Journal de Jean Héroard - Tome 2 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628)

Part 23

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_Le 6, mardi._—Il arrive à Lyon pour la première fois, par la Saône, en bateau, à l'archevêché, ayant vu auparavant à la rencontre la Reine sa mère et la Reine. En arrivant il va en son cabinet, puis au cabinet de la Reine, et le soir chez la Reine à la comédie françoise; le soir couché, puis relevé, il va chez la Reine.

_Le 8, jeudi._—A une heure il entre en carrosse, va voir la Reine sa mère, logée à Bellecourt, va à vêpres aux Jésuites, revient chez la Reine.

_Le 10, samedi._—Il va à l'église, où il donne le bonnet de cardinal à M. de Richelieu, évêque de Luçon. Il va chez sa mère, revient chez M. d'Alincourt; à quatre heures à la comédie italienne.

_Le 11, dimanche._—Il va dîner à la Motte, puis fait son entrée à Lyon. Il arrive à l'archevêché avec la Reine, dans une litière ouverte et le visage découvert. Il a soupé au festin chez M. d'Alincourt.

_Le 15, jeudi._—Il monte à cheval, va à la volerie pour recevoir en chemin Mme la princesse de Savoie-Piémont, sa sœur, revient à quatre heures à la comédie italienne.

_Le 20, mardi._—Il passe la rivière de Loire sur un pont de bateaux; elle étoit glacée. Il arrive à Roanne à neuf heures. Il avoit fait dessein d'aller par eau jusques à Briare, pour y faire la fête de Noël; cet accident de glace le fait changer de dessein. A midi il monte à cheval, part de Roanne, chassant de la harquebuse.

_Le 22, jeudi._—Il arrive à un méchant village nommé Tolon, y a dîné; à midi il monte à cheval, part de Tolon, en passant sans s'arrêter dans Moulins dehors la ville, et chassant arrive à deux heures à Villefranche, descend à la Croix-Blanche, et, sans y entrer, monte sur un autre cheval, fait porter ses oiseaux et sa harquebuse, va à la chasse vers la rivière d'Allier, revient à quatre heures, s'amuse à faire des barricades devant et derrière son logis, pour s'occuper, avec des chariots, et pour y faire faire la garde par ses mousquetaires.

_Le 23, vendredi._—M. le duc de Nevers le vient saluer. Il arrive à Nevers à trois heures; réception. N'ayant pas voulu entrer, il va descendre à l'église, puis au château, le visite tout, reçoit les soumissions des magistrats, soupe, servi de neuf services, le festin donné par M. de Nevers.

_Le 30, vendredi._—Dispute entre les sieurs d'Aiguilly[408] et de Sourdis[409], enfants d'honneur qui portoient des oiseaux de la chambre; Aiguilly est appelé par le sieur de Longueville. Le Roi le honnit; les voilà en colère. On lui dit qu'il les faut empêcher: _Non, non, qu'on ne les empêche pas; laissez-les battre; je les séparerai bien, je leur ferai trancher la tête_.

[408] Nicolas Hennequin, baron d'Ecquevilly; il fut depuis pourvu de la charge de capitaine général de la vénerie, des toiles de chasse, tentes, pavillons du Roi et équipages du sanglier.

[409] Charles d'Escoubleau, depuis marquis de Sourdis, maréchal de camp et chevalier des ordres; il mourut le 21 décembre 1666.

ANNÉE 1623.

Revue à Charenton.—Entrée à Paris.—Disgrâce de M. de Schomberg.—Ballet des géants et des pygmées.—M. de Beauclerc nommé secrétaire de la Reine.—Coucher du Roi à une auberge du Bourget.—Ballet des Bacchanales.—Fiançailles de M. de Loménie.—Lacune de onze mois dans le journal.

_Le 5 janvier, jeudi._—En chassant il arrive à Pizeaux, voit la Reine, qui y avoit couché, la trouve prête à partir pour aller coucher à Fontainebleau. Il chasse tout le jour, et fait les bois avec M. d'Angoulême.

_Le 8, dimanche._—Il arrive à Lésigny, où M. le prince de Joinville le traite tant qu'il y est.

_Le 9, lundi._—A la fin de son souper il mange un bouquet de fenouil sucré avec du sucre candi. J'avois fait faire par le fruitier du foin sucré, par bouquets de la même façon. M. de la Vieuville en mangea et quelques autres; de là la risée.

