Journal de Jean Héroard - Tome 2 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628)
Part 17
_Le 29, dimanche._—Il va souper en la chambre de M. de Luynes, aux Tuileries, qui boit à sa santé. Le soir il donne son ballet, qui ne commence, par suite de difficultés, qu'à deux heures et demie, et entre dans la salle de bal avec beaucoup de peine, à cause de la foule du monde, où il se trouve une demoiselle qui se prend à ses chausses, disant: «Si vous entrez, j'entrerai».—Il entre, et danse le ballet dont le sujet étoit _les Amours d'Armide et de Renaud_; cela dure jusques à cinq heures[264].
[264] «Discours au vrai du ballet dansé par le Roi le dimanche 29e de jour janvier 1617, avec les dessins, tant des machines et apparences différentes que de tous les habits des masques;» par Durand, Paris, P. Ballard 1617, in-4º. L'auteur était un poëte qui finit, peu après, en place de Grève pour un pamphlet contre le duc de Luynes.
_Le 2 février, jeudi._—Mis au lit, il s'amuse à faire habiller huit ou dix des siens de certains habits qui avoient servi à d'autres ballets, les fait danser au violon, lui jouant du tambour.
_Le 4, samedi._—Il va à la volerie, en l'étang de Massy et à Longjumeau, où il prend le héron dans le jardin de maître Jehan Philippy, chirurgien ordinaire de Sa Majesté. Le soir il va voir jouer une tragi-comédie espagnole par les filles de la Reine.
_Le 6, lundi._—Il fait encore la collation chez le sieur Philippy, mange des cerises sèches, en met dans sa pochette. Après son souper il va chez la Reine, où il s'endort, sur deux escabeaux qui plient et un oreiller, jusques à près d'onze heures; à minuit il va chez la Reine sa mère, où il voit danser un ballet de la Reine; revient à une heure.
_Le 7, mardi._—Il va chez la Reine sa mère, où il voit danser le ballet du prince de Joinville, en revient à deux heures après minuit.
_Le 11, samedi._—Il va aux Tuileries où il court un chevreuil avec ses petits chiens, va aux Feuillants. En dînant il me dit qu'il ne se trouve pas bien, qu'il râle, a l'estomac pesant, et est dégoûté; il étoit enrhumé, dit qu'il pense qu'il auroit besoin de prendre quelque chose. Après son dîner il va chez sa mère, chez la Reine, retourne aux Tuileries. Avant de se coucher il va chez la Reine sa femme, jusques à onze heures.
_Le 19, dimanche._—Il s'amuse doucement, gaiement, fait battre à coups de poing les petits pages de la musique, et puis leur donne un écu à chacun.
_Le 21, mardi._—A une heure et demie il entre en carrosse, va vers les Bonshommes, où il fait conduire des petites pièces de canon et tire aux corneilles. Il en tue une; c'étoit une nouvelle sorte de chasse.
_Le 2 mars, jeudi._—Il va à sa forge, puis aux Tuileries, puis en la place Royale, voir la compagnie de la Reine sa mère.
_Le 4, samedi._—Il s'amuse à faire son équipage pour ce qu'il veut partir pour son voyage. Le soir il va chez la Reine.
_Le 5, dimanche._—Il va chez la Reine sa mère, où se passa le contrat de mariage de Mlle de Soissons avec M. le duc de Longueville[265].
[265] Louise, fille de Charles de Bourbon, comte de Soissons, et de Anne de Montafié, mariée le 30 avril à Henri d'Orléans, duc de Longueville, né en 1595, mort le 11 mai 1663; elle mourut le 9 septembre 1637; sa fille unique épousa le duc de Savoie-Nemours, et son mari se remaria avec Anne-Geneviève de Bourbon-Condé.
_Le 2 avril, dimanche._—Il va chez la Reine, chez la Reine sa mère, va chez M. de Pluvinel, l'un de ses écuyers près de sa personne, en l'absence de M. de Souvré, et de là à Saint-Thomas du Louvre pour tenir à baptême sa fille avec Madame[266]; y a goûté à la collation.
