Journal de Jean Héroard - Tome 2 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628)

Part 7

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[94] Basile I, dit _le Macédonien_, empereur grec, mort en 886. On a de lui un traité de _l'Art de régner_, traduit en français par Porcheron en 1590.

_Le 21, dimanche._—Mené en carrosse, il voit tirer l'anguille au pont Notre-Dame.

_Le 22, lundi._—Il commande à son nain Dumont d'aller à Villecraine, lui donne pour le conduire Descluseaux, porte-manteau, pour faire venir le sieur de Bogne, sieur de Villecraine, devers lui, sur une plainte qui lui avoit été faite par La Court, valet de chambre de S. M.; c'est le premier commandement en commission qu'il a donné.

_Le 25, jeudi._—Mené en carrosse à la messe à la chapelle Saint-Louis des Jésuites; à une heure mené au bois de Vincennes à la chasse.

_Le 27, samedi._—Mené en carrosse au marché aux chevaux, où il demande d'aller pour y acheter un bidet noir, puis aux Tuileries.

_Le 30, mardi._—Il s'amusoit à des petits jouets; M. de Souvré lui dit: «Sire, ne voulez-vous pas quitter ces jeux d'enfant? Vous êtes déjà si grand.»—_Mousseu de Souvré, je le veux bien, mais il faut que je fasse quelque chose; dites-le moi, je le fairai._ Mené au jeu de paume de Verdelet.

_Le 31, mercredi._—A six heures et demie il entre en carrosse, va ouïr la messe aux Capucins pour aller à Saint-Germain-en-Laye par la chaussée, y arrive à neuf heures et demie, au vieux château. A onze heures dîné avec Monsieur, Madame, Mme Christienne et Mlles de Vendôme et de Verneuil. Ramené à sept heures à Paris. Mis au lit, il se fait apporter une petite arbalète à argelet et, avec une petite balle de plomb, tire pour éteindre les flambeaux.

_Le 3 septembre, samedi, à Paris._—Mené en carrosse chez la reine Marguerite, puis à la verrerie.

_Le 8, jeudi._—Mené à la messe à Notre Dame, et au sermon et à vêpres aux Carmes.

_Le 10, samedi._—Mené en carrosse à Conflans, M. de Villeroy le supplie de cueillir un fort gros poncire[95]; il ne le voulut point faire, par discrétion.

[95] Citron ou limon fort gros et fort odorant.

_Le 11, dimanche._—A deux heures mené en carrosse à Piquepusse, à vêpres, ramené à l'hôtel de Bourgogne, et à six heures trois quarts soupé; il me dit qu'il avoit mal au pied droit, que le mal lui avoit pris à la comédie. Mis au lit, il se fait porter sa caille privée, lui donne de la mangeaille.

_Le 12, lundi._—Mené en carrosse chez la reine Marguerite. A souper il se joue d'une balle[96] que lui-même fait treuver dans son couvert, puis dans son pain, puis dans un plat, par habileté.

[96] Probablement une balle de plomb.

_Le 13, mardi._—Il va chez la Reine, y a étudié[97].

[97] Circonstance exceptionnelle qu'Héroard note en marge.

_Le 14, mercredi._—Entretenu sur le catéchisme, mené par la galerie aux Feuillants, joué aux Tuileries.—Mené en carrosse à Saint-Eustache, puis à l'hôtel de Bourgogne.

_Le 15, jeudi._—Mené en Bourbon à la messe, puis au petit jeu de paume à la rue du Champfleury.

_Le 17, samedi._—Après souper il se fait armer des armes complètes jusques aux pieds, que le prince Maurice lui avoit envoyées, et tout armé s'en va trouver la Reine.

_Le 18, dimanche._—Exhorté par le sieur de Fleurence sur le catéchisme; à trois heures goûté, mené à la comédie à l'hôtel de Bourgogne. A sept heures soupé; il va chez la Reine, qui étoit en son petit cabinet; il heurte fort; elle ne le trouve pas bon, croyant que ce fût faute de respect.

_Le 19, lundi._—M. de Souvré lui remontre ce qu'il avoit fait le soir précédent, et pour ce sujet il est fouetté.

_Le 21, mercredi._—Mené en carrosse à vêpres à Piquepusse, puis à la comédie de l'hôtel de Bourgogne.

_Le 22, jeudi._—Ce matin la Reine reçut la nouvelle du décès de Mme la duchesse de Mantoue, sa sœur aînée[98]; le Roi en pleura.