_Le 10, mardi._—Il arrive à Charenton, où il a dîné chez M. de Verdun[410], premier président au parlement de Paris. Après son dîner, il monte à cheval et trouve au-devant de lui sept ou huit mille hommes en armes, gens de pied, en huit bataillons, entre dans la ville, à la porte Saint-Antoine, à six heures. Il va à Notre-Dame; au sortir, entre en carrosse, va au Louvre, à huit heures, soupe et après va chez la Reine.

[410] Nicolas de Verdun, nommé à Toulouse par Henri IV, remplaça à Paris M. de Harlay en 1615, et mourut le 16 mars 1627.

_Le 11, mercredi._—Il donne audience à messieurs du Parlement qui le venoient saluer.

_Le 18, mercredi._—Il va à Saint-Germain, et revient à Paris avec la Reine sa mère.

_Le 19, jeudi._—Après la messe il va chez la Reine sa mère, fait sortir jusques aux femmes, demeure seul avec elle, M. de la Vieuville, capitaine des gardes, seul à la porte; ils sont ensemble une heure entière.

_Le 20, vendredi._—Il va au conseil chez la Reine sa mère, où étoient avec eux M. le chancelier, M. de Puisieux, son fils, où fut le congé de M. le comte de Schomberg[411], surintendant des finances, qui lui fut apporté par écrit par M. Tronçon, secrétaire du cabinet.

[411] M. de Schomberg avait été nommé surintendant en 1619; il venait de faire les deux campagnes du midi avec le Roi et avait exercé les fonctions de grand maître de l'artillerie devant Clérac et devant Montpellier. Le Roi l'avait nommé en 1622 gouverneur du Limousin. Éloigné de la Cour en 1623, il y revint en avril 1625, et reçut le bâton de maréchal en juin 1625.

_Le 22, dimanche._—A onze heures il fait venir et danser en sa chambre le ballet de Monsieur, son frère, représentant le combat des géants et des pygmées, fait tenir le bal.

_Le 24, mardi._—Il va au conseil, où il résoud le conseil des finances et fait intendant M. de Beauclerc, secrétaire de la Reine.

_Le 27, vendredi._—Il va au Blancmesnil, soupe à sept heures de la viande de M. d'Ocquerre, secrétaire d'État, et fils de M. le président de Blancmesnil.

_Le 28, samedi._—Il va à cheval à Louvres en Parisis, et y soupe.

_Le 29, dimanche._—Il revient à Paris, va chez la Reine sa mère et chez la Reine. Le soir encore chez la Reine, et à la comédie italienne.

_Le 1er février, mercredi._—A deux heures il va au conseil, où il se fait montrer les états de sa maison.

_Le 3, vendredi._—Il va chez la Reine le soir.

_Le 7, mardi._—Il va chez la Reine; depuis plusieurs jours il recorde son ballet chaque jour.

_Le 20, lundi._—Il va à la volerie plénière par les plaines du Roule, vers celle de Saint-Denis; les Reines et les dames y vont aussi. Elles s'en reviennent, et lui, sans découvrir son dessein à personne, va au Bourget, loge à une hôtellerie, y fait lui-même tout. Il étoit en eau, de peine, change de chemise, soupe à six heures de la viande qu'un poulailler de Senlis portoit à des conseillers et à Messieurs des Comptes à Paris, mange peu. Il n'avoit aucuns officiers qu'un porte-manteau; M. le grand-écuyer de Bellegarde lui fait son lit; il s'enveloppe dans sa mandille doublée de panne de soie, et se met sur le lit.

_Le 23, jeudi._—Il va à la comédie, où il fait aller M. le connétable de Lesdiguières, et M. Brulart, chancelier de France.

_Le 27, lundi._—Il va de çà, de là, attendant de danser son ballet[412], va chez M. le prince de Joinville, grand chambellan, se jette sur son lit, y dort tout vêtu, environ deux heures; commencé à danser son ballet après minuit, fini à cinq heures et demie. Il ne se couche point, déjeune, va à la messe, revient au conseil, dîne, part de Paris et va à Louvres en Parisis, soupe avec des viandes habillées par Georges, son premier cuisinier.

[412] Ballet des _Bacchanales_, organisé par Bordier; il a été imprimé à l'Imprimerie royale.

_Le 28, mardi._—Il revient à Paris à cinq heures, va chez la Reine sa mère, où se font les fiançailles du sieur de Loménie, seigneur de la Ville-aux-Clercs, secrétaire d'État, avec Mlle Marie de Marçais[413]. Il va en son cabinet, puis en la salle de bal, au bal, et revient à neuf heures trois quarts.