[266] Gabrielle de Pluvinel, fille du premier écuyer et de Marie de Mancel, mariée: 1º à Simon Marion, baron de Druy, fils du contrôleur général des finances; 2º à Charles de Biancourt, fils de M. de Potrincourt, gouverneur du Canada; 3º à Charles de Poix; ces deux derniers furent «écuyers en chef d'académie», comme M. de Pluvinel.
_Le 13, jeudi._—Il va au conseil et deux fois chez M. de Luynes, en sa chambre.
_Le 17, lundi._—Il va chez la Reine, laquelle ce jourd'hui fut saignée du pied droit, en présence du docteur de la Serva, son premier médecin, et du médecin du duc de Mantoue. Le Roi va la voir le soir.
_Le 24, lundi._—Le maréchal d'Ancre tué sur le pont du Louvre entre dix et onze heures du matin[267].
[267] Héroard a laissé dans son journal une page en blanc.
_Le 25, mardi._—M. le chancelier de Sillery[268] arrive, et, mandé par le Roi, va chez la Reine. Il se rend seul au conseil, pour la première fois avec ses secrétaires.
[268] Il fut mis alors à la tête du conseil par suite du changement de politique extérieure, dont M. de Luynes devint le maître.
_Le 28, vendredi._—Il va à la chambre de M. de Luynes, chez la Reine chez sa mère.
_Le 3 mai, mercredi._—A deux heures et demie le Roi descend dans l'antichambre de la Reine sa mère, pour lui dire adieu. Elle part pour Blois, et lui pour le bois de Vincennes[269].
[269] La Reine mère, en apprenant le meurtre du maréchal, avait dit: «J'ai régné sept ans; il ne faut plus penser à d'autre couronne qu'à celle du ciel.» Elle demeura quelques jours encore au château, mais se voyant abandonnée, elle demanda à se retirer à Blois, où Richelieu, alors secrétaire d'État, l'accompagna. Elle y fut bientôt tenue prisonnière et s'échappa, grâce au duc d'Épernon, dans la nuit du 21 au 22 février 1619; elle se retira alors à Angers, et se déclara pour les mécontents.—Le Roi vit sa mère dans l'antichambre le jour de son départ; elle pleura, ils se parlèrent assez vivement, et le Roi se retira «de peur de faiblir». Il alla coucher à Vincennes «extrêmement accompagné». Héroard a encore laissé ici une page blanche.
_Le 7, dimanche._—Il voit Mesdames, ses sœurs, qui étoient venues le visiter. Il s'amuse à voir combattre des dogues et des ours. Il va chez la Reine le soir, revient chez lui, et s'amuse à démonter des canons de harquebuses.
_Le 8, lundi._—Il va au conseil, puis au parc, à son fort.
_Le 10, mercredi._—A son parc, il fait sentinelle sur le bord du fossé, à l'avenue de la porte, le mousquet sur l'épaule. Il devoit défendre le fort, et M. de Rohan le devoit attaquer; cela est diverti et la trêve publiée à son de trompe.
_Le 12, vendredi._—Il donne audience au nonce[270].
[270] Le Roi revient de Vincennes le 13, se confesse au père Arnoux, touche des malades, reçoit le compliment des cours souveraines pour la mort du maréchal d'Ancre.
_Le 14, dimanche._—Il va à la messe à la chapelle de Bourbon, communie, touche sept cent quatre malades. Il va chez la Reine à deux heures, puis au sermon. Le soir encore chez la Reine.
_Le 17, mercredi._—Il va chez la Reine, en la galerie, où il donne audience à des ambassadeurs, va au conseil après. Le soir chez la Reine; il revient à onze heures trois quarts.
