l'appelant sa mère. Il la regardait fixement, doucement, et lui, toujours froid, léger, badin, sceptique, il sentait des larmes mouiller ses paupières... Une mère, voyez-vous, ce n'est pas une femme comme une autre. Il y a dans son amour quelque chose qui n'est pas de la terre.
--Vous pleurez, monsieur, dit madame D'Aucheron... vous avez donc du chagrin, vous aussi?
--C'est de joie, répondit le jeune ministre... je ne suis plus orphelin... j'ai retrouvé ma mère...
--Votre mère?... vous l'aviez perdue?...
--Je l'ai retrouvée, s'écria-t-il, en enveloppant de ses bras la pauvre femme tout étonnée, c'est vous... c'est vous!... je suis l'enfant que vous avez mis au monde en revenant des Montagnes Rocheuses, à St. Jean d'Iberville, il y a vingt trois ans!
Madame D'Aucheron poussa un cri, puis fondit en larmes...
Monsieur D'Aucheron, qui entrait au même instant, vit le jeune ministre et sa mère serrés l'un contre l'autre dans un étroit embrassement... Il ne savait rien encore. Le sang reflua vers son coeur, il pâlit, la colère s'alluma dans son âme. Il était armé.
--Misérables! s'écria-t-il.
Un éclair jaillit et le garçon d'Elmire Audet roula sur les tapis soyeux, comme une fleur qui se détache de sa tige.
Madame D'Aucheron se leva tout effrayée, toute désespérée. Elle était belle à voir dans sa douleur de mère...
--Mon enfant! s'écria-t-elle! mon fils!.... Vous me l'avez tué!... Ah!... tuez-moi! tuez-moi, je vous en prie!...
Puis elle se jeta sur le corps ensanglanté du jeune ministre, s'efforçant de le rappeler à la vie, par les paroles les plus douces que les lèvres d'une mère puissent prononcer...
Il ne l'entendait plus; il était mort.
D'Aucheron, terrifié, regardait debout, immobile, le lamentable spectacle...
Alors quelques amis se présentèrent. Le procès venait de se terminer et ils accouraient annoncer à D'Aucheron que M. Le Pêcheur était l'enfant de sa femme. Ils s'arrêtèrent stupéfiés en face du tableau sanglant que présentait le salon.... D'Aucheron raconta ce qui venait de se passer. Madame D'Aucheron criait toujours:
--Mon enfant! mon fils!... ah! tuez-moi!...
C'était vraiment une scène à fendre l'âme, et tout le monde se mit à pleurer. On apprit dans la ville la mort tragique de l'honorable M. Le Pêcheur en même temps que le secret de sa naissance...
XXII
Le printemps arrivait avec ses brises tièdes, ses volées harmonieuses d'oiseaux voyageurs, le murmure des eaux qui reprenaient leurs courses vagabondes, les épanouissements des boutons sur les branches, les effluves d'amour dans les airs ensoleillés. La Longue chevelure songeait maintenant à retourner dans les lointaines contrées d'où il venait. Il irait revoir encore l'humble tombeau de sa femme dans les solitudes des Montagnes Rocheuses. Il voulut avant son départ, se rendre à St. Raymond pour dire adieu à la maison hospitalière de Rodolphe. Le jeune médecin se livrait à l'étude avec une ardeur de plus en plus grande. L'amour de la science, le désir de savoir, la noble ambition de protéger la vie de ses semblables le consolaient un peu de l'amour perdu et du bonheur envolé. Il cherchait l'oubli de sa peine dans le travail et le bien, comme d'autres le cherchent dans le mal et l'oisiveté.
Madame Villor sentait ses forces revenir. Le printemps la ramenait comme il ramène tout. Un soir, tout à coup, elle recouvra complètement l'usage de la parole. Ce furent des cris de joie dans la famille. On remercia le Seigneur à genoux. La Longue chevelure entra un instant après. Il leva les mains au ciel et poussa une exclamation de surprise en voyant la malade s'approcher et lui souhaiter le bon jour.
