Journal de Jean Héroard - Tome 2 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628)

Part 24

Chapter 244,031 wordsPublic domain

_Le 20, mardi._—Il va chez la Reine, revient en sa chambre, me dit avoir froid, sur les onze heures, et en avoir eu de même le dimanche matin. Dévêtu, mis au lit; puis levé, il va chez la Reine en son cabinet, joue aux cartes et fait jouer aussi les princes et seigneurs. Après son souper il retourne chez la Reine, se plaint de lassitude par tout le corps, provenant du grand travail de la chasse du cerf; fait faire de la musique jusques à onze heures, et s'endort jusques à deux heures après minuit.

_Le 21, mercredi._—Rendormi jusques à neuf heures, amusé jusques à dix, il entend la messe. A onze heures levé, dîné à l'antichambre, il va après en sa chambre; mis au lit sans dormir, à cinq heures il se met au pied de son lit, y fait mettre la table, et fait jouer les jeunes seigneurs avec lui. A six heures levé en robe, soupé à l'antichambre. Remis au lit après; la Reine le vient voir.

_Le 22, jeudi._—Il va au conseil, puis entre en carrosse et va à la rivière, à la volerie; il faisoit une épouvantable et effroyable chaleur, se met sous un arbre à l'ombre sans se travailler. Mis au lit, relevé, il va chez la Reine.

_Le 24, samedi._—Il mange des muscats frais de Montpellier, cueillis dans la vigne de M. Mariotte, mon beau-frère. Le soir il se promène par la chambre à cause de la grande chaleur, avant de se coucher, se met au lit avec inquiétude.

_Le 27, mardi._—Il part de Saint-Germain-en-Laye, va voir la Reine sa mère, à Rueil, y mange d'une tarte aux prunes de la façon du sieur François, écuyer de bouche de la Reine. De là il va au galop jusques à Versailles, où il monte sur un cheval de pas, et va à Châteaufort, où il a dîné.

_Le 29, jeudi._—A deux heures il va en son écurie, où il saigne un peu du nez pour y avoir frotté avec le bout des doigts. A deux heures il monte à cheval et va à la chasse, revient souper à six heures.

_Le 31, samedi._—Il va en sa garde-robe, botté, va à la chasse. Courant à toute bride, à son accoutumée, son cheval tombe sur le devant, à chute redoublée, et tourne sur le côté; il ne se fait aucun mal, remonte sur le même cheval, quelque prière qu'on lui en fasse faire, et court comme auparavant; revient à sept heures souper.

_Le 29 septembre, dimanche._—Le soir il va chez la Reine sa mère, puis en face le portail, pour voir jouer les artifices de Morel, l'artiller, monté sur un cheval tout entouré de fusils, qui se promenoit.

_Le 4, vendredi._—Il revient à sa chambre, où il reçoit M. d'Aligre, garde des sceaux à serment de chancelier par le décès de M. Brulart, sieur de Sillery, qui décéda le jour précédent[425]. Puis il monte à cheval, et va à Châteaufort, où il a dîné.

[425] Étienne d'Aligre avait les sceaux depuis le 6 janvier précédent. Disgracié en 1626, on lui retira les sceaux, et il passa deux ans au château de la Rivière dans le Perche; il y mourut, le 11 décembre 1635.

_Le 7, lundi._—A onze heures il monte à cheval, part de Dourdan avec la pluie, va courir le cerf, court tout le jour ainsi jusques à la nuit, qu'il se trouve dans les bois de Rambouillet; il ne savoit où il étoit, à cause de l'obscurité de la nuit, ce qui le fait résoudre, me dit-il, d'aller tout droit pour pousser à l'aventure. Il trouve quelques maisons, se y arrête, arrive à Rambouillet tout mouillé, environ les huit heures, à l'hôtellerie.

_Le 8, mardi._—Le matin il part de Rambouillet, arrive à Versailles à huit heures, se met au lit, sans dormir, se lève à dix heures; part de Versailles, court et prend deux lièvres en chemin, et arrive à Saint-Germain. Il va chez la Reine, puis à sa chambre.

