Journal de Jean Héroard - Tome 2 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628)
Part 21
_Le 24, samedi._—M. de Termes meurt à deux heures; la balle, qui perçoit le diaphragme et l'estomac, se trouva contre le cœur sans l'offenser.
_Le 30, vendredi._—Il va au camp devant Clérac pour voir commencer les batteries.
_Le 5 août, jeudi._—Clérac se rend à la discrétion du Roi[361].
[361] Trois batteries battirent la place pendant quinze jours; elle pouvait tenir longtemps encore cependant, mais le gouverneur, Peyrebrun de Saint-Orse, se laissa gagner en secret et décida les habitants de se rendre à discrétion. La ville fut indignement saccagée, malgré la promesse donnée; le Roi y fit pendre quelques notables, entre autres Lafargue, procureur en la chambre de l'édit de Nérac, et son fils, ministre protestant.
_Le 7, samedi._—Il va en la chambre de M. le connétable où il fait tenir le scel en sa présence, M. le connétable faisant la charge de garde des sceaux, accompagné du maître des requêtes et autres officiers du scel. Jugement du Roi sur une lieutenance de _vétérans_, présentée par Barbereau, huissier de sa chambre. Entendant ce mot, et toutefois en ayant autrefois entendu parler, il demande: _Qu'est-ce qu'un vétéran?_ Lui ayant été répondu et pour qui c'étoit, il dit: _Cela ne se donne qu'aux soldats qui le gagnent, et avec beaucoup de peine, et au péril de leur vie; ceux-ci n'ont point de peine_; il lui fut dit: «Sire, les chanceliers et gardes des sceaux l'ont toujours scellé sans difficulté.»—_C'est tout un, il le faut renvoyer au conseil_; et ce ne fut scellé.
_Le 17, mardi._—Il quitte Moissac, arrive à Piquecos, château appartenant à M. le marquis de Montpezat[362], à une lieue de Montauban.
[362] Henri Desprez, marquis de Montpezat, gouverneur du Périgord au temps de la Ligue. L'armée passait alors l'Aveyron d'un côté avec le Roi, et le Tarn avec le duc de Mayenne.
_Le 30, lundi._—Il va chez M. le connétable[363], assiste au sceau.
[363] Le Roi va régulièrement deux fois par jour chez le connétable, quelquefois davantage.
_Le 1er septembre, mercredi._—Cejourd'hui, entre sept et huit heures du matin, commença la batterie de trois endroits devant Montauban[364].
[364] Dans la semaine précédente on avait exécuté les travaux. Le Roi établit son quartier un peu à l'écart du côté de Montmirat, le duc de Mayenne investit Ville-Bourbon, le prince de Joinville et le maréchal de Saint-Gérant le Monstier. Au quartier de Montmirat, où Luynes commandait, se trouvaient les maréchaux de Praslin et de Cadenet. Son chirurgien écrivait alors à sa femme: «Sachez que je ne cours aucun hasard, monseigneur le connétable me faisant l'honneur de m'affectionner et de me tenir toujours auprès de sa personne.» (_Mémoires de Castelnau._) Les tranchées terminées, le feu commença le 1er septembre sur le bastion de Montmirat; le lendemain le marquis de Villars, frère du marquis de Montpezat et frère utérin du duc de Mayenne, périt étouffé par une explosion de mines.
_Le 15, mercredi._—Sur les trois heures M. le duc de Mayenne est tué aux tranchées d'une mousquetade dans l'œil qui lui traversa la tête; il meurt soudain sans parler[365]. Le Roi va à la chasse.
[365] Le duc montrait sa tranchée au duc de Guise, raconte Bassompierre, n'ayant pas de plus grand plaisir que de s'exposer ainsi; une balle traversa le chapeau de M. de Schomberg et tua raide le duc. Ce fut le marquis de Castelnau qui tira cette mousquetade, comme il eut soin de le faire dire au Roi.
Entre minuit et une heure, Montauban est secouru[366].
[366] Le secours venu du Languedoc et des Cévennes par les soins du duc de Rohan, sous les ordres de M. de Beaufort, se composait de 1,200 hommes d'élite. Ils tombèrent dans une première embuscade aux approches de Montauban, puis dans une autre; mais les assiégés, à l'aide de feux, les dirigèrent et purent faire entrer 6 à 700 hommes. M. de Beaufort fut conduit à Piquecos, et le Roi le condamna aux galères; on l'envoya à la Bastille. Dans la suite il fut repris à Pamiers par le prince de Condé et décapité par ordre du parlement de Toulouse.