--Dieu s'est montré miséricordieux envers moi, dit-elle; il est juste, et c'est vous, sans doute, que sa bonté veut atteindre. Asseyez-vous là, je vais vous parler de votre enfant.
Leroyer se prit à trembler comme s'il eût été saisi de frayeur. C'était la joie et l'espérance.
--Vous le savez, continua Madame Villor, je suis la soeur de Léon Houde, l'un des voyageurs que vous avez autrefois arrachés à la mort. Il fut blessé en défendant votre femme. Les sauvages jetèrent votre petite fille dans un torrent et lui, malgré leurs clameurs et leurs flèches, il se précipita et réussit à la sauver. Il l'apporta à son foyer. Il y avait une somme considérable dans les langes de l'enfant; il confia cette somme à un notaire de ses amis, pour qu'il la fît fructifier. Elle fut perdue. Mon frère mourut peu de temps après et sa femme le suivit aussitôt dans la tombe. La petite fille fut envoyée dans un hospice. Ce fut le docteur Grenier, un ami de mon défunt mari, qui se chargea de la conduire à Québec et de la mettre entre les mains des soeurs de la Charité. C'est-à-dire non, ce n'est pas lui-même qui la porta chez les Soeurs, mais un de ses parents, un homme de la plus haute respectabilité, m'a-t-il assuré, alors, en toute franchise. Sachant la petite dans un couvent, sous l'oeil des bonnes soeurs et de Dieu, je n'ai plus eu d'inquiétudes à son sujet et,... je dois l'avouer, je ne m'en suis pas occupée davantage. Si j'avais su!... Si j'avais pu prévoir!...
Elle s'arrêta suffoquée par les émotions.
--Mon enfant! ma petite Estellina, disait la Longue chevelure, dans son transport, vais-je enfin la retrouver?... j'ai peur! j'ai peur qu'elle fuie encore, qu'elle fuie toujours, comme l'oiseau dont le nid a été détruit par la foudre!... Et moi qui m'en allais désespéré!... Ah! mon âme a manqué de confiance en Dieu....
Madame Villor alla prendre, dans une petite boîte en fer blanc verni, un papier qu'elle remit au siou.
--Un jour j'ai reçu ce billet, dit-elle, voulez-vous le voir?
Leroyer prit le papier d'une main tremblante et se mit à lire:
Madame,
Vous êtes la soeur d'un homme qui fut mon ami, c'est à vous que je demanderai pardon, puisque cet homme et sa digne femme ne sont plus. Je serai bref, car mes forces s'en vont. Je vais mourir... je me meurs.... Les 5,000 dollars de la petite indienne n'ont pas été perdus, comme je l'ai faussement attesté; je les ai gardés... j'ai chargé mon gendre de tout remettre à l'enfant, si on la trouvait, capital et intérêts. A l'enfant, ou aux siens, ou aux hospices de la charité.... Voyez à ce que mes volontés dernières soient exécutées. Mon gendre se nomme Louis Sougrain... que Dieu me fasse miséricorde!...
Il n'y avait pas de signature. Un oubli du mourant.
--Sougrain! Sougrain! disaient toutes les personnes.... Il faut que ce soit Sougraine, le notaire Sougraine.... Si c'était lui? Vilbertin?...
La Longue chevelure regarda madame Villor d'une singulière façon.
--Vous êtes désireux de savoir, devina-t-elle, si les volontés du mourant ont été accomplies. L'héritier du notaire infidèle est parti pour les Etats-Unis peu de temps après la mort de son beau-père. Il a méprisé les prières du mourant. Il a gardé l'argent sans doute....
--Le notaire Vilbertin est riche, très riche, observa Rodolphe....
Madame Villor reprit:
--Au moment où je me proposais de vous révéler ce que vous venez d'entendre, j'ai reçu cet autre billet. J'ai eu peur, car la première lettre n'étant pas signée, ne pouvait me servir de preuve. La peur m'a causé le mal que vous savez, et dont le Seigneur m'a enfin délivrée.