_Le 9, mercredi._—Le soir il va chez la Reine.

_Le 12, samedi, à Versailles._—Il détourne le cerf, rentre tout mouillé, change de linge, de chausses et de chaussures, et après dîner court le cerf jusques à Porchefontaine; il le laisse dans l'étang et revient à Saint-Germain.

_Le 14, lundi._—Le soir il va chez la Reine.

_Le 19, samedi, à Saint-Germain._—Il détourne le cerf le matin, le court l'après-dîner; la Reine y étoit.

_Le 31, jeudi._—Il n'a point voulu déjeuner, à cause du jeûne du jour; va à la chapelle des terrasses, revient en sa chambre, puis au conseil, chez la Reine sa mère. Il dîne, puis se va botter en sa garde-robe, monte à cheval à midi, et va à la chasse au renard; revient à cinq heures chez la Reine sa mère, après va en son cabinet, où il a fait collation à cause du jeûne.

_Le 1er novembre, vendredi._—Confessé, communié, touché les malades; il va chez la Reine le soir.

_Le 2, samedi._—Il va chez la Reine sa mère, puis chez la Reine, qui lui donne à dîner à onze heures trois quarts; à une heure il monte à cheval, part de Saint-Germain[426].

[426] Depuis quelque temps Héroard ne prend plus les notes que quand le Roi reste chez lui; il ne le suit plus dans ses excursions, ou à la chasse, aussi y a-t-il un certain désordre et des interruptions. Héroard avait alors soixante-quinze ans, et devait n'avoir plus toute la force nécessaire pour suivre le jeune Roi dans ses promenades.

_Le 10, mercredi._—Le soir il va chez la Reine.

_Le 17, dimanche._—Il va en sa chambre, où il reçoit la nouvelle de l'entière résolution par le comte de Carlisle, ambassadeur d'Angleterre, sur le mariage de Madame.

_Le 19, mardi._—Il va chez la Reine.

_Le 20, mercredi._—Il part de Paris, va à Crosne.

* * * * *

_Ici pareillement défaut de suite de ce journal jusqu'au mercredi 27 mai mil six cent vingt-six, qui sont dix-huit mois sept jours, qui ont aussi malheureusement été dissipés par sa veuve et ses parents._

ANNÉE 1626.

Lacune des cinq premiers mois.—Voyage du Roi avec la Reine.—Chartres.—Orléans.—Blois.—Arrestation des princes de Vendôme.—Tours.—Saumur.—Nantes.—Les États.—Manœuvres militaires.—Fiançailles du duc d'Orléans.—Départ.—Vitri.—Laval.—Le Mans.—Chartres.—Retour à Paris.—Lacune d'un mois.—Courses autour de Paris.—Lacune.

_Le 28 mai, jeudi._—[427] Il part de Paris pour aller à Versailles.

[427] Pendant l'intervalle de cette lacune, le Roi n'avait pas quitté les environs de Paris. La guerre civile s'était réveillée avec violence en Languedoc et en Aunis; la lutte commençait avec les Rochellois, soutenus par MM. de Rohan. On avait célébré à Paris, par procureur, le mariage d'Henriette de France avec le roi Charles Ier d'Angleterre (11 mai 1625). Le 11 février 1625 le Roi donna dans la salle du Louvre le ballet intitulé: _Les fées de la forêt de Saint-Germain_, où figurait aussi le duc de Montmorency. C'est une donnée des plus extraordinaires: Louis XIII y dansa habillé en espagnol, puis il représenta un des assaillants de la fée Alizon. Monsieur y dansa dans l'entrée des Demi-Feux.

En février 1626, édit de pacification pour les protestants; le 4 mai on conduisit à la Bastille le maréchal d'Ornano, accusé d'avoir voulu brouiller Monsieur avec le Roi, et la Cour eut quelques difficultés pour l'enregistrement d'édits bursaux.—C'est à cette époque que Monsieur prit le titre de duc d'Orléans et qu'on négocia son mariage avec Mlle de Montpensier; l'on commença aussi alors à cabaler contre Richelieu.

