Journal de Jean Héroard - Tome 2 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628)

Part 19

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[316] Depuis quelques jours le Roi, dans les villes diverses qu'il traverse, va à la comédie vers cinq heures et demie, avant son souper. La Reine était avec lui. Il s'amuse avant de s'endormir à chanter en concert des hymnes de l'Église, ne manque jamais la messe et les vêpres dans l'église principale du lieu où il est.

_Le 2 juillet, mardi._—Cejourd'hui matin mourut, au Pont de la Mothe, près de Tours, le colonel Galati, Suisse[317] qui avoit si bien fait à Arques du vivant du feu Roi. Il se leva, disoit-il, pour aller voir le Roi au Plessis; ayant fait deux tours de chambre, il lui prend une foiblesse; étant mis sur le lit, la parole lui revient et deux jours après il décéda, âgé de plus de quatre-vingts ans.

[317] Gaspard Gallaty, colonel des Suisses à Arques, où il demeura constamment près du Roi. Le duc de Rohan, partant pour Juliers avec un «beau» régiment suisse, ajoute dans une lettre du 29 juin 1610 à M. de la Force: «Le bon homme Galatty fait encore ce voyage».

_Le 5, vendredi._—Il se relève en robe, fait porter des paillasses, ne se couche pas jusques à une heure après minuit, après avoir fort joué, passé son temps, fait manger les confitures qui étoient dans ses coffres à Marais, Boulanger, etc., fait éveiller ceux qui dormoient sur les paillasses en leur faisant passer un fétu sur le visage, et avant leur avoit barbouillé les mains avec de l'encre; s'endort tout vêtu sur une paillasse.

_Le 8, lundi._—Le Roi étant à Amboise, le comte Henri de Nassau arrive, venant de Flandre[318].

[318] Louis-Henri, depuis prince de Nassau-Dillembourg, fils du comte Georges de Nassau et de Émilie de Sayn, né le 9 mai 1594, général dans l'armée suédoise, mort en juillet 1662.

Le Roi va le 3 à Amboise et en revient le 9, où il reçoit le duc de Nevers. Le 16 il y retourne, jusqu'au 19.

_Le 22, lundi._—Le Roi donne audience en sa chambre à messieurs de l'assemblée générale du clergé, et leur donne congé.

_Le 1er août, jeudi._—Il arrive à Tilly, maison de M. le comte du Lude[319]; à onze heures et demie il prend son harquebuse sur l'épaule et va à pied à l'étang d'Heume, où il a chassé sur l'eau dans son petit bateau et tué beaucoup de gibier de son harquebuse, nonobstant la pluie et le vent; revient à cheval[320].

[319] Timoléon de Daillon, comte du Lude, né en 1600, marié en 1622, à Marie Feydeau.

[320] Le Roi va le 8 à Amboise, et en revient le 12; il y retourne avec la Reine, du 17 au 21.

_Le 13, mardi._—Étant au Plessis, il va dans la journée à la comédie françoise et le soir à la comédie espagnole.

_Le 24, samedi._—M. de Praslin a prêté le serment de maréchal de France[321].

[321] Charles de Choiseul, marquis de Praslin, mort le 1er février 1626, lieutenant général en Champagne.

_Le 26, lundi, au Lude._—Pendant ce voyage il s'est baigné fort souvent ou à la rivière ou dans son cabinet, et a continué de se montrer très-attentif pour la Reine. Il ne manque presque jamais, quoiqu'en voyage, de tenir le conseil, et assiste souvent à la comédie espagnole. Il va généralement chez la Reine le matin et le soir.

_Le 3 septembre, mardi._—En arrivant à Tours, il fait tirer en salut dans son bateau l'harquebuse de M. de Beaumont, mestre de camp; elle creva tout auprès du Roi et il en eut la main toute froissée, et le sieur de Touvion fut blessé à la face.

_Le 5, jeudi._—Il part de Tours à neuf heures et demie, et va à Cousières au-devant de la Reine mère, qui y avoit couché revenant d'Angoulême; y arriva à onze heures et demie. M. de Montbazon vint au-devant de lui, le conduisit par le bois au jardin, aux allées où étoit la Reine mère; elle vient au-devant de lui, l'embrasse, le baise, se prend à pleurer, lui aussi, sans parler l'un et l'autre; après souper il va chez la Reine, puis va voir la Reine mère, logée à l'hôtel de la Bordesière[322].