[98] Éléonore de Médicis, née en 1566, seconde femme de Vincent de Gonzague, duc de Mantoue.

_Le 23, vendredi._—En soupant il parloit d'oiseaux, d'une pie-grièche qu'il avoit, et dit qu'il la vouloit dresser pour voler le moineau, et un moineau pour le roitelet, et le roitelet pour mouche. Je lui demande: «Et la mouche, sire, que lui fairez-vous voler?»—_Je lui fairai voler le moucheron._

_Le 24, samedi._—Joué en la galerie, il y fait courir devant lui un chameau que M. de Nevers lui avoit donné, lui fait faire quatre tours d'un bout à l'autre.

_Le 25, dimanche._—Mené en carrosse aux Filles-Dieu et à quatre heures et demie à la comédie, en l'hôtel de Bourgogne.—Mis au lit, il s'endort à la musique de Bailly, chantant et jouant de la lyre avec le joueur de luth de la reine d'Angleterre, qui en jouoit et chantoit la basse.

_Le 26, lundi._—Éveillé à une heure après minuit, il avoit de l'inquiétude pour avoir ouï parler des esprits à son coucher; il les craignoit.—En étudiant il entre en mauvaise humeur contre M. de Souvré, qui le reprenoit de ce qu'il s'amusoit; il avoit le chapeau sur la tête, le Roi lui dit: _Vous avez votre chapeau sur la tête!_—«Oui, et si je le vous ôterai pas pour cette heure. Ce n'est pas que je sache ce que je vous dois, qui est cent mille fois plus. Plaignez-vous en à la Reine.»—_Je ne vous ôterai pas aussi le mien._ M. Le Fèvre, son précepteur, le voulut aussi un peu presser sur la leçon; le Roi lui dit: _Quoi! et du commencement vous étiez si doux que vous trembliez tout; et maintenant vous êtes si rude!_ Tiré des armes à l'accoutumée et dansé.—Peu après souper il entend les Comédiens françois en sa chambre; la Reine y étoit.

_Le 27, mardi._—Après déjeuner il est exhorté à son corps défendant, pource qu'il croyoit ne devoir point étudier, à cause que ce jour étoit celui de sa naissance[99].—Mis au lit, il se fait apporter un petit navire d'argent et se y amuse diversement, dit qu'il ne se veut point endormir qu'à l'heure pareille de sa naissance.

[99] Le Roi entrait dans sa douzième année.

_Le 28, mercredi._—A dîner on lui sert une caille, qu'il avoit prise le jour précédent à la chasse, et deux moineaux, que le matin il avoit tués et frappés à l'œil, aux Tuileries, avec son arbalète à argelet: _Portez_, dit-il, _cela à Mousseu de Souvré, et dites-lui que velà des ortolans des Tuileries que je lui envoie_.

_Le 1er octobre, samedi, à Paris._—Mené en carrosse chez la reine Marguerite.—A son souper il reprend un gentilhomme servant qui n'avoit point encore servi: _Votre serviette n'est pas bien_; et ne la mettant pas encore bien: _Non, non, il faut la mettre ainsi_, lui dit-il doucement, comme le lui voulant apprendre.

_Le 3, lundi, voyage._—Il va à la messe en Bourbon; à sept heures il est mis en carrosse et part de Paris pour aller à Fontainebleau. A Villejuif il fait acheter un pain d'un sol, met pied à terre, chemine assez bien en mangeant son pain; arrivé à dix heures et demie à Sauvigny, il y a dîné. Il part de Sauvigny à deux heures, arrive à cinq heures à Villeroy.

_Le 4, mardi._—A six heures déjeuné, puis mené en carrosse, il arrive à neuf heures et demie à Cély, où il a dîné. Il part de Cély et arrive à une heure et demie à Fontainebleau; il est toujours promené sur le canal, dans la galerie, à cheval, à pied, dans les jardins jusques à cinq heures.

_Le 8, samedi, à Fontainebleau._—Mené à la chapelle près de la salle du bal, puis chez la Reine.

_Le 11, mardi._—A deux heures botté, monté à cheval, mené à la chasse au loup, par delà la rivière de Moret.

_Le 12, mercredi._—En soupant l'on parla d'Engoulevent[100] qui étoit prince des sots; il dit: _Annibal_ (l'un de ses nains) _est de ses sujets, et Danobis_ (l'un des garçons de sa chambre). _C'est le plus grand royaume du monde._

[100] _Voy._ tome I, page 61, note 88.