_Le 27, samedi._—Il part de Paris et va à Saint-Germain en Laye, arrive à deux heures au château neuf, va se promener partout, va par les terrasses, et à pied à la garenne. Il revient à huit heures trois quarts, décrit de sa main et donne les relais, pour le lendemain, à courre le cerf.
_Le 29, lundi._—Il revient à Paris, soupe à la Chaussée, maison de M. le président Chevalier, va trouver la compagnie qui soupoit, se met entre M. de Mayenne et M. de Nevers. A sept heures et un quart il entre en carrosse à Paris, va chez la Reine à huit heures et demie, puis va se mettre au lit à neuf heures trois quarts[271].
[271] Le 30 il reçut dans la grande galerie du Louvre M. de Guise fort accompagné et lui dit: «Mon cousin, vous m'aviez bien dit qu'il fallait nous défier du maréchal d'Ancre; mais il n'était pas encore temps.»
_Le 1er juin, jeudi._—A Rueil dîné; il va s'asseoir à table avec la compagnie, y mange peu, va aux grottes, y mouille, y est mouillé, revient à six heures chez la Reine, puis va souper et revient chez la Reine.
_Le 4, dimanche._—Comme on lui reprochoit de ne pas aller voir la Reine, il répondit que cela l'_échauffoit_.
_Le 5, lundi._—Il avoit cessé de jouer à la paume pendant quelque temps; il s'y est remis.
_Le 6, mardi._—Il ordonne de son équipage de canons qu'il veut faire mener à Fontainebleau; va en son écurie, au conseil, chez la Reine. Le soir il va chez la Reine.
_Le 7, mercredi._—Il entre en carrosse à cinq heures et part de Paris pour aller à Fontainebleau, arrive à huit heures et demie à Essonne, où il dîne. A dix heures et un quart il rentre en carrosse jusqu'à Pont-Thierry, où il prend le petit, à quatre personnes, et le conduit lui-même au grand trot jusques à la forêt, et de là par ses petits cochers jusques à Fontainebleau, où il arrive à une heure et demie. Débotté, il va jouer à la paume, puis se va promener jusques à cinq heures, puis soupé. Il va encore se promener; à huit heures mis au lit.
_Le 8, jeudi._—Il se va promener derrière le chenil, à travers les blés et les sables, à pied, va chez la Reine; va en carrosse, à la garenne d'Avon, fouiller aux renards et aux blaireaux, de là fait tout le tour du parc à pied, peu dedans le carrosse, revient et se met dans une nacelle sur l'étang. Il va chez la Reine, puis se promener.
_Le 20, mardi._—Il va chez la Reine, au conseil, puis en la chambre ovale, donne audience au marquis de Lancy, ambassadeur extraordinaire de Savoie pour le remercier de sa bonne volonté à son secours. Après son souper, mis au lit, levé, vêtu légèrement, il descend au jardin, s'amuse à faire la garde, se fait mettre en sentinelle, reçoit le commandement du sergent (c'étoit Descluseaux), y est jusques à une heure après minuit.
_Le 23, vendredi._—Il voit jouer les artifices faits pour la Saint-Jean.
_Le 24, samedi._—Il s'amuse le soir à des fusées et à chanter, va chez la Reine et en revient à minuit.
_Le 26, lundi._—Le soir il se va promener, fait mettre le feu à toute la paille vidée des paillasses, va chez la Reine, à neuf heures fait descendre son lit, ne se couche point, descend au jardin, où il est jusques à une heure trois quarts, se jette sur une paillasse, où il est dormant légèrement, tout vêtu.
_Le 27, mardi._—Il part de Fontainebleau, arrive à Paris à dix heures et demie[272].
[272] Jamais la cour n'avait été si grosse; on y compta trente-quatre princes et princesses.
_Le 30, vendredi._—Il va enfin chez la Reine de huit heures à minuit et demi.
_Le 2 juillet, dimanche._—Il va à Saint-Germain-en-Laye.
