Chapter 2
La propriété est l'expression de l'égoïsme à sa plus haute puissance: c'est l'usurpation brutale du bien de tous, de la terre qui appartient à la collectivité et sous aucun prétexte légitime ne peut être féodalisée au profit de quelques-uns. C'est d'elle que naissent toutes les injustices, tous les crimes, tous les forfaits dont l'histoire s'ensanglante...
Elle se perpétue par l'héritage qui n'est que la continuation dans le temps d'une première iniquité commise.
* * *
La propriété a double forme, elle s'impose encore sous le nom de capital, et le capital est comme la propriété le vol, le meurtre et l'injustice.
La terre appartenant à l'humanité toute entière, à la collectivité, aussi à l'humanité et à la collectivité appartiennent ses produits.
C'est l'humanité, la collectivité qui mettent en valeur l'instrument terrestre que nous tenons de la nature, et le produit du travail nécessaire, général et collectif, appartient à tous les hommes, sans individualisation possible. Sur les ressources--richesses de toute nature--que fait jaillir du sol le travail humain, tous les hommes ont un droit équivalent, pour la satisfaction aussi complète que possible de leurs besoins matériels et moraux.
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Tu auras beaucoup entendu parler, mon Camarade, de la prise au tas et de bon bourgeois se seront esclaffés devant cette expression quelque peu vulgaire.
Il faut que le tas--collectif--des richesses produites soit assez considérable pour que tous y trouvent leur part légitime. Or que se passe-t-il aujourd'hui? Des gens, s'appuyant sur ce droit de propriété et sur la constitution illégitime d'un capital, amassent pour eux--des tas--dans lesquels ils puisent au gré de leurs caprices, tandis que des millions d'hommes sont dénués de tout.
Ils sont entourés d'une horde de parasites qui repoussent, à coups de lois et à coups de fusil, ceux qui, mourant de faim, font mine de toucher à ces provendes monstrueuses.
Ces capitalistes s'arrogent le droit de laisser pourrir des denrées--c'est leur pouvoir absolu--alors que des centaines d'hommes en vivraient; ils sont les rois, ils sont les maîtres, leur caprice est souverain, ils peuvent, quand ils le veulent, à l'heure choisie par eux, déchaîner la misère et la famine sur la collectivité.
Ce sont des propriétaires qui, de par des coutumes admises appuyées sur la force, décident de la vie ou de la mort des masses prolétariennes.
On a voulu nier que ce fussent les capitalistes et eux seuls qui déchaînent la guerre: quel intérêt eût le peuple allemand à la guerre de 1870? La victoire a augmenté ce qu'on appelle les forces industrielles du pays, c'est-à-dire que se sont constitués un plus grand nombre de groupes capitalistes, fondant d'immenses ateliers, des docks, des usines où les matières nécessaires à la vie, pour ne parler que de celles-là, sont l'objet de tripotages commerciaux qui en décuplent le prix et en rendent l'usage impossible aux prolétaires, parce que l'usinier, le grand industriel, loin de travailler pour la collectivité, ne songe qu'à s'enrichir lui-même--lui et ses actionnaires--au détriment des consommateurs, c'est-à-dire de la grande masse.
Ces entreprises, nous dit-on, fournissent du travail à des millions d'ouvriers: c'est réel, seulement ce travail même auquel on est forcé d'avoir recours donne lieu à une rémunération calculée si avarement que l'ouvrier y trouve à peine de quoi ne pas mourir. Que lui importe la prospérité d'un pays qui ne se traduit que par des budgets impériaux ou des bilans de fortunes particulières, alors que lui-même est toujours pauvre, misérable et sacrifié?
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Qu'il se révolte, qu'il s'empare des matières premières, des usines, qu'il les emploie au bénéfice de la collectivité, c'est la justice.
Mais la propriété, mais le capital ont de longue date pris leurs précautions.
Donnant au groupement des propriétés le nom de patrie, ils ont su inspirer à la foule une sorte de religieuse passion pour une entité invisible qu'ils abritent sous un symbole ridicule, le drapeau.
Le troupeau humain, bête et sentimental, abruti depuis des siècles par l'idée de providence et de droits acquis, s'est laissé prendre à cette fantasmagorie de mensonges, et il admire les armées, brillantes, bruyantes, violentes, qui ont pour mission de défendre les propriétés et les capitaux des accapareurs contre d'autres accapareurs non moins déshonnêtes qu'eux-mêmes.