[413] Henri-Auguste de Loménie, sieur de la Ville aux Clercs, depuis comte de Brienne. Il eut la capitainerie des Tuileries à la mort du duc de Luynes. Il revenait, au moment de son mariage, d'une ambassade en Angleterre. Il fut enfin chargé des affaires étrangères sous la régence d'Anne d'Autriche, et mourut le 5 novembre 1666.

_Le 6, lundi._—Il va à la salle pour voir danser le ballet de la Reine, le matin.

* * * * *

_Ici défaut la suite du présent journal durant onze mois douze jours, avec quelques autres interruptions, remarquées aux endroits, qui ont été misérablement perdus ou pillés et vilainement employés par la veuve femme du feu sieur Hérouard, premier médecin du roi Louis treizième._

ANNÉE 1624.

Lacune des deux premiers mois.—Le Roi chasse et couche à Versailles.—Cène de la Reine.—Le Roi se jette à l'eau pour en tirer un homme.—Le journal d'Héroard devient beaucoup plus court et monotone.—Manœuvres militaires à Compiègne.—Entrée du cardinal de Richelieu au conseil.—Le comte de Carlisle.—Le Roi pose la première pierre au pavillon du Louvre vers le jardin et à la fontaine de l'Hôtel de Ville.—Inscription de Grotius.—Le Roi se fait raser pour la première fois.—Il couche à Versailles, que l'on meublait.—Disgrâce du surintendant la Vieuville.—M. de Schomberg au conseil.—Chute de cheval du Roi.—Feu d'artifice pour sa naissance.—Été très-chaud.—Rambouillet.—M. d'Aligre chancelier.—Lacune dans le journal.

_Le 6 mars, mercredi._—Il va à Versailles à la chasse, revient au galop comme il étoit allé, va chez la Reine sa mère.

_Le 8, vendredi._—Il va à la chasse à Versailles, prend un renard, fait la curée.

_Le 9, samedi._—Il entre en carrosse et va pour la chasse à Versailles, y dîne, par après monte à cheval, va courir un cerf, le prend, revient de bonne heure et prend un renard. Après souper il va en sa chambre, fait faire son lit, qu'il avoit envoyé querir à Paris, y aide lui-même.

_Le 10, dimanche._—Il va à la messe, puis courir un renard, après dîner monte à cheval et arrive à Paris. Il va chez la Reine sa mère, au sermon, puis va jouer à la paume.

_Le 18, lundi._—Il va au conseil, donne audience au milord Richi, ambassadeur extraordinaire d'Angleterre.

_Le 22, vendredi._—Il court le cerf et le loup à Chantilly, en prend deux de chaque, court après un renard.

_Le 29, vendredi._—Il va à Compiègne, à la chasse.

_Le 2 avril, mardi._—A sept heures il part de Compiègne et monte à cheval, et commande à son écuyer de bouche de prendre deux ou trois pièces de poisson pour son dîner et de le suivre; va à Arton, à Choisy où il fait faire l'exercice à six compagnies du régiment des gardes, et y mêle ses mousquetaires qu'il fait mettre pied à terre fort bien, et à dix heures fait étendre en terre des mandilles, dont il se sert de nappe, et a dîné. Il revient à Compiègne, au conseil, après son dîner.

_Le 4, jeudi saint._—Il va à la chapelle, lave les pieds aux pauvres, dîne à midi; va chez la Reine, lui voit faire sa Cène, revient en sa chambre et me fait l'honneur de me dire: _Je viens de voir ce que je n'avois jamais vu_. Il va en sa chapelle à Ténèbres; à six heures va jouer à la longue paume en la cour du château. Après son souper il va chez la Reine, se couche, puis se lève, s'amuse à faire des bataillons avec des jetons, puis se recouche et s'endort.

_Le 7, dimanche, jour de Pâques._—Confessé, il va à la chapelle à la messe, y a communié, touche les malades dans la basse-cour; le soir il va chez la Reine.

_Le 11, jeudi._—A une heure et demie, il monte à cheval et va à la chasse, court un lièvre qui passe une petite rivière; il le suit, et voyant devant un homme de cheval qui faillit à tomber, il se jette dans l'eau jusqu'au-dessus des bottes. Le sieur de Saint-Michel, celui qui saisit Ravaillac, descend dans l'eau, le prend aux bras et le porte au delà de la rivière. Le lièvre revient à passer l'eau, il suit de même dans l'eau, revient à six heures. Dévêtu, séché, essuyé, changé d'habit; il va au conseil, va chez la Reine, soupe et se couche à neuf heures.

