Journal de Jean Héroard - Tome 2 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628)

Part 18

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_Le 4, jeudi._—A sept heures, éveillé par Beringhen, fort gai, il va à l'assemblée à Joyenval, y dîne. Courant le cerf, il rencontre un petit porte-panier, lui fait déployer toute sa marchandise, et l'achète, laissant le marchand bien joyeux, qui pensoit que ce fussent des voleurs; il fut bien aise de lui avoir fait cette peine. A onze heures il va au laissez-courre; il avoit fort gelé; courant, il en voit qui tremblent, ne court plus, s'en revient et va chez la Reine, se couche à sept heures trois quarts.

_Le 6, samedi._—Soupé en la chambre de M. de Luynes, il va après à la comédie françoise.

_Le 10, mercredi._—Il va chez la Reine, puis à la chambre de M. de Luynes, qui devoit donner la collation de confitures, va à la cuisine, où se proposoit de souper M. de Luynes, et demande à souper au cuisinier, se fait porter un couvert, et a soupé.

_Le 11, jeudi._—Il donne audience à l'ambassadeur de Savoie, va chez la Reine et chez Mme de Conty qui donnoit la collation, où il n'a rien mangé.

_Le 18, jeudi._—Hors la ville, par la Porte neuve, il va à pied jusques à Chaillot, faisant mener son petit canon par ses petits suisses. M. de Castille lui donne des petits canons de fer, faits en Suisse, et la collation. Il va chez la Reine, soupe, retourne chez la Reine, chez M. de Luynes; revient à neuf heures et demie.

_Le 19, vendredi._—Il va à Madrid, visite tout le logement du château, le fait lui-même marquer pour y aller loger, revient chez la Reine; le soir encore chez la Reine et chez M. de Luynes.

_Le 23, mardi._—Il va chez la Reine, au conseil, dîne, donne audience à l'ambassadeur de Venise, puis entre en carrosse et va à Madrid pour y loger; ce fut la première fois.

_Le 25, jeudi._—Il prend un émérillon sur le poing et va à pied dans le bois, vers la Muette, revient tout à l'entour de la muraille du parc, va chez la Reine; va après à la chasse vers la plaine de Saint-Denis.

_Le 26, vendredi._—Après avoir été au conseil, il va se promener et faire travailler à un fort qu'il fait faire près de la porte, à l'avenue du pont de Neuilly.

_Le 28, dimanche._—Il chasse jusque par delà du pont de Saint-Cloud; il étoit à cheval; il faisoit un extrême froid. Il l'avoue contre sa coutume, et demande à se chauffer; il va chez la Reine, puis chez M. de Luynes, où il a soupé; revient à huit heures.

_Le 29, lundi._—Il va travailler à son fort, revient pour le conseil où il donne congé aux notables qu'il avoit mandés pour l'assemblée tenue à Rouen; puis retourne travailler à son fort, va lui-même querir et conduire des gazons; il faisoit grand froid.

_Le 31, mercredi._—Après son dîner, il va travailler à son fort, à deux heures revient au conseil; à trois s'en va vers Longchamp à la volerie, revient à quatre heures, travaille encore à son fort, puis va chez la Reine, où il mange quelques beignets qui se y faisoient.

_Le 2 février, vendredi._—Il va à confesse au père Arnoux[283], à la messe à la chapelle de la Tour, où il communie, et, dans la grande galerie, touche cent six malades; va au sermon et aux vêpres à Saint-Séverin, puis chez la Reine.

[283] Luynes voulant avoir quelqu'un à lui auprès du Roi fit congédier en 1617 le père Coton, confesseur du Roi et de la Reine mère, et choisit le père Arnoux pour le remplacer. Fontenay-Mareuil et le marquis de Montpouillan ne l'épargnent pas dans leurs Mémoires.

_Le 4, dimanche._—Il va chez la Reine, puis va souper chez M. de Luynes et les princes et autres seigneurs avec lui, revient à neuf heures.