On invoque pour justifier l'idée de patrie et l'existence des armées la nécessité de la défense légitime: le raisonnement serait juste si les masses prolétariennes étaient appelées au service militaire pour défendre un bien-être acquis et satisfaisant. Mais en est-il ainsi? Que telle nation en écrase une autre, le régime propriétaire et capitaliste en sera-t-il modifié, et la collectivité recouvrera-t-elle ses droits confisqués par les individus?
Point. Victorieuse ou vaincue, toute nation reste soumise au joug de l'exploitation capitaliste, et les arcs de triomphe qu'élèvent les satisfaits ne sont pour la masse que les portes de l'enfer capitaliste.
Seule, la guerre sociale est juste.
Comprends bien, Camarade, je dis sociale--et non civile--parce que la lutte de la justice contre l'iniquité ne se renferme pas dans les limites d'un territoire défini: les exploités du capital--à quelque nation qu'ils appartiennent--sont les adversaires des capitalistes de toutes les nations, sans exception.
La guerre qui a pour but la propriété d'une ville, d'une province, d'un royaume est inique: est juste la guerre qui a pour but l'abolition des privilèges, des exploitations et des spéculations, la reprise de la terre et de ses produits pour la collectivité.
Des alliances peuvent et doivent être conclues entre les exploités de tous les pays--sans souci du nom géographique dont on les affuble--pour jeter bas l'immense et formidable Bastille qui, sous des milliers de formes diverses, symbolise la puissance propriétaire; la patrie du travailleur est partout où le droit règne, elle n'est pas là où l'iniquité est toute-puissante.
Il ne s'agit plus ici d'un territoire quelconque; la patrie a une signification plus haute et profondément humaine. Car la patrie de l'homme, c'est la terre toute entière et elle sera digne de ce titre, c'est-à-dire paternelle à tous, quand, à la suite d'efforts dont le succès ne rentre pas, quoi qu'on en ait dit, dans le domaine des utopies, la terre toute entière sera régie par la justice.
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On te dira encore, Camarade, que tel pays est plus digne que tel autre d'être défendu parce que déjà on y a conquis de vaines libertés politiques qui sont des instruments de progrès, ne te laisse pas troubler par les grands mots.
De par l'organisation propriétaire et capitaliste, les libertés sont employées contre la masse comme outil d'asservissement, et l'habileté des maîtres est telle qu'ils savent défigurer les choses et les mots pour leur attribuer une signification favorable uniquement à leurs intérêts.
Le suffrage universel! Est-ce que tu peux lui proposer le seul problème dont la solution te touche, la reprise de la propriété et l'abolition du capitalisme?
Défie-toi de tous ces vocables ronflants: syndicalisme, retraites ouvrières, fixation des heures de travail. En tout cela, il n'y a que des palliatifs, destinés à laisser subsister la grande iniquité sociale.
Syndicats--groupements des ouvriers qui défendent leurs intérêts contre les patrons--pourquoi des patrons? Pourquoi des parasites? Un seul syndicat, la collectivité travailleuse par elle-même et pour elle-même.
Les retraites ouvrières! C'est l'os qu'on jette aux travailleurs pour que, satisfaits de ne plus mourir d'épuisement et de misère, ils acceptent de, pendant toute leur vie, rester à l'état d'esclaves attachés à la glèbe industrielle. Pas de retraites, mais la répartition équitable et légitime de toutes les ressources terrestres entre ceux qui les produisent.
* * *
Peut-être, Camarade, qui veux travailler au progrès, es-tu surpris de cette franchise. Tu dis que ce qui est acquis est acquis, et que la diminution de souffrance n'est pas à dédaigner.
D'accord, mais n'oublie pas que le libertaire conscient a une mission plus large; assez d'autres opportunistes, qui ont intérêt à la perpétuation de l'état social actuel, sont tout prêts à servir inconsciemment de complices à la malice des politicailleurs.
Tu dois voir de plus haut et plus loin.