[322] La Reine s'était retirée dans un château du duc d'Épernon en Angoumois; M. de Richelieu qui pour l'avoir suivie à Blois avait été relégué le 9 avril 1618 à Avignon, fut chargé d'aller la trouver et de la décider à voir le Roi. Cette entrevue n'eut aucun résultat.

_Le 12, jeudi._—Il va pour tirer de l'harquebuse sur les plaines de Saint-Avertin, chassant à pied à main gauche d'une croix, sur le chemin pour aller à Cousières; n'étant que sept à huit, épars autour de lui, il s'éleva une grosse couleuvre, longue d'environ de quatre pieds, d'un vieux chaume, et venant droit à lui à grands élans. Il ne la voyoit point; on lui crie qu'il eût à prendre garde; il la voit à six pas près, saute en arrière, et en même temps couche en joue son harquebuse et la tue, l'ayant coupée en plusieurs pièces.

_Le 19. jeudi._—Il va chez la Reine sa mère, et prend congé d'elle, part de Tours, et va à Amboise. La Reine mère va à Chinon.

_Le 22, dimanche._—A onze heures et demie il va chez M. de Luynes, qui faisoit le festin à messieurs les princes de Piémont et à Mesdames, qui devoient partir le jour d'après.

_Le 23, lundi._—Madame Christine de France, princesse de Piémont, part pour aller en Piémont. Il l'accompagne en carrosse environ une demi-lieue, revient en diligence qu'il treuve au bout du pont d'Amboise, la conduit lui-même au galop, et arrive à dix heures trois quarts à Onzain, où il a dîné.

_Le 24, mardi._—Il arrive en chassant à Vendôme pour la première fois, et va visiter le château, y monte à pied et visite tout.

_Le 25, mercredi._—Il part de Vendôme, va à Claye, où il arrive à dix heures et demie, à cause que la roue de son petit carrosse s'étoit rompue au-dessous d'une montagne où il y avoit un bois et après une descente pierreuse; il prend une hache, lui-même coupe un arbre, l'accommode, et remet la roue dans le fer, puis s'en va.

_Le 7 octobre, lundi, à Mantes[323]._—Il mange une petite grappe de raisin de Corinthe, de ceux qui viennent de lui être présentés par l'un de ses médecins, qui étoit M. Le Tilien, demeurant à Mantes. Il part de Mantes, arrive à Marcines, maison de M. le chancelier Brulart, sieur de Sillery, où il a dîné et couché.

[323] Le Roi avait quitté Chartres le 3, était arrivé le 4 à Montfort, en passant par Épernon, et le 5 à Mantes.

_Le 10, jeudi._—Il arrive à Compiègne pour la première fois, y loge, et va à Saint-Cornille.

_Le 12, samedi._—Il va de Compiègne à Mouchy, maison de M. de Humières.

_Le 14, lundi._—Retour à Compiègne; conseil.

_Le 17, jeudi._—Il va en son cabinet, où je lui demandai s'il toucheroit des malades; il y avoit de la peste à Paris.—_Non, mais ces gens-ci me pressent si fort, si fort; parlez à eux, ils me persécutent si fort. Ils disent que les Rois ne meurent point de la peste_ (en colère); _ils pensent que je sois un Roi de cartes: parlez-leur_, dit-il au père Arnoux.

_Le 18, vendredi._—Il part pour Chantilly.

_Le 20, dimanche, à Chantilly._—A trois heures, dans le petit cabinet de la tour de sa chambre, il reçoit M. le prince de Condé et Mme sa femme sortant de prison du bois de Vincennes, d'où ils étoient partis à onze heures, conduits par M. de Luynes. D'abord M. le Prince met les deux genoux en terre, il demande pardon; ce qu'on put entendre du Roi en le relevant fut qu'il falloit oublier toutes les choses passées, et que M. le Prince répondit «C'est ce que je demande». Mme la Princesse en fit autant, mais le Roi la releva, n'attendant pas qu'elle eût les genoux en terre, et la baisa et Mme de Ventadour, qui l'avoit accompagnée. Le Roi va montrer à M. le Prince ses oiseaux; à quatre heures ils se séparent.

_Le 22, mardi._—Retour à Compiègne.

_Le 1er novembre, vendredi._—Il touche trois Portugais malades des écrouelles, aux Minimes.

