Journal de Jean Héroard - Tome 2 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628)
Part 15
_Le 28, lundi._—Il va chez la Reine, se trouve un peu mal, a des tranchées. J'étois parti, l'on me renvoie querir; il est fâché de ce qu'il sait que ç'avoit été en son nom, s'en fâche contre M. de Souvré, qui l'avoit fait, disant que tout le monde penseroit qu'il fût malade. Il part de Poitiers avec la Reine à deux heures.
_Le 30, mercredi._—Il part de Couay avec la Reine, arrive à cheval à Ruffay, au château, se promène aux jardins, soupe, va voir la Reine.
_Le 1er octobre, jeudi._—Il passe la Charente, et arrive à Angoulême à sept heures trois quarts.
_Le 7, mercredi._—Il arrive à Bourg, où messieurs les députés de la cour du parlement de Bordeaux viennent lui faire leur soumission. Il entre en un bateau couvert que messieurs de la ville lui avoient envoyé; la Reine, Madame et autres princesses dedans. Il dit qu'il veut souper de ce qu'il avoit commandé lui-même; auprès du gouvernail il accommode une serviette sur un petit ais, a soupé. Il arrive à Bordeaux par la porte de Salinières, va en carrosse à l'église Saint-André et à l'évêché, où il logea.
_Le 12, lundi._—La Reine vient au conseil; il va ensuite se promener, et conduit la Reine en son logis chez le trésorier Martin, et déloge du château du Haa; il s'amuse le soir à ses harquebuses.
_Le 16, vendredi._—Il va au manége de M. le cardinal de Sourdis, puis chez la Reine.
_Le 17, samedi._—Madame a été fiancée en la galerie du logis du Roi, devant la Reine et le Roi, en l'évêché, par M. de Sourdis, archevêque de Bordeaux, et M. de Guise, par procuration du roi d'Espagne[239]. Le Roi reconduit la Reine en son logis.
[239] L'infant d'Espagne, Philippe-Dominique-Victor, né le 8 avril 1605, était dans sa onzième année; et Madame (Élisabeth de France), née le 22 novembre 1602, dans sa treizième année.
_Le 18, dimanche._—A trois heures il sort à pied, en cérémonie, va accompagner Madame à l'église, où elle fut épousée par M. le cardinal de Sourdis à M. de Guise, qui avoit la procuration du roi d'Espagne. Ce même jour le Roi fut épousé à Burgos par M. le duc de Lerme[240].
[240] François de Roxas de Sandoval, duc de Lerme, etc., premier ministre de Philippe III; devenu veuf, il se fit donner en 1618 le chapeau de cardinal; disgracié alors, il mourut en 1625.—Le duc de Guise avait conduit Madame jusqu'au milieu de la Bidassoa et y reçut l'Infante, qu'il amena à Saint-Jean de Luz, où M. de Luynes lui remit une lettre du Roi.
_Le 20, mardi._—La Reine dit brusquement adieu à Madame, de peur des larmes.
_Le 21, mercredi._—Le Roi va chez M. de Beaumont-Menardeau, conseiller d'État, où Madame étoit logée pour lui dire adieu; cela ne fut pas sans soupirs et sans larmes jusques aux cris. A onze heures elle entre en carrosse, elle se met sur le devant auprès du Roi, accompagnée de Mlle de Vendôme, de Mme de Conty, Mmes douairière de Guise et duchesse de Guise, Mme de Montmorency; traversent ainsi toute la ville, non sans faire paroître des larmes et des sanglots retenus, et sortent par la porte Saint-Julien. A une demi-lieue de là il fut mis pied à terre; ce fut lors que la nature fit jouer ses plus forts ressorts, larmes, sanglots, soupirs, et cris mêlés avec les baisers et les embrassements, tels qu'ils ne se pouvoient séparer; chacun faisant de même, ému par les larmes de ces jeunes princes, hormis Don Inego de Calderon, ambassadeur d'Espagne, qui avoit négocié le mariage, qui les regardoit d'œil sec, tâchant de rompre ces accolades, criant à haute et puissante voix: «Allons, allons, princesse d'Espagne.» Le Roi s'en revint tout pleurant chez la Reine; il fut jusques à deux heures après midi sans pouvoir apaiser son deuil ni ses larmes. Il revient à deux heures et demie, se plaignant de douleur de tête, et me dit: _C'est d'avoir pleuré_.