_Le 5, mercredi._—A trois heures il donne audience à M. l'ambassadeur d'Espagne, puis va jusques au clos de M. de Frontenac.
_Le 6, jeudi._—Il va courir le cerf, revient disant qu'il a grand faim, va chez la Reine, qui n'avoit pas dîné et y a mangé et encore dîné. Le soir il retourne chez la Reine, et vient se mettre au lit à huit heures trois quarts.
_Le 8, samedi, à Saint-Germain._—Il va à l'assemblée à Maisons, ensuite à la chasse voir mourir le cerf, puis va chez la Reine; à huit heures pansé, mis au lit. A pareille heure la maréchale d'Ancre décapitée et brûlée en Grève, à Paris; on lui en parla si souvent et si longtemps qu'il fut en continuelle appréhension[273], sans se pouvoir endormir jusques à trois heures et demie après minuit, qu'il s'endort jusques à huit heures un quart.
[273] Un passage de la lettre que Malherbe écrivait à Peiresc le 25 juin 1617 peut donner une idée du ton, à la fois ironique et cruel, avec lequel on parlait au jeune Roi du supplice de la maréchale d'Ancre. Peiresc était attendu de Provence à Paris et Malherbe lui disait, près de quinze jours avant son arrivée et avant l'exécution: «Pour la Conchine, je crois que vous aurez loisir de la voir _en ses beaux atours_, car, à ce que m'ont dit des gens qui le doivent bien savoir, la chose ira jusques à samedi.»
_Le 10, lundi._—Éveillé à six heures après minuit comme il l'avoit commandé, il va à Saint-Germain-en-Laye où il a dîné; revient en carrosse à Paris à dix heures et demie. Débotté et, jusques à une heure, amusé, il va au conseil, au jeu de paume, chez la Reine; à cinq heures et demie soupé, puis chez la Reine, il en revient à neuf heures et demie, et est mis au lit.
_Le 15, samedi._—Il va chez la Reine, et donne audience aux ambassadeurs de Venise et de Savoie, va au parc, y fait mettre son petit canon et fait mettre un chapeau contre une motte de terre, y pointe sa petite pièce de deux cents pas, donne demi-pied à côté, main droite, et à la deuxième fois donne dedans. Il va vers les Bonshommes, où il a goûté; bu dans son chapeau du vin clairet et de l'eau; il fait boire ainsi M. de Guise et d'autres.
_Le 24, lundi._—Il va sur la rivière faire pêcher le cormoran, le soir chez la Reine, à la comédie en la galerie.
_Le 25, mardi._—Il va chez la Reine, puis va vers les Bonshommes; baigné à la rivière, la première fois depuis qu'il est Roi, enroué après.
_Le 27, jeudi._—Il va à Saint-Germain, se baigne à la rivière à main droite, vers la pointe de l'île de la Garenne, y est un quart d'heure.
_Le 31, lundi._—Le matin baigné en sa chambre. Le soir il entend la comédie en sa chambre.
_Le 2 août, mercredi._—Au bain en sa chambre, il est peint par Fernand[274], peintre excellent, étant dans l'eau. Le soir il voit jouer la comédie.
[274] Ferdinand Elle, dit Ferdinand, «l'un des plus excellents peintres de portraits qui ayent paru en France», dit Mariette. Son fils Louis Ferdinand Elle, connu aussi sous le nom de Ferdinand, fut l'un des premiers membres de l'Académie royale de peinture en 1648, et mourut en 1689, âgé de soixante-dix-sept ans.
_Le 4, vendredi._—Il va aux Tuileries, où il fait courir trois renards par ses petits chiens; l'on y avoit apporté les renards. Le soir il va chez la Reine.
_Le 15, mardi._—Il va au sermon du P. Arnoux, jésuite, voit la Reine en la maison où il fait la collation; c'étoit à Saint-Germain.
_Le 25, vendredi._—Il part de Paris pour aller à Lésigny et au bois de Piple; il arrive à une heure, va aux Fontaines, se trouve las, se couche sur un matelas, court un blaireau après.