_Le 8 octobre, vendredi._—Ce matin à quatre heures, M. le connétable alla à Reniers y trouver M. de Rohan, pour traiter d'accord.
_Le 13, mercredi._—Il va au camp, où il a dîné chez M. le prince de Joinville, où il voit la batterie de dix-huit canons contre un boulevart.
_Le 14, jeudi._—Il se plaint de douleurs de dents, saigne du nez; il faisoit grand chaud; la douleur cesse. Il n'avoit point saigné depuis la mort du Roi, ou environ.
_Le 17, dimanche._—Il va au camp, y fait porter ses armes à quatre heures du matin, au quartier de M. de Montmorency, y dîne de sa viande; séant à table avec lui et M. de Luynes seulement et l'abbé Rucelay[367], à neuf heures. A une heure il monte à cheval pour voir trois attaques qui se devoient faire: l'une du côté où il étoit, l'autre du côté des gardes, et la troisième du côté de la rivière, sur Ville-Bourbon; ce fut sur les trois ou quatre heures. Il fut tiré de la ville un coup de canon qui tua un laquais à dix pas de lui sans l'effrayer. Il revient à huit heures.
[367] L'abbé de Ruccellaï, clerc de la chambre apostolique, était dit Bassompierre, en parfaite intelligence avec le connétable de Luynes et l'avait assisté jusqu'à sa mort. Nommé abbé de Saint-Maixent, il mourut l'année suivante, au siége de Montpellier.
_Le 18, lundi._—Il va en son cabinet, y donne audience à Messieurs du clergé, portant la parole M. l'évêque de Nantes[368], docte et éloquent personnage, offrant un million d'or pour faire la guerre.
[368] Philippe de Cospéan.
_Le 28, jeudi._—Il va en son cabinet; à midi arrive le milord Haye, ambassadeur extraordinaire d'Angleterre, qui dîne avec M. le connétable, et à trois heures a son audience du Roi, accompagné seulement de M. le connétable, dans sa chambre[369].
[369] Sur cette audience de milord Hay et sur la charge de garde des sceaux exercée par le connétable de Luynes (_voy._ le journal d'Héroard, au 7 août précédent); voici ce que raconte Bassompierre: «Le milord Hay, ambassadeur extraordinaire de la Grande-Bretagne, envoyé pour s'entremettre de la paix entre le Roi et les huguenots, eut sa première audience du Roi, après laquelle il l'alla prendre de M. le connétable. M. de Puisieux, selon sa coutume, venoit entendre du Roi ce que le milord lui avoit dit à son audience, quand le Roi m'appela en tiers, et me dit: «Il va prendre l'audience du roi Luynes.» ..... Lors le Roi commença à déchirer M. le connétable et à en dire tout ce qu'il avoit en sa fantaisie, ulcéré de ce qu'on avoit adjoint à la charge de connétable celle de chancelier.»
_Le 31, dimanche._—Il part de Moissac[370].
[370] Le Roi avait quitté Picquecos quelques jours avant pour aller au delà de la rivière au château de Montbeton pendant qu'on emmenait l'artillerie et les bagages. Avant qu'il y fût, on canonna Montbeton; mais dès qu'on sut qu'il y résidait, il y eut défense de tirer de ce côté. En partant le Roi fit incendier le château. Il laissa à Moissac le duc d'Angoulême avec une assez forte division.—Voir dans les _Mémoires de Castelnau_ la relation détaillée de ce siége.
_Le 15 novembre, lundi._—Il entre à Toulouse pour y dîner, la première fois, loge à l'archevêché[371].
[371] Le Roi quitta Montbeton le 14 novembre, alla à Castelnau de Frégefont et de là à Toulouse.
_Le 18, jeudi._—Il va collationner en cérémonie, en la maison de ville.
_Le 19, vendredi._—Il donne audience à messieurs du Parlement, qui le supplient de séjourner plus longtemps, pour donner aide à leur conservation.
_Le 20, samedi._—Il va à quatre heures aux Jésuites, voir jouer la tragédie d'_Andromède_.
_Le 21, dimanche._—Il fait son entrée solennelle; va à Saint-Étienne.