_Le 11, dimanche._—Soupé chez M. de Luynes; _confusion_[284].

[284] _Voy._ au 18 février suivant. Héroard a mis cette mention en marge.

_Le 12, lundi._—Il va chez la Reine, chez M. de Luynes, y recorde son ballet.

_Le 15, jeudi._—Il va chez la Reine et chez M. de Luynes qui soupoit, y recorde son ballet, revient à minuit.

_Le 18, dimanche._—Soupé chez M. de Luynes; un peu de confusion.

_Le 20, mardi._—Il va chez la Reine et chez M. de Luynes, où il recorde son ballet à neuf heures trois quarts; il revient en la salle, où il voit danser un ballet fait par M. de Nemours; revient à une heure et demie.

_Le 22, jeudi._—Soupé chez M. de Luynes et dansé son ballet.

_Le 25, dimanche._—Il monte dans la chambre de M. de Luynes, où Mme de Luynes donna à souper à la Reine, laquelle à minuit y dansa son ballet. A deux heures après minuit le Roi s'en revient.

_Le 27, mardi._—Le soir chez la Reine et chez M. de Luynes, où il danse encore un petit ballet, appris en trois jours.

_Le 28, mercredi._—Il va chez la Reine, au sermon du P. Arnoux en la grande salle; amusé ensuite diversement jusques à six heures; il retourne chez la Reine après son souper jusques à huit heures et demie.

_Le 2 mars, vendredi._—Il donne audience aux ambassadeurs de Mantoue et de Savoie.

_Le 7, mercredi._—Éveillé à cinq heures et demie par M. Beringhen, son premier valet de chambre, pour bailler les clefs des reliques qui sont à la Sainte-Chapelle, de peur du feu qui s'étoit mis au Palais, et brûlé toute la grande salle. Il commença à deux heures après minuit par le logis du prévôt de l'île[285]. Levé en robe, il va en la galerie pour voir le feu; remis au lit à six heures. Dans la journée, il va en carrosse à l'Arsenal.

[285] Le feu dura de quatre à six heures du matin; la grande salle fut en totalité détruite, avec la première chambre des enquêtes.

_Le 13, mardi._—Il va chez M. de Mayenne le visiter sur la mort de Mme de Nevers, sa sœur, s'étant vêtu de deuil noir pour le gratifier.

_Le 22, jeudi._—Il entre en carrosse, va à la chasse vers les plaines de Saint-Cloud, par la pluie, la grêle et le tonnerre et éclairs; il entre dans une ferme, où quelques-uns s'étoient retirés, qui mangeoient du pain bis et du beurre salé de la fermière. Il revient ses bottes pleines d'eau, qu'il fallut fendre pour le débotter, va après chez la Reine.

_Le 30, vendredi._—Il va en la cour, où il voit un présent de la reine d'Angleterre: c'étoient six chevaux et une meute de quarante chiens. Il va après chez la Reine et au conseil; le soir encore chez la Reine[286].

[286] Chaque matin le Roi va au manége, chaque jour au conseil, plusieurs fois dans le jour chez la Reine, presque chaque soir chez M. de Luynes. Il ne se trouve plus d'indications d'études; le Roi ne s'occupe que de chasse et d'armes. «En ce temps là, dit Bassompierre, le Roi qui étoit fort jeune, s'amusoit à faire petits exercices de son âge, comme de peindre, de chanter, d'imiter les artifices des eaux de Saint-Germain par de petits canaux de plumes, de faire des petites inventions de chasse, de jouer du tambour, à quoi il réussissoit fort bien.»

_Le 22, dimanche._—Il va en la galerie, où il fait faire les exercices lui-même à ses petits suisses; à quatre heures trois quarts il revient en la ruelle de son lit, reçoit la plainte de certains ducs sur leur préséance avec M. le garde des sceaux, et la plainte particulière de M. d'Épernon contre le garde des sceaux[287].

