Journaux intimes

Chapter 2

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Le monde va finir. La seule raison pour laquelle il pourrait durer, c’est qu’il existe. Que cette raison est faible, comparée à toutes celles qui annoncent le contraire, particulièrement à celle-ci: qu’est-ce que le monde a désormais à faire sous le ciel? -- Car, en supposant qu’il continuât à exister matériellement, serait-ce une existence digne de ce nom et du dictionnaire historique? Je ne dis pas que le monde sera réduit aux expédients et au désordre, bouffon des républiques du Sud-Amérique, -- que peut-être même nous retournerons à l’état sauvage, et que nous irons, à travers les ruines herbues de notre civilisation, chercher notre pâture, un fusil à la main. Non; -- car ce sort et ces aventures supposeraient encore une certaine énergie vitale, écho des premiers âges. Nouvel exemple et nouvelles victimes des inexorables lois morales, nous périrons par où nous avons cru vivre. La mécanique nous aura tellement américanisés, le progrès aura si bien atrophié en nous toute la partie spirituelle, que rien parmi les rêveries sanguinaires, sacrilèges, ou anti- naturelles des utopistes ne pourra être comparé à ses résultats positifs. Je demande à tout homme qui pense de me montrer ce qui subsiste de la vie. De la religion, je crois inutile d’en parler et d’en chercher les restes, puisque se donner encore la peine de nier Dieu est le seul scandale en pareilles matières. La propriété avait disparu virtuellement avec la suppression du droit d’aînesse; mais le temps viendra où l’humanité, comme un ogre vengeur, arrachera leur dernier morceau à ceux qui croiront avoir hérité légitimement des révolutions. Encore, là ne serait pas le mal suprême. L’imagination humaine peut concevoir sans trop de peine, des républiques ou autres états communautaires, dignes de quelque gloire, s’ils sont dirigés par des hommes sacrés, par de certains aristocrates. Mais ce n’est pas particulièrement par des institutions politiques que se manifestera la ruine universelle, ou le progrès universel; car peu m’importe le nom. Ce sera par l’avilissement des coeurs. Ai-je besoin de dire que le peu qui restera de politique se débattra péniblement dans les étreintes de l’animalité générale, et que les gouvernants seront forcés, pour se maintenir et pour créer un fantôme d’ordre, de recourir à des moyens qui feraient frissonner notre humanité actuelle, pourtant si endurcie? -- Alors, le fils fuira la famille, non pas à dix- huit ans, mais à douze, émancipé par sa précocité gloutonne; il la fuira, non pas pour chercher des aventures héroïques, non pas pour délivrer une beauté prisonnière dans une tour, non pas pour immortaliser un galetas par de sublimes pensées, mais pour fonder un commerce, pour s’enrichir, et pour faire concurrence à son infâme papa, -- fondateur et actionnaire d’un journal qui répandra les lumières et qui ferait considérer le _Siècle_ d’alors comme un suppôt de la superstition. Alors, les errantes, les déclassées, celles qui ont eu quelques amants, et qu’on appelle parfois des Anges, en raison et en remerciement de l’étourderie qui brille, lumière de hasard, dans leur existence logique comme le mal, -- alors celles-là, dis-je, ne seront plus qu’impitoyable sagesse, sagesse qui condamnera tout, fors l’argent, tout, même _les erreurs des sens_! .... Alors, ce qui ressemblera à la vertu, -- que dis-je, -- tout ce qui ne sera pas l’ardeur vers Plutus sera réputé un immense ridicule. La justice, si, à cette époque fortunée, il peut encore exister une justice, fera interdire les citoyens qui ne sauront pas faire fortune. -- Ton épouse, ô Bourgeois! ta chaste moitié dont la légitimité fait pour toi la poésie, introduisant désormais dans la légalité une infamie irréprochable, gardienne vigilante et amoureuse de ton coffre- fort, ne sera plus que l’idéal parfait de la femme entretenue. Ta fille, avec une nubilité enfantine, rêvera dans son berceau, qu’elle se vend un million. Et toi-même, ô Bourgeois, -- moins poète encore que tu n’es aujourd’hui, -- tu n’y trouveras rien à redire; tu ne regretteras rien. Car il y a des choses dans l’homme, qui se fortifient et prospèrent à mesure que d’autres se délicatisent et s’amoindrissent, et, grâce au progrès de ces temps, il ne te restera de tes entrailles que des viscères! Quant à moi qui sens quelquefois en moi le ridicule d’un prophète, je sais que je n’y trouverai jamais la charité d’un médecin. Perdu dans ce vilain monde, coudoyé par les foules, je suis comme un homme lassé dont l’oeil ne voit en arrière, dans les années profondes, que désabusement et amertume, et devant lui qu’un orage où rien de neuf n’est contenu, ni enseignement, ni douleur. Le soir où cet homme a volé à la destinée quelques heures de plaisir, bercé dans sa digestion, oublieux autant que possible -- du passé, content du présent et résigné à l’avenir, enivré de son sang-froid et de son dandysme, fier de n’être pas aussi bas que ceux qui passent, il se dit en contemplant la fumée de son cigare: Que m’importe où vont ces consciences? Je crois que j’ai dérivé dans ce que les gens du métier appellent un hors-d’oeuvre. Cependant, je laisserai ces pages, -- parce que je veux dater ma colère. Tristesse.

