Part 8
Les principaux membres du cortège sont montés sur l'autel, et un d'entre eux a fait un discours sur la fondation de la République, après quoi des jeunes citoyennes qui étaient assises devant l'autel ont chanté une hymne républicaine. Cela fait, les troupes ont défilé de la place pour se rendre sur les glacis de la ville, à droite de la porte de Strasbourg. À l'arrivée des troupes sur la place qui avait été désignée, plusieurs décharges d'artillerie ont été faites. Les troupes étant rangées en bataille, le général a fait mettre par divisions, en colonnes; puis il nous a fait un discours pour nous féliciter de notre bravoure et de notre intrépidité, en nous exhortant à continuer. C'est à ce moment qu'il a renouvelé son serment d'être fidèle à la nouvelle constitution; toute la troupe a aussi promis. De suite, il a fait déployer la colonne pour faire des feux de bataillons et de file; le canon faisait de même; chaque soldat avait douze coups à tirer. Après ces feux finis, toute la troupe est rentrée dans ses quartiers.
À huit heures du soir, trois coups de canon ont été tirés. Un détachement armé de grenadiers s'est rendu près le feu d'artifice qui était entre le Vieux-Brisach et le Neuf. Sur les glacis, toute la troupe y a assisté sans armes, ainsi que toute la population de Neuf-Brisach et des environs. Ce feu d'artifice a duré une heure et demie. Le feu fini, chacun est rentré dans ses foyers. Pour célébrer cette fête, il y avait deux bataillons de notre demi-brigade, une compagnie d'artillerie légère, une compagnie ou deux de grosse cavalerie.
Nous avons fait le service de la place de Brisach pendant quelque temps. Ceux qui étaient à la ville venaient relever ceux qui étaient dans les villages sur la rive du Rhin, et ceux des villages revenaient à la ville, car la garnison n'était pas bonne. De la paille sur le pavé et des couvertes servaient pour coucher; l'hiver il y faisait froid, et l'été c'était rempli de puces; mais, dans les villages, quoiqu'ils fussent pauvres, on y était encore mieux. Nous étions une compagnie par village selon le service qu'il y avait à faire sur le Rhin.
17 _vendémiaire_.--Sortis de Baltzenheim pour aller en garnison à Brisach, nous y sommes arrivés à sept heures du matin. On nous a annoncé que l'armée de Sambre-et-Meuse et celle du Rhin-et-Moselle ne faisaient plus qu'une, qui se nommait armée d'Allemagne, commandée en chef par le citoyen Augereau.
Détails de la fête qui a eu lieu le 30 vendémiaire an VI de la République française. Nous l'avons célébrée à Neuf-Brisach, en l'honneur du général Hoche, un des grands hommes que la République a perdus. Il est mort dans les environs de Paris[58].
Cette fête de reconnaissance a été annoncée la veille par plusieurs décharges d'artillerie; le lendemain 30, à six heures du matin, une décharge d'artillerie s'est faite de quart d'heure en quart d'heure; les cloches de la ville ont été sonnées pendant une heure. À dix heures, les autorités civiles et militaires se sont assemblées et se sont rendues à la maison communale où tout le monde devait se réunir. Quand tout a été prêt, on s'est mis en marche; le cortège était ouvert par un détachement de cavalerie de la garde nationale, ensuite venaient les vieillards rangés sur deux rangs; le premier qui marchait à la tête portait une bannière sur laquelle était écrit: _Nos enfants suivront son exemple_. Marchaient après eux des jeunes femmes habillées de blanc, un crêpe en écharpe; un petit garçon de sept à huit ans portait une bannière, sur laquelle était écrit: _Il était bon père et bon époux_.--Après eux marchaient une quantité de jeunes filles de huit à onze ans, aussi habillées de blanc; elles portaient dans leurs mains des guirlandes de laurier et de chêne, et de petites corbeilles remplies de toutes sortes de fleurs. Après venait notre musique qui jouait des airs funèbres; après venait un char de triomphe attelé de deux chevaux gris-souris avec harnachements de deuil; aux quatre coins étaient placés quatre jeunes citoyennes âgées de onze à douze ans, bien mises, coiffées en cheveux, avec une guirlande de roses par dessus; un ruban très large, tricolore, mis en écharpe.