Un exemple: Suppose que les socialistes arrivent à obtenir la journée de huit heures. Quelles batailles ne faudra-t-il pas livrer pour que la question soit posée sur son véritable terrain, c'est-à-dire que, tout en ne travaillant que huit heures, l'ouvrier gagne autant qu'aujourd'hui, en ses dix, douze et quatorze heures de labeur.
Admettons même que le capital, s'arrachant un lambeau de ses bénéfices, consente à ce sacrifice et organise le travail par équipes, augmentant ainsi le nombre des salariés et diminuant, à son grand regret, celui des meurt-de-faim...
Est-ce que pour cela le salariat sera plus légitime, est-ce que plus légitime le bénéfice prélevé par un individu ou une société sur la collectivité des travailleurs, est-ce que plus légitime l'opulence des uns en face de la misère des autres, le gavage en face de la privation?
Songes-y bien, dût ton salaire se décupler et ta fatigue diminuer dans les mêmes proportions, la situation n'en serait pas moins injuste, parce qu'elle aurait toujours pour base première le privilège des uns et la soumission des autres.
Et toi, libertaire, tu ne peux être que l'homme de la justice. Sinon, tu n'as pas de raison d'être, reste jacobin, radical, socialiste: tu seras un des défenseurs de l'ordre de choses existant et quand tu voudras le critiquer et verser sur les vices de l'humanité des larmes de crocodile, tu seras un hypocrite et un tartufe.
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La propriété--fondement de l'autorité--a créé tous les vices.
Elle est productrice de paresse, car, sans parler des riches qui s'abstiennent de tout travail et vivent de celui des autres, elle a donné à la masse la haine de l'effort et la volonté de s'y soustraire.
Ne le nie pas, Camarade. Tu ne travailles que parce que tu y es forcé, et tu cherches à tromper ton patron en lui fournissant le moins possible d'huile de bras.
Pourquoi, sinon parce que, sans que tu en aies peut-être la notion positive, tu sens que ton effort profite à un égoïste et à un exploiteur.
Il n'en serait pas de même si tu travaillais pour la collectivité, car tu comprendrais que, de ton effort entier, le bénéfice revient à tous, c'est-à-dire à toi-même.
Que t'importe de bâtir des palais que tu n'habites pas et d'où les laquais te chassent à coups de trique! Mais si tu apportais ta pierre aux édifices collectifs devant abriter tous les hommes et toi-même, avec quel amour tu consacrerais ton énergie à leur beauté, à leur spaciosité, à leurs conditions hygiéniques.
Travailler pour l'humanité avec la conscience qu'on fait partie des bénéficiaires de tout travail, c'est la justification et on pourrait dire la purification de l'effort quel qu'il soit; et avec quelle placidité chacun, sa tâche accomplie, jouirait du bien-être dont il a été l'artisan.
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La propriété a créé le vol: car elle est génératrice de jalousie, d'envie et de haine, avec volonté de revanche.
Pourquoi celui-ci est-il favorisé plutôt que celui-là? Pourquoi, parce que le grand-père ou le père de cet enfant ont amassé des capitaux, le nouveau venu se trouvera-t-il délié de l'obligation que la nature impose à tout homme d'arracher à la terre les ressources nécessaires à sa vie?
Alors celui qui n'a pas rongé son frein s'irrite à voir passer les oisifs qui le narguent; l'éblouissement que lui met aux yeux l'étincellement des richesses auxquelles il n'a aucune part, se mue en lueurs rouges dans son cerveau, et c'est lui que la Société appelle criminel, lorsqu'elle l'a incité, provoqué, bravé!...
Sous tout crime, quel qu'il soit, il y a, à la base, une crime de la société, et pour qu'elle s'arrogeât le droit de punir, il faudrait tout d'abord qu'elle se châtiât elle-même.
La propriété crée l'assassinat: le grand industriel est un dévoreur d'hommes, et il se soucie de leur vie comme de leurs revendications. Dans les hauts-fourneaux, dans les mines, le bétail humain peine et meurt; et chaque goutte de sueur qui tombe, chaque goutte de sang qui coule est par lui monnayée et entassée dans ses coffres.
Elle crée l'assassinat: car à qui lui prend sa vie, le sacrifié rêve de lui prendre la sienne. C'est la propriété, c'est le capital qui ont assassiné le malheureux Watrin, c'est l'égoïsme et la férocité capitalistes qui ont chargé les fusils de Fourmies et de Limoges; et les soldats tueurs ne sont que les exécuteurs des décrets de mort rendus par le capital.