_Le 24, mercredi._—Il va en son cabinet, où messieurs du parlement de Toulouse prennent congé du Roi. Il part de Toulouse en chassant, et arrive à deux heures à Grenade.
_Le 30, mardi._—Il va au camp devant Monhurt[372] avec M. de Luynes, où le sieur Desplans près de lui reçut une mousquetade qui lui perça le manteau, le gant et s'arrêta dans le pommeau de la selle de son cheval.
[372] L'investissement de Monhurt, où commandait le marquis de Mirembeau, avait commencé le 17.
_Le 3 décembre, vendredi._—Il va chez M. le connétable, qui se trouvoit mal de rhume et fièvre, depuis six heures du matin qu'il eut froid.
_Le 7, mardi._—Il va voir les bateaux couverts pour le siége de Monhurt, et va au logis de M. de Schomberg à pied; ainsi pendant plusieurs jours de suite, visitant les tranchées et même gaiement quitte sa volerie disant: _Je m'en vais chez M. de Schomberg_, s'amusant pour tromper le déplaisir qu'il avoit de la maladie du connétable.
_Le 12, dimanche._—Il va au camp pour voir sortir ceux de Monhurt, à qui il donnoit la vie; ils sortirent un bâton blanc à la main[373]; les femmes et les fils sortirent à part dans des bateaux pour les conduire à Tonneins. Ce fut un de ses soins particuliers que la ville sera brûlée et une potence élevée au milieu. Il fait mettre son armée en bataille et sans armes, de peur que les soldats ne s'entretuent pour le pillage. Après dîner il veut aller au camp voir achever la sortie, puis va à sa volerie.
[373] Le marquis de Mirembeau, blessé dès le début, sortit le premier sur le rempart, avec un manteau noir et un laurier blanc à la main, puis le vicomte de Castet, et tous deux firent signe qu'ils voulaient parlementer. La ville fut brûlée le soir. (_Mercure françois_, tome VII, p. 928.)
_Le 13, lundi._—Comme il fut débotté en revenant de chez M. de Schomberg, soudain vient une fausse alarme; il se botte, sort de la salle et donne l'ordre avec une incroyable résolution. Un certain personnage lui dit: «Sire, si Votre Majesté se veut retirer, l'on peut faire face avec ses deux cents chevaux.»—_Retirer! je veux mourir plutôt que me retirer._
_Le 15, mercredi._—Il quitte Longuetille à cause de la maladie de M. le connétable, qui meurt à Dumasan, à deux heures[374].
[374] Il mourut d'une fièvre pourprée; Bassompierre assure que le Roi ne le regretta pas. Fontenay-Mareuil ajoute que pendant sa maladie un seul de ses gens à peine voulait consentir à rester près de lui, et qu'il vit des valets jouer au piquet sur son cercueil, au lieu de prêtres, quand on l'emporta à Maillé en Touraine, domaine auquel il avait fait attribuer le nom de Luynes.
_Le 16, jeudi._—Il va voir M. de Luxembourg, frère du défunt connétable.
_Le 21, mardi._—Il arrive à Bordeaux pour la troisième fois[375], va au conseil et reçoit toute la cour du Parlement ensemble.
[375] Le Roi avait laissé dans la province le duc d'Elbeuf et le maréchal de Thémines avec des troupes.
_Le 22, mercredi._—Il fait M. de Vic[376], conseiller d'État, garde des sceaux; le lendemain il reçoit son serment.
[376] Méry de Vic, seigneur d'Ermenonville, était le plus ancien conseiller d'État lorsque le Roi lui donna la charge de garde des sceaux. Il n'en jouit pas longtemps, car il mourut à Pignan, entre Montpellier et Pézenas, le 2 septembre 1622.
_Le 25, samedi._—En sa chambre à deux heures, il entend le sermon du P. Séguiran, jésuite, qui lui avoit été donné pour confesseur à Saint-André.
_Le 31 décembre, vendredi._—Il arrive à Libourne.
ANNÉE 1622.