MON COEUR MIS À NU (Deuxième partie des journaux intimes)

Table des matières

Présentation I 1. 2. 3. II 4. III 5. IV 6. 7. V 8. VI 9. 10. VII 11. 12. VIII 13. 14. IX 15. 16. X 17. 18. XI 19. 20 XII 21. XIII 22. XIV 23. 24. XV 25. XVI 26. XVII 27. 28. XVIII 29. 30. XIX 31. 32. XX 33. 34. XXI 35. 36. XXII 37. 38. XXIII 39. 40. 41. XXIV 42. 43. XXV 44. 45. XXVI 46. 47. XXVII 48. 49. XXVIII 50. 51. XXIX 52. 53. XXX 54. 55. XXXI 56. 57. XXXII 58. 59. XXXIII 60. 61. XXXIV 62. XXXV 63. XXXVI 64. XXXVII 65. 66. 67. XXXVIII 68. 69. XXXIX 70. 71. XL 72. 73. XLI 74. 75. XLII 76. 77. XLIII 78. 79. XLIV 80. XLV 81. 82. XLVI 83. XLVII 84. XLVIII 85.

Présentation

«Un grand livre auquel je rêve depuis deux ans: _Mon coeur mis à nu,_ et où j’entasserai toutes mes colères. Ah! si jamais celui-là voit le jour, _Les confessions_ de Jean-Jacques paraîtront pâles. Tu vois que je rêve encore.»

Lettre de Charles Baudelaire à sa mère (1er avril 1861)

La publication fut posthume, en 1887.

Apparemment, la composition de _Mon coeur mis à nu_ daterait des années 1852 -- 1866.

C’est initialement pour lui seul, et pour quelques intimes, que Baudelaire a jeté sur le papier les bases de ce «livre de rancunes». Sachez, le moment venu, jeter sur certaines crudités, le manteau de Noé.

Ces journaux intimes sont restés à l’état de feuilles volantes jusqu’à la mort du poète en 1867.

Poulet-Malassis, ami et éditeur de Baudelaire, numérote plus tard les fragments (chiffres arabes), les fixe sur des feuilles foliotées (chiffres romains), et fait relier le tout dans des cartonnages.

La présente édition comporte cette double numérotation, en chiffres romains et en chiffres arabes

I 1.

De la vaporisation et de la centralisation du _Moi_. Tout est là.

D'une certaine jouissance sensuelle dans la société des extravagants.

(Je peux commencer _Mon coeur mis à nu_ n'importe où, n'importe comment, et le continuer au jour le jour, suivant l'inspiration du jour et de la circonstance, pourvu que l'inspiration soit vive).

2. Le premier venu, pourvu qu'il sache amuser, a le droit de parler de lui-même.

3. Je comprends qu'on déserte une cause pour savoir ce qu'on éprouvera à en servir une autre.

Il serait peut-être doux d'être alternativement victime et bourreau.

II 4.

_Sottises de Girardin_

Notre habitude est de prendre le taureau _par les cornes_. Prenons donc le discours par _la fin_. (_7 nov. 1863_).

Donc, Girardin croit que les cornes des taureaux sont plantées sur leur derrière. Il confond les cornes avec la queue.