_Le 1er juin, lundi._—Il va au conseil, commande à M. de la Ville-aux-Clercs d'aller chez M. le chancelier lui demander les sceaux et les ayant rendus, les donne à M. de Marillac.

_Le 2, mardi._—Il part de Paris pour aller à Blois et va à Chartres, où il dîne; il va au-devant de la Reine sa mère, logée à Chanteloup.

_Le 4, jeudi._—Il arrive à Toury, fort mouillé d'un grand orage qui ne le peut empêcher de bêcher un renard qu'il prit.

_Le 5, vendredi, à Orléans._—Monsieur, son frère, arrive de Paris et va voir le Roi. Il va chez la Reine.

_Le 6, samedi._—Il part d'Orléans par eau, dîne en bateau, arrive à Blois à six heures; y soupe et se couche.

_Le 8, lundi._—Il va à la messe au donjon, puis chez la Reine sa mère, et revient en sa chambre, les pieds tout mouillés; il avoit passé dans l'eau jusqu'au jarret. Il va à la chasse au sanglier; le soir il va chez la Reine.

_Le 13, samedi._—A trois heures il commande à M. du Hallier, capitaine des gardes en quartier et à M. le marquis de Mouy[428], capitaine des grandes gardes, d'aller de sa part arrêter M. le duc de Vendôme et M. le grand prieur, son frère[429]. Il les fait prisonniers, on les mène par eau à Amboise. Après le Roi va au conseil, et chez la Reine, sa mère; à neuf heures il dîne, et va en sa chambre, s'endort jusques à trois heures après midi; le pouls un peu hâté.

[428] Louis de la Marck, marquis de Mouy, frère du comte de Brenne, capitaine des gardes, premier écuyer de la Reine; il mourut cette même année.

[429] Ils furent arrêtés pour avoir pris part aux cabales de la Cour. César y perdit le gouvernement de Bretagne; mis en liberté en 1630, il alla servir en Hollande.—Son frère mourut à Vincennes, le 8 août 1629, et on le crut empoisonné.

_Le 25, jeudi._—A huit heures et demie, il entre en carrosse, va à l'assemblée à la route de Beauregard, y a dîné dans la forêt, sous un arbre.

_Le 27, samedi._—Le Roi part de Blois pour aller à Tours.

_Le 29, lundi._—Il va faire sa prière à Notre-Dame-des-Ardillers, puis entre en bateau et va à Saumur; il ne veut point souper.

_Le 3 juillet, vendredi._—Il arrive à Nantes; Monsieur, son frère, couche avec lui.

_Le 11, samedi._—Il va à la salle des Jacobins, où l'on tenoit les États de la province, accompagné de la Reine sa mère, et de Monsieur, son frère.

_Le 18, samedi._—Il va chez la Reine sa mère, puis au conseil.

_Le 19, dimanche._—Il va dans son cabinet seul, entend M. le cardinal deux heures durant; après va à vêpres à Saint-Pierre.

_Le 21, mardi._—Le soir il va chez la Reine.

_Le 22, mercredi._—Il fait venir vingt compagnies du régiment des gardes, qui étoient alors près de lui, et les régiments de trois mille Suisses, avec les cent de la garde, les fait mettre en bataillon comme pour se battre.

_Le 31, vendredi._—Il va à l'assemblée à Bourgon, où il dîne; va à la chasse, puis chez la Reine sa mère.

_Le 5 août, mercredi._—Ce jour fut fiancé, par M. de Richelieu, Monsieur Gaston de France, frère unique du Roi, avec Mlle de Bourbon, fille de feu M. le duc de Montpensier[430].