Ces quatre citoyennes portaient chacune une bannière, sur laquelle on avait inscrit: 1e _Il allait être le Bonaparte du Rhin_; 2e _Immortel après sa destinée_; 3e _Il a inspiré la terreur aux rois.--Son ennemi fuit devant sa vaillance_.--Au milieu du char était placé en effigie le cercueil couvert d'un drap mortuaire; dans l'un des bouts était écrit: _ici git Hoche_. Son portrait était au bas de cet écriteau; au milieu dudit cercueil était placé un chapeau bordé en or, avec le panache tricolore qui est la coiffure de nos généraux. Les coins du drap mortuaire étaient portés par les quatre plus anciens de service, pris parmi les officiers et soldats indistinctement. Les estropiés qui se sont trouvés dans les dépôts, qui étaient à Brisach, suivaient le char. Ensuite, venaient les tambours voilés en noir, qui exécutaient de temps en temps des roulements sombres. Ensuite venaient les généraux, les officiers de la garnison et les autorités civiles; il y avait un détachement de cent hommes faisant la haie, et un détachement de grenadiers qui suivait le cortège sur deux rangs; le reste de la troupe était sans armes.
Après avoir fait le tour de la ville en dedans, tout le cortège a été conduit à l'église; on a placé l'effigie de cercueil sur un autel de la patrie qui avait été préparé, et tout le tour était décoré de larmes. La musique a joué plusieurs airs funèbres. Puis on nous a fait le détail de la manière dont on avait fait l'enterrement à Paris, et comment toutes les communes de la République devaient célébrer une fête de reconnaissance pour le général Hoche. Ce discours fini, les jeunes citoyennes ont chanté plusieurs hymnes funèbres et républicaines. Puis notre chef de demi-brigade a fait un discours où il a rappelé plusieurs traits de bravoure du citoyen Hoche; ensuite la musique a joué à plusieurs reprises, pendant que toutes les jeunes citoyennes porteuses de guirlandes, de couronnes de laurier et de branches de chêne, les déposaient autour du cercueil et par-dessus. Ceci a été exposé plusieurs jours à l'église, et chacun s'est retiré dans ses logements.
Dans le même temps, nous avons appris la paix avec l'empereur. C'était le 5 brumaire (27 octobre), par une lettre venant du Vieux-Brisach, qui avait été envoyée au commandant des troupes autrichiennes qui étaient pour le moment dans la principauté du Margraviat. Cette lettre disait que la paix était faite avec la République française depuis le 17 octobre 1797[59]. Nous l'avons appris de nouveau par les gazettes qui venaient de Paris le 12 brumaire.
Cette paix nous a été publiée le 25 brumaire (15 novembre), à dix heures du matin, à Neuf-Brisach. On n'a fait aucune réjouissance pour le moment; la fête a été remise au 30 nivôse, elle s'est célébrée avec toute la pompe possible, selon les préparatifs.
1er _frimaire_.--Partis de Brisach pour nous rendre dans nos cantonnements sur la ligne du Rhin; notre compagnie était toujours à Baltzenheim.
1er _nivôse_.--Partis de nos cantonnements pour nous rendre à Neuf-Brisach pour relever nos quatre compagnies.
25.--Partis de Brisach, le 25 nivôse, pour nous rendre à Strasbourg, toute la demi-brigade. Nous avons logé en y allant, le 25, à Schelestadt; le 26 à Erstein, le 27 à Strasbourg; là on a reçu des ordres pour aller cantonner dans des villages à trois ou quatre lieues de Strasbourg, sur la gauche; le 28, nous avons été chacun dans les villages qui nous étaient désignés; notre compagnie était à Kirchheim, à trois lieues de Strasbourg.
6 _pluviôse_.--Sortis de ce village pour aller cantonner au village d'Herrlisheim, sur la route de Lauterbourg. Je remarquerai que c'est le 1er pluviôse qu'on nous a retiré notre viande, quoique nous eussions six décades de prêts arriérés, mais cela n'a pas duré longtemps car nous sommes bientôt rentrés en campagne.