_Le 2, samedi._—Revenant au quartier des mulets de Monsieur, son frère, il reçoit une grande plainte de nombre de paysans contre le capitaine des mulets, sur ce qu'il ne leur payoit que quatre sols par mulet, lui qui en avoit vingt. Il le condamne à être pris au corps, ramené au village, et à payer plus qu'il n'avoit convenu avec les paysans. Il ordonne pour premier président M. de Tavannes[324], M. de Grissac, gentilhomme de la vénerie, M. des Chapelles qui avoit le vol du cahier pour greffier, et quelques autres pour la capture, et assista à l'exécution; fait fouetter un des garçons de ce capitaine qui faisoit le rieur et le suffisant[325].

[324] Guillaume de Saulx, comte de Tavannes, fils aîné du maréchal, chevalier des Ordres et l'un des plus fidèles partisans de Henri IV, mort en 1631.

[325] Le Roi quitte le 4 Compiègne, et va le 5 à Monceaux; dîne le 10 à Coupevray, couche à Lésigny, et va le 15 à Fontainebleau: il va le 21 à Villeroy; la Reine à Paris.

_Le 13, mercredi._—Il va à sept heures du matin chez M. de Luynes, en sort pour l'accompagner, allant à Paris au parlement, pour faire enregistrer ses provisions de duc et pair.

_Le 24, dimanche._—Il a bu de l'hypocras de cidre de Vaugrineuse; le soir il envoya querir un gobelet et une bouteille d'hypocras de cidre, en boit deux coups, et en fait boire à tous ses gentilshommes présents.

_Le 5 décembre, jeudi._—Il va au conseil, chez la Reine, chez M. de Luynes. A trois heures il donne audience au comte de Furstemberg[326], ambassadeur extraordinaire de l'Empereur pour avoir secours contre les Bohêmes.

[326] Égon, comte de Furstemberg, né le 21 mars 1588, l'un des principaux généraux de l'Empire, mort le 24 août 1635.—A ce moment la Bohême était en insurrection par suite de la rébellion des protestants de ce royaume; la bataille de Prague (1620) mit fin à ces troubles.

_Le 8, dimanche._—Il va en son cabinet, où il reçoit le serment de M. du Cadenet[327], frère de M. de Luynes, pour l'état de maréchal de France. La Reine part pour aller à Paris.

[327] Honoré d'Albert, seigneur de Cadenet, auteur de la branche des ducs de Chaulnes, dignité qui lui fut conférée en 1621; il mourut le 31 octobre 1649, ayant épousé Claire d'Ailly, comtesse de Chaulnes, dame de Péquigny.

_Le 10, mardi._—Il arrive à Paris à quatre heures, et va chez la Reine.

_Le 20, vendredi._—Il donne audience aux députés de l'assemblée de Loudun lui présentant leurs cahiers.

_Le 25, mercredi._—Il va après dîner à sa petite chambre, où entrent M. le prince de Condé, les sieurs de Tavannes, d'Andresy, de Flochet, et se parloient de mots qui dépassoient la gaillardise; le Roi dit: _Je ne veux point que l'on dise des saletés et des vilainies._—Peu après il commanda au P. Arnoux de prêcher son sermon.

_Le 27, vendredi._—A cinq heures et demie le Roi voulant souper, M. le comte de Soissons, grand-maître, voulut présenter la serviette; alors M. le prince de Condé la lui veut ôter, l'autre s'en défend. Sur ce différend le Roi envoie querir Monsieur, son frère, auquel M. le Comte la donna, qui la servit au Roi[328]; il va chez la Reine.

[328] _Voy._ le détail de cette scène dans le Journal d'Arnauld d'Andilly, page 457.

_Le 31, mardi._—A deux heures il entre en carrosse, et va aux Augustins pour faire les chevaliers du Saint-Esprit[329].

[329] La promotion fut de cinquante-neuf chevaliers

ANNÉE 1620.

Festin des Rois.—Le Roi manque de se noyer.—Mariage de M. de Cadenet.—Ballet.—Indisposition de la Reine.—Le Roi fait une omelette.—Il tue un aigle.—_Ballet des ivrognes._—Mariage de M. de Liancourt.—Le Roi va à Amiens.—Fiançailles du jeune duc de Guise et de Mlle de Bourbon, et de son frère avec Mlle de Luynes.—Jubilé.—Conte du Roi.—Il est mordu par un de ses chiens.—Il couche avec M. de Canaples.—Baptême de Mlle de Bourbon.—Feu de la Saint-Jean.—Départ pour Rouen.—Le duc de Longueville.—Siége de Caen.—Prise du château.—Le Mans.—Le Roi fait arborer sa cornette.—Combat du Pont-de-Cé.—La Reine mère se soumet.—Séjour à Tours; la Reine s'y rend.—Revue.—Saintes.—Bordeaux.—Navarreins.—Le gouverneur de Sale.—Bazas.—Voyage à Abbeville.—Offrande due par les habitants.—Calais.