[430] Marie de Bourbon, morte le 4 juin suivant. De ce mariage naquit Anne Marie-Louise d'Orléans, le 29 mai 1627, souveraine de Dombes, duchesse de Montpensier, morte sans alliance, le 5 avril 1693. Gaston se remaria avec Marguerite de Lorraine, le 31 janvier 1632.

_Le 6, jeudi._—Il va chez la Reine, sa mère; à onze heures, Monsieur épouse Mlle de Montpensier, par M. de Richelieu, aux Minimes.

_Le 13, jeudi._—A six heures et demie il va, dans la galiote de M. de Thoiras, se promener sur la rivière.

_Le 15, samedi._—Confessé par le père Souffren[431]; il va à Saint-Pierre et communie par M. le cardinal de Richelieu; touche dans le chœur de l'église trente-cinq malades.

[431] _Voy._ la note [442] du 1er novembre 1627.

_Le 18, mardi._—Il va à La Haye, voir M. le cardinal de Richelieu avant de se mettre au lit, se met en colère, ne se peut apaiser; en soi-même, se plaint à moi qu'il avoit tort.

_Le 23, dimanche._—La Reine mère part de Nantes pour aller coucher à Ancenis; il va l'accompagner.

_Le 24, lundi._—Il part de Nantes, et va[432] à Chevillière, maison de M. de Crapadoc, y dîne.

[432] Héroard ne mentionne même pas l'exécution du comte de Chalais, décapité à Nantes, le 19 août.—C'est alors que Richelieu, faisant ressortir les dangers dont il était environné, se fit concéder une compagnie de gardes.

_Le 25, mardi._—Il part de Chevillière, et va à Châteaubriand; y soupe.

_Le 27, jeudi._—Il part de Bain, et arrive à La Fontaine, maison de M. le duc de Brissac[433], y dîne, s'y promène, y joue.

[433] François de Cossé, fils aîné du second maréchal de Brissac et de Judith d'Acigné; grand pannetier de France, lieutenant-général en Bretagne, mort le 3 décembre 1651, à soixante-dix ans.

_Le 31, lundi._—Mis sur son lit pour se reposer et ne savoir que faire; il part de Fontaine, et arrive à Châteaubourg, puis va à Vitré.

_Le 1er septembre, mardi._—Il fait son entrée à Laval.

_Le 3, jeudi._—Il arrive au Mans.

_Le 7, lundi._—Il part de Champoud, et arrive à Chartres.

_Le 13, dimanche._—Il monte à cheval, va voir la Reine sa mère, à Limours, revient au conseil.

_Le 14, lundi._—Il arrive à Rambouillet, où il a soupé et couché.

_Le 16, mercredi._—Il arrive à Versailles.

_Le 17, jeudi._—Il arrive à Paris pour souper, va chez la Reine sa mère.

_Le 21 septembre, lundi._—Il retourne à Versailles, va à Saint-Germain.

_Le 24, jeudi._—Il va au bois dîner sur l'herbe, aux Loges; se met sur son lit dans la journée. Le soir il va chez la Reine[434].

[434] Il y a dans le manuscrit une lacune du 25 septembre au 1er novembre 1626. Pendant ce temps le connétable de Lesdiguières était mort, le 28 septembre.

_Le 1er novembre, dimanche._—Confessé, touché les malades, joué au palemail et à la longue paume. Il va chez la Reine sa mère.

_Le 2, lundi._—Il part de Saint-Germain, et va à Versailles.

_Le 3, mardi, à Versailles._—Il fait un excellent festin aux Reines et princesses, où il porta le premier plat, puis s'assied auprès de la Reine. Il y fit garder un ordre merveilleux, puis leur donna le plaisir de la chasse. Un lièvre poursuivi se vint rendre dans leur troupe.

_Le 4, mercredi, à Versailles._—Il va à la chasse.

_Le 15, dimanche._—Après dîner il part de Versailles, et va, en chassant aux chiens, à Saint-Germain, où il arrive à une heure, va chez les Reines, au conseil, et à trois heures monte à cheval pour revenir à Versailles[435].