[287] Du Vair, qui avait repris les sceaux de Claude Mangot à la mort du maréchal d'Ancre.—Ce jour là le Roi était souffrant. _Voy._ dans les Mémoires de Bassompierre le récit de cette scène.

_Le 24, mardi._—Il va chez la Reine, où, dans le cabinet, il entend un évêque grec célébrant la messe à la grecque. Il va ensuite au jeu de paume, revient au conseil, puis dîne, va après chez la Reine, puis aux Tuileries par la galerie. A quatre heures il retourne au conseil, soupe à sept heures, après va paître ses émérillons, et revient se coucher à neuf heures.

_Le 25, mercredi._—Il va chez la Reine, et à une heure entre en carrosse, et part de Paris. Il va à Vanves, loge en la maison de M. Prévost, seigneur de Saint-Germain[288], soupe et couche à Vanves.

[288] Président au parlement de Paris.

_Le 10 mai, jeudi._—Dans la forêt de Saint-Germain il court le cerf, le prend à quatre heures et demie, et se trouvant seul, accompagné seulement de M. du Hallier-Vitry[289], capitaine de ses gardes du corps, et du baron de Palluau, son premier maître d'hôtel, il dit: _Puisque je suis seul à la mort du cerf, c'est à moi à aller querir une charrette pour le porter_. Il pique, et s'en va vers le bourg, en arrête une et la ramène, fait donner la curée en la cour; il va chez la Reine avant son souper.

[289] François de l'Hôpital, connu depuis sous le nom de maréchal de l'Hôpital.

_Le 20, dimanche._—Il va en carrosse à Notre-Dame pour donner le bonnet de cardinal à M. Henri de Gondi, évêque de Paris[290].

[290] Le Roi retourne à Saint-Germain, et y reste jusqu'au 13 juin.

_Le 1er juin, vendredi._—Il va à l'assemblée à Herbelay; il est mouillé et, à la chapelle de la terrasse, se trouve pris de foiblesse.

_Le 3, dimanche._—Il va à la chapelle de la terrasse, a froid, se fait faire du feu, et touche pourtant treize cent dix malades en l'allée du palemail.

_Le 11, lundi._—A une heure il donne audience au colonel Stechimbourg, colonel de la cavalerie légère de Hollande, venant de la part du comte Maurice, prince d'Orange.

_Le 18, lundi._—Il part de Paris et va à Gros-Bois, où M. le comte d'Auvergne lui a fait donner à dîner.

_Le 30, samedi._—Il va jouer en son antichambre au billard; à onze heures va à l'étang; il faisoit grand chaud. M. le duc d'Uzès vient à lui de la part de la Reine; il entre en la boue pour le faire aller à lui, et le fit[291].

[291] Le Roi était allé à Lésigny le 23. Il partit le 12 juillet pour Saint-Germain.

_Le 1er juillet, dimanche._—Il va à onze heures trois quarts au devant de la Reine, qui vient dîner ici; à cinq heures la Reine s'en retourne à Paris. Il soupe chez M. de Luynes[292].

[292] Il est à remarquer qu'Héroard devient de plus en plus insignifiant; il raconte minutieusement les chasses et les promenades du Roi, ses repas, mais ne donne plus que rarement un détail digne d'être relevé.

_Le 6 août, mercredi._—Il se baigne dans la rivière à Asnières, et soupe à la Planquette.

_Le 8 septembre, samedi._—A une heure dîné, où M. le cardinal de la Rochefoucauld dit le _Benedicite_ comme grand aumônier, dont, le matin du jour précédent, il avoit prêté le serment.

_Le 10, lundi._—Il donne l'ordre du Saint-Esprit à M. de la Rochefoucauld, qu'il avoit fait grand aumônier[293].

[293] Le Roi va le 11 à Lésigny et le 15 à Monceaux.

_Le 15, samedi._—Il dîne à Monceaux; la Reine y arrive pour la première fois.