_Le 1er janvier, mercredi._—Il va encore aux Augustins pour les chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit, à deux heures et demie, y a dîné, au festin royal.

_Le 2, jeudi._—Il va encore aux Augustins, à la messe des chevaliers pour les morts[330], y a dîné au festin, et après le dîner va tenir le chapitre.

[330] La fête de l'ordre du Saint-Esprit se tenait tous les ans, le 1er janvier, et le lendemain un service était célébré pour les chevaliers morts dans l'année.

_Le 4, samedi._—Après son souper il joue au hère avec quelques princes et plusieurs seigneurs.

_Le 5, dimanche._—A six heures trois quarts il va chez M. de Luynes, où il a soupé, au festin des Rois.

_Le 13, lundi._—Il va chez la Reine, où il assiste aux fiançailles de M. de Cadenet et de Mlle de Péquigny, faites par Mgr le cardinal de la Rochefoucauld, et monte après chez M. de Luynes, où il recorde son ballet.

_Le 23, jeudi._—Il part de Lésigny et va à Gros-Bois, où M. le comte d'Auvergne lui a fait le festin, revient à Paris et le soir recorde son ballet chez M. de Luynes. Il va chez la Reine à huit heures.

_Le 28, mardi._—Il va à pied jusqu'à l'île vis-à-vis des Bonshommes, où il tue une quantité de gibier à l'harquebuse, va chez la Reine, puis chez M. de Luynes, où il recorde son ballet.

_Le 29, mercredi._—Il reçoit en son cabinet M. le maréchal de Lesdiguières; il recorde son ballet chez M. de Luynes, et le soir voit danser chez lui un ballet de la ville[331].

[331] Il mange fort souvent des truffes à l'huile, beaucoup de fruits confits, boit toujours du houblon, prend beaucoup d'exercice, et s'amuse encore comme un enfant.

_Le 30, jeudi._—A une heure il va par la galerie aux Tuileries à pied et en l'île devant les Bonshommes, passe à Grenelle, revient pour passer l'eau, fait dételer un cheval aveugle d'un chariot, l'attache à son petit bateau, qu'il faisoit toujours porter dans une charrette, se met dedans, le fait tirer par le cheval allant amont la rivière; le cheval se sentant battu aux jambes, se prend à courir et à prendre l'écart, de telle façon que le bateau se fût renversé dans la rivière, n'eût été que le sieur de Réaux, lieutenant des gardes du corps, coupa promptement la corde.

_Le 2 février, dimanche._—Il va chez la Reine, en son cabinet des armes. A deux heures il entre en carrosse, va aux Feuillants, au sermon et à vêpres, où le chevalier Helver, ambassadeur d'Angleterre, renouvelle l'alliance avec le Roi, offensive et défensive. Le soir chez la Reine et chez M. de Luynes.

_Le 5, mercredi._—Il va chez la Reine qui étoit fort malade de fièvre continue, double, tierce, n'en veut aucunement sortir pour aller prendre l'air. Il revient souper, va encore chez la Reine, monte après chez M. de Luynes, revient à dix heures se coucher.

_Le 6, jeudi._—Amusé diversement, il ne sort point, à cause de la maladie de la Reine, de laquelle il étoit vivement touché.

_Le 11, mardi._—Il va en carrosse à la foire de Saint-Germain-des-Prés; va chez la Reine, au conseil.

_Le 14, vendredi._—Il va à six heures en carrosse à la volerie à Roissy, y a dîné. Le Roi m'avoit commandé de demeurer près de la Reine.

_Le 17, lundi._—Il part de Juilly, arrive au Bourget portant un grand faucon sur le poing, ayant le vent à la face et la pluie sur le dos. Il entre à l'hôtellerie, lui onzième, fait lui-même une omelette avec du pain et autres choses, fort épaisse, la fait rissoler, en mange un peu et a bu un coup de vin fort trempé; arrive à Paris, et va chez la Reine.

_Le 18, mardi._—Il va au Palais pour la vérification de quelques édits; à dix heures va en la grande salle, où il voit danser le ballet de M. le prince de Condé; on l'appeloit _le Ballet des ivrognes_.

_Le 19, mercredi._—Il va chez la Reine, se plaint de lassitude, s'assied contre sa coutume, va au conseil.