[435] Il y a dans le manuscrit une autre lacune du 20 novembre 1626 au 1er janvier 1627. Le 19 décembre 1626, Malherbe écrivait à Peyresc: «Vous avez su le congé donné à Barradas (premier écuyer de la petite écurie). Nous avons un Saint-Simon, page de la même écurie, qui a pris sa place. Le Roi, mercredi dernier, le présenta à la Reine sa mère. C'est un jeune garçon de dix-huit ans ou environ. La mauvaise conduite de l'autre lui sera une leçon.» Bassompierre parlant aussi de la disgrâce de Barradas, dit «que l'on avoit mis en sa place, proche du Roi, un jeune garçon d'assez piètre mine et pire esprit, nommé Saint-Simon». C'est le père de l'auteur des _Mémoires_.

ANNÉE 1627.

Le Journal devient de plus en plus concis.—Voyages de plus en plus fréquents à Versailles.—Mort de Madame.—Maladie du Roi.—Départ pour la Rochelle.—Niort.—La Rochelle.—Le fort Louis.—La digue.

_Le 1er janvier, vendredi_.—Confessé, touché les malades.

_Le 8, jeudi._—Il part de Versailles, arrive à Paris. Le soir, il va chez la Reine[436].

[436] Nouvelle lacune jusqu'au lundi 8 mars. C'est à cette époque, dans une assemblée de notables qui se tint pendant les mois de janvier et février 1627, que Bassompierre, prenant la parole et reprochant au Roi la suspension de l'achèvement des bâtiments royaux, disait «que son inclination n'est point portée à bâtir, et que les finances de la chambre ne seront point épuisées par ses somptueux édifices, si ce n'est qu'on lui veuille reprocher le chétif château de Versailles, de la construction duquel un simple gentilhomme ne voudroit pas prendre vanité».

_Le 18 mars, jeudi, à Versailles._—A dîner il mange d'un pâté que M. le cardinal de Richelieu avoit envoyé à ses mousquetaires.

_Le 7 avril, mercredi._—Il va chez la Reine[437].

[437] Cette mention significative et, comme nous l'avons dit, accompagnée de chiffres, se reproduit le samedi 10 avril.

_Le 22, jeudi._—Il part de Versailles, vient à Paris, où M. le duc de Lorraine le salue en son cabinet.

_Le 23, vendredi._—Il donne audience au cardinal de Spada, nonce[438].

[438] Bernard Spada, né d'une famille assez obscure de la Romagne, en 1592, mort le 10 novembre 1661.

_Le 24, samedi._—Il donne audience aux Grisons.

_Le 26, lundi._—Il va chez la Reine sa mère, la voit dîner.

_Le 27, mardi._—Il part de Paris, va à Sainte-Geneviève-des-Bois.

_Le 15 mai, samedi._—Il part de Paris, va à la chasse au bicorne à Beaulieu, suivi de M. Flamen; après va à Morgemont.

_Le 27, jeudi._—Il va chez la Reine.

_Le 31, lundi._—A Auteuil, soupé; il va de Paris à Versailles.

_Le 4 juin, vendredi._—Il va au Louvre voir expirer Madame; après part de Paris, et va à Versailles.

_Le 5, samedi, à Versailles._—Il monte à cheval pour aller voir Monsieur, son frère, à Saint-Cloud, puis s'en retourne à Versailles.

_Le 16, mercredi._—Il va à Auteuil, où il dîne en la maison de M. Coquet, commissaire général de la maison du Roi.

_Le 19, samedi._—Il va à Vaucresson, où il a dîné, où Monsieur est venu le trouver, et ayant donné la serviette au Roi, s'en retourne à Saint-Cloud.

_Le 23, mercredi._—Il va aux Tuileries, donne de l'eau bénite au corps de Madame.

_Le 6 juillet, mardi._—Malade, on le fait suer; il se plaint, dit: _Je suis pris_; il a la fièvre, claque des dents.

_Le 14, mercredi._—Toujours malade. M. Charles et M. Bonnart[439] sont arrivés pour conseil.