_Le 12, vendredi._—Il part de Compiègne, va dîner à Moussy.

_Le 13, samedi._—Couché, il se lève en robe, fait appeller le sieur d'Argenson[414], fort entendu aux fonctions militaires, et s'amuse à dresser diverses sortes de bataillons et à en inventer de nouveaux, tant il est inventif en toutes choses et spécialement aux choses de la guerre; après il va chez la Reine.

[414] René de Voyer, seigneur d'Argenson, depuis conseiller d'État et ambassadeur à Venise, mort à Venise, en 1651. Il fut chargé de la démolition de la citadelle de Bergerac et de faire raser plusieurs châteaux dans la Marche, l'Auvergne et le Bourbonnais.

_Le 15, lundi._—Étant à cheval, son pied lui fait grand mal; il s'étoit plaint la veille du pied droit; débotté, chaussé d'un soulier, il ne laisse pas d'aller à la chasse. Le soir il a une grande douleur à l'orteil du pied droit; le soir mis dessus des mouillages.

_Le 18, jeudi._—Il va dans la plaine près de Compiègne, où il y avoit six compagnies de son régiment des gardes, leur fait lui-même faire les exercices. La Reine y étoit, M. le comte de Soissons, M. le connétable et toute la Cour; il faisoit extrêmement bien. Il revient à cinq heures chez la Reine sa mère.

_Le 29, lundi._—Il va chez la Reine sa mère, puis au conseil, où il donne séance à M. le cardinal de Richelieu[415].

[415] «M. le cardinal de Richelieu, dit Bassompierre à cette date, avoit été mis au conseil étroit.»

_Le 1er mai, mercredi._—Il va jouer à la longue paume, et Monsieur, qui l'étoit venu voir, avec lui; à une heure il dîne, et Monsieur avec lui. Il va à la chasse au loup, a goûté à la campagne.

_Le 6, lundi._—La Reine sa mère, à Compiègne avec lui. Il va au conseil, donne audience aux Hollandois, va à la comédie italienne; après monte à cheval, va à la chasse.

_Le 8, mercredi._—Couché à dix heures; levé, il va chez la Reine[416], revient et s'endort jusques à cinq heures et demie après minuit.

[416] Ces mentions significatives sont fréquentes.

_Le 26, dimanche de la Pentecôte._—Il faisoit une excessive chaleur. Il touche les malades.

_Le 29, mercredi._—A midi il donne audience à l'ambassadeur de Venise.

_Le 30, jeudi._—Il a goûté de quatre sortes de vins que M. le duc de Savoie lui a envoyés.

_Le 31, vendredi._—A cinq heures du matin il va à cheval à la chasse, détourner un renard avec son limier; c'étoit une façon nouvelle qu'il avoit inventée.

_Le 3 juin, lundi._—Il donne audience à M. l'ambassadeur de Danemark.

_Le 4, mardi._—M. le comte de Carlisle[417], ambassadeur anglois, arrive pour le mariage de Madame, entre quatre et cinq heures.

[417] James Hay, comte de Carlisle.

_Le 5, mercredi._—A trois heures le comte de Carlisle voit le Roi à son audience première; le soir il va chez sa mère et chez la Reine.

_Le 7, jeudi._—Il donne audience à M. le comte de Carlisle seul, après va au conseil, puis chez sa mère; le soir il va chez la Reine.

_Le 10, lundi._—Il va à la chasse au renard, revient à quatre heures et demie, fait faire les exercices à six-vingts hommes de pied de sa suite, qu'il arma sur-le-champ des armes ramassées.

_Le 13, jeudi._—Il va chez sa mère, puis donne audience à l'ambassadeur de Danemark.

_Le 18, mardi._—Les Hollandois prennent congé de lui.

_Le 21, vendredi._—Il va chez la Reine le soir.

_Le 26, mercredi._—Il va à la comédie italienne, puis chez la Reine sa mère. Il est à son souper; sur la fin l'on dessert du massepain de la Reine; il n'avoit osé en demander, l'écoute et le demande à l'officier qui le desservoit, le prend, et le mange. Monsieur, son frère, y survient, lui en donne, le jeu l'échauffe; M. de la Vieuville y vient et M. Bautru[418]. Ils se prennent à la viande, aux poulets; lui en mange deux cuisses, et d'un poulet d'Inde, du pain assez, et bu un coup de vin fort trempé. A dix heures et demie il va en sa chambre, ayant pris congé de la Reine sa mère, et se promène avec M. de Montmorency, ne se couche point, monte à cheval à une heure et va à Louvres en Parisis.