_Le 29, mardi._—Il va sur l'étang (il faisoit une extrême chaleur) revient à Paris. Il se plaint de tranchées au ventre, ce qui l'empêche d'aller dîner au faubourg Saint-Honoré, chez M. de Vendôme, et de tenir à baptême son fils.
_Le 2 septembre, samedi._—Il va chez la Reine, puis part de Paris pour aller à Nanterre chasser à la garenne du Vésinet, arrive à Saint-Germain par les terrasses, va jouer à la paume au jeu du bourg, puis se promener.
_Le 3, dimanche, à Saint-Germain._—Il va au vieux château pour voir l'endroit où le tonnerre vient de tomber. C'étoit auprès de la chapelle, au-dessus de la voûte du château, d'où il remonta de la cour après avoir pirouetté autour de trois ou quatre personnes qui y étoient.
_Le 6, mercredi._—Il va chez la Reine, fait tirer des fusées dans le préau, joue aux barres, va à l'assemblée à Joyenval, y dîne, ayant fait quatorze lieues dans le jour sans être aucunement las, ayant chassé beaucoup.
_Le 8, vendredi, à Saint-Germain._—Confessé par le P. Arnoux, il va à la chapelle de la terrasse, où il entend la messe, communie, entend encore la grande messe, puis touche quatre Espagnols malades, par grâce, à cause des maladies qui avoient cours. Il va chez la Reine après son dîner, et à deux heures à l'église, au village, au sermon du frère Paolo di Cesena, Italien, général des Capucins, qui prêcha en son langage, et y entend vêpres, revient à quatre heures. Il va au préau jouer aux barres, puis chez la Reine; mis au lit, il écrit lui-même et donne les relais pour courir le cerf le jour d'après.
_Le 9, samedi._—Il part de Saint-Germain, va à l'assemblée en Vésinet, où il dîne. A Maisons, le Roi y passe en bac, revient à Paris à quatre heures. Il va chez la Reine après son souper, revient à huit heures.
_Le 10, dimanche._—Le Roi va voir le général des Capucins.
_Le 11, lundi._—Il va chez la Reine, où se font les fiançailles de M. de Luynes avec Mlle de Montbazon[275]. M. l'archevêque de Tours, auparavant évêque de Bayonne, y fit la cérémonie.
[275] Marie de Rohan, fille d'Hercule, duc de Montbazon, et de Madeleine de Lenoncourt, remariée à Claude de Lorraine, duc de Chevreuse.
_Le 13, mercredi._—A son lever il monte en la chambre de M. de Luynes, et à cinq heures le mène à la chapelle de la Tour, près de l'antichambre de la Reine, où, par M. l'archevêque de Tours, il est épousé. Après son dîner il va chez la Reine, au conseil, va au souper que donne M. de Luynes.
_Le 15, vendredi._—Ce jourd'hui, à midi, M. le prince de Condé a été sorti de la Bastille et mené au bois de Vincennes avec Madame sa femme[276].
[276] Charlotte-Marguerite de Montmorency, morte le 2 décembre 1650.
_Le 21, jeudi._—Il va mettre la première pierre au pont Saint-Michel. En ce temps-là il alloit souvent à l'assemblée de Joyenval.
_Le 22, vendredi._—Mis son habit de satin; il recorde son ballet, va chez la Reine, va au conseil, puis part pour Saint-Germain.
_Le 23, samedi._—Il va à l'assemblée à Maisons; le Roi passe la rivière à gué devant la maison de M. le président Chevalier, courant après le cerf.
_Le 25, lundi._—Il va à l'assemblée à Vaucresson, y dîne, soupe à Saint-Germain.
_Le 26, mardi._—Il revient à Paris, va chez la Reine.
_Le 8 octobre, dimanche, à Saint-Germain._—Il va par la terrasse à pied à la garenne, où il chasse aux lapins à coup de sa petite pièce, en tue un par la tête.