_Le 25, mardi._—Il va à Villers-Cotterets pour la première fois avec le cardinal de Retz.

_Le 28, vendredi._—Il va à la messe aux Chartreux à Bourg-Fontaine, a visité toute la maison et le lieu, y a dîné.

_Le 1er octobre, lundi._—Il arrive à Soissons pour la première fois, va à l'église Notre-Dame, revient au château, où il a logé, va de là visiter les retranchements faits durant le siége; à six heures il va souper au logis de M. de Luynes.

_Le 4, jeudi._—Il quitte Soissons, dîne à Chavignan et soupe à Laon pour la première fois, va à l'église et se promener.

_Le 5, vendredi._—M. de Luynes me dit que le Roi lui avoit dit le soir avant que de s'endormir que depuis quelques jours en se couchant, ou aussitôt qu'il étoit couché, il avoit froid.

_Le 6, samedi._—Il part de Coucy, en chemin mange du raisin en un village où l'on faisoit la vendange, et a tâté un peu du vin doux[294].

[294] Le 9 le Roi retourne à Coucy, et revient le 12 à Soissons.

_Le 10, mercredi._—Il va en l'église, où il eut un peu de foiblesse, blêmit, sua à la figure, revient, chauffé, blême[295].

[295] Le Roi part le 16 de Soissons, couche à Villers-Cotterets, le 17 dîne à Nanteuil et couche à Dammartin.

_Le 18, jeudi._—Il arrive à Paris[296].

[296] Le 24 le Roi va à Saint-Germain, et en revient le 26.—Le 28, comédie chez la Reine.

_Le 6 novembre, mardi._—Le cardinal de Savoie arrive peu accompagné, venant pour remercier le Roi pour le secours qu'il avoit reçu pour les événements de Verceil[297].

[297] Il venait en France non-seulement pour remercier Louis XIII des secours envoyés contre les Espagnols à Verceil, mais aussi pour conclure le mariage de son frère avec Madame Christine, sœur du Roi.

_Le 7 novembre, mercredi._—Il donne audience au duc de Montéléon, qui prend congé pour s'en retourner en Espagne; va chez la Reine, à deux heures, en sa chambre, donne audience au cardinal de Savoie[298].

[298] Le Roi mène M. le cardinal de Savoie à Saint-Germain le 13, et lui fait tout visiter, le mène à la chasse et lui fait courir un cerf avec cent veneurs et cent chiens. Le 28 le Roi retourne à Saint-Germain jusqu'au 10 décembre.

_Le 15, jeudi._—Il va à l'assemblée à Forqueil, y mène le cardinal de Savoie, qui a dîné et couru avec lui.

_Le 29, jeudi._—Il va par la galerie aux Tuileries, où il s'informe, d'un archer des gardes du corps, de la comète qui avoit été vue le matin avec une longue queue.

_Le 21 décembre, vendredi._—Il va aux Feuillants, où il se fait un grand concert de musique.

_Le 29, samedi._—Il va à la volerie vers Massy, fait volerie plénière, y mène M. de Vaudemont[299] et le cardinal de Savoie, revient chez la Reine, soupe, monte chez M. de Luynes, où il voit jouer une comédie françoise.

[299] François de Lorraine, comte de Vaudemont, fils du duc Charles II et de Claude de France.

ANNÉE 1619.