_Le 13, jeudi._—Éveillé à deux heures après minuit, doucement, il a peur; c'étoit depuis la mort du Roi son père, qu'il avoit vu dans le lit[101]. Il fait passer un valet de chambre de chaque côté de son lit, pour s'assurer, se rendort jusques à quatre; fait de même, se rendort jusques à six et demie.

[101] _Voy._ au 15 août précédent.

_Le 16, dimanche._—En la chambre de la Reine, il donne le bonnet de cardinal à M. l'évêque de Béziers, Florentin et grand aumônier de la Reine, qui fut appelé cardinal de Bonzi; c'est le premier cardinal qu'il a fait.

_Le 18, mardi._—Il fait venir Mme de Ragny, qui craignoit les singes et les guenons, lui fait peur des siennes. M. le prince de Condé revient de Guyenne; il le reçoit gaiement, et mettant sa main à son bonnet de nuit, bridé par la bande de sa glande[102]: _Voyez_, dit-il, _je ne saurois ôter mon bonnet, il est attaché_. Il l'entretient de bonne façon, lui parle de toutes sortes de choses. A quatre heures il se remet au lit; étudié; il me fait l'honneur de me demander si j'écrivois toujours ce qu'il faisoit et me commande d'écrire comme, la nuit précédente, il avoit songé que _Courtenvaux avoit une fille que sa femme avoit faite, et que Haran_ (garçon de sa chambre et de ses chiens) _en avoit été le compère_; et là-dessus il s'en prend à rire. Il s'endort à la musique du luth et de la voix de Bailly.

[102] Le Roi avait depuis la veille une glande sous la mâchoire, et gardait la chambre.

_Le 19, mercredi._—Il prend un clystère fait de lait, de fleurs de camomille et de sucre blanc; il fait beaucoup de mystères plaisants avant que de le prendre, dit à M. de Souvré: _Demandez à mousseur Hérouard si ce qu'on fait prendre par force fait pas mal_. M. de Souvré le menace du fouet; cette crainte le lui fait prendre, puis il menace M. de Souvré: _Si j'avois des verges, aussi vrai je vous en fairois prendre un_. A dîner il est servi par M. le chevalier de Guise.

_Le 20, jeudi._—A cinq heures il se lève en robe, se fait porter ses harquebuses (il en avoit sept), me dit: _S'il venoit des ennemis, velà bien pour leur faire un beau salve_ (sic). Il prend une des harquebuses sur son épaule, se promène en soldat. A deux heures il a tiré une harquebusade[103] d'harquebuse à rouet, chargée à balle, contre un cyprès qui étoit au milieu d'un carré du parterre, sans s'ébranler en façon du monde. Il en tire encore une autre sans balle; il ne fut jamais si content; il avoit desiré d'en avoir permission de la Reine, d'autant que M. de Verneuil en avoit tiré.

[103] Par la fenêtre de sa chambre.

_Le 21, vendredi._—Il prend du lait d'amandes et l'ayant pris, dit: _Si tous les clystères étoient aussi bons que cela, j'en prendrois souvent, comme madame de Ragny dit qu'on les prend en Bourgogne_[104]. Étudié, il entend la messe dans son lit; dîné. Levé, il se joue doucement à son lapin et à ses deux petits chiens _Tinton_ et _Mourac_, et à limer du fer. A deux heures tiré à balle, de sa harquebuse, faite à Rouen par Timothée, laquelle lui avoit été donnée par M. de Blainville[105], et il l'appeloit de son nom _la Blainville_. Il tire au blanc, de cinquante pas, donne à un pouce près du blanc, puis sur un geai qui étoit en une des premières et prochaines allées du jardin; il tire de la fenêtre de sa chambre, de haut en bas, et le frappe en la tête. Étudié, etc., il tire encore de la harquebuse et tue un geai tiré de sa fenêtre dans le jardin.

[104] Par la bouche.

[105] _Voy._ au 31 octobre 1604.