_Le 27, mardi._—Sur la nouvelle apportée par le sieur d'Adonville, du quartier de M. de Luxembourg, par le maréchal de Bois-Dauphin, le chevalier de Souvré lui demanda s'il y avoit eu beaucoup de morts?—_Il y en a eu trois._—«Ce n'est guère!»—Le Roi dit: _C'est encore trop, ils sont tous mes sujets; ils reviendront, et me feront service_.
_Le 31, samedi._—Il va chez la Reine, puis monte en son petit carrosse, va en la maison du président de Lane, la Reine aussi; il y a goûté.
_Le 1er novembre, dimanche, à Bordeaux._—Il va à la messe et à confesse à Saint-André, y a communié, y touche les malades, va aux vêpres, au sermon, aux canaux qui sont derrière l'archevêché, où il avoit fait porter un esquif et une nacelle, se met dedans et tire à l'aviron lui-même.
_Le 4, mercredi._—Il s'amuse à inventer des trébuchets de cartes pour prendre les mouches.
_Le 9, lundi._—Ce jourd'hui fut fait l'échange des princesses à Saint-Jean de Luz.
_Le 10, mardi._—Il écrit à la Reine-Infante, à Bayonne, par M. de Luynes:
Madame, ne pouvant, selon mon desir, me treuver auprès de vous, à votre arrivée en mon royaume, pour vous mettre en possession du pouvoir que vous aurez ici, comme de mon affection à vous aimer et servir, j'envoie vers vous Luynes, l'un de mes plus confidents serviteurs pour, en mon nom, vous saluer et vous dire que de moi vous êtes attendue avec impatience pour vous offrir moi-même l'un et l'autre. Je vous prie donc de le recevoir favorablement et de croire ce qu'il vous dira de la part,
Madame, de votre plus cher ami et serviteur. LOUIS.
A Bordeaux, le 9e novembre 1615.
Écrit dans son lit, en souffrant.
_Le 13, vendredi._—Le sieur de Luynes revient de Bayonne avec une lettre de la Reine.
_Le 17, mardi._—En ce même temps M. le cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux, monté sur un cheval d'Espagne et la croix portée devant lui, suivi de plusieurs seigneurs de qualité, gentilshommes et autres, va à la Conciergerie, fait rompre à coups de gros marteaux les ferrures, où le geôlier fut tué, et tire hors des prisons le sieur de Vaucastels, condamné à perdre la tête, n'attendant que l'exécution, ayant de gros fers aux pieds; il le fait mettre dans un carrosse, l'accompagne jusques à la rivière, le fait mettre dans un bateau et le fait sauver[241].
[241] M. de Hautcastel était condamné par la grand'chambre du parlement pour «crimes énormes». On pria instamment le Roi d'accorder l'abolition de la peine; mais le Parlement intervint et obtint le maintien, et on décida que l'exécution aurait lieu le soir même. Mis en chapelle, le jésuite qui lui fut donné pour confesseur déclara qu'il avait tant de fautes sur la conscience qu'il fallait attendre au lendemain; des amis avaient d'ailleurs éloigné les deux bourreaux à prix d'argent. Force fut de céder, et aussitôt l'archevêque arriva botté et éperonné avec une grosse escorte; il fit enfoncer les portes, en tira Hautcastel, le mit dans un bateau et le bénit. Le parlement alla se plaindre au Roi, qui déclara se charger de l'affaire; la cour fulmina un arrêt contre le cardinal, avec décret de prise de corps.
_Le 19, jeudi._—Il écrit à la Reine par le maréchal de Roquelaure.