Qu'avant d'imiter les Ptolémées du journalisme français, les journalistes belges se donnent la peine de réfléchir sur la question que j'étudie depuis trente ans sous toutes ses faces, ainsi que le prouvera le volume qui paraîtra prochainement sous ce titre: Questions de presse; qu'ils ne se hâtent pas de traiter de _souverainement ridicule_ une opinion qui est aussi vraie qu'il est vrai que la terre tourne et que le soleil ne tourne pas. Émile de Girardin.

«Il y a des gens qui prétendent que rien n’empêche de croire que, le ciel étant immobile, c’est la terre qui tourne autour de son axe. Mais ces gens-là ne sentent pas, à raison de ce qui se passe autour de nous, combien leur opinion est souverainement ridicule [texte en grec].» PTOLEMEE, _Almageste_, livre Ier, chap. VI.

_Et habet mea mentrita [sic] meatum._ GIRARDIN. [image du texte grec]

«souverainement ridicule»

III 5.

La femme est le contraire du Dandy. Donc elle doit faire horreur. La femme a faim et elle veut manger. Soif, et elle veut boire.

Elle est en rut et elle veut être foutue.

Le beau mérite!

La femme est _naturelle_, c'est-à-dire abominable.

Aussi est-elle toujours vulgaire, c'est-à-dire le contraire du Dandy.

Relativement à la Légion d’Honneur.

Celui qui demande la croix a l’air de dire: si l’on ne me décore pas pour avoir fait mon devoir, je ne recommencerai plus.

- si un homme a du mérite, à quoi bon le décorer? s’il n’en a pas, on peut le décorer, parce que [cela] lui donnera un lustre.

Consentir à être décoré, c’est reconnaître à l’Etat ou au prince le droit de vous juger, de vous illustrer, etc.

D’ailleurs, si ce n’est l’orgueil, l’humilité chrétienne défend la croix.

_Calcul en faveur de Dieu._

Rien n’existe sans but.

Donc mon existence a un but. Quel but? Je l’ignore.

Ce n’est donc pas moi qui l’ait marqué.

C’est donc quelqu’un, plus savant que moi.

Il faut donc prier ce quelqu’un de m’éclairer. C’est le parti le plus sage.

Le Dandy doit aspirer à être sublime sans interruption; il doit vivre et dormir devant un miroir.

IV 6.

Analyse des contre-religions, exemple: la prostitution sacrée.

Qu’est-ce que la prostitution sacrée?

Excitation nerveuse.

Mysticité du paganisme.

Le mysticisme, trait d’union entre le paganisme et le christianisme.

Le paganisme et le christianisme se prouvent réciproquement.

La révolution et le culte de la Raison prouvent l’idée du sacrifice.

La superstition est le réservoir de toutes les vérités.

7.

Il y a dans tout changement quelque chose d'infâme et d'agréable à la fois, quelque chose qui tient de l'infidélité et du déménagement. Cela suffit à expliquer la révolution française.

V 8.

Mon ivresse en 1848.

De quelle nature était cette ivresse?

Goût de la vengeance. Plaisir _naturel_ de la démolition. Ivresse littéraire; souvenir des lectures.

Le 15 mai. - Toujours le goût de la destruction. Goût légitime si tout ce qui est naturel est légitime.

Les horreurs de Juin. Folie du peuple et folie de la bourgeoisie. Amour naturel du crime.

Ma fureur au coup d'État. Combien j'ai essuyé de coups de fusil. Encore un Bonaparte! Quelle honte!

Et cependant tout s'est pacifié. Le Président n'a-t-il pas un droit à invoquer?

Ce qu'est l'Empereur Napoléon III. Ce qu'il vaut. Trouver l'explication de sa nature, et sa providentialité.

VI 9.

Être un homme utile m'a paru toujours quelque chose de bien hideux.

1848 ne fut amusant que parce que chacun y faisait des utopies comme des châteaux en Espagne.

1848 ne fut charmant que par l'excès même du Ridicule.

Robespierre n'est estimable que parce qu'il a fait quelques belles phrases.

10.

La Révolution, par le sacrifice, confirme la superstition.

VII 11.

POLITIQUE

Je n'ai pas de convictions, comme l'entendent les gens de mon siècle, parce que je n'ai pas d'ambition.

Il n'y a pas en moi de base pour une conviction.

Il y a une certaine lâcheté ou plutôt une certaine mollesse chez les honnêtes gens.

Les brigands seuls sont convaincus, - de quoi? - qu'il leur faut réussir. Aussi, ils réussissent.

Pourquoi réussirais-je, puisque je n'ai même pas envie d'essayer?