Supprimer la propriété individuelle, c'est régénérer l'humanité, c'est rendre impossibles--parce qu'inutiles--toutes les révoltes dont les manifestations sont qualifiées de crimes: vols et meurtres.
Le jour où, la propriété étant collective, tout sera à tous, pourquoi voler autrui, puisque c'est se voler soi-même? Pourquoi exercer une reprise individuelle par la violence, meurtre ou assassinat, puisque cette reprise s'exercerait sur son propre bien?
Pourquoi envier autrui, puisque les ressources individuelles étant à la disposition de tous, il suffira de vouloir pour avoir?
Et n'oublie pas, Camarade, que ces désirs, ces passions dont l'explosion est au principe de tous les crimes, sont réellement créés, développés, entretenus par l'état de privation qui résulte pour la majorité de l'organisation propriétaire de la Société.
Suppose que tes besoins soient légitimement satisfaits, que tu aies--comme on dit--ton compte, crois-tu que ne diminueraient pas en toi ces appétits, parfois excessifs, que crée la souffrance de la perpétuelle pénurie?
Celui qui n'a pas faim, qui ne subit pas l'angoisse quotidienne du lendemain, celui qui est entouré, non point de luxe--on y viendrait plus tard--mais du confortable relatif sans lequel la vie est un supplice, celui-là n'est plus un envieux, ni un haineux. Il jouit de la vie et est heureux que les autres en jouissent comme lui.
* * *
La propriété crée la dépravation; ceci peut te paraître étrange, parce que tu n'as peut-être jamais réfléchi que l'amour est gangréné jusqu'au fond par le sentiment propriétaire.
L'orientation générale des idées est faussée à ce point que la Société a inventé tout un code--de lois ou d'usages--en vertu duquel l'être humain n'est plus maître de lui-même, de son corps, de ses désirs.
L'homme, affolé par le virus propriétaire, en est arrivé à ce degré d'erreur qu'il admet le droit de propriété d'un être sur un autre être, de l'homme sur la femme, de la femme sur l'homme; et la Société défend l'union de ces deux êtres si n'est intervenu un pacte de vente et d'achat, qu'elle appelle contrat de mariage. Et de ceux qui l'ont signé, chacun devient le propriétaire de l'autre, avec interdiction sous peine de prison--et même de mort--contre celui qui prétend rester maître de sa personne, de sa chair, de son coeur.
En dehors même du mariage, l'amant s'affirme le maître de sa maîtresse et la tue si, lasse de lui, elle entend se donner à un autre; la maîtresse poignarde ou défigure celui qui l'abandonne.
La Société nouvelle, te dira-t-on, sera impuissante contre les crimes passionnels. Non, Camarade. Elle les atténuera, jusqu'au jour où ils disparaîtront tout à fait. Comment? En proclamant le principe de la liberté dans l'amour comme dans les autres actes de la vie.
C'est l'esprit d'égoïsme, exploité par les religions, qui a souillé les manifestations de l'amour en les entourant d'on ne sait quelle apparence repoussante d'indécence et d'obscénité; dès que l'amour ne sera plus classé au nombre des choses défendues, le prurit malsain que les prohibitions développent et surexcitent diminuera de lui-même, et l'amour redeviendra ce qu'il aurait dû toujours être, l'exercice normal d'une faculté légitime. Les enfants ne seront plus la propriété des parents--qui ont déguisé leur tyrannie sous le nom de droit paternel, maternel, familial,--mais seront les membres de la collectivité et par conséquent investis, de par leur naissance même, du droit absolu à la vie, à la richesse, au bien-être universels.
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Il n'est pas une seule des bases--c'est le mot consacré--de la Société qui ne soit étayée sur un tuf d'illusion ou de mensonge.
Ne te dissimule pas qu'à les saper on court des risques; les uns, par conservatisme intéressé, les autres par incompréhension les défendent avec acharnement, avec brutalité.