11 _pluviôse_.--Partis d'Herrlisheim pour aller à Strasbourg. Le lendemain de notre arrivée, le général Schauenbourg a rassemblé les officiers et sous-officiers de plusieurs demi-brigades, et nous a fait faire la grande manoeuvre.
13.--Il est venu des ordres pour marcher vers la Suisse; nous sommes partis tout de suite; nous avons logé à Hüttenheim, près de Benfeld; le 15 à Schlestadt; le 16 à Oberhergheim, village entre Colmar et Ensisheim; le 17 à Baldersheim à une lieue et demi à droite d'Ensisheim, sur la route de Bâle. Le 18 à Rantzwiller, en arrière et près de Sierentz, dans la vallée d'Altkirch; le 19 à Suënaï? village dans la colline du mont Terrible, à trois lieues de Reinach, à droite, et à quatre lieues de Delémont; le 20 à Viques dans la plaine de Delemont; le 21 à Eschert, petit hameau situé à trois lieues de Delemont, et à une demi-lieue de Moutier. Pour arriver dans cette colline, nous avons traversé deux lieues de montagnes de roche à perte de vue. Ces endroits sont habités et forment plusieurs petites communes. On avait donné la liberté à cette vallée quelques mois avant que les Français y aient été cantonnés, ils étaient autrefois alliés avec les Suisses; ils ferment la frontière du canton de Soleure. Cette vallée a aussi appartenu au prince du Porontruy; on y parle un patois que nous comprenions assez. Leurs maisons sont toutes construites en bois, en grande partie; tout leur commerce est en boeufs, vaches, chevaux; ils ont très peu de terres labourables. Comme les hameaux n'étaient pas bien grands, ils logeaient une compagnie.
Nous sommes partis d'Eschert le 3 ventôse pour nous rendre à Moutier, chef-lieu de canton et faisant partie du département du Mont-Terrible; une partie de notre compagnie a été détachée à Belpraon, hameau près de ces cantonnements. Le 5, à huit heures du matin, nous avons été loger à Soncelboz, village où nous avons eu bien de la peine à arriver, car il y avait trois jours qu'il tombait de la neige, et ce jour-là il en est tombé toute la journée, de sorte que nous en avions jusqu'aux genoux. Dans le même village, il y avait deux années de suite que la grêle avait tout ravagé.
8.--Partis pour aller à la Hutte, (tous ces villages sont dans la même vallée, sur la route de Bienne.) En allant à la Hutte, nous avons passé sous la Roche-Percée. La Hutte était le lieu où notre demi-brigade s'est rassemblée avant d'aller attaquer les Suisses. La vallée que nous quittions se nommait l'Erguel; notre colonne en portait le nom jusqu'au moment où elle entrait en Suisse.
Partis de la Hutte le 9 à cinq heures du soir, nous avons suivi la route de Bienne. Nous avons été camper à trois lieues sur la gauche du dit Bienne, entre la route de Bienne et Soleure et à gauche de la rivière nommée l'Aar, à une demi-portée de fusil du village de Lengnau où étaient les avant-postes suisses. Les mesures étaient prises pour attaquer les Suisses à trois heures du matin le 10 ventôse; mais l'attaque n'a pas eu lieu. Les généraux suisses ont fait une demande au général Schauenbourg qui commandait l'armée française en Suisse, de leur accorder une suspension d'attaque pour vingt-quatre heures, et elle a duré jusqu'au 12, lequel jour on les a attaqués.
12 _ventôse_.--L'attaque a commencé à quatre heures du matin; leurs avant-postes, qui étaient établis au village de Lengnau, ont été enlevés. L'armée, qui était dans le canton, n'a pu résister à l'ardeur de la colonne républicaine: leur artillerie a été enlevée de prime abord; car l'attaque a été vive de notre part. Dans ce combat, plusieurs Suisses ont perdu la vie, et la plus grande partie était des pères de famille: ceux auxquels j'ai parlé, qui n'avaient que la cuisse ou les jambes fracassées, regrettaient les épouses et les enfants qu'ils avaient laissés dans leurs maisons pour venir exposer leur vie sur les frontières.