[439] Médecins consultants.

_Le 20, mardi._—Toujours la fièvre, il se plaint de grandes lassitudes.

_Le 29, mardi._—Il est saigné par M. Boutin, l'un de ses chirurgiens. Il va pourtant au conseil, se fait souvent faire de la musique.

_Le 1er août, dimanche._—Il est encore malade; il a la fièvre; il fait dire la messe; il se lève à dix heures, se fait couvrir et mettre des bouteilles aux pieds. Il eut froid et dura ainsi avec un peu de frémissement jusques à douze heures et demie, et durant trois quarts d'heure eut un peu de sueur, et eut un peu de vigueur; à une heure et demie fort trempé de sueur, essuyé, prend de l'eau purgative, après mis au petit lit, à trois heures goûté. Le soir soupé, puis changé et mis au grand lit à sept heures.

_Le 15, dimanche._—Toujours la fièvre, il prend des demi-bains chaque jour et des eaux purgatives; ne sort pas.

_Le 19, jeudi._—A trois heures levé, porté en chaise jusqu'au delà de la chaussée, il part de Villeroy, entre dans la litière de la Reine sa mère. En chemin il se plaint d'un point du côté gauche dans les fausses côtes, d'appréhensions, envoie un valet de pied à Paris pour faire venir M. Bontemps, qui l'a suivi à Olinville, où il soupe et couche.

_Le 21, samedi._—On le saigne au bras gauche, six onces.

_Le 23, lundi._—Il part d'Olinville en la chaise de M. Liancourt.

_Le 24, mardi._—Il entend la messe au lit, à neuf heures se met dans la chaise, porté par des Suisses, part de Paloiseau; en haut de la montagne d'Igny monte à pied, puis se met dans le carrosse jusqu'à Versailles. A onze heures un quart il arrive, se met auprès du feu, puis sur son lit, à midi dîné à table; puis va en sa chambre, se couche sur son lit, se fait couvrir les jambes de sa robe fourrée, y est environ une heure, s'amuse à peindre. A quatre et demie il sort à pied, va à la porte entretenir les soldats du corps de garde, puis entre dans son petit carrosse tiré par un cheval, et va se promener voir son plant.

_Le 25, mercredi, à Versailles._—Il va à pied à la messe à l'église, revient à dix heures et demie, se met sur le lit; dîné en son cabinet. A une heure et demie il entre en carrosse, part de Versailles et chasse le renard dans le parc de Roquencourt, puis va jusqu'à la montagne de Marly, et à Marly se met dans sa chaise. Il est porté jusques au bas de la montée, où il entre en carrosse, et sur les quatre heures arrive au bâtiment neuf, à Saint-Germain.

_Le 28, samedi._—Il part dans son petit carrosse pour aller à la chasse au sanglier.

_Le 31, mardi._—La fièvre disparoît. Il prend du lait clair. Il va à la chasse et au conseil, conduit son carrosse lui-même.

_Le 12 septembre, dimanche._—Il part de Saint-Germain en Laye après déjeuner pour aller à Paris, où il arrive à onze heures, va chez la Reine sa mère, puis chez la Reine, à midi dîne en son cabinet, de sa viande. A trois heures il rentre en carrosse à cause de la pluie, et part de Paris pour retourner à Saint-Germain, où il arrive à six heures.

_Le 15, mercredi._—Il alloit mieux et, approuvé de tous les médecins qu'on avoit appelés, il les renvoya, leur donnant congé et les remerciant. Il va courir le cerf.

_Le 17, vendredi._—Il va en chassant de Saint-Germain à Versailles.

_Le 18, samedi, à Versailles._—Il va à l'église, puis fait faire l'exercice à ses mousquetaires.

_Le 21, mardi._—Il part de Versailles, va dîner à Chevreuse, et après va à Sainte-Maime.

_Le 25, samedi._—Il part pour Joinville.

_Le 9 octobre, samedi._—Il arrive à Niort[440].