Prêtres, soldats, magistrats sont au service de ces ennemis de la vérité, jusqu'ici tout-puissants. Demande-toi si tu possèdes l'énergie nécessaire pour leur tenir tête; garde-toi cependant de toute rodomontade. Sois froid, sois calme, sache ce que tu veux et ce que tu fais. Défie-toi de la fausse poésie de l'agitation stérile. Sois précis dans tes desseins et dans tes actes. Que tes résolutions, si tu en as à prendre quelqu'une, soit le résultat si net de tes méditations que rien ne t'en puisse détourner; garde-toi de l'enthousiasme qui n'est le plus souvent qu'une fièvre.
Libertaire, sois libre de passions, sois l'égal de ta raison.
Travaille pour toi-même en travaillant pour tous.
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Je ne te dis pas ce qui sera--car c'est là le secret de l'avenir et nul aujourd'hui ne peut, sans ridicule forfanterie, prévoir la forme des Sociétés futures--mais ce que tu dois être toi-même, pour que le progrès nécessaire se réalise.
En tout temps, en tout lieu, soit le négateur de l'autorité: donc garde-toi bien toi-même d'être autoritaire. Sache vivre avec tes semblables sans désir de domination; sois d'âme solidaire, communiste, libertaire et prêche d'exemple en toutes les circonstances de la vie.
Étant obligé de vivre dans un milieu où toutes les idées de justice sont bafouées, ou tout au moins tenues pour négligeables, ne perds pas une seule occasion de rappeler ce qui devrait être à la place de ce qui est.
Te connaissant d'esprit moyen, mais de bon vouloir complet, je ne te demande ni l'héroïsme ni le martyre. Débats-toi comme tu le pourras pour vivre ta maigre vie, mais en même temps agis en homme qui sait ce qu'il fait, pourquoi il le fait et qui guette toutes les occasions de se libérer du carcan social, en aidant les autres à s'en libérer avec lui.
Surtout ne croie pas à ta supériorité, répète-toi cent fois le jour que tu n'es qu'un apprenti de l'atelier social et que les progrès se réaliseront non par un individu, mais par le groupe sans cesse plus étendu.
Cherche toute ta vie et ne suppose jamais que tu as trouvé; ennemi de toute autorité, n'en crée pas une au dedans de toi-même, car celle-là est la plus tyranique et la plus dangereuse.
Écoute tout, même des plus sots ou des plus criminels, il y a toujours quelque chose à apprendre, ne fut-ce que par le conflit avec la réalité.
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Je conclus, cher Camarade, en te recommandant de ne pas te laisser aller à considérer ce petit manuel comme un évangile. On est beaucoup trop disposé à attribuer à la lettre imprimée un caractère en quelque sorte sacré.
Je n'ai voulu, en soulevant ces questions, que t'inciter à les étudier: n'est un véritable libertaire que celui qui s'est fait lui-même.
Je t'ai simplement montré l'outil de ta rénovation mentale; tous les dogmes se résument en un seul, c'est qu'il n'y a pas de dogmes.
Et là dessus, Camarade, je te souhaite la conscience bien équilibrée, la santé physique et le bien-être conquis par toi en même temps que celui des autres.
Tout pour et par la justice.
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EN VENTE
À la Colonie d'AIGLEMONT (Ardennes)
Au «Libertaire», 15 rue d'Orsel, PARIS 18e
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=L'A. B. C. du Libertaire= (Jules Lermina) 0 10 (par la poste) 0 15 (les 100, franco) 7»» (les 50, franco) 3 80 (les 25, franco) 2 25
=Cartes posta= les illustrées de la Colonie d'Aiglemont _1re série_ de 6 cartes 0 30 (par la poste) 0 40
=Cartes postales illustrées= de la Colonie d'Aiglemont _2me série_ de 6 cartes 0 30 (par la poste) 0 40
POUR PARAÎTRE
_en Mars 1906:_
=L'Enseignement= (Sébastien Faure)
_en Avril:_
=Communisme= (Fortune Henry)
_en Mai:_
=La Colonie d'Aiglemont= (André Mounier)
=etc., etc.=
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Prix annuel de l'ABONNEMENT: 2 francs.
Adresser Lettres et Communications, Demandes de Renseignements à la Colonie l'ESSAI, à Aiglemont (Ardennes)
Le Gérant: Fortuné HENRY.
Imprimerie spéciale de la Colonie d'Aiglemont (Ardennes)
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