Départ de Libourne en chassant.—Barbezieux.—Festin du Roi chez M. de Schomberg.—Poitiers.—Tours.—Amboise.—On y charge avec des boules de neige les magistrats.—Réception des cours de Paris à Bourg-la-Reine.—Entrée à Paris.—Saint-Germain.—Ballet.—La Reine fait une fausse-couche.—Fiançailles du comte d'Alais.—Départ pour le Languedoc.—Le jeudi saint à Orléans.—Querelle du maréchal de Vitry et du duc de Luxembourg.—Blois.—Nantes.—Le Roi dit du mal de M. de Luynes.—Combat de l'île de Rié.—Niort.—Saint-Jean-d'Angély.—Le Roi affecte de ne pas vouloir en regarder les ruines.—Réception des envoyés suisses.—Siége et prise de Royan.—Reddition de Sainte-Foy la Grande.—M. de Caumont la Force traite et est fait maréchal.—Agen.—Le Roi passe devant Montauban avec son armée en bataille.—Assaut et prise de Négrepelisse.—Rendez-vous de l'armée à Campadour.—Siége de Saint-Antonin.—Une balle effleure le Roi.—Le duc de Retz blessé près du Roi.—Combat du Roi et du prince de Joinville à coups de prunes.—Arrivée à Toulouse.—Pose de la première pierre de l'église des Carmélites.—Réception à Castelnaudary.—Carcassonne.—Narbonne.—Le Roi visite quatre frégates dans le port.—A la réception officielle, le cheval du Roi se cabre.—Le Roi communie.—Béziers.—Pézenas.—Lunel.—Aigues-Mortes.—Le Roi rejoint l'armée à Castelnau.—Le duc de Lesdiguières vient prêter serment.—Commencement du siége de Montpellier.—M. de Caumartin nommé garde des sceaux.—M. d'Ocquerre, secrétaire d'État.—M. de Bassompierre maréchal.—Mot du Roi.—Congé du prince de Condé; sa conversation avec le Roi.—Reddition de Montpellier.—Départ.—Arles.—Réception brillante.—Course de taureaux.—La Sainte-Baume.—Marseille.—La pêche du thon.—Notre-Dame de la Garde.—Beaucaire.—Assemblée des États.—Avignon.—Le duc de Savoie.—Grenoble.—Dîner au château du connétable.—Vienne.—Lyon; le Roi y trouve les deux Reines.—Le Roi donne le chapeau à M. de Richelieu.—Fiançailles de Mlle de Verneuil avec le fils du duc d'Épernon.—Le Roi reçoit sa sœur la princesse de Piémont.—Roanne.—Nevers.
_Le 3 janvier, lundi._—Il part à pied de Libourne à cause du froid, et un peu après monte à cheval, et par un pont de bateaux sur la rivière d'Isle, arrive à Guitre, s'amusant à chasser en chemin. A quatre heures il entre au conseil; le conseil tenu, il s'amuse à jouer aux cartes, au hère, avec aucuns de son conseil et autres.
_Le 5, mercredi._—Il arrive à quatre heures et demie à Barbezieux; va au conseil, et à six heures et demie a soupé chez M. le comte de Schomberg, qui donnoit le festin de la veille des Rois.
_Le 6, jeudi._—Il arrive à Châteauneuf sur Charente; M. le prince de Condé lui va au-devant. A trois heures au conseil.
_Le 10, lundi._—En se couchant il s'amuse à faire de la musique et fait chanter M. le Prince.
_Le 13, vendredi._—Arrivé à Poitiers, il s'amuse à ses oiseaux; va au conseil, s'amuse à jouer jusques à six heures.
_Le 18, mardi._—Il faisoit un temps serein, mais extrêmement froid; en route il met plusieurs fois pied à terre, arrive à Tours à deux heures, va au conseil à trois.
_Le 19, mercredi._—Il part de Tours et fait une grande partie du chemin à pied, arrive à une heure à Amboise. Les magistrats de robe longue le viennent saluer; il avoit neigé; incontinent après les harangues, sur leur retraite, on leur fait une charge de pelotes de neige sur leurs robes et leurs bonnets carrés.—Il soupe au festin donné dans le château par M. le duc de Chaulnes, lieutenant du Roi, au château[377].
[377] M. de Cadenet avait été créé pair et duc de Chaulnes en 1621.
_Le 20, jeudi._—Il faisoit grand froid; il part d'Amboise à cheval, et à un quart de lieue il entre en carrosse. Il arrive à Blois à une heure, voit M. Truchon, l'un de ses apothicaires, demeurant à Blois, lui demande: _Truchon, me voulez-vous nourrir, j'ai grand faim_; son gobelet n'étoit pas arrivé.