_Le 21, samedi._—Il monte en carrosse pour aller incognito au-devant de la Reine, arrive à Castres, distant de cinq lieues de Bordeaux, la voit par une fenêtre, comme elle entroit en carrosse, assez longtemps; elle part. Le Roi quelque temps après, et à deux lieues de la ville, sur un beau chemin, fait arrêter son carrosse au droit du sien, et, marchant doucement, la regardoit, puis peu après se prend à lui dire gaiement, en se montrant du doigt et tout haut: _Io son incognito, io son incognito, touche, cocher, touche_. A une lieue de là, il monte à cheval, ses chevaux étant las, arrive à Bordeaux à sept heures. La Reine infante arrive à huit heures; il va dans son antichambre et monte sur un haut dais; il y avoit six à sept marches à reposoir et trois chaises en haut. Mme la princesse de Conty reçut la Reine infante au pied du degré; la Reine mère va à deux pas dans la salle pour la recevoir, et la mène au Roi, qui descendit deux degrés et la reçut; monté, il s'assied au milieu, la Reine mère à droite et la jeune à gauche; après il reçut les dames espagnoles de la suite. On fut un quart d'heure ensemble; puis à neuf heures le Roi et sa mère la conduisent dans sa chambre, et il revient chez lui.
_Le 22, dimanche._—Vers une heure, il va chez la Reine qui s'habilloit, lui présente M. de Souvré et puis moi, n'en peut sortir. Elle eut besoin d'une plume incarnate pour mêler avec une blanche; le Roi lui présente son chapeau, où il avoit des deux, lui disant qu'elle en prît ce qu'elle en voudroit. Elle le fait, le lui rend, et soudain il lui dit: _Il faut que vous me donniez aussi un de vos nœuds_, qui étoient incarnats. Elle, se souriant, le lui donne, il l'applique en façon d'enseigne au pied de sa plume.
_Le 25, mercredi._—A quatre heures il va à Saint-André, fait le tour de l'église, entend la messe, et se fait la cérémonie accoutumée avec la Reine; ils entendent la messe. Il revient à cinq heures et demie, conduit la Reine en sa chambre; il étoit las, va en la sienne, se couche et soupe au lit à six heures trois quarts. M. de Grammont et quelques jeunes seigneurs lui faisoient des contes gras pour l'assurer; il avoit de la honte et une haute crainte, enfin ils l'assurent. Il demande ses pantoufles, et prend sa robe et va à la chambre de la Reine à huit heures, où il fut mis au lit auprès de la Reine sa femme, en présence de la Reine sa mère; à dix heures un quart il revient après avoir dormi environ une heure et fait deux fois, à ce qu'il nous dit; il y paroissoit, le g.... rouge[242].
[242] Héroard remplit scrupuleusement ses fonctions de premier médecin du Roi en enregistrant ces détails, qui se retrouvent dans un document intitulé: _Ce qui s'est passé lors de la consommation du mariage du Roi_. Voy. _Revue rétrospective_, 1re série, tome II, page 252.
_Le 29, dimanche._—Il fait son entrée à Bordeaux avec la Reine, sa femme, à deux heures, sur un échafaud fait exprès au coin de la maison. Il reçoit les harangues et le serment des corps de compagnies de Bordeaux, puis fait son entrée, arrive à l'évêché, conduit la Reine en sa chambre, et soupe après[243].
[243] Le Roi était magnifiquement vêtu et couvert d'un cappot tout brodé en or. Le matin le Roi se leva de bonne heure, et après la messe s'en alla avec une suite peu nombreuse sur le port des Chartreux, où les jurats lui offrirent le bateau sur lequel il s'embarqua, accompagné de quatre autres portant ses gardes et alla débarquer devant une maison, près du théâtre, où il dîna. A deux heures arriva la Reine, conduite par MM. de Guise et d'Elbeuf; Malingre raconte très-longuement cette magnifique réception. Le soir il y eut un splendide banquet au Château-Trompette, d'où l'on revint en bateau à Bordeaux, assister à un feu d'artifice.
_Le 30, lundi._—Il descend en la cour, où il voit vingt chevaux d'Espagne, que le roi d'Espagne lui avoit envoyés pour présent, tous caparaçonnés de toile d'or. Il n'y en avoit que dix-neuf, le vingtième s'étoit noyé en chemin, disoit-on. Il en fait monter quelques-uns.
_Le 1er décembre, mardi._—Il va chez la Reine, où il voit danser un ballet à l'espagnole par les filles de la Reine; elle en étoit aussi; puis ils se mettent à jouer des petits jeux comme on fait en France, ce qui étoit aussi d'Espagne. Puis il revient, et se met au lit.