On peut fonder des empires glorieux sur le crime, et de nobles religions sur l'imposture.

Cependant, j'ai quelques convictions, dans un sens plus élevé, et qui ne peut pas être compris par les gens de mon temps.

12.

Sentiment de _solitude_, dès mon enfance. Malgré la famille, - et au milieu des camarades, surtout, - sentiment de destinée éternellement solitaire.

Cependant, goût très vif de la vie et du plaisir.

VIII 13.

Presque toute notre vie est employée à des curiosités niaises. En revanche il y a des choses qui devraient exciter la curiosité des hommes au plus haut degré, et qui, à en juger par leur train de vie ordinaire, ne leur en inspirent aucune.

Où sont nos amis morts?

Pourquoi sommes-nous ici?

Venons-nous de quelque part?

Qu'est-ce que la liberté?

Peut-elle s'accorder avec la loi providentielle?

Le nombre des âmes est-il fini ou infini?

Et le nombre des terres habitables?

Etc., etc.

14.

Les nations n'ont de grands hommes que malgré elles. Donc le grand homme est vainqueur de toute sa nation.

Les religions modernes ridicules

Molière.

Béranger.

Garibaldi.

IX 15.

La croyance au progrès est une doctrine de paresseux, une doctrine de _Belges_. C'est l'individu qui compte sur ses voisins pour faire sa besogne.

Il ne peut y avoir de progrès (vrai, c'est-à-dire moral) que dans l'individu et par l'individu lui-même.

Mais le monde est fait de gens qui ne peuvent penser qu'en commun, en bandes. Ainsi les _Sociétés belges_.

Il y a aussi des gens qui ne peuvent s'amuser qu'en troupe. Le vrai héros s'amuse tout seul.

16.

Éternelle supériorité du Dandy.

Qu'est-ce que le Dandy?

X 17.

Mes opinions sur le théâtre. Ce que j'ai toujours trouvé de plus beau dans un théâtre, dans mon enfance et encore maintenant, c'est le _lustre_, - un bel objet lumineux, cristallin, compliqué, circulaire et symétrique.

Cependant, je ne nie pas absolument la valeur de la littérature dramatique. Seulement, je voudrais que les comédiens fussent montés sur des patins très hauts, portassent des masques plus expressifs que le visage humain, et parlassent à travers des porte-voix; enfin que les rôles de femmes fussent joués par des hommes.

Après tout, le lustre m'a toujours paru l'acteur principal, vu à travers le gros bout ou le petit bout de la lorgnette.

18.

Il faut travailler, sinon par goût, au moins par désespoir, puisque, tout bien vérifié, travailler est moins ennuyeux que s'amuser.

XI 19.

Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l'une vers Dieu, l'autre vers Satan. L'invocation à Dieu, ou spiritualité, est un désir de monter en grade; celle de Satan, ou animalité, est une joie de descendre. C'est à cette dernière que doivent être rapportées les amours pour les femmes et les conversations intimes avec les animaux, chiens, chats, etc.

Les joies qui dérivent de ces deux amours sont adaptées à la nature de ces deux amours.

20

Ivresse d'Humanité. Grand tableau à faire:

Dans le sens de la charité.

Dans le sens du libertinage.

Dans le sens littéraire, ou du Comédien.

XII 21.

La question (torture) est, comme art de découvrir la vérité, une niaiserie barbare; c'est l'application d'un moyen matériel à un but spirituel.

La peine de Mort est le résultat d'une idée mystique, totalement incomprise aujourd'hui. La peine de Mort n'a pas pour but de _sauver_ la société, matériellement du moins. Elle a pour but de _sauver_ (spirituellement) la société et le coupable. Pour que le sacrifice soit parfait, il faut qu'il y ait assentiment et joie de la part de la victime. Donner du chloroforme à un condamné à mort serait une impiété, car ce serait lui enlever la conscience de sa grandeur comme victime et lui supprimer les chances de gagner le Paradis.

Quant à la torture, elle est née de la partie infâme du coeur de l’homme, assoiffé de voluptés. Cruauté et volupté, sensations identiques, comme l’extrême chaud et l’extrême froid.

XIII 22.

Ce que je pense du vote et du droit d'élections. Des droits de l'homme. Ce qu'il y a de vil dans une fonction quelconque.

Un Dandy ne fait rien.

Vous figurez-vous un Dandy parlant au peuple, excepté pour le bafouer?