[440] Le journal ne mentionne pas le départ du Roi. Depuis quelque temps l'armée et la flotte menaçaient la Rochelle. Le duc d'Orléans arriva au camp formé vers le mois d'août sur la ville, le 15 septembre.

_Le 13, jeudi, à Aitré[441]._—Il va au Plomb pour voir l'armée angloise.

[441] Aytré, village à deux lieues de la ville, où était le quartier général.—Le Roi arriva le 12, et prit son logement dans ce village; l'armée le salua de toute son artillerie.

_Le 30, samedi._—Il va en sa chambre et au conseil, retenu par le temps de vent et de pluie, il va à vêpres, fait collation, le soir se couche, ne dort pas, se lève par la chambre par inquiétude des troupes qui, sous la conduite de M. le maréchal de Schomberg, devoient passer du port de Plomb à l'île de Ré. Il se remet au lit, s'endort jusqu'à quatre heures.

_Le 1er novembre, lundi._—Il va à la messe, à confesse, n'a point voulu déjeuner; va au jardin, où il touche quatre cents malades. L'après-midi il va au sermon du père Suffren[442].

[442] Jean Suffren, jésuite, né en 1565; il suivit Marie de Médicis en Angleterre, et mourut en 1641; ses sermons furent publiés en 1622.

_Le 5, vendredi._—Il monte à cheval, va au Plomb, où il fait porter son dîner avec la viande de M. le maréchal de Bassompierre, et après va au fort Louis[443], où il n'avoit pas encore été, y fait tirer cinq ou six canonnades contre une barque qui alloit de l'île de Ré dans la Rochelle.

[443] Construit à 2 kilom. de la place, au couchant.

_Le 6, samedi._—Il va au conseil avec M. le Cardinal.

_Le 17, mercredi._—Ce jour-là, à trois heures, les Anglois ont levé les ancres et se sont du tout retirés.

_Le 23, mardi._—Il va au logis de M. le cardinal de Richelieu.

_Le 9 décembre, jeudi._—Il va plusieurs jours de suite à l'assemblée à Cigoignes, et y dîne. Il va voir la digue[444] qui se faisoit pour étroissir le port.

[444] La digue fut commencée le 28 novembre, par Louis Métezau et Jean Tiriot; elle fut achevée au mois de mai suivant par Pompée Targon.

_Le 17, vendredi._—Il va en sa chambre, botté; à une heure et demie monte à cheval, va chez M. le cardinal de Richelieu.

ANNÉE 1628.

Danger du Roi en mer.—L'escadre rocheloise.—Le Roi est souffrant.—Héroard mandé à Aytré.—Dernière journée écrite par Héroard.—Mort d'Héroard.

_Le 1er janvier, samedi._—Confessé, communié, il touche les malades, va au conseil.

_Le 11, mardi._—Il monte à cheval, va à Maran, où M. de la Musse prend les notes.

_Le 12, mercredi._—Il va se mettre par eau dans le canal, à la pêche; le vent le porte à la mer, fort en danger. Il revient à quatre heures.

_Le 19, mercredi._—A deux heures après minuit éveillé à l'alarme des vaisseaux qui sortoient hors la ville, et au bruit de plus de cinquante coups de canon[445]. Il est inquiet jusques à sept heures, s'endort deux heures durant; éveillé à neuf heures, il n'a point déjeuné; à onze heures il va en son cabinet, dîne.

[445] Les capitaines Bragneau et Gobert sortirent avec deux brûlots et six navires pour gagner l'Angleterre, et ils passèrent heureusement hors de la baie.

_Le 24, dimanche._—J'arrive à Aytré mandé en diligence; j'arrive à neuf heures du soir; le Roi étoit couché. Il m'envoie commander de me trouver le matin à son lever. J'ai l'honneur de le voir à sept heures; MM. de Gorry, de Chiest, de Guillaume résolvent ensemble de lui tirer du sang, ce qui fut exécuté à neuf heures, saigné au bras droit.