_Le 4, vendredi._—Il va à midi en carrosse chez la Reine, sa mère, ne veut pas aller aux Jésuites pour y voir représenter en comédie _le mariage de Salomon_, va à la chasse, revient chez sa mère.—Pendant que le soir il étoit sur sa chaise percée, M. d'Elbeuf lui demanda s'il avoit vu les jeux des Jésuites?—_Non, j'aime bien leurs jeux quand ils prêchent bien, mais je n'aime pas ces petites badineries._
_Le 5, samedi._—Il va chez la Reine, puis chez la Reine, sa mère, et au conseil.
_Le 6, dimanche._—Il va chez la Reine, à l'hôtel de ville, où messieurs de la ville lui donnèrent une belle collation de confitures. Il en mangea peu.
_Le 8, mardi._—Il va chez le sieur de Bissouze, hors la ville, pour voir des feux d'artifice qui y avoient été faits sur des bateaux par Gerumeau et par Bagaud, artilliers du Roi. Il revient chez la Reine à six heures.
_Le 10, jeudi._—A dix heures et demie il monte à cheval sur celui qui se nommoit _le Soleil_, cheval de couleur isabelle et lequel, du vivant du feu Roi, il nomma _le beau cheval de papa_, va au Parlement tenir son lit de justice, accompagné des ducs d'Elbeuf, d'Uzès, d'Épernon, du comte de Saint-Paul, des maréchaux de Brissac et de Souvré. Il fut plaidé une cause de fermiers du pied fourchu, qui vouloient faire payer les nouveau-nés; le Roi décida de son mouvement en faveur des innocents, disant: _Je veux que mes sujets le gagnent contre moi_.
_Le 12, samedi._—Il donne audience, à trois heures, à un ambassadeur du Moscovite, venant rechercher l'amitié du Roi et lui offrir la sienne; l'ambassadeur demande avant que parler que le Roi se lève et puis lui donne sa main à baiser; le Roi fait l'un et l'autre.
_Le 14, lundi._—Il se va jouer à la galerie vers dix heures, va à la cour, prend plaisir à y courir, se mouille à la pluie à patouiller, et entre à l'office de son pâtissier; le trouvant travaillant, il y fait une petite tarte au coing et une autre à la pomme, y prend de la farine et se joue à fariner aucuns des passants.
_Le 17, jeudi._—Il part de Bordeaux par la porte de Salinières, à neuf heures, et va souper à Créon.
_Le 18, vendredi._—Il va dehors par le village et mauvais chemin, en son écurie, va par toutes les chambres portant lui-même un flambeau; il pleuvoit, va à l'étable, trouve le maréchal qui ferroit un cheval, y met lui-même trois clous, retourne en son logis. Le lit de la Reine mère n'étoit pas arrivé au soir à Libourne; il lui envoie le sien, et se fait tendre un petit lit de camp, porté par les mulets, y travaille lui-même. Il n'y avoit pas de draps, il fait prendre les couvre-chefs et en fait coudre huit ensemble, faisant mettre pour couverture une courtepointe de taffetas en double et le tapis de velours de sa table par dessus; il s'y couche.
_Le 19, samedi._—M. le cardinal de Sourdis est venu, et, à deux genoux, lui a demandé pardon[244]. Le Roi lui dit: _Oui je vous pardonne, à la charge de ne faire plus telles choses_.
[244] _Voy._ au 17 novembre précédent.
_Le 21, lundi._—Chaque jour après son dîner il va chez la Reine sa mère et chez la Reine sa femme. Il soupe d'une olla-podrida, faite à l'espagnole de plusieurs sortes de viandes, beaucoup.
_Le 22, mardi._—Il part de Libourne, arrive à Coutras, va voir le champ où fut donnée la bataille de Coutras, gagnée sur M. le duc de Joyeuse par le Roi son père[245]. Le soir chez la Reine et chez sa mère.
[245] Henri IV n'était que roi de Navarre lorsqu'il remporta, le 20 octobre 1587, la victoire de Coutras, où le duc de Joyeuse perdit la vie.
_Le 24, jeudi._—Il part de la Rochechalais, et arrive à Aubeterre. Il se met vêtu sur son lit pour dormir, jusques à la messe de minuit.