Il n'y a de gouvernement raisonnable et assuré que l'aristocratique.

Monarchie ou république, basées sur la démocratie, sont également absurdes et faibles.

Immense nausée des affiches.

Il n'existe que trois êtres respectables:

Le prêtre, le guerrier, le poète. Savoir, tuer et créer.

Les autres hommes sont taillables et corvéables, faits pour l'écurie, c'est-à-dire pour exercer ce qu'on appelle des _professions_.

XIV 23.

Observons que les abolisseurs de la peine de mort doivent être plus ou moins _intéressés_ à l'abolir.

Souvent ce sont des guillotineurs. Cela peut se résumer ainsi: «Je veux pouvoir couper ta tête; mais tu ne toucheras pas à la mienne».

Les abolisseurs d'âmes (_matérialistes_) sont nécessairement des abolisseurs d'_enfer_; ils y sont à coup sûr _intéressés_.

Tout au moins ce sont des gens qui ont _peur de revivre_, - des paresseux.

24.

Madame de Metternich, quoique princesse, a oublié de me répondre à propos de ce que j'ai dit d'elle et de Wagner.

Moeurs du 19e siècle.

XV 25.

Histoire de ma traduction d'_Edgar Poe_.

Histoire des _Fleurs du Mal_, humiliation par le malentendu, et mon procès.

Histoire de mes rapports avec tous les hommes célèbres de ce temps.

Jolis portraits de quelques imbéciles: Clément de Ris. Castagnary.

Portraits de magistrats, de fonctionnaires, de directeurs de journaux, etc.

Portrait de l'artiste, en général.

Du rédacteur en chef et de la pionnerie. Immense goût de tout le peuple français pour la pionnerie, et pour la dictature. C'est le: «si j’étais roi!».

Portraits et anecdotes.

François, - Buloz, - Houssaye, - le fameux Rouy, - de Calonne, - Charpentier, - qui corrige ses auteurs, en vertu de l'égalité donnée à tous les hommes par les immortels principes de 89; - Chevalier, véritable rédacteur en chef selon l'Empire.

XVI 26.

_Sur George Sand._

La femme Sand est le Prudhomme de l'immoralité. Elle a toujours été moraliste.

Seulement elle faisait autrefois de la contre-morale. - Aussi elle n'a jamais été artiste.

Elle a le fameux _style coulant_, cher aux bourgeois.

Elle est bête, elle est lourde, elle est bavarde; elle a dans les idées morales la même profondeur de jugement et la même délicatesse de sentiment que les concierges et les filles entretenues.

Ce qu'elle dit de sa mère.

Ce qu'elle dit de la poésie.

Son amour pour les ouvriers.

Que quelques hommes aient pu s'amouracher de cette latrine, c'est bien la preuve de l'abaissement des hommes de ce siècle.

Voir la préface de _Mademoiselle La Quintinie_, où elle prétend que les vrais chrétiens ne croient pas à l'Enfer. La Sand est pour le _Dieu des bonnes gens_, le dieu des concierges et des domestiques filous. Elle a de bonnes raisons pour vouloir supprimer l'Enfer.

XVII 27.

LE DIABLE ET GEORGE SAND.

Il ne faut pas croire que le Diable ne tente que les hommes de génie. Il méprise sans doute les imbéciles, mais il ne dédaigne pas leur concours. Bien au contraire, il fonde ses grands espoirs sur ceux-là.

Voyez George Sand. Elle est surtout, et plus que toute autre chose, une _grosse bête_; mais elle est _possédée_. C'est le Diable qui lui a persuadé de se fier à _son bon coeur_ et à _son bon sens_, afin qu'elle persuadât toutes les autres grosses bêtes de se fier à leur bon coeur et à leur bon sens.

Je ne puis penser à cette stupide créature sans un certain frémissement d'horreur. Si je la rencontrais, je ne pourrais m'empêcher de lui jeter un bénitier à la tête.

28.

George Sand est une de ces vieilles ingénues qui ne veulent jamais quitter les planches. J'ai lu dernièrement une préface (la préface de _Mademoiselle La Quintinie_) où elle prétend qu'un vrai chrétien ne peut pas croire à l'Enfer. Elle a de bonnes raisons pour vouloir supprimer l'Enfer.

[fragment non numéroté]

La Religion de la femme Sand. Préface de _Mademoiselle La Quintinie_. La femme Sand est intéressée à croire que l’Enfer n’existe pas.