Fiançailles de Madame Christine de France.—Mariage de Mlle de Vendôme.—Baptême du fils de M. de Puisieux.—Le prince de Savoie.—Intimité croissante avec M. de Luynes.—Mariage de Madame Christine.—Ballet.—Départ de la Reine mère de Blois.—Audience des cours souveraines avant le départ du Roi.—Voyage de Touraine.—Réception de M. de Luynes chez lui.—Ambassadeur de Hollande pour le meurtre de Barnevelt.—Ambassade d'Angleterre; d'Alger.—Les députés de l'assemblée générale du clergé.—Serment du maréchal de Praslin.—Une couleuvre.—Entrevue avec la Reine mère.—Entrevue du prince de Condé; son pardon.—Discussion du prince de Condé et de M. de Soissons pour la serviette du Roi.—Fête chez M. de Luynes.—Départ de la princesse de Piémont.—Vendôme.—Le Roi raccommode lui-même une roue de sa voiture.—Chartres.—Mantes.—Le Roi touche trois Portugais.—La compagnie des mulets.—M. de Tavannes et le jugement du capitaine des mulets.—Serment du maréchal de Cadenet.—Retour à Paris.—Les députés de l'assemblée de Loudun.—Promotion de chevaliers du Saint-Esprit.

_Le 5, janvier, samedi._—Il va chez la Reine, puis monte chez M. de Luynes, où il fait les Rois. M. le comte de la Rocheguyon fut le roi.

_Le 9, mercredi._—Il monte à la chambre de M. de Luynes, où il recorde son ballet; après son souper il va chez la Reine et encore chez M. de Luynes, à la comédie.

_Le 11, vendredi._—A sept heures, dans sa chambre, Madame Henriette de France[300] est fiancée et le contrat signé fait entre [Victor-Amédée] de Savoie, à la poursuite de [Maurice] de Savoie, cardinal, son frère.

[300] Héroard se trompe, c'est de Christine de France, née le 10 février 1606, qu'il s'agit; le mariage fut célébré le 10 février.

_Le 20, dimanche._—Il va à la chapelle de la Tour, où Mlle de Vendôme est épousée à M. le duc d'Elbeuf[301]. Après son souper, il va chez la Reine et chez Mlle de Vendôme pour lui faire la guerre.

[301] Catherine-Henriette, fille de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, légitimée en 1597, mariée à Charles II de Lorraine, duc d'Elbeuf, morte le 20 juin 1663.

_Le 25, vendredi._—Mis au lit, prié Dieu. A onze heures ou environ, sans qu'il y pensât, M. de Luynes vient pour le persuader de coucher avec la Reine. Il résiste fort et ferme, par effort jusques aux larmes, y est emporté, couché, s'efforce deux fois comme l'on dit, _hæc omnia nec inscio_. A deux heures il revient; dévêtu, mis au lit, il s'endort jusqu'à neuf heures du matin[302].

[302] Le Journal d'Arnaud d'Andilly dit que le Roi coucha pour la première fois cette nuit-là avec la Reine. «M. de Luynes le porta dans ses bras. M. de Beringhem (qui mourut trois semaines après) portoit le flambeau. Stéphanille, femme de chambre espagnole, sortit de la chambre et Mme de Bellière, première femme de chambre de la Reine, y demeura seule.» _Voy._ aussi les Mémoires de Pontchartrain et _Le Roi chez la Reine ou histoire secrète du mariage de Louis XIII et d'Anne d'Autriche_, par M. Armand Baschet, 1866, in-12.

_Le 3 février, dimanche._—Il va en carrosse chez M. de Sillery, chancelier de France, où étoit logé M. de Puisieux, son fils[303] et de là va à Saint-Eustache où il présente à baptême le fils du sieur de Puisieux[304] avec Mme la comtesse de Soissons; revient chez M. le chancelier, où il a goûté. Il revient à cinq heures trois quarts, monte chez M. de Luynes, où il recorde son ballet. Après son souper il retourne chez M. de Luynes, à la comédie, puis va chez la Reine à une heure.

[303] Pierre Brulart, vicomte de Puisieux, du vivant de son père, secrétaire d'État, marié à Charlotte d'Étampes-Valençay, était veuf sans enfants en 1613 de Madeleine de Neuville de Villeroy.—Puisieux est un village, tout à côté de Sillery, près de Reims, érigé plus tard en marquisat.

[304] Louis Brulart, né en 1619, marquis de Sillery, fils aîné du précédent, mort le 19 mars 1691, ayant épousé en 1638 Marie-Catherine, fille aînée de François V, duc de la Rochefoucauld.