Notre camp était à trois lieues de la capitale de ce canton, qui est Soleure. Quoique fortifiée, elle s'est vu forcée de se rendre à l'arrivée de notre colonne, sans tirer un coup de canon, quoique ses remparts en soient bien garnis. Nous sommes entrés à Soleure entre dix et onze heures du matin, le 12 ventôse. Nous sommes restés deux bataillons de notre demi-brigade pendant que notre colonne a défilé. Le premier soir nous avons été bivouaquer sur les remparts jusqu'au lendemain à quatre heures du soir, où nous sommes rentrés dans nos logements chez les bourgeois. Nous y avons été reçus on ne peut pas mieux. Notre troisième bataillon a été camper sur la route de Lucerne, près d'un village, à une portée de canon de la ville, pendant que la colonne marchait sur Berne.
Étant dans la ville de Soleure, le général Schauenbourg a fait rendre les armes à tous les bourgeois de la ville et à tous les habitants de ce canton. Il arrivait tous les jours des voitures chargées de fusils, de gibernes et de toutes sortes d'armes, que l'on plaçait dans l'arsenal pour être de suite envoyées en France.
On a trouvé dans cette ville un arsenal assez bien garni de différentes armes, une quantité de bouches à feu en bronze qui avaient été fondues à Strasbourg; beaucoup de belle poudre de deux qualités. Cette ville est assez grande, il y a de belles rues, mais il y a plusieurs hauteurs qui déparent un peu leur beauté. Elle renferme beaucoup de marchands de toutes sortes. La construction des maisons est fort belle et assez élevée.
J'ai remarqué sur la place où nous avons planté l'arbre de la liberté, une horloge dont le cadran portait les douze mois de l'année, et les signes de chacun. Lorsqu'ils arrivaient, la touche se posait dessus, et il y avait un autre petit cadran qui marquait les heures. Au moment où le marteau frappait, il y avait la mort qui tenait une lampe dans sa main gauche, elle faisait un tour et de même remuait la tête. De l'autre côté, il y avait une espèce d'homme, qui avait du repentir, car à chaque coup que le marteau frappait, il frappait un coup sur sa poitrine de sa main droite. C'était un guerrier, car il avait le sabre. Au côté, entre les deux, était un vieillard avec une grande barbe noire; il ouvrait la bouche à chaque coup; et tenait de sa main gauche le bâton royal qu'il balançait de tous les côtés.
La rivière de l'Aar passe Soleure, et la partage en deux parties inégales.
Nous sommes sortis un bataillon de la ville. Comme elle n'était pas assez considérable pour contenir deux bataillons, notre bataillon a été cantonné dans les environs de la ville, dans les villages. C'était le 20 ventôse que chaque compagnie a été prendre les cantonnements qui leur étaient désignés, mais toujours dans le même canton. Je citerai seulement les endroits où je me suis trouvé.
Notre compagnie était cantonnée à Subingen, village à une lieue et demie de Soleure, sur la route qui conduit de Soleure à Lucerne, de l'autre côté de l'Aar. Nous avons changé plusieurs fois de cantonnements, dans le même canton. Sortis de Subingen le 2 germinal pour cantonner au village d'Aschi? et à deux lieues et quart de Soleure.
8 _germinal_.--Nous sommes partis pour aller cantonner à Langenthal, bourg situé à une demi-lieue des frontières du canton de Lucerne et à dix lieues de Berne. J'ai été voir un couvent de Bernardins qui était sur les frontières du canton de Lucerne, où j'ai parlé un peu du couvent de Clairvaux; il était du même ordre de Citeaux.
Étant dans ce cantonnement, nous avons été à Soleure pour y faire l'exercice à feu. Nous avons couché le 29, en y allant, à Nider-Bipp, village dans le canton de Berne, sur la route de Bâle.
30 _germinal_.--Nous nous sommes rendus à Soleure; là nous avons fait l'exercice à feu pendant trois heures; nous étions cinq bataillons, de l'artillerie et de la cavalerie; c'était le général Schauenbourg qui commandait. Après l'exercice fini, chacun est retourné volontiers dans ses cantonnements.