_Le 18, mercredi._—Chez la Reine, dans la chapelle de la Tour, il y tient à baptême le fils aîné de M. de Vendôme, duc de Mercœur, avec la Reine[277].
[277] Louis, fils aîné de César, duc de Vendôme. Il était né en 1612, épousa en 1651 Laure Mancini, nièce du cardinal Mazarin, puis devenu veuf fut créé cardinal en 1667, et mourut en 1669.
_Le 24, mardi._—Il donne audience aux ambassadeurs de Venise et de Savoie, qui prennent congé.
_Le 27, vendredi._—Il va à l'assemblée à Joyenval, où il a dîné, arrive à neuf heures et demie, va faire la recette de son poisson, et donne dix écus au pourvoyeur et une pistole à ses serviteurs.
_Le 1er novembre, mercredi._—Il touche les malades en la galerie; à onze heures il va chez la Reine.
_Le 11, samedi._—Il va chez la Reine, au conseil; à midi il entre en carrosse, part de Paris allant à Rouen, arrive à Saint-Germain, il pleuvoit. Il s'amuse à faire lui-même un petit fourneau de forge, de brique et de mortier.
_Le 14, mardi._—Il part de Saint-Germain; à l'entrée du bourg, M. d'Épernon, revenant de Guise, lui fait la révérence. Il soupe à Mantes pour la première fois, y joue à la paume; il dîne à Fresnède.
_Le 15, mercredi._—Il arrive à Vernon pour la première fois, y dîne, arrive à Gaillon[278], va soudain à pied visiter le jardin, puis soupé.
[278] Gaillon appartenait aux archevêques de Rouen, et le cardinal d'Amboise y fit construire un magnifique château entouré d'un parc. _Voy._ les _Comptes du château de Gaillon_, publiés par M. Deville dans la collection des _Documents inédits sur l'Histoire de France_.—Louis XIII trouva le château si beau qu'il songea à l'acheter.
_Le 16, jeudi._—Il va en son cabinet, au conseil, où il n'y avoit que le président Jeannin.
_Le 23, jeudi._—Il part de Gaillon et va à Pont-de-l'Arche pour la première fois; à Rouville dîné. Il va à Pont-de-l'Arche, où le sieur de Marsillat lui donne la collation de confitures.
_Le 24, vendredi._—Il part de Rouville pour aller à Rouen, la première fois, à quatre heures, sans cérémonie, va descendre à l'église de l'évêché, où il fut reçu par M. de Harlay, archevêque. A cinq heures à Saint-Ouen où il logea[279].
[279] Le Roi refusa le poële et aussi le serment obligé des Rois, entrant à Notre-Dame de Rouen, de conserver les priviléges du pays.
_Le 25, samedi._—Il va à la messe et aux vêpres à Saint-Ouen. Il pleuvoit, il languit et s'amuse à jouer au volant en son cabinet.
_Le 27, lundi._—Il part de Rouen pour aller à Dieppe, dîne à Tote et soupe à Baqueville, va se promener partout.
_Le 28, mardi._—Il arrive à Dieppe pour la première fois, va au derrière de son logis pour y voir la mer, va voir le port.
_Le 29, mercredi._—Il monte à cheval, va au-dessus du Pollet, monte au fort de Lunes, à main gauche sur le bord de la mer, où il fait mouiller et mouille lui-même, faisant avancer le piquet. M. le duc de Mayenne rencontra un piquet qui le fit tomber et fut couvert d'eau.
_Le 30, jeudi._—A son dîner, Mathurine[280] y emmène son hôtesse qui dit au Roi: «Dieu vous donne bonne vie et longue, Sire; autrefois j'ai baisé votre père, mais je vois bien que je ne vous baiserai pas. Que Dieu vous bénisse, Sire, et vous maintienne longuement.» C'étoit l'hôtesse de l'Écu de Bretagne. Il retourne au bord de la mer, fait jeter dans l'eau le sieur de Frasque, écuyer de la Reine, et le sieur Bernard, s'amuse, achète beaucoup de petites besognes.