_Le 22, samedi._—A douze heures et demie levé, vêtu, ôté son bonnet, puis son chapeau, laissé la bande sous sa glande. Pendant son dîner[106] M. le duc de Guise, qui le servoit, lui disoit qu'il étoit venu un Anglois qui avoit des dogues fort furieux et des ours, et que s'il plaisoit à Sa Majesté de lui donner une pension de mille écus, il lui entretiendroit toute l'année vingt et cinq dogues qui lui donneroient du plaisir, et quand il lui plairoit il les feroit combattre à outrance; et il lui réitéra trois ou quatre fois ce mot d'_outrance_. Le Roi écouta tout sans mot dire, jusqu'à ce qu'il dit: _Non, non; point à outrance; non, je veux pas à outrance_; c'étoit par débonnaireté, car il ne vouloit même pas que les dogues fussent menés aux toiles, de crainte qu'ils ne fussent blessés. A trois heures il va en la chambre ovale, pour voir combattre les dogues de l'Anglois contre un ours.

[106] Avant de se lever.

_Le 23, dimanche._—Il prend médecine, sous la promesse de M. de Souvré qu'il tirera quatre harquebusades; remis au lit, d'où il tire deux harquebusades qui sortent par la fenêtre; il y étoit fort chaud. Levé en sa robe et bottines, il tire par la fenêtre une harquebusade et tue un geai au jardin; il couchoit en joue du côté droit et miroit de l'œil gauche. Sa quatrième harquebusade il la tira du coin de son cabinet, contre le pavillon du milieu de la galerie et donna dans un autre trou où il y avoit un nid d'hirondelles, où il tiroit. A trois heures et demie goûté; il fait prendre des oiseaux à la glu, fait démonter et remonter des canons et des rouets de harquebuses, et en régler les charges.

_Le 24, lundi, à Fontainebleau._—A huit heures, sous promesse que lui fait M. de Souvré de n'étudier point, il prend un clystère.

_Le 25, mardi._—On lui apporte un petit pot de verre où il y avoit de la crème avec de l'eau de rose pour frotter son nez[107]; il n'en veut point, nous en fait manger et en donnant à M. de Blainville, guidon de sa compagnie de gendarmes, qui étoit de la Religion: _Tenez, mangez; velà qui vous faira devenir catholique_. Il s'amuse à clouer les tapis du pied de son lit avec le tapissier, va chez la Reine.

[107] Où il avoit une inflammation.

_Le 26, mercredi._—Étudié, mené à la chapelle près de la salle du bal, puis chez la Reine; dîné. Il donne audience à l'ambassadeur de Savoie; à trois heures mené en carrosse aux toiles.

_Le 27, jeudi._—Étudié; on lui montroit la carte d'Espagne et les avenues de la frontière, il l'étudioit fort attentivement. M. Le Fèvre lui ayant dit que la France étoit bien un plus grand, plus beau et plus riche royaume, le Roi dit: _Si[108] voudrois-je qu'elle fût à moi_.

[108] Pourtant.

_Le 28, vendredi._—A six heures levé, vêtu, botté; on lui dit que s'il faisoit mauvais temps, il ne pourroit sortir: _Je fairai_, dit-il, _fermer le carrosse_. On lui répond: «Votre Majesté n'y verra goutte dedans.»—_Je fairai allumer des bougies plus tôt._ Il va à la messe, puis entre en carrosse et va à Cély, où il a dîné. Il s'amuse à tirer aux petits oiseaux à la harquebuse, puis est mené à la chasse au loup; il y en avoit trois grands et quatre petits dans l'enceinte. Ramené à quatre heures, à six devêtu, mis au lit, à huit heures et un quart il s'endort, combattant en soi-même pour ne s'endormir point tout à plein, d'autant qu'il n'avoit pas prié Dieu; il demande son aumônier, et, se trouvant retiré, il prie Dieu de lui-même et s'endort à huit heures trois quarts.

_Le 30, dimanche._—A trois heures il est parti en carrosse et la Reine aussi, sur la route de Moret, pour aller à la rencontre de Mme la duchesse de Lorraine[109], fille de M. le duc de Mantoue. Mme la princesse de Conty descend pour aller vers elle, de la part du Roi et de la Reine; le Roi dit: _Dites à madame de Lorraine qu'elle ne descende pas, qu'elle ne s'incommode pas pour moi et je m'incommoderai pas pour elle_. Toutesfois elle descend, va vingt-cinq pas à pied et salue LL. MM., qui mirent pied à terre.

[109] Marguerite de Gonzague, seconde femme de Henri, duc de Lorraine.

_Le 31, lundi._—Mené à la chapelle près de la salle du bal, puis chez la Reine et après se jouer en la galerie lambrissée. Après souper il va en sa chambre, joue à remue-ménage.