6 _floréal_.--Sortis de Langenthal à six heures du matin pour aller à Zurich, nous avons logé en y allant à Olten, ville dans le canton de Soleure, sur l'Aar, où différentes routes se trouvent pour Bâle, Zurich, etc. Je dirai que lorsque nous sommes entrés dans ce canton, les Suisses avaient brûlé un superbe pont qui traversait l'Aar pour entrer à la ville de Halte; on était à le rétablir lorsque nous y avons logé.
7 _floréal_.--Partis de Olten à cinq heures du matin, nos fourriers ont été comme de coutume pour nous préparer nos logements. Lorsqu'ils se sont présentés au village désigné pour y loger quatre compagnies, on y était sous les armes et on a dit à nos fourriers de s'en retourner, que la paix n'était pas faite avec eux, et qu'ils ne voulaient pas nous loger.
C'était au village de Bagglingen, nous avons rencontré nos fourriers qui nous ont dit que si on voulait être logé, il fallait gagner les villages. Aussitôt, le plus ancien de grade des officiers des quatre compagnies, a disposé la troupe pour entrer dans les villages. On leur a envoyé demandé s'ils voulaient nous loger: ils ont répondu que non et que l'on se retire, ou qu'ils allaient faire feu. Dans ce moment, on a envoyé des tirailleurs et aussitôt le feu a commencé; ils nous voyaient peu de monde et croyaient que nous serions bientôt vaincus, mais ils ont été bien trompés, car nous les avons chassés de leurs villages, et ils ont été en grande partie se réfugier dans les bois. Il y en avait plusieurs qui avaient caché leurs armes et se trouvaient devant nous; on les renvoyait dans leurs maisons. Les femmes se sauvaient avec leurs petits enfants au berceau; tout cela faisait pitié au coeur humain; mais aussi toutes celles que l'on rattrapait, on les faisait retourner dans leurs foyers. La plupart avaient un fusil dans une main et un chapelet dans l'autre.
Lorsqu'ils ont été repoussés hors de leurs villages, nous sommes revenus prendre une position en arrière. Peut-être une heure après, ils sont venus une colonne d'environ quinze cents hommes avec deux pièces de canon, et ont tiré deux coups qui n'ont pas fait d'effet. Il nous est aussi venu du renfort, de l'infanterie légère et un détachement de hussards. Réunis tous ensemble à l'entrée de la nuit, nous les avons mis en déroute et nous avons été maîtres de nos cantonnements, où nous avons bivouaqué.
Ce village de Bagglingen est dans le bailliage nommé anciennement Canton-libre-inférieur. Nous en sommes partis le 9, à huit heures du matin, pour aller à Zurich où nous sommes arrivés le même jour. Cette ville porte le nom du canton où elle est située, sur le bout du lac du même nom, et de ce lac sort une rivière qui passe dans Zurich, et se nomme Limmat, et fait jonction avec deux autres rivières qui se nomment, l'une la Reuss, qui sort du canton de Lucerne, et l'autre l'Aar, qui sort du canton de Berne. Ces trois rivières sont réunies près d'une petite ville qui se nomme Brugg, et de là tombent dans le Rhin.
11 _floréal_.--Partis de Zurich[60] à midi, nous avons été loger au village nommé Thalwyl, situé sur le lac et à deux lieues de la ville, sur la droite.
12.--À deux heures du matin, nous avons été camper près le village nommé Lachen et de même situé sur le lac dans le canton de Schwytz.