[418] Guillaume de Bautru, né en 1586, d'un conseiller au grand conseil; il a été comte de Serrant, conseiller d'État, introducteur des ambassadeurs et plusieurs fois ambassadeur; ç'a été de plus l'un des beaux esprits du dix-septième siècle, au jugement de Ménage. Il mourut le 7 mars 1665.—Son frère, Nicolas de Bautru, comte de Nogent, était capitaine des gardes de la porte.

_Le 27, jeudi._—Il va au Blanc-Mesnil, dépouille son pourpoint, se met sur son lit à midi et s'éveille à quatre heures. Il va jouer à la longue paume deux heures, puis soupe et se couche à dix heures.

_Le 28, vendredi._—Il monte à cheval à onze heures, part du Blanc-Mesnil, arrive à Paris à une heure, va au Louvre pour mettre la première pierre du pavillon du côté du jardin, avec une médaille de la face et du revers du pavillon, avec lettre faite par M. Grotius, Flamand, homme très-docte[419]. Au partir de là il est allé à l'Hôtel-de-Ville, y a goûté, y met la première pierre d'une fontaine que l'on avoit fait venir en la place des eaux de Roungy, puis monte à cheval, va au galop à Versailles[420], y arrive à cinq heures, va à la chasse au renard, revient souper à huit heures.

[419] Hugues de Groot, compromis avec Barnevelt; il fut emprisonné et s'échappa par l'habileté de sa femme. Il vint en France, où il obtint une pension; il essaya de rentrer dans sa patrie, mais dut s'éloigner encore et rentra à Paris comme ambassadeur de Suède. Il mourut à Rostok, dans le Mecklenbourg, en 1645.

[420] On trouve dans le registre de la paroisse de Saint-Julien de Versailles, à la date du 30 juin 1624, l'acte de baptême d'une fille de François Mongey, concierge du château de Versailles, tenue par «Nicolas Bautru, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, pour et au nom de très-chrétien Louis treizième de ce nom, roi de France et de Navarre, lui étant à son château de Versailles». (_Archives de la mairie de Versailles._) L'installation de Louis XIII à Versailles est fixée à l'année 1624 par cet acte et par le journal d'Héroard à la date du 2 août suivant. La terre et seigneurie de Versailles ne fut cependant achetée par le Roi que le 8 avril 1632, à Jean-François de Gondi, archevêque de Paris.

_Le 29, samedi, à Versailles._—Il va à la messe, puis au bois à pied. Après dîner il monte à cheval pour aller au laissez-courre d'un cerf, puis va courir un renard.

_Le 30, dimanche, à Versailles._—Après dîner il fait faire l'exercice à ses mousquetaires.

_Le 1er juillet, lundi, à Versailles._—Il chasse au renard, va courir le cerf qui le mène jusques aux étangs de Marcoussy et revient à Versailles fort las.

_Le 2, mardi, à Versailles._—Il va à la messe, va faire donner la curée du cerf à ses chiens, revient au château, va faire faire l'exercice à ses mousquetaires, puis a tracé le plan de la basse-cour de sa maison de Versailles.

_Le 3, mercredi, à Versailles._—Il va à la messe, court le cerf, donne la curée à ses chiens.

_Le 4, jeudi, à Versailles._—Il chasse au renard.

_Le 5, vendredi._—Il part de Versailles après déjeuner.

_Le 14, dimanche._—Il fait ses cheveux lui-même, les sèche avec de la poudre, va à la comédie italienne, s'amuse à lire l'art militaire d'Élian[421].

[421] «_Cl. Œliani et Leonis imperatoris Tactica, gr.-lat., cum notis Sixti Arcerii et J. Meursii_; Leyde, Elzevir, 1613, in-4º.»

_Le 27, samedi, au Plessis._—Il mange d'un déjeuner donné par M. de Huxelles, maître de la maison[422]. Il part après le déjeuner; il soupe à Saint-Germain, soudain monte à cheval, et part sur les mêmes chevaux qui l'avoient porté et va à Ruel voir la Reine sa mère. Il revient de même à neuf heures.