_Le 1er novembre, mardi, à Fontainebleau._—Mené au jardin du Tibre, il tue de sa harquebuse une alouette puis un roitelet, ne tire jamais à faute.

_Le 2, mercredi._—Il dit qu'il ne veut pas déjeuner, prie Dieu sous promesse de n'étudier pas l'après-dînée.

_Le 3, jeudi._—Mené promener au canal et aux jardins, où la Reine mène Mme de Lorraine pour les lui faire voir. Après souper il va chez la Reine, tire à part, dans le grand cabinet de la Reine, Mme de Lorraine, Mme la princesse de Conty, Mme de Guise sa mère, M. de Guise, et joue à remue-ménage; y fait jouer M. de Lorme, premier médecin de la Reine. Ramené, devêtu, M. de Vaudemont[110] lui donne sa chemise.

[110] François de Lorraine, duc de Lorraine, né en 1624, mort en 1632.

_Le 4, vendredi._—M. le cardinal Gonzague[111], neveu de la Reine, arrive.

[111] Ferdinand de Gonzague, duc de Mantoue en 1612, mort en 1626.

_Le 5, samedi, à Fontainebleau._—Éveillé à cinq heures et demie après minuit, il demande à quelle heure il s'étoit endormi[112] et, ayant compté: _Il se faut lever, c'est assez dormi_. Ses valets de chambre le veulent persuader de dormir encore, et disent que la Reine leur a commandé de ne le lever point qu'il ne soit six heures: _Hé! comment est-il possible de faire dormir par force, quand on n'a pas envie_; levé, déjeuné, étudié, etc. Après souper il va chez la Reine, à sept heures trois quarts est ramené, prie Dieu, puis descend son oratoire pour le faire partir le lendemain. Mis au lit, il s'endort à neuf heures et demie.

[112] Il s'était endormi à huit heures trois quarts.

_Le 6, dimanche, voyage._—Éveillé à quatre heures après minuit, il fait lever ses valets de chambre, dit qu'il ne sauroit dormir par force; levé, bon visage, gai. L'on avoit arrêté l'horloge par commandement de la Reine, il le jugea. Il fait détendre son lit, aide à faire ses coffres. A six heures déjeuné; il va chez M. de Souvré, qu'il trouve au lit, lui parle de ses harquebuses, qu'il en tirera par les chemins, lui demande s'il tire bien? «J'ai autrefois si bien tiré dit M. de Souvré, que de trois coups je n'ai pas agrandi le trou.»—_Il faudroit être bien sot pour le croire_, répond le Roi froidement. Il est mené à la chapelle près de la salle du bal, puis à neuf heures au parc, jusques au bout, et aux jardins, _pour_, ce dit-il, _leur baiser les mains_. Il va chez la Reine, et à une heure part de Fontainebleau en carrosse, d'où il descend trois fois dans la forêt pour tirer de la harquebuse. A quatre heures il arrive à Melun, va droit au jeu de paume, puis à un jardin près de là, y tire trois moineaux d'une harquebusade. Soupé en son logis, il se fait débotter, puis lui-même se met à nettoyer ses harquebuses qui avoient tiré.

_Le 7, lundi, voyage._—Il part de Melun; à Villeneuve Saint-George dîné. A quatre heures et demie il arrive à Paris, va à la volerie. A six heures et un quart soupé; pissé en un pot de verre, ses coffres n'étoient point arrivés. Il va au-devant de la Reine, qui arrivoit à sept heures.

_Le 8, mardi, à Paris._—Étudié, etc.; mené aux Feuillants, joué aux Tuileries, il tire de la harquebuse aux petits oiseaux, en tue huit, et deux d'un coup qui étoient sur le faîte du pavillon. Après dîner il ne sort point, à cause du mauvais temps, ne veut point étudier; M. le marquis d'Ancre y va de la part de la Reine; étudié jusques à quatre heures; il n'en pouvoit sortir. A souper il raille M. le comte de la Rochefoucauld pource qu'il s'étoit frisé, disant: _Hé! qui est ce seigneur_ (le fer chaud) _qui a passé par ces cheveux? Hé! mon Dieu, qu'il est beau!_

_Le 11, vendredi._—Après dîner il va chez la Reine, là où l'ambassadeur d'Espagne annonce le décès de la reine d'Espagne[113].

[113] Marguerite d'Autriche, mariée en 1599 à Philippe III; elle était mère d'Anne d'Autriche, future épouse de Louis XIII.