_Le 27, dimanche._—Il va chez la Reine sa mère, puis chez la Reine sa femme, va à la cuisine de bouche, et fait dresser lui-même l'olla-podrida pour son dîner. Il va chez la Reine avant de se coucher.
_Le 29, mardi._—A trois lieues avant la Rochefoucauld le carrosse du Roi verse; il n'y eut pas de mal, que M. de Souvré qui se blessa au bout du nez contre une pierre.
_Le 30, mercredi._—Il va chez la Reine, puis à la chasse à l'oiseau, revient donner audience aux députés de la Religion sur la demande qu'ils faisoient de la paix[246].
[246] Les journées sont absolument les mêmes depuis son mariage. Il continue à prendre ses repas seul et à dormir seul.
_Le 31, jeudi._—Il va à la messe, puis à la garenne, où il court et prend cinq lapins, avec des lièvres, revient à dix heures chez la Reine, dîne ensuite. Il va après chez la Reine, au conseil, goûte à trois heures et demie, va promener aux jardins, revient à cinq heures chez la Reine sa mère. A six heures soupé; le soir il va chez la Reine sa femme; revient à huit heures.
ANNÉE 1616.
Retour du chevalier de Vendôme à Suivray.—Accident au carrosse du Roi.—Tours.—Accident à Tours, dans la salle du Conseil où se tenait la Reine mère.—Heureux hasard qui préserve le Roi.—Le cardinal Ubaldini.—Le Roi joue aux petits soldats.—Conférences de Loudun.—Intimité croissante de M. de Luynes.—Blois.—M. Brulart remet les sceaux au Roi.—Entrée à Paris.—La Reine va à Saint-Germain.—Retour du prince de Condé.—Ambassade du roi d'Angleterre.—Le Roi a une convulsion.—Arrestation du prince de Condé.—Ballet.—Acquisition du domaine de Courcelles.—Le Roi reçoit les officiers des milices de Paris pour les rassurer contre des bruits de désarmement.—Il chasse très-souvent.—Envoyé turc.
_Le 1er janvier, vendredi, à Verneuil._—Il communie, puis touche soixante-huit malades dans la cour du château. Il va chez les Reines, retourne chez les Reines après son dîner, va au sermon, aux vêpres, goûte, va à la chasse. Le soir il retourne chez les Reines.
_Le 4, lundi, à Suivray._—M. le chevalier de Vendôme revient de son voyage de Malte; le Roi lui fait bonne chère, ne le peut laisser aller changer d'habits, pour être tout mouillé de la pluie.
_Le 7, jeudi._—Il arrive à Poitiers avec les deux Reines.
_Le 10, dimanche, à Poitiers._—Il va en la grande place pour voir passer le régiment et la compagnie de gendarmes de M. du Bellay.
_Le 17, dimanche, à Poitiers._—Il va chez la Reine sa mère, va tenir avec elle à baptême le fils de M. le comte de la Rochefoucauld, le nomme Louis[247], va chez le comte à quatre heures, à la collation.
[247] Fils du premier duc de la Rochefoucauld et de Gabrielle du Plessis-Liancourt; il devint évêque de Lectoure et abbé de Saint-Jean-d'Angely, et mourut le 5 décembre 1654.
_Le 22, vendredi._—Départ de Poitiers.
_Le 23, samedi, à Châtellerault._—Il va à la messe, puis va tendre des piéges aux petits oiseaux, à la neige; il faisoit un extrême froid, y dure patiemment. Après son dîner il va chez sa mère et au conseil, sur le retour de M. de Nevers, M. de Boissac[248] et M. de Villeroy devers M. le Prince. Il monte en sa chambre à sept heures et demie.
[248] Pierre de Boissat, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, marié en 1610 à Charlotte de Villars.
_Le 25, lundi._—Il part de Sainte-Maure, arrive à Confrères, où il a goûté, fait faire des beignets et une omelette au lard par le P. Barthélemy de Crochart, cordelier, natif de Bedarride en Provence, y aide lui-même et mange un peu de l'un et de l'autre. Il rentre en son petit carrosse, le conduit lui-même plus d'une lieue. Le carrosse se rompt, il se met dans celui de M