Ce nouveau billet, c'était la lettre menaçante que l'on a vue déjà. Elle venait de Vilbertin. Il savait, le rusé notaire, que son beau-père avait écrit à la soeur de Léon Houde pour lui déclarer ses dernières volontés et lui demander pardon. C'est cet écrit que le mourant lui avait montré. Il croyait bien faire, il donna l'éveil au coquin qui laissa le pays immédiatement.
--Il est certain, dit Rodolphe, que Sougrain, Sougraine et Vilbertin ne sont qu'une seule et même personne. Allons le voir. Le misérable, il faudra bien qu'il parle.
--C'est vrai, soupira la Longue chevelure, mais tout cela n'a rapport qu'à l'argent et m'intéresse peu. C'est mon enfant que je veux retrouver.... ma pauvre Estellina!
XXIII
Le même jour une voiture s'arrêtait à la porte de l'étude de maître Vilbertin. Le cheval était essoufflé, chaud, enveloppé d'une buée de vapeur tiède. Il avait dévoré le chemin. C'est que Rodolphe et la Longue chevelure avaient hâte d'arriver. Le notaire ouvrait la porte pour mettre dehors son ex-ami D'Aucheron.
--Va-t-en au diable! criait-il, et crève comme un chien!
D'Aucheron était ruiné. Il partit pour ne jamais revenir. On dit qu'il est aujourd'hui dans un ermitage, en pays étranger. Il aurait cherché auprès de Dieu des consolations que le monde ne sait point donner. Il ne fut pas mis en accusation pour le meurtre de M. Le Pêcheur. L'erreur était évidente....
Disons tout de suite, puisque nous arrivons au terme de notre récit, que madame D'Aucheron est entrée, après le départ de son mari, chez les pénitentes du Bon Pasteur. Elle est un modèle de douceur et de soumission. Rien ne pourrait l'arracher au refuge béni où la tempête l'a poussée.
Pourquoi ces naufragés de la vertu trouvent-ils un port où s'abriter, pendant que tant d'autres sont engloutis tout à coup, dans les abîmes?... Secret de Dieu. Pourtant la miséricorde du Ciel est infinie et sa justice est éternelle.... Mais on ne sait pas le secret des coeurs, les rayonnements de la Foi dans l'ombre, la puissance de la prière. Il se fait, en faveur de certaines âmes, un travail mystérieux et puissant qui échappe à notre attention, mais non pas à l'oeil de Dieu....
Sougraine, effrayé des coups qui frappaient ses enfants, effrayé de la solitude qui se faisait autour de lui, pleurant ses fautes inutiles ou ses espérances effondrées, prit sa carabine fidèle et s'enfonça dans les forêts.
Rodolphe et son compagnon entrèrent chez le notaire Vilbertin. Le notaire ne leur offrit pas de sièges. Il leur demanda rudement ce qu'ils désiraient.
--Mon enfant! répondit brusquement le siou.
--Je ne vous comprends pas, répliqua le notaire, un peu décontenancé.
--Vous êtes M. Louis Sougraine dit Vilbertin? reprit l'indien.
--Oui. Et vous, vous êtes la Longue chevelure dit Leroyer?...
--Et le père d'une petite fille dont vous détenez la dot injustement et contre la volonté sacrée d'un mourant.
Ce fut un coup de foudre. Le notaire ne s'attendait pas à cela. Pourtant il ramassa ses forces et voulut lutter.
--J'ai des preuves, reprit la Longue chevelure et je vais vous faire rendre gorge. Si vous avez oublié les recommandations de votre beau-père, je vous en ferai souvenir....
--Connaissez-vous le misérable qui a écrit ce papier? demanda à son tour Rodolphe, en dépliant le billet que l'on connaît déjà.
--Non, répondit le notaire, je ne le connais pas.
--Vous faites mieux d'avouer, continua Rodolphe, on ne vous laissera pas en paix, et l'on retracera bien le chemin que vous avez fait pour dépister les recherches.