_Le 24, lundi._—Il arrive à une heure à Orléans, où arrive de Paris M. le comte de Soissons qu'il accueillit fort gracieusement. Il va au conseil.
_Le 28, vendredi._—Dînant à Bourg-la-Reine, il reçoit les compagnies qui venoient de Paris; part de Bourg-la-Reine à deux heures, voit sept mille quatre cents hommes, habitants de Paris, postés en armes devant lui et à cheval, entre à Paris, revenant de Montauban, va à Notre-Dame, revient à six heures au Louvre, soupe, prie Dieu, va chez la Reine, à onze heures s'endort.
_Le 29, samedi._—Il va à la messe, puis chez la Reine sa mère. Le soir à la salle d'en haut, à la comédie italienne.
_Le 4 février, vendredi._—Il part de Paris pour aller à Saint-Germain-en-Laye, loge chez M. de Frontenac, capitaine du château; logé en la basse-cour.
_Le 5, samedi._—Il part de Saint-Germain, va à Pontoise, où il s'amuse à faire et à manger des beignets; soupant à Cormeille, soudain il va au gobelet, où il fait faire des petits choux au lait; bu six coups de vin clairet fort trempé, à la santé des princes qui étoient là: MM. les princes de Condé, de Vendôme, son frère le grand prieur. Il revient dans sa chambre, où il danse aux chansons.
_Le 6, dimanche._—Il va au logis de M. de Vendôme, où il a déjeûné; va à la messe, monte à cheval, part de Cormeille et va à Saint-Denis; va à la cuisine, dresse les plats, emporte le premier, les princes de même, dresse sur table, puis dîne, arrive à Paris à deux heures. Il va chez la Reine; soupe à six heures et demie, puis va en son cabinet à la comédie italienne, puis au bal, et revient à minuit.
_Le 7, lundi._—Il va en haut à la comédie italienne, y voit un grand ballet venu de la ville, à onze heures revient se mettre au lit; puis relevé peu après, il va chez la Reine.
_Le 10, jeudi._—Il va à la volerie vers Grenelle. La terre étoit fort molle, à cause du dégel et des pluies; son cheval tombe et lui de tout son long, il ne se fait aucun mal. Il revient chez la Reine sa mère.
_Le 23, mardi._—Il va le soir chez la Reine.
_Le 25, vendredi._—Il entre en carrosse pour aller passer son temps, part de Paris, arrive à Villemenon, aussitôt va à la cuisine, fait dresser la viande, la met sur table, s'assied avec la compagnie: M. le prince de Condé, M. de Vendôme, M. le grand prieur, son frère, M. le Grand, M. de Courtenvaux, M. de Blainville, premiers gentilhommes de la chambre.
_Le 13 mars, dimanche._—Il va à l'assemblée à Meulan, où il a dîné au festin fait par Desplans, gouverneur; retourne à Saint-Germain.
_Le 14, lundi._—Il revient à Paris, va chez la Reine, et lui donne M. de Beauclerc pour secrétaire[378].
[378] Charles de Beauclerc, sieur d'Achères et de Rougemont, secrétaire d'État de la Reine-mère pendant sa régence, fils d'un trésorier général de l'extraordinaire. Henri IV l'avait donné comme secrétaire des commandements au Dauphin. Devenu Roi, il le créa secrétaire du cabinet et il devint l'intime confident de M. de Luynes, qui s'en dégoûta à cause de sa franchise. Après la mort du favori, Louis XIII nomma Beauclerc un des deux intendants des finances, et le fit secrétaire d'État en 1624. Richelieu ayant reconnu ses hautes qualités voulut le conserver au siége de la Rochelle; mais il ne voulut pas quitter le Roi, et mourut à Paris, en 1630.
_Le 16, mercredi._—Il va chez la Reine, à ses oiseaux, au conseil. Sur les trois heures après midi la Reine accouche d'un embryon de quarante ou quarante-deux jours; il va chez elle à six heures trois quarts[379].