_Le 6, mercredi._—A sept heures le prince major de Savoie arrive avec son frère le prince Thomas[305], en poste, étant partis de Pouilly, et salue le Roi en son cabinet. Le Roi le mène chez Madame, qu'il venoit épouser, puis chez la Reine.

[305] Thomas-François de Savoie, prince de Carignan, né le 21 décembre 1596, mort le 22 janvier 1656, ayant épousé Marie de Bourbon-Soissons.

_Le 9, samedi._—Il va visiter sa fauconnerie au Bourg-la-Reine avec le prince de Piémont[306] et ses frères, revient à cinq heures, va chez la Reine; à huit heures Madame Christine de France fut fiancée en la chambre du Roi, par M. le cardinal de la Rochefoucauld, grand aumônier de France. Le Roi va ensuite chez M. de Luynes, où il a soupé.

[306] Victor-Amédée, fils aîné du duc Charles-Emmanuel, né le 8 mai 1587, duc en 1630, mort le 7 octobre 1637; sa femme, Madame Christine, vécut jusqu'au 27 décembre 1663.

_Le 10, dimanche._—Il va chez la Reine, à la chapelle de la Tour, où, entre dix et onze heures, fut épousée Madame Christine de France au prince de Piémont, et presque à la même heure environ de sa nativité. Le Roi monte le soir chez M. de Luynes, où on m'a dit qu'il a fort gaiement soupé. A dix heures, il conduit Madame Christine en sa chambre, et y est tant que le prince fut couché et quelque temps après. A minuit il va chez la Reine, et en revient à deux heures.

_Le 12, mardi._—Il soupe chez M. de Luynes et donne le souper à tous ceux qui étoient de son ballet, s'y est habillé et a descendu à la salle où, à minuit, il a dansé son ballet[307].

[307] «Vers pour le ballet du Roi représentant les adventures de Tancrède en la forêt enchantée,» par Bordier, 1619, in-4º. _Voy._ pour toutes ces fêtes, le _Mercure françois_ de 1619, p. 86.

_Le 19, mardi, à Saint-Germain._—Il va au bois et à la volerie, et revient par le moulin d'en bas, où le meunier, le prenant pour un fauconnier, couroit après lui, disant et opiniâtrement que c'étoit lui qui lui avoit pris sa poule; à quoi il prenoit plaisir et à le faire contester.

_Le 23, samedi._—Il reçoit des nouvelles que la Reine sa mère, étoit partie de Blois[308] le vendredi au soir, va ensuite chez M. de Luynes, et le lendemain à Paris.

[308] _Voy._ plus haut la note 269, page 210. C'est dans la nuit du 21 au 22 février que le duc d'Épernon fit échapper la Reine mère.

_Le 18 mars, mardi._—A dix heures et demie du soir levé, vêtu en robe, il va chez la Reine _cum voluptate_[309].

[309] A dater de cette époque, chaque fois que le Roi va chez la Reine, Héroard met en marge des chiffres significatifs.

_Le 8 avril, jeudi, à Saint-Germain._—Il va au conseil, puis à la chapelle du vieux château, au service pour la mort de l'Empereur[310].

[310] Mathias, archiduc d'Autriche, roi de Hongrie, fils de Maximilien II et frère de Rodolphe II, fut élu après lui le 13 juin 1612; il adopta son cousin Ferdinand, archiduc de Gratz, et mourut le 10 mars 1619.

_Le 27, mardi._—Il va à Saint-Germain-en-Laye voir Monsieur, son frère, malade.

_Le 29, jeudi._—Il va au conseil, donne audience au nonce, à l'ambassadeur de Lorraine.

_Le 1er mai, mercredi, à Saint-Germain._—Il va par les terrasses à la garenne, voir faire la monstre à sa compagnie de chevau-légers, où le sieur de la Curée, qui l'avoit commandée en lieutenance sous le feu Roi, s'en démet au profit du sieur de Brantes[311].