[280] Folle du roi Henri IV.
_Le 1er décembre, vendredi._—Il part de Dieppe, soupe le lendemain à Rouen.
_Le 4, lundi._—Il va à la messe à Notre-Dame, et puis faire l'ouverture des Notables qu'il avoit fait venir pour donner ordre aux affaires de l'État, et prononça ces mots: _Messieurs, j'ai dit mon intention à monsieur le chancelier; il vous la fera entendre; asseyez-vous_.
_Le 5, mardi, à Rouen._—Il va au collége des Jésuites, pour voir les préparatifs qu'ils avoient faits pour jouer des jeux.
_Le 10, dimanche._—Il va chez M. de Luynes, va au conseil, à la messe à Saint-Ouen.
_Le 12, mardi._—Il entre en carrosse, va à l'hôtel de Ville à sa collation. Ce jourd'hui M. de Villeroy est décédé, à quatre heures après midi.
_Le 17, dimanche._—Dîné chez M. de Luynes; il ne boit pas du muscat.
_Le 23, samedi._—Il donne audience à M. le président de Hacqueville[281], accompagné de M. le président Fayet, députés de la cour du parlement de Paris, pour faire remontrances pour la continuation du droit annuel à messieurs des comptes, cour des aides de Paris et trésorier de France.
[281] Jérôme de Hacqueville, seigneur d'Ons-en-Bray; il devint premier président du parlement de Paris en 1627, et mourut le 4 novembre 1628.
_Le 26, mercredi._—Il reçoit les avis par écrit des notables. M. le cardinal du Perron porta la parole.
_Le 28, samedi._—Il va au conseil, où étoient les princes, ducs et pairs et officiers de la couronne, pour lui communiquer les avis de l'assemblée et demander le leur. Le lendemain il donne congé à messieurs les notables, au conseil. A deux heures messieurs de la cour du parlement prennent congé de lui.
_Le 29, vendredi._—Il part de Rouen après l'assemblée, et dîne à Pont de l'Arche, revient souper à Gaillon, et y a couché.
_Le 30, samedi._—En chassant il arrive à Mantes, où il soupe et couche.
_Le 31, dimanche._—Il va à la messe à Notre-Dame et à sept heures entre en carrosse, et part de Mantes; va à Fresne, où il arrive à neuf heures et où il a dîné: ensuite il va à cheval en chassant jusques à Saint-Germain-en-Laye, où il arrive à deux heures et un quart. La Reine, qui ne faisoit que d'arriver[282], le reçoit à l'entrée de la salle; il va chez la Reine, puis au petit cabinet de la galerie, où il s'amuse à faire des fusées. A six heures et demie soupé; il va après chez la Reine, en revient à huit heures trois quarts.
[282] La Reine n'avait pas accompagné le Roi à son voyage de Normandie.
ANNÉE 1618.
Le journal d'Héroard devient plus concis.—Intimité croissante avec M. de Luynes.—Le Roi visite Madrid, et y va loger.—Congé donné aux Notables mandés de Rouen.—Soupers chez M. de Luynes; remarques d'Héroard.—Ballets.—Incendie au palais de Justice.—Mort de la duchesse de Nevers.—Uniformité de la vie du Roi.—Plaintes des ducs et pairs contre le garde des sceaux.—Le Roi donne la barette à M. de Gondi.—Il va à Grosbois chez le comte d'Auvergne.—M. de la Rochefoucauld nommé grand aumônier.—Le Roi à Soissons.—A Coucy.—Le cardinal de Savoie.
_Le 3 janvier, mercredi._—Il va en carrosse à la garenne, où il vole et court des lièvres avec ses lévriers, revient à cinq heures, par les terrasses, chez la Reine, où il a goûté d'un gâteau au beurre fait par Mme Bélier.