[379] «La Reine devint grosse, et l'étoit de six semaines, quand un soir, Mme la Princesse tenant le lit, la Reine y alla passer la soirée jusques après minuit avec les autres princesses et dames du Louvre; M. de Guise, les deux frères de Luynes, M. le Grand, Blainville et moi, nous y trouvâmes, et la compagnie fut fort gaie. Quand la Reine s'en retournant coucher et passant par la grande salle du Louvre, Mme la connétable de Luynes et Mlle de Verneuil la tenant sous les bras et la faisant courir, elle broncha et tomba en ce petit relais du haut dais, dont elle se blessa et perdit son fruit. On céla l'affaire au Roi le plus que l'on put.... On fit savoir au Roi comme et en quelle façon la Reine s'étoit blessée, et on l'anima tellement contre les deux dames, qu'il dépêcha de Toury-la-Fouraine à la Reine pour lui mander qu'il ne vouloit plus que Mlle de Verneuil et Mme la connétable de Luynes fussent auprès d'elle, et leur écrivit à chacune une lettre pour leur faire savoir qu'elles eussent à se retirer du Louvre.» (_Mémoires de Bassompierre._) Mme de Motteville dit seulement que dans les commencements de son mariage «la Reine se crut devenue grosse, comme elle le crut quelque temps, et de s'être blessée pour avoir trop couru après la connétable.»
_Le 17, jeudi._—Il va chez la Reine, à midi monte à cheval, va à la volerie vers les plaines du Roule et de Montmartre, revient à cinq heures chez la Reine sa mère, à sept heures va en sa chambre, où il fait les fiançailles du fils de M. le duc d'Angoulême, le comte d'Alès, et de la fille de M. le maréchal de la Châtre[380]. Le soir il va à la comédie italienne.
[380] Louise-Henriette, fille unique du second maréchal de la Châtre et d'Élisabeth d'Étampes-Valençay, épousa Louis-Emmanuel de Valois, comte d'Aletz. Veuve en 1653, elle se remaria avec François de Crussol, et après divorce avec M. Pot de Rhodes, grand maître des cérémonies.
_Le 20, dimanche._—Il part pour son grand voyage, secrètement, à cheval, tandis que tout le monde l'attendoit au Louvre pour le voir passer.
_Le 24, jeudi, à Orléans._—Il va aux Récollets, où il lave les pieds aux enfants, va en sa chambre. Querelle de M. le maréchal de Vitry et de M. de Luxembourg dans la chambre du Roi. A trois heures il entre en carrosse, va gagner les pardons.
_Le 26, dimanche._—Il va délivrer les prisonniers.
_Le 27, lundi._—Il part d'Orléans, entre en bateau, encore qu'il fît grand vent et contraire, ne craint pas, déjeûne dans le bateau, met pied à terre à Beaugency.
_Le 31, jeudi._—Il arrive à Blois, chez la Reine sa mère.
_Le 5 avril, mardi._—Il part de Blois, s'embarque pour Nantes avec M. de Soubise, arrive à quatre heures à Tours. Logé près de Saint-Julien, il va chez M. de Souvré, où il a soupé.
_Le 7, jeudi._—Il va à l'abbaye de Saint-Florent où il a goûté. M. l'évêque de Cominges[381], qui en étoit abbé, lui a donné la collation.
[381] Gilles de Souvré, fils du maréchal; nommé, en 1614, abbé de Saint-Florent, il quitta en 1623.
_Le 9, samedi._—Il arrive à Ancenis, maison de M. de Vendôme, qui donna le festin fort magnifique.
_Le 10, dimanche._—Reçu à Chassay près Ancenis, par la maison de l'évêque; étant au lit, il y parle de M. le connétable. Il en contoit bien des choses qu'il lui demandoit, et entre autres qu'il lui dit qu'il lui falloit donner 4,000,000 d'or; qu'il n'avoit jamais vu tant de parents.
_Le 13, mercredi._—Il va au conseil, sur le rapport, fait par M. le Prince, que M. de Soubise avec toute son armée étoit entré dans l'île de Riez.
_Le 14, jeudi._—Il part de Legeay, voit son régiment des Suisses, ne laisse pas de chasser à la harquebuse; à onze heures n'ayant rien à dîner, il mange du pain qu'il fait acheter des Suisses et un peu de fromage dont il n'avoit jamais mangé, arrive à Chalan, où il dîne.
_Le 15, vendredi, à la Chaussée._—M. le prince de Condé lui envoie demander des secours; il quitte son dîner, et dit: _Je y veux aller!_—Il monte à cheval; va à deux lieues de chemin, couche dans une petite masure, tout vêtu, sur de la paille, sa robe dessus, son manteau dessous, y dort deux heures par sommes entrecoupés, par soin de se lever pour aller à la guerre[382].