[311] Léon d'Albert, seigneur de Brantes, puis duc de Luxembourg et de Piney; il était frère du connétable de Luynes.

_Le 5, dimanche._—Il donne audience à messieurs des compagnies souveraines de Paris, qu'il avoit mandés pour leur commander ce qu'il y avoit à faire pendant le voyage qu'il alloit faire en Touraine, pour les différends de lui et de la Reine sa mère[312].

[312] Le Roi part de Saint-Germain le 7, couche à Linas le 8, à Étampes le 9; il y séjourne à cause de l'Ascension, le 10 à Toury, le 11 à Orléans, le 16 à Blois, le 17 à Amboise.

_Le 12, dimanche._—Pendant son voyage de Touraine, il soupe au Pontil, en la maison du sieur d'Escures, premier maître d'hôtel de Monsieur, qui a donné le souper au Roi.

_Le 19 mai, dimanche, à Amboise._—Il a touché cinq malades espagnols, à la prière de la Reine, d'autant qu'il ne toucha point à cause des bruits de peste.

_Le 20, lundi._—Il va aux Arpentils, où il a dîné, donné par M. de Luynes; c'étoit sa maison.

_Le 28, mardi._—Le Roi arrive à Tours, où M. de Brenne lui apporte des lettres de la Reine mère; il le renvoie le surlendemain sans lettres, mais avec des compliments.

_Le 1er juin, samedi._—Il donne audience à un député de messieurs des États des Pays-Bas sur le fait de l'exécution à mort du sieur de Barnawelt[313].

[313] Jean d'Olden-Barneveldt, avocat général des États de Hollande et principal ministre de la République: il fut chargé de plusieurs ambassades en France, et occupa constamment le premier rang dans les affaires de son pays; mais ayant pris parti pour une secte dite des Arminiens et des Remontrants, contre les Gomariens ou les contre-Remontrants, le prince d'Orange se prononça pour ces derniers; on en vint aux armes, et Barneveldt fut pris et décapité le 13 mai 1619.

Le 4 juin le Roi va au Lude: la Reine à Notre-Dame des Ardilliers de Saumur, et le 5 au Verger, d'où elle revient à Tours.

_Le 10, lundi._—Baigné en la rivière de Loire, au-devant de Marmoustier[314].

[314] Le 16 le Roi va à Amboise et en revient le 19, à cause de M. de Mayenne.

_Le 19, mercredi._—Il reçoit M. de Mayenne venant de l'armée de Guyenne.

_Le 20, jeudi._—Il donne audience au chevalier Hernet, ambassadeur extraordinaire d'Angleterre et à un chaoux turc venant d'Alger; il étoit renégat natif de Martigues[315].—Il me fit l'honneur de me dire qu'il étoit sorti l'après-dînée, mais qu'ayant senti la chaleur qui lui donnoit à la tête, il s'étoit vite retiré à l'ombre, et que le soir précédent, lorsqu'il se coucha, il avoit mal à la tête, qui lui donnoit de l'inquiétude et qu'il ne me l'avoit pas voulu dire. Il avoit été longtemps sur la rivière du Cher à tirer aux oiseaux, puis dans la prairie, où il se mouilla fort, à cause de ce qu'il avoit beaucoup plu.

[315] A ce moment la France était en paix avec les corsaires des États Barbaresques, à cause des préparatifs de M. de Guise dans les ports de la Méditerranée. Un traité avait été presque conclu en 1618 par l'envoyé, le baron d'Allemagne.

_Le 24, lundi._—Le prince de Piémont revient d'Angoulême.

_Le 25, mardi._—A cinq heures et demie, il salue Mme la princesse de Piémont, sa sœur, qui arrive.

_Le 27, jeudi._—Il part du Plessis, va à Azay, en la maison de M. de Lansac, où il dîne, et en revient le 29[316].