--Votre beau-père vous connaissait sans doute, car il a bien pris ses précautions.... repartit le siou. Il a chargé quelqu'un de vous surveiller et de vous forcer à faire la restitution qu'il ne pouvait plus faire, lui; mais ce que je veux, c'est mon enfant, ajouta-t-il avec douceur; je n'ai nul besoin de l'argent que vous avez reçu, je ne veux pas qu'il en soit question, je suis riche, très-riche.
Le notaire essaya de nier encore, mais devant les promesses formelles de la Longue chevelure et de Rodolphe, qu'il ne serait nullement inquiété au sujet de l'argent s'il aidait à retrouver l'enfant; devant l'espérance d'arracher encore quelque chose à la reconnaissance du généreux indien, il consentit à parler.
--J'ai passé quelques mois aux Etats-Unis, avoua-t-il, et je suis ensuite venu demeurer à Québec. Je ne me suis jamais occupé de l'enfant... je ne dis pas où elle est... je ne l'ai jamais vue...
--O mon enfant! mon enfant! soupirait la Longue chevelure... si je la trouve, je vous récompenserai bien.
La notaire était presque ému. Il pensait.
--Comme cela tourne bien! Après tout, l'argent console de l'amour quelquefois... Si je pouvais l'oublier, elle, je serais encore heureux... L'oublier! l'oublier!...
Rodolphe dit:
--Si nous allions voir le père Duplessis, c'est un homme de bons conseils....
--Je le veux bien, répondit Leroyer. Venez avec nous, monsieur Vilbertin.
Le père Duplessis était en tête à tête avec Horace, un gai compagnon des âges passés qui ne vieillit pas. Il fut enchanté de la visite, enchanté, mais presque stupéfait. Ce qui l'étonnait, c'était de voir ensemble Rodolphe et le notaire. Après tout, se dit-il, _sage ennemi vaut mieux que fol ami_.
Le jeune docteur prit la parole et annonça la guérison de sa tante, puis il exposa ce qu'elle avait raconté au sujet de la petite fille de la Longue chevelure. Il fut assez délicat pour ne pas faire allusion à l'argent. Le notaire était tout surpris d'une si haute indulgence; il n'en suait pas moins à grosses gouttes, tant il avait peur.
--Attendez donc! fit Duplessis, attendez donc!... est-ce que...? Ah! par exemple, ce serait bien drôle....
Et sa figure honnête s'illuminait des rayons de l'espoir.
La Longue chevelure éprouvait des tressaillements indicibles et s'enivrait de ses paroles comme d'une liqueur généreuse.
--Le docteur Grenier, de Lotbinière, reprit le vieillard, en regardant profondément dans le passé, c'est à moi qu'il a confié une petite fille... oui c'est à moi....
--A vous? s'écrièrent les visiteurs au comble de l'étonnement.
--A moi-même, oui, il y a bien vingt et un ou vingt-deux ans de cela.... Grenier, c'était mon cousin. J'ai porté la petite, le même jour, chez les Soeurs de la Charité.... Je n'ai seulement pas demandé d'où elle venait.... Grenier l'apportait c'était suffisant.... Il est bon d'être un peu curieux parfois.... La curiosité n'est pas toujours un défaut.
De terribles émotions bouleversaient l'âme de la Longue chevelure pendant ces paroles du vieux professeur.
--Allons vite à l'hospice de la charité, s'écria-t-il, allons vite....
--Sans doute qu'on y va courir, répliqua le père Duplessis. Il faut la retrouver, la petite... il le faut.... Imaginez un peu!... Je prends mon carnet.... Tout y est, l'arrivée, le mois, le jour.... On a fait les choses régulièrement.... Si j'avais su.... Mais: "_avant de juger de tout il faudrait tout connaître. Soyons tranquilles pourtant, quand Dieu donne le mal il donne aussi le remède_."