_Le 20, jeudi._—Il assiste dans le grand cabinet de la Reine aux fiançailles de M. de Liancourt, premier écuyer de la Reine, avec Mlle de Schomberg[332].

[332] Jeanne de Schomberg, fille du maréchal comte de Montreuil et de Françoise d'Espinay-Duretal, mariée à Roger du Plessis-Liancourt, duc de la Rocheguyon, née en 1601, morte le 14 juin 1674.

_Le 26, mardi._—Avant son souper furent faites en sa présence les accordailles du fils aîné de M. de Guise avec Mlle de Bourbon, fille aînée de M. le prince de Condé[333], et du fils puîné de M. de Guise avec la fille de M. de Luynes[334].

[333] Anne-Geneviève, fille du prince de Condé et de Charlotte de Montmorency, née le 27 août 1619.—François de Lorraine, prince de Joinville, né le 3 avril 1612; ce mariage ne fut jamais célébré. Le prince mourut le 7 novembre 1639, sans alliance, et sa fiancée épousa, le 2 juin 1642, Henri d'Orléans, duc de Longueville: elle mourut le 15 avril 1679.

[334] Anne-Marie d'Albert, fille du duc de Luynes et de Marie de Rohan-Montbazon.—Henri de Lorraine, né le 4 avril 1614, depuis duc de Guise; ce mariage ne fut pas non plus célébré. M. de Guise mourut le 2 juin 1664 sans alliance et sa fiancée, le 21 septembre 1646, également sans avoir été mariée.

_Le 3 mars, mardi._—Il va chasser à Ouarthy, où il arrive à quatre heures et demie. A une lieue de Clermont, il voloit une corneille, une aigle fond pour la prendre et la tenoit, et l'élève en haut. Le Roi demande son harquebuse; on la lui baille n'étant chargée que de poudre et de plomb. Il la tire en l'air de la hauteur d'un clocher, et lui rompt l'aile droite; elle tomba à bas de ses pieds; il la fait prendre et mener à son logis.

_Le 4, mercredi._—En chassant il arrive à Breteuil, et y tue un aigle, va souper, au réfectoire, des viandes de bêtes tuées depuis quatre jours, lièvres, perdrix, canards, aigles; il ne fait qu'en sentir une tranche.—Je ne me trouvois pas à ces débauches; ce fut une mascarade.

_Le 9, lundi, à Amiens._—Entre midi et une heure il va à pied hors de la citadelle pour voir tout ce qui se passa durant le siége fait par le Roi, son père[335], s'informe particulièrement, comme une personne fort expérimentée, jusques aux menues particularités, tant des assaillants que des assiégés, et spécialement il demande: _Où étoit le logis du Roi mon père?_ et s'y alla mettre dedans. C'étoit dans un portail à la Magdeleine s'en informant spécialement du sieur de Praslin et de la Curée, qui étoient au siége.

[335] La ville d'Amiens, prise par les Espagnols le 11 mars 1597, ne fut rendue au roi Henri IV, après un long siége, que le 25 septembre de la même année.

_Le 27, vendredi, à Fontainebleau._—Il entend le sermon en la grande salle, puis part à Avon gagner le jubilé; plusieurs fois il y va à pied pour gagner le jubilé.

_Le 29, dimanche._—A la chapelle en la grande salle, communié; à vêpres, à Avon. Il revient en chassant, tue des perdrix avec son harquebuse.

_Le 31, mardi._—Il va chez la Reine, entre en carrosse à dix heures et demie, part de Fontainebleau, et va à Valery, maison de M. le prince de Condé, où il a soupé.

_Le 9 avril, jeudi._—Il part de Fontainebleau, et arrive à neuf heures et demie au Bois-Malesherbes, où il a dîné.

_Le 17, vendredi._—Amusé diversement à faire des contes, il raconte au père Arnoux des miracles inventés tout à l'heure, qui en rioit, et y prenoit plaisir. Le Roi en dit un des visions de saint Antoine, que le diable lui apparut en un corps sans tête, les jambes faites comme un virebrequin, et une flûte au cul.

_Le 1er mai, vendredi._—Il va chez la Reine et chez M. de Luynes.

_Le 17, dimanche._—Il entre en carrosse, va chez M. d'Escures, à la place Royale, où il a dîné.

_Le 22, vendredi._—Il part de Paris, et va à Fresne.

_Le 26, mardi._—Le Roi revient à Paris.

_Le 31, dimanche._—Il est mordu au-dessus du gras de la jambe, près du jarret, par un chien des siens qui s'entrebattoient; la morsure petite et point profonde; mis dessus de la thériaque avec du vin.