_Le 12, samedi._—Il envoie au cabinet des livres pour avoir des noëls et chante.

_Le 13, dimanche, à Paris._—Exhorté, mené aux Tuileries par la galerie et aux Feuillants. En soupant il voit des bateleurs qui faisoient monter, descendre le long d'un bâton et pirouetter une chèvre sellée et bridée, un singe dessus; il n'a cesse tant qu'il eût acheté la chèvre; en donne vingt et six écus en or.

_Le 14, lundi._—Il me fait l'honneur de me dire: _Mes sœurs seront bien aises de me voir tirer de la harquebuse; toutes ces femmes crieront: Jésus! Mamanga[114] dira à Monsieur de Souvré pourquoi il me laisse tirer, et l'ira dire à la Reine ma mère_. A une heure et demie mené en carrosse à Saint-Germain-en-Laye; il y arrive à cinq heures, à l'arrivée va visiter Monsieur, son frère[115], qui étoit malade d'un endormissement avec quelques légères convulsions; il s'éveille, le Roi lui dit: _Bonsoir, mon frère_.—«Bonsoir, mon petit papa; vous me faites trop d'honneur de prendre la peine de me venir voir.» Le Roi se prend à pleurer, s'en va, et depuis ne le vit plus; il va au bâtiment neuf; soupé avec M. d'Anjou et Mesdames.

[114] Mme de Montglat, ancienne gouvernante de Louis XIII, l'était encore de Mesdames.

[115] _Voy._ la note [394] du 16 avril 1607.

_Le 15, mardi, à Saint-Germain._—Étudié, etc.; il va au parc, tire de la harquebuse, va chez la Reine.—Mis au lit, M. de Souvré lui parle de la maladie de Monsieur; le Roi demande: _Ne y a-t-il point moyen de le sauver?_—«Sire, les médecins y font ce qu'ils peuvent, mais il faut que vous priiez Dieu pour lui.»—_Je le veux bien; ne faut-il point faire autre chose?_—«Sire, il le faut vouer à Notre-Dame de Lorette.»—_Je le veux bien; que faut-il faire? où est mon aumônier?_ L'aumônier vient, et dit au Roi: «Il faut faire une image d'argent de sa hauteur.»—_Qu'on envoie à Paris tout à cette heure, qu'on se dépêche_, dit le Roi avec ardeur, et puis il prie Dieu, la larme à l'œil.

_Le 16, mercredi, à Saint-Germain._—Éveillé à une heure après minuit, il demande des nouvelles de Monsieur, son frère, et se rendort.—Monsieur d'Orléans, son frère, décède entre minuit et une heure, d'un endormissement joint à quelques convulsions; quelque temps auparavant il disoit qu'il avoit vu en songe un ange qui lui disoit que son bon papa avoit envie de le voir et qu'il le verroit bientôt: «Je l'embrasserai si fort», ce disoit-il gaiement.

_Le 17, jeudi._—Déjeûné, étudié, etc. M. le marquis d'Ancre lui dit le décès de Monsieur, son frère; il en demeure saisi, blêmit, demeure pensif, fait ce qu'il peut pour se divertir, dit à M. de Souvré qu'il die à la Reine à ce qu'il ne lui allât point donner de l'eau bénite; c'étoit par compassion, non par mépris. Il va à la chapelle, puis chez la Reine. A une heure et demie il entre en carrosse et part de Saint-Germain; vers la croix Nanterre il met pied à terre (il étoit botté), entre dans les vignes, il y faisoit fort mol, tire de la harquebuse, deux coups, à chaque coup abat un pinçon au haut d'un noyer. Il arrive à Paris à cinq heures et un quart, va voir la Reine.

_Le 18, vendredi, à Paris._—Joué aux Tuileries, il tire de la harquebuse; il en avoit la joue meurtrie, et me défend d'en dire mot. Ramené il va chez la Reine.—Ce jourd'hui fut ouvert le corps de feu Monsieur le duc d'Orléans, en présence de M. Antoine Petit, premier médecin du feu Roi, et M. Jean Haultin, médecin de Paris, par Elie Bardin, chirurgien à Paris, et Simon Berthelot, son chirurgien.

_Le 19, samedi._—Il va chez la Reine; elle lui dit: «Je vous veux marier», et lui demande s'il aime mieux Espagne ou Angleterre? Le Roi s'en sourit sans dire mot, et dit au sieur d'Auger: _Espagne, Espagne_, pource qu'il y pense plus de grandeur.