Ils partirent tous quatre en voiture, le siou, Rodolphe, le notaire et le père Duplessis. En allant ils étaient d'une gaieté folle. Arrivés dans le parloir du couvent, Duplessis, qui était bien connu, demanda à voir la Supérieure. Elle s'empressa d'accourir.
--Il y a vingt et un ans, commença-t-il, on a confié à la charité de votre maison, une petite fille de quelques mois, pensez-vous qu'il soit possible de la retrouver?
--Je n'étais pas supérieure alors, répondit la religieuse, en souriant, et je n'étais pas ici, même; mais on peut retrouver cette enfant, je crois, si elle n'est pas morte. Avez-vous quelqu'indication qui nous aiderait à la reconnaître?
--Non, rien, dit le vieux professeur, si ce n'est la date précise de son entrée.
--C'est quelque chose mais c'est peu, répliqua la religieuse. On la retrouvera cependant si elle peut être retrouvée, continua-t-elle; je vais ordonner les recherches.
Elle sortit.
La Longue chevelure ne pouvait, la première émotion passée, se défendre d'une vague et pénible crainte. Si elle était morte, son enfant.... Si l'on ne pouvait la retrouver?...
La supérieure ne fut pas longtemps absente. On entendit, dans les grands couloirs vides, ses pas empressés. C'était comme des coups de marteau dans le coeur du père infortuné. Elle revenait. La porte s'ouvrit.
--Mon Dieu! soupira Leroyer, que va-t-elle m'apprendre?...
La bonne religieuse souriait.
--Elle sourit, pensèrent les quatre hommes, la nouvelle est bonne; on va revoir la petite... qui doit être grande.
--Eh bien? fit la Longue chevelure, d'une voix à peine intelligible à cause de l'émotion.
--Elle est retrouvée, répondit la supérieure.
--Retrouvée!
Ce fut le cri qui s'échappa des quatre poitrines.
La Longue chevelure leva les mains au ciel:
--Mon Dieu, soyez béni! dit-il... soyez béni!... béni!...
Rodolphe avait des larmes plein les yeux; le notaire comptait ce que l'heureuse trouvaille pouvait lui rapporter; Duplessis pensait, lui: _quand Dieu envoie le jour, c'est pour tout le monde_.
--Où est-elle? demanda la Longue chevelure, où est-elle?....
--Ici même, répondit la religieuse; elle nous a laissées pendant longtemps, mais elle est revenue au bercail.
--Ici! répétèrent à la fois Leroyer, Duplessis, Rodolphe et le notaire.
--La voici! fit la supérieure en ouvrant la porte.
Léontine apparut.
--Ma fille?... elle?... s'écria la Longue chevelure en se précipitant les bras ouverts au devant de la jeune postulante.
Il la pressa longtemps sur son coeur débordant d'ivresse.
--Léontine! Léontine! disait Rodolphe, et il était fou de surprise et de bonheur.
--Elle! Elle! rugit le notaire.... Ah! si j'avais su!... si j'avais su!...
Le père Duplessis pensait: "_Ce ne sont pas les grandes choses qui sont belles, ce sont les belles choses qui sont grandes_."
--Ma fille! mon Estellina! disait le siou, ah! comme je t'aime!... Il n'était pas vain cet instinct qui me poussait à te protéger.... Ah! comme je t'aime!...
La jeune postulante, tenant ses bras enlacés autour du cou de son père, pleurait, pleurait.
--Je ne vous quitterai plus, dit-elle enfin.
--O mon enfant, répondit la Longue chevelure, voici l'homme que tu ne quitteras plus, car il sera ton époux.
Il montrait Rodolphe.
--Malédiction! hurla le notaire.
Et il tomba sur le parquet comme une machine qui se brise. L'apoplexie l'avait foudroyé.
TABLE DES MATIÈRES
Prologue.--Les deux fugitifs.
Première partie.--Un bal chez Madame D'Aucheron.
Deuxième partie.--La Langue muette et la Longue chevelure.
Troisième partie.--Les assises criminelles.