_Le 1er juin, mardi._—Le sieur de Canaples, puîné du sieur de Créquy, colonel du régiment des gardes[336], marié en Lorraine avec Mlle de Combalet, se trouve avec le Roi chez M. de Luynes. Ils vont coucher en la chambre, en un lit de Mme la marquise du Montlaur[337]. Le Roi y boit un coup de vin clairet fort trempé, après leur avoir fait beaucoup de malices, et s'en revient à onze heures trois quarts.

[336] Charles II de Créquy, second fils de Charles de Créquy, duc de Lesdiguières par son mariage; il fut tué au siége de Plombières, le 15 mai 1630. Il épousa Anne du Roure, fille de Claude, seigneur de Combalet, et de Marie d'Albert de Luynes.

[337] Marie de Montlaur, mariée à Jean-Baptiste d'Ornano, marquis de Montlaur, maréchal de France en 1626, mort l'année même, en prison à Vincennes. Il était en 1620 gouverneur de Monsieur, duc d'Orléans.

_Le 3, jeudi._—Étant à Montfort, il va à la Neufville, maison de M. de Bellengreville[338], grand prévôt de l'hôtel, où il a dîné.

[338] Joachim de Bellengreville, seigneur de Neuville, chevalier des Ordres, mort le 15 mars 1621.

_Le 4, vendredi._—Il part de Montfort, va aux Menus, maison appartenant à M. Bernard, maître d'hôtel du Roi, où il a dîné.

_Le 8, lundi._—Il va au cabinet des armes; à trois heures, fut fait au département de la Reine, mère du Roi, le baptême de Mlle de Bourbon, fille de M. le prince de Condé, et nommée Anne par la Reine; son compère fut M. le duc de Luynes[339].

[339] C'est celle qui venait d'être fiancée au prince de Joinville. _Voy._ plus haut la note 333, page 243.

_Le 23, mardi._—A six heures et demie il entre en carrosse, va à l'hôtel de ville pour le feu de la Saint-Jean, y met le feu lui-même, revient à neuf heures, va chez la Reine et chez M. de Luynes.

_Le 27, samedi._—Il va chez M. de Luynes, où il se jouoit une comédie.

_Le 28, dimanche._—Il va jusqu'à l'île Maquerelle, où il s'amuse à tirer de la harquebuse.

_Le 30, mardi._—Il retourne à l'île Maquerelle, où il s'est baigné.

_Le 7 juillet, mardi._—A cinq heures trois quarts il entre en carrosse, part de Paris pour aller à Rouen, arrive à deux heures à Pontoise pour la première fois.

_Le 10, vendredi._—Il part d'Escoucy, arrive à Rouen; il venoit sur quelques bruits d'émotion, à la suscitation de M. de Longueville.

_Le 11, samedi, à Rouen._—Il va à la messe à Saint-Ouen, puis au parlement, où il interdit M. de Longueville du gouvernement de Normandie.

_Le 13, lundi._—Il va à Pont-Audemer et à Honfleur pour la première fois.

_Le 15, mercredi._—Il se rend de Dive à Escouyville, où il dîne, buvant du vin clairet moins trempé qu'à l'ordinaire, de son commandement, disant gaiement qu'il le falloit ainsi puisqu'il alloit à la guerre. Il va au conseil aussitôt après dîner, puis s'arme, prend son hausse-col pour la première fois. Il part d'Escouyville à onze heures et demie, en venant reconnoît la place du château de Caen, conduit particulièrement par M. le prince de Condé et M. de Luynes. A trois heures il arrive à Caen, et tient conseil, fait sommer le château par le sieur Galeteau, conduit par un trompette.

_Le 17, vendredi._—Le château se rend. Il leur envoie le marquis de Mouy et M. de Créquy leur donner abolition.

_Le 18, samedi._—Il va au château, où il visite tout et partout, jusques aux plus petites choses.

_Le 22, mercredi._—Il va voir le cabinet d'un nommé Bourgeois.

_Le 2 août, dimanche, au Mans._—Il va à vêpres, où il a un sol de distribution, suivant un ancien fonds donnant ce à chacun qui seroit assis aux chaires hautes, le premier dimanche du mois.

_Le 4 mardi._—Il part de la Suse à neuf heures et demie, monte à cheval et fait arborer sa cornette blanche pour la première fois.

_Le 6, jeudi._—Dîné à Duretal, chez M. le comte de Schomberg.