13.--Partis à neuf heures du matin pour retourner sur nos pas et cantonner au village de Frienbach; nous étions quatre compagnies, les mêmes qui s'étaient trouvées à Bagglingen. Ce village et les autres qui ont été nommés sont sur le lac, à droite. En sortant de Zurich, nous n'avons pas été sitôt arrivés dans le cantonnement, qu'une attaque s'est formée entre les Suisses du canton de Schwytz et quelques compagnies de la 76e demi-brigade de ligne, vers les onze heures du matin. Dans le même moment, le citoyen Mondragon, qui était le plus ancien de grade des capitaines du détachement, a aussitôt donné ordre de battre les coups doubles, pour assembler les compagnies et pour marcher vers l'endroit de l'attaque. Au lieu d'aller où on se battait, ledit capitaine nous a fait monter une montagne prodigieuse, pour les prendre par derrière. Par le fait, la montagne a été franchie avec beaucoup de courage; arrivés au sommet, le commandant de la troupe a fait battre la charge. Je dirai qu'avant d'être au sommet de la montagne, nous étions déjà assaillis de coups de fusil. Pendant que la charge se battait, on a commencé le feu sur les Suisses, qui sont venus nous disputer le terrain; mais il a fallu qu'ils cèdent, ou ils auraient tout payé. Dans cette affaire, plusieurs pères de famille sont restés sur le champ de bataille; après, les plus hautes montagnes ne les rassuraient plus, ils abandonnaient leurs chaumières et s'allaient retirer dans des lieux inhabitables.
Le même jour, au soleil couchant, nous avons descendu la montagne et nous sommes revenus dans notre cantonnement.
14.--Partis à deux heures du matin, pour nous disposer à de nouvelles poursuites. Nous avons pris la route qui conduit à Notre-Dame-des-Hermites; nous avons monté une fort haute montagne, et, étant au sommet, près d'une grosse auberge, nous avons occupé la position que les Suisses avaient abandonnée la veille. Cette montagne se nomme Etzel, et est à une lieue du couvent de Notre-Dame-des-Hermites, où on la voit facilement. Dans les environs de ce couvent, on n'y récolte point de grains; il est de même environné de montagnes couvertes de neige. Dans cette contrée, il y a des pâturages pour les bêtes à cornes; aussi voilà ce qui les nourrit: quelques pommes de terre, du fromage et du lait.
16.--Nous sommes revenus prendre les cantonnements du 13.
21--Partis de Frienbach à huit heures du matin, notre marche a été dirigée sur la République ligurienne en Italie. Je dirai que nous avons passé à la ville nommée Rapperswyl, située sur le lac, du côté gauche. Avant d'entrer dans la ville, il y a un pont qui a une demi-lieue[61]. Je vais citer seulement les endroits où nous avons logé; car le voyage est si long et le temps si court que je ne puis pas faire beaucoup d'observations.
21 _floréal_.--Arrivés au village nommé Thatwyl, à la pointe du jour, nous en sommes partis le 22 à huit heures du matin; nous sommes passés à Zurich à dix heures; nous avons poursuivi notre route en traversant plusieurs hautes montagnes et nous sommes venus loger dans les environs de Mellingen, bourg situé sur la Reuss dans le village où nous étions; ce village se nommait Waltenschwyl.
23.--Partis de ce village à six heures du matin, nous sommes venus loger à Aarburg, dans le canton de Berne, situé sur l'Aar, où il y a un fort assez important.
24.--Partis à sept heures du matin, nous sommes venus loger dans les environs d'Herzogenbachsee; nous étions à Niederhaus; notre compagnie de même dans le canton de Berne.
25.--Partis à cinq heures du matin. Logé dans la ville de Berne. J'ai remarqué qu'il y avait une belle grande rue; il est vrai qu'elle va un peu en montant, et, à la distance de quatre-vingts pieds, il y a une fontaine. J'ai vu une horloge assez curieuse: tout le temps que le marteau frappe sur la cloche, il y a auprès du cadran un tour fait comme une table ronde sur laquelle il y a des ours qui défilent la parade, avec des instruments de guerre; il y en a qui sont montés sur des chevaux: enfin cela est amusant.
Toutes les rues de cette ville sont ornées de belles arcades où il y a toutes sortes de marchands. Au-dessus de la porte, du côté de Lausanne, la personne de Guillaume Tell est représentée.
27 _floréal_.--Partis à quatre heures du matin. Logé à Morat, ville située sur le lac de ce nom.
28.--Partis à six heures du matin. Logé aux environs de Payerne; nous étions au village de Fétigny.
29.--Partis à trois heures du matin. Logé à Moudon dans le pays de Vaux, ci-devant alliée avec Berne, et située sur le bord de la Broye. Cette ville était anciennement la capitale du pays; on y voit encore aujourd'hui une ancienne tour qui a été bâtie du temps de Jules César.