XVIII 29.

Je m'ennuie en France, surtout parce que tout le monde y ressemble à Voltaire.

Emerson a oublié Voltaire dans ses _Représentants de l'humanité_. Il aurait pu faire un joli chapitre intitulé: _Voltaire, ou l'anti-poète_, le roi des badauds, le prince des superficiels, l'anti-artiste, le prédicateur des concierges, le père Gigogne des rédacteurs du _Siècle_.

30.

Dans _Les Oreilles du Comte de Chesterfield_, Voltaire plaisante sur cette âme immortelle qui a résidé, pendant neuf mois entre des excréments et des urines. Voltaire, comme tous les paresseux, haïssait le mystère.

Ne pouvant pas supprimer l'amour, l'Église a voulu au moins le désinfecter, et elle a fait le mariage.

XIX 31.

Portrait de la canaille littéraire.

Doctor Estaminétus Crapulosus, Pedantissimus. Son portrait fait à la manière de Praxitèle.

Sa pipe.

Ses opinions.

Son Hégélianisme.

Sa crasse.

Ses idées en art.

Son fiel.

Sa jalousie.

Un joli tableau de la jeunesse moderne.

32.

ELIEN (?)

[Texte en grec].

[Image texte grec]

Elien, _Histoire des animaux_ (IX, 62)

«Pourquoi le poète ne serait-il pas un broyeur de poisons aussi bien qu’un confiseur, un éleveur de serpents pour miracles et spectacles?»

Baudelaire, lettre à Jules Janin

XX 33.

La Théologie.

Qu'est-ce que la chute?

Si c'est l'unité devenue dualité, c'est Dieu qui a chuté.

Au moins aurait-il pu deviner dans cette localisation une malice ou une satire de la providence contre l’amour, et, dans le mode de la génération, un signe du péché originel. De fait, nous ne pouvons faire l’amour qu’avec des organes excrémentiels.

En d'autres termes, la création ne serait-elle pas la chute de Dieu?

_Dandysme._

Qu'est-ce que l'homme supérieur?

Ce n'est pas le spécialiste.

C'est l'homme de Loisir et d'Éducation générale.

Être riche et aimer le travail.

34.

Pourquoi l'homme d'esprit aime les filles plus que les femmes du monde, malgré qu'elles soient également bêtes? - A trouver.

XXI 35.

Il y a de certaines femmes qui ressemblent au ruban de la Légion d'honneur. On n'en veut plus parce qu'elles se sont salies à de certains hommes.

C'est par la même raison que je ne chausserais pas les culottes d'un galeux.

Ce qu'il y a d'ennuyeux dans l'amour, c'est que c'est un crime où l'on ne peut pas se passer d'un complice.

36. Étude de la grande Maladie de l'horreur du Domicile. Raisons de la Maladie. Accroissement progressif de la Maladie.

Indignation causée par la fatuité universelle, de toutes les classes, de tous les êtres, dans les deux sexes, dans tous les âges.

L'homme aime tant l'homme que quand il fuit la ville, c'est encore pour chercher la foule, c'est-à-dire pour refaire la ville à la campagne.

XXII 37.

Discours de Durandeau sur les Japonais. (Moi! je suis Français avant tout). Les Japonais sont des singes. C'est Darjou qui me l'a dit.

Discours du médecin, l'ami de Mathieu, sur l'art de ne pas faire d'enfants, sur Moïse et sur l'immortalité de l'âme.

L'art est un agent civilisateur (Castagnary).

38.

Physionomie d'un sage et de sa famille au cinquième étage, buvant le café au lait.

Le sieur Nacquart père et le sieur Nacquart fils.

Comment le Nacquart fils est devenu conseiller en Cour d'appel.

XXIII 39.

De l'amour, de la prédilection des Français pour les métaphores militaires. Toute métaphore ici porte des moustaches.

Littérature militante.

Rester sur la brèche.

Porter haut le drapeau.

Tenir le drapeau haut et ferme.

Se jeter dans la mêlée.

Un des vétérans.

Toutes ces glorieuses phraséologies s'appliquent généralement à des cuistres et à des fainéants d'estaminet.

40.

Métaphores françaises.

Soldat de la presse judiciaire (Bertin).

La presse militante.

41.

A ajouter aux métaphores militaires:

Les poètes de combat.

Les littérateurs d'avant-garde.