[422] Jacques du Blé, marquis d'Uxelles, chevalier des ordres, lieutenant général en Bourgogne, maréchal de camp, tué au siége de Privas en 1629; il avait épousé, en 1627, Claude Phélypeaux, fille de Raymond, seigneur d'Herbaut, secrétaire d'État.

_Le 28, dimanche._—Il va au conseil, à vêpres, puis à quatre heures et demie va en carrosse au coin de l'île, du côté bas de la garenne, commence à apprendre à nager par M. Galeteau, premier valet de chambre du Roi et le sieur Descluseaux, porte-manteau du Roi, et y demeure une heure.

_Le 29, lundi._—Il entre en carrosse, et va baigner à la rivière, comme le jour précédent.

_Le 30, mardi._—Il part de Saint-Germain, va à Joyenval dîner à l'assemblée.

_Le 31, mercredi._—Levé en robe, il va chez la Reine.

_Le 1er août, jeudi._—Il se fait raser la barbe pour la première fois (il ne y avoit que du poil presque imperceptible), par François Despaux, barbier de la chambre du Roi; il lui rase le menton et les joues.

_Le 2, vendredi._—Après souper il monte à cheval, part de Saint-Germain; va au déçu de chacun à Versailles, où il arrive à huit heures et demie, s'amuse à voir toutes les sortes d'ameublements que le sieur de Blainville, premier gentilhomme de la chambre, avoit fait acheter, jusques à la batterie de cuisine[423]. L'on l'a fait coucher tout vêtu sur son lit, lui disant qu'il seroit plus tôt prêt pour aller détourner le cerf.

[423] Dans un Inventaire général des titres du domaine de Versailles, manuscrit conservé aux Archives de l'empire (O, 12795, folio 307) on trouve l'indication d'un «État des héritages que le sieur Martin vend au Roi, situés dans le terroir de Versailles et ès environs, et datés du 5 et autres jours suivants du mois d'août 1624.»

_Le 3, samedi, à Versailles._—Éveillé à trois heures, il prend son limier et va au bois pour détourner le cerf, y est deux ou trois heures, et revient tout mouillé à Marly. Il se jette sur un méchant lit sans dormir, et après dîner va courir son cerf, qu'il avoit détourné. Il ne le prend point, et revient à Saint-Germain.

_Le 7, mercredi._—Après souper il va en son cabinet, prend son habit de drap, monte à cheval à sept heures et part de Saint-Germain pour Versailles, où il arrive à neuf heures.

_Le 8, jeudi, à Versailles._—Éveillé à trois heures et demie, il prend son limier, va à quatre heures au bois détourner le cerf, revient à Vaucresson, dîne à huit heures, se va coucher sur de la paille, puis monte à cheval et va courir le cerf.

_Le 10, samedi, à Saint-Germain._—Il est vêtu de noir pour le décès de M. de Lorraine.

_Le 12, lundi, à Saint-Germain._—Il va à la chapelle des terrasses à la messe; va à pied à son écurie, monte à cheval, va dans la forêt, à la mare aux canes, où il dîne sur les paniers, sous un chêne, tout de viande froide. Comme il fut remonté à cheval, le cheval du sieur Soupite, premier valet de chambre, se cabra, qui faillit à lui tomber sur les épaules, n'étoit qu'il s'en garantit d'un soudain coup d'éperon.

_Le 13, mardi._—Il envoie querir M. le marquis de la Vieuville, surintendant des finances, démis de sa charge par la bouche du Roi, qui commande à M. de Tresmes, capitaine des gardes du corps, de le faire entrer dans le petit carrosse de Sa Majesté accompagné d'un certain nombre d'archers, et de le faire conduire à Amboise[424].

[424] Il avait été nommé en 1623; le cardinal de Richelieu le rappela à la surintendance peu de temps après. Il mourut le 2 janvier 1653.

_Le 15, jeudi, à Saint-Germain._—Il communie, touche les malades, va chez la Reine, au sermon et à vêpres. A quatre heures, pour ne savoir que faire, il est dévêtu, mis au lit et s'endort jusques à six heures et demie. Après souper il va chez la Reine.

_Le 16, vendredi._—Il va courir le cerf, revient à cinq heures, fort hâlé et mauvais visage; va chez la Reine, puis en sa chambre, où il reçut les serments du prévôt des marchands et échevins de Paris; goûte sur le pied du lit et s'endort soudain.

_Le 18, dimanche._—La Reine sa mère étoit chez la Reine; il va au conseil, y établit M. de Schomberg. Le soir il retourne chez la Reine.

_Le 19, lundi._—Le soir chez la Reine.