Journal de Jean Héroard - Tome 2 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628)
Part 5
_Le 29, samedi._—M. de Sully fut, ce jourd'hui, démis de la garde de la Bastille et de la surintendance des finances; le Roi dit à M. de Souvré: _L'on a ôté Mousseu de Sully des finances?_—«Oui, Sire.»—_Pourquoi?_ demande-t-il avec contenance d'étonnement.—«Je n'en sais pas les raisons, mais la Reine ne l'a pas fait sans beaucoup de sujet, comme elle fait toutes choses avec grande considération. En êtes-vous marri?»—_Oui._
_Le 1er février, mardi, à Paris._—Mené par la galerie aux Feuillants, puis monté à cheval; il vole en chemin et à dix heures, arrive à Ruel, où Madame et Mlles de Vendôme et de Verneuil arrivent, et à onze heures ont dîné avec lui. Joué au jardin; il fait voler ses émérillons devant Madame; à trois heures elles s'en retournent à Saint-Germain en Laye, et lui arrive à Paris en carrosse à quatre heures trois quarts.
_Le 2, mercredi._—Mené en carrosse à vêpres, à Saint-Jacques-de-la-Boucherie.
_Le 5, samedi._—L'on parloit (à son souper) de certains chiens d'Angleterre, nommés _tommelins_, qui endorment les lapins et d'autres chiens qui treuvent les larrons, les suivant et les sentant sans les voir; il dit en s'égayant: _Il faut avoir une meute de chiens pour larron, nous en prendrons bien._
_Le 7, lundi._—A huit heures trois quarts mené, par la galerie, en la salle des Tuileries, où se tenoit la foire Saint-Germain pour les joailliers, peintres et marchands de Flandre et d'Allemagne, d'autant qu'elle étoit défendue au faubourg Saint-Germain, à cause des querelles de la Cour, et les autres sortes de marchands étoient en autres et divers lieux[52]. Ramené à dix heures et demie, il va à la messe à la chapelle de l'antichambre de la Reine, puis chez la Reine et à onze heures et demie dîné, étudié, goûté. Mené par la galerie à la foire en la salle des Tuileries, ramené par le même chemin à cinq heures. Il s'amuse (pendant son souper) à voir jouer un comédien qui représentoit seul plusieurs personnages, va chez la Reine.
[52] «En ce mois, la foire Saint-Germain ne se tint point à Paris, à cause de la mort du Roi, ce qui ne s'étoit point vu depuis la Ligue.» (_Journal de Lestoile._)
_Le 8, mardi._—Mené par la galerie aux Feuillants, puis à la foire aux Tuileries, comme dessus. Après dîner il fait armer ses petits gentilshommes, qu'il appelle sa compagnie, comme il le souloit faire, et par la galerie s'en va, tabourin battant, enseigne déployée, à la foire comme dessus, aux Tuileries, la met en garde pour empêcher, ce dit-il, le désordre. Ramené à cinq heures par le même chemin et en la même façon.
_Le 9, mercredi._—Mené par la galerie aux Feuillants, puis à la foire comme dessus. A deux heures et demie goûté, mené par la galerie à la foire aux Tuileries; la Reine y étoit, lui veut donner une chaîne de diamants du prix de sept à huit cents écus; il n'en veut point, dit mieux aimer des tableaux.
_Le 10, jeudi._—Déjeuné, étudié, etc., il fait armer sa petite compagnie, et à neuf heures, par la galerie, les fait aller comme dessus à la foire aux Tuileries. Étudié, goûté, mené à la foire aux Tuileries; ramené, il va chez la Reine, là où, à six heures et demie, Mlle Ricassa, l'une des filles italiennes de la Reine, fut fiancée au sieur de Saint-Germain-d'Apchon. Comme le curé, en sa remontrance, eut parlé des peines des fornicateurs, l'on demanda au Roi qui étoient les fornicateurs; le Roi répond soudain: _Ceux qui mettent la pâte au four_.—Dévêtu, mis au lit, prié Dieu, il dit: _Demain il faira mauvais temps, je ne pourrai sortir, je veux prendre médecine. Allez dire à mousseur Hérouard qu'il me fasse donner de ma dragée_, et me l'envoie commander.
_Le 11, vendredi._—Éveillé à sept heures; à sept et demie il prend dragée de rhubarbe purgative, une demi-once; il se joue au lit, s'amuse à peindre, ayant fait venir Bunel[53], l'un de ses peintres et excellent. A trois heures levé, il prend sa robe; Frédéric Pourbes[54], flamand, peintre excellent, le tire de sa hauteur pendant qu'il se joue à des petites besognes. Il s'amuse à faire un potage au lait pour l'envoyer à Mme de Guise, et autres semblables petits jeux.
[53] Jacob Bunel, né à Blois, en 1558, chargé par Henri IV des peintures de la galerie du Louvre.—Voy. _Lettres missives_, VII, 481.
[54] Porbus ou Pourbus le jeune s'appelait Franz ou François; c'est pourtant de lui qu'il s'agit ici. Né à Anvers en 1570, il mourut à Paris en 1622.
_Le 13, dimanche._—Mené en carrosse aux Célestins, à vêpres; joué au jardin; il y a goûté. Après souper il joue aux dames rabattues contre M. de Longueville, qui perdoit, et le Roi lui dit que le Louvre lui portoit malheur, d'autant que M. de Longueville avoit dit qu'il gagnoit toujours chez lui.
_Le 14, lundi._—Mené par la galerie aux Capucins; joué au jardin des Tuileries; il va à la foire comme dessus.
_Le 15, mardi._—A six heures levé, prié Dieu; on lui fait ses cheveux paisiblement, contre sa coutume; vêtu; à sept heures et demie déjeuné; il n'étudie point, ayant composé à cette condition pour faire ses cheveux, et puis dit: _C'est aujourd'hui carême prenant[55]; il est fête._ Dîné peu, par impatience d'aller à la chasse au bois de Vincennes; il faisoit fort mauvais temps, inégal, de pluie, grêle et vent; il étoit gaiement à cheval.
[55] Mardi gras.
_Le 16, mercredi._—Mené par la galerie, à la foire aux Tuileries.
_Le 17, jeudi._—Il s'entretient en soupant des linottes, bruiants[56] et moineaux qu'il a donnés aux sieurs du Plessis-Praslin, de Humières et de Bonnenan pour les dresser pour mouches et pour papillons; ils les tiennent devant lui, sur le poing, chaperonnés.
[56] Ou bréant, oiseau jaune de la grosseur d'un moineau; on le nomme aussi verdier.
_Le 18, vendredi._—Après dîner il va à la fenêtre pour voir combattre sans touches (_sic_) un homme contre un lion.
_Le 21, lundi._—Mené par la galerie aux Tuileries, où la foire tenoit encore.
_Le 22, mardi._—A deux heures botté, mené en carrosse au bois de Vincennes, à la volerie; il monte à cheval, a pris à l'oiseau une perdrix en vie; ramené en carrosse, il faisoit grand brouillard.—Il s'amuse (en soupant) à voir des sauteurs et joueurs de marionnettes.
_Le 24, jeudi._—Mené chez la Reine, au grand cabinet, où il joue à la mouche. A une heure et demie mené en carrosse au sermon, à Saint-Merry, puis au faubourg Saint-Germain, chez M. le marquis d'Ancre, où il a goûté.
_Le 26, samedi._—A sept heures et demie mené en carrosse à la messe aux Augustins et à la chasse à Meudon, où il a dîné; il monte à cheval, court le chevreuil et chasse jusques à quatre heures; est ramené à cheval.
_Le 27, dimanche._—Mené en carrosse à Saint-Étienne-du-Mont, au sermon, puis se jouer au clos de Sainte-Geneviève.
_Le 1er mars, mardi, à Paris._—A une heure botté, mené en carrosse à la volerie; monté à cheval, il va par delà le Bourget; ramené à cinq heures et demie, il va chez la Reine, et à six heures et demie en la galerie, avec la Reine, aux fiançailles de Mlle de Liancourt et de M. le comte de la Rochefoucauld[57], d'où il s'en va fâché en son cabinet pour ce que l'on ne l'avoit pas fait signer. A sept heures soupé; en soupant il se parloit des fiançailles: _Moi_, dit-il, _quand j'ai vu qu'on me faisoit pas signer, je m'en suis fort bien allé à mon cabinet; je suis fondu comme une pierre_.
[57] François de la Rochefoucauld, Ve du nom, depuis duc de la Rochefoucauld, mort en 1650. De sa femme Gabrielle du Plessis-Liancourt, il eut douze enfants, dont l'aîné fut l'auteur des _Maximes_.
_Le 3, jeudi._—Il s'amuse, en soupant, à voir des joueurs de marionnettes; va chez la Reine.
_Le 4, vendredi._—Son précepteur lui racontoit que Atlas avoit porté le monde sur ses épaules, le Roi dit soudain: _Je le porterois bien_, et il prend sur ses épaules un des tomes où étoient les cartes du monde: _Voyez je porte le monde en France_, et prenant l'autre tome: _J'en porterois bien un autre_[58].
[58] Il est probable que le mot _atlas_ s'appliquait déjà à un recueil de cartes géographiques.
_Le 6, dimanche, à Paris._—Il envoie à Saint-Germain quatre dogues équipés en mulets et chargés de coffres, comme si c'étoient les mulets de sa chambre. A deux heures mené au sermon à Saint-André des Ards, puis aux Tuileries.
_Le 7, lundi._—A midi il entre en carrosse, et monte à cheval au Roule pour aller à Saint-Germain-en-Laye; ce fut la première fois qu'il y alla roi[59]. Il chasse en chemin à la volerie, et à quatre heures et demie arrive à Saint-Germain, où il est reçu par Messieurs et Mesdames; soudain il se va promener partout.
[59] La Reine était aussi de ce voyage. _Voy._ la lettre de Malherbe du 8 mars.
_Le 8, mardi, à Saint-Germain._—A déjeuner il s'entretient de la chasse et à quoi il emploiera le temps: _Nous irons ce matin au parc, où je fairai bien des choses_. Il vouloit aller à la garenne; en étant refusé, il se consent d'aller au parc; jamais il n'étoit oisif. Étudié, mené au parc, à dix heures à la messe, à la chapelle du vieux château, ramené à dix heures et demie chez la Reine. Après dîner il va au jardin, s'amuse à piocher et râteler[60]; à deux heures mené en carrosse à la forêt, il est monté à cheval, court deux cerfs, les prend, se treuve à la mort de l'un sans brosser[61].
[60] A râtisser; le mot râteler vient plus directement de râteau.
[61] Sans passer dans les _brossailles_, comme dit Héroard au 22 juin suivant.
_Le 10, jeudi, à Saint-Germain._—Éveillé, fouetté[62], étudié; il va chez la Reine.
[62] Il y a cinq lignes laissées en blanc dans le manuscrit original. Héroard était parti la veille et le journal est continué par Guérin jusqu'au 19 mars, date du retour d'Héroard.
_Le 11, vendredi._—Il va au vieux château[63] voir Madame. Il va à la chasse, part de Saint-Germain, et arrive à Paris à quatre heures.
[63] Ce détail prouve que le jeune Roi demeurait alors au château neuf de Saint-Germain.
_Le 12, samedi, à Paris._—Mené à Piquepusse à vêpres, et pour mettre la première pierre à l'église, où il est longtemps à maçonner.
_Le 15, mardi._—Il dit qu'il a rêvé en dormant et songé que M. de Souvré le fouettoit.
_Le 18, vendredi._—Étudié, etc.; son précepteur lui dit assez bas qu'il n'étoit possible pas des plus savants, mais toutes fois qu'il n'étoit pas un homme du commun ne du vulgaire, car on ne l'eût pas mis auprès de Sa Majesté[64].
[64] Des Yveteaux parle de lui-même et répond sans doute à une observation que lui a faite le jeune Roi, car Guérin a écrit en marge: _facetum_.
_Le 19, samedi._—A une heure monté en carrosse; hors la ville il monte à cheval, est mené à la garenne de Colombes, voit courir un loup. Après souper il va chez la Reine.
_Le 20, dimanche, à Paris._—Mené en carrosse au sermon à Saint-Barthélemy, puis allé aux Tuileries.
_Le 23, mercredi, voyage._—Mené à la chapelle de Bourbon, puis à six heures trois quarts monté en carrosse; il part de Paris, va dîner à Essonne, où il arrive à dix heures. A une heure et demie il entre en carrosse, arrive à quatre heures et demie à Fontainebleau; c'est la première fois qu'il y est arrivé roi. Mené chez la Reine, qui arriva à sept heures et demie; à neuf ramené en sa chambre, qui regarde sur le jardin de la Reine et est contre la chambre ovale en laquelle il naquit.
_Le 26, samedi, à Fontainebleau._—Mené à la chasse du cerf, à trois lieues de Fontainebleau; ramené à six heures, soupé. Joué à cachette; il y fait jouer M. de la Curée, lieutenant de sa compagnie de chevau-légers.
_Le 27, dimanche._—Mené promener aux jardins et à dix heures à la messe avec la Reine, à la chapelle de la salle du bal; il va à la procession. A trois heures il va au sermon à la salle du bal; mené au grand canal, il entre en sa galiote, fait tirer la rame à ceux qui étoient avec lui; ramené par le chenil et les jardins.
_Le 28, lundi._—A quatre heures monté en carrosse pour aller à la chasse, où, étant arrivé, M. de Souvré lui demande s'il veut pas monter à cheval, et qu'il y a deux haquenées; qu'il choisira.—_Pour qui sera l'autre?_—«Ce sera pour moi.»—_Je suis bien aise d'être en carrosse_, et il n'en voulut point sortir. C'étoit à dessein, afin que M. de Souvré ne montât point sur sa haquenée; c'étoit l'une de ses plus fortes jalousies.—Mis au lit, il parloit des Égyptiens[65] qu'il avoit rencontrés, revenant de la chasse, et dit: _Si on voloit pour Égyptien, le grand prévôt seroit un bon gerfaut_. M. d'Aiguillon et M. le marquis d'Ancre y étoient, sa nourrice aussi; M. le marquis d'Ancre lui dit, mettant la main sur la nourrice: «Sire, il faut que les femmes qui sont à votre coucher couchent avec M. d'Aiguillon, qui est un grand chambellan, et avec moi qui suis premier gentilhomme de votre chambre; le Roi le regardant en colère, lui tourne le dos, disant ces mots: _Ouy les vilaines_[66].
[65] Des bohémiens.
[66] Héroard a écrit en marge: «_Nota, nota. Serium et pudicum responsum._»
_Le 31, jeudi._—Mené à neuf heures au sermon, qui fut fait par M. l'évêque de Montpellier[67], puis il lava les pieds aux pauvres. Pendant la cérémonie ou un peu après, il voit un archer de ses gardes qui tirailloit de la toile (_sic_) avec un gentilhomme de ses ordinaires nommé le sieur de Maivre[68], commande au sieur de Nérestang, capitaine de ses gardes: _Allez tancher_ (tancer) _cet archer, qui se prend à un de mes gentilshommes_.
[67] Pierre Fenouillet.
[68] Peut-être de Maure.
_Le 1er avril, vendredi, à Fontainebleau._—A huit heures et demie mené au sermon et au service, où il est jusques à midi. Après dîner mené à ténèbres, et à quatre heures au jeu de paume.
_Le 2, samedi._—Il s'amuse à tirer contre un chardonneret que l'on lui avoit apporté en sa chambre, avec son arbalète à argelet, le frappe en l'aile par deux fois. Mené à la messe, à la salle du Cheval, conduit par M. le marquis d'Ancre. A trois heures et un quart, il va dans la chambre de la Reine; elle étant près de lui, en la ruelle du lit, reçoit le marquis Spinola, qui passoit, s'en allant en Espagne.
_Le 3, dimanche._—A huit heures il va à confesse, en sa chambre, au P. Coton, jésuite; à neuf heures à la messe, en la salle du Cheval, où il fait ses Pâques; à onze heures en la cour des Fontaines, et touche les malades pour la deuxième fois; il y en avoit six cent soixante[69]. A midi dîné; à deux heures il monte en carrosse, va ouïr vêpres à la chapelle Saint-Louis.
[69] _Voy._ au 22 mai suivant.
_Le 4, lundi._—Éveillé à huit heures, et sachant qu'il étoit si tard, il pleure, dit que l'on l'appellera paresseux.
_Le 5, mardi._—Mené à vêpres que l'on a fait dire avant le sermon pour l'amour de lui, qui vouloit aller à la chasse; botté, mené en carrosse jusques au lieu de l'assemblée, monté à cheval à quatre heures et demie, ramené à six heures.
_Le 8, vendredi._—Étudié; M. le chancelier et M. le président Jeannin le viennent voir; il leur montre ses petites besognes, et au départ leur donne à chacun un œuf d'autruche.
_Le 9, samedi._—Il va au jardin de la Reine, s'amuse à faire des ponts sur l'eau qui étoit au bassin de la fontaine, y travaille lui même.
_Le 15, vendredi[70]._—Le Roi s'est éveillé à sept heures et demie, s'est fâché et a grondé de ce qu'on l'avoit laissé dormir si longtemps.
[70] Héroard a écrit en regard: «M. le Maistre, médecin du Roi, a recueilli ce qui s'ensuit pendant que je suis à Paris dès ce jourd'hui.» L'absence d'Héroard dure jusqu'au 30 avril.
_Le 16, samedi._—Il s'est promené aux jardins et est allé en carrosse à la Héronnière pour voir la galère neuve et les matelots, équipée de tout, que M. le général des galères[71] lui a fait venir de Marseille, est revenu à pied par le parc des canaux.
[71] Philippe-Emmanuel de Gondi, marquis de Belle-Isle.
_Le 17, dimanche._—M. le premier président de Verdun[72] et autres conseillers du Parlement le sont venus trouver et faire la révérence au milieu de son déjeuner, desquels il auroit ouï la harangue et leur auroit fait sa petite réponse, courte et grave, pour les remercier et continuer à faire leurs charges et la justice; ce qu'il fait le chapeau au poing, et ne l'avoit que levé légèrement de dessus sa tête et remis aussitôt, à leur arrivée. Il est à présumer que, songeant à sa réponse, il s'oublia de son déjeuner.
[72] Nicolas de Verdun, premier président du parlement de Paris.
_Le 18, lundi._—M. le premier président de Verdun est venu prendre congé de lui, et a été prié par M. de Souvré d'interroger S. M., laquelle a dit à M. de Souvré qu'elle en savoit plus que lui en cas de petits discours.
_Le 20, mercredi._—Promené aux canaux, il y a fait mettre sa galère dedans l'eau, avec cérémonie, fait tirer les canons, trompettes sonner, et les forçats tirer la rame tout nus; S. M. toutesfois n'y est point entrée, encore qu'elle l'ait demandé.
_Le 21, jeudi._—Sur la fin de son dîner, il a baillé et fait présent d'un cheval à Augustin, turc de M. de Guise.
_Le 23, samedi._—Il est allé voir jouer au tripot[73], et de là en la grande galerie voir tirer la bague.
[73] Au jeu de paume.
_Le 24, dimanche._—Environ les sept heures il monte en carrosse et va à Arvane, maison de M. de Loménie, près de Moret; là il se joue à passer son temps à pêcher. Après dîner il retourne pêcher, et de là va à la chasse aux toiles, prend un chevreuil en vie et un marcassin d'un an qui fut tué à coups d'épée, ce dont il fut fort fâché. Il revient à Fontainebleau à six heures et demie, va voir la Reine.
_Le 25, lundi._—Il va au jardin de la Reine, puis aux canaux et sur l'eau, en la galère.—Après souper il est allé en sa chambre avec M. d'Épernon, qui l'a entretenu tout le long de son souper.
_Le 27, mercredi._—A huit heures et demie soupé; il a fort ri à table, entretenant M. de Montmorency, M. d'Elbeuf et autres seigneurs; neuf heures ont sonné lui étant encore à table. Il est allé chez la Reine, et s'est retiré à dix heures.
_Le 29, vendredi._—Après souper il va chez la Reine, se retire à dix heures; il s'étoit blessé au genou en tombant à la chambre de la Reine.
_Le 30, samedi._—Ressentant plus de douleur en son genou que le soir précédent et ayant de la peine à s'y bien appuyer, S. M. demeure au lit pour ce jour-là. A onze heures dîné dedans le lit; il a été servi par M. de Vendôme[74].
[74] Héroard a écrit à la fin de cette journée: «Je reprends ici la suite; j'arrivai à la fin de son dîner.»
_Le 1er mai, dimanche, à Fontainebleau._—A huit heures et demie déjeuné; il se fait servir des aulx, fait semblant d'en vouloir manger, en fait le bon compagnon[75], et tout à coup: _Je n'en mangerai pas, mais je m'en frotterai le nez pour baiser madame de Guise_, et il s'en frotte le nez.—Mis au lit, M. d'Épernon prend congé de lui pour aller en Angoumois; il l'embrasse et le baise par plusieurs fois.
[75] Pour imiter son père. _Voy._ au 1er mai 1606.
_Le 5, jeudi._—Mené en l'hôtel de Navarre, où il fait courir des marcassins qu'il y avoit fait apporter. Il commande à un harquebusier de ses gardes de tirer un oiseau; il tire, l'affût se rompt, puis le harquebusier dit au sieur Dauger qu'il eût bien voulu que le Roi lui eût donné de l'argent pour le refaire. Dauger le dit au Roi, qui lui demande: _Le vous a-t-il dit?_—«Oui, Sire.»—_Je lui en donnerai quand il ne y pensera pas[76]._—Après souper il va chez la Reine, se déguise, danse le Pantalon devant elle.
[76] _Voy._ au 16 mai suivant.
_Le 6, vendredi._—Mis au lit, il se fait apporter ses petits moines de poterie, s'amuse à leur faire des capuchons, les taille, les coud et dextrement.
_Le 7, samedi._—Il se plaint de douleur au ventre, me commande à lui faire donner un clystère, signe qu'il sentoit bien de la douleur; on lui porte le clystère, il marchande avec l'apothicaire. La Reine y vient, les persuasions n'ont point de lieu; M. de Souvré le menace du fouet, il prend le clystère; c'est le deuxième qu'il a pris[77].
[77] _Voy._ au 15 mai 1608.
_Le 10, mardi, à Fontainebleau._—Mené en carrosse aux toiles, il y voit prendre deux ou trois bêtes de compagnie; on lui vient demander s'il les vouloit voir tuer.—_Non! si on les veut tuer, que ce ne soit pas devant moi!_ M. de Préaux me l'a dit.
_Le 11, mercredi, voyage._—Éveillé à quatre heures et demie, il demande quelle heure il est, et lui ayant été dit: _Je me veux pas encore lever, je veux pas dormir, je me reposerai; dites-moi quand il sera cinq heures et demie_. Il ne dort point; l'heure venue, il dit: _Levez moi et faites-moi venir tous les garçons de la chambre, je leur veux commander à chacun ce qu'ils auront à faire_. Il les envoie aux uns et aux autres de ceux qu'il lui plut, pour les éveiller et leur dire qu'il s'alloit lever: à M. de Vendôme, à M. le Chevalier, son frère, à M. le comte de la Rochefoucauld. A sept heures et demie il entre en carrosse et part de Fontainebleau pour aller à Paris; il arrive à Tigery, près de la forêt de Sénart, à dix heures trois quarts; y a dîné. A deux heures il part, et à Conflans monte à cheval, arrive à Paris à cinq heures et demie.
_Le 12, jeudi, à Paris._—Mené à vêpres aux Chartreux, il y tire de l'eau au grand puits, en fait tirer à l'âne, y fait combattre _Gayan_, son chien, contre une fouine.—Mis au lit, il commande à deux valets de chambre de se mettre chacun à l'un des côtés de son lit, pendant qu'il s'endormiroit. Il craignoit les esprits depuis la mort du Roi son père, et en avoit ainsi usé depuis ce temps-là quand il se vouloit endormir.
_Le 13, vendredi._—Étudié, etc.; il donne audience aux ambassadeurs d'Espagne, Angleterre et Venise. A cinq heures il est mis sur un bateau et conduit jusques à l'île des Bonshommes[78].
[78] Appelée depuis l'île des Cygnes.
_Le 14, samedi._—Étudié, etc.; mené par la galerie aux Feuillants[79], joué aux Tuileries, ramené en carrosse, il va chez la Reine. A onze heures et un quart dîné; il va jouer en la galerie, étudié. Il demande à M. Beringhen, l'un de ses premiers valets de chambre, un anneau de cuivre où il y avoit un cadran; M. de Souvré lui remontre qu'il ne le falloit pas redemander et le service que Beringhen lui rendoit. Il écoute et ne dit mot, et longtemps après il appelle: _Beringhen, je le vous donne; si je l'eusse fait quand mousseur de Souvré me l'a dit, vous lui en eussiez eu de l'obligation et non pas à moi_. Il va voir la reine Marguerite, puis entre en un bateau couvert, est mené jusques près des Bonshommes; ramené en carrosse.
[79] «Le samedi 14 furent faits par toutes les paroisses de Paris les services pour l'âme du feu Roi. LL. MM. le firent aux Feuillants, où elles assistèrent. La cour de Parlement ne laissa d'entrer et de travailler à l'ordinaire, et n'alla point à Notre-Dame. Quelque forme de cérémonie, mais piétre, se fit à Saint-Denis, où le prince de Conti, seul des princes, se trouva.» (_Journal de Lestoile._)
_Le 16, lundi._—Il va en carrosse à la messe aux Feuillants, puis va à Saint-Germain-en-Laye, pour voir ses frères et sœurs; y a dîné. Il va partout, aperçoit le soldat qui avoit rompu l'affût de sa harquebuse à Fontainebleau, le 5me de ce mois, l'appelle: _Tenez, velà pour faire remonter votre harquebuse_. A trois heures goûté avec Messieurs; il ne veut point boire, dit qu'il boira au Pecq, entre en carrosse, arrive à Paris à six heures trois quarts.
_Le 17, mardi._—Mené en carrosse à la verrerie, au faubourg Saint-Germain.
_Le 19, jeudi._—Éveillé à sept heures et demie, il se fait entretenir, demande si le marquisat de Saluces est plus grand que la Bresse.
_Le 20, vendredi._—Mené en carrosse au faubourg Saint-Germain, visiter M. et Mme Conchino, malades, puis au parc de l'hôtel de Luxembourg.
_Le 22, dimanche._—Il va à la messe en Bourbon, et à onze heures touche les malades; il y en avoit environ onze cents. Dévêtu, mis au lit et demi-heure après levé, dîné. A deux heures et demie mené aux Jacobins, où il entend vêpres et la dispute; ils tenoient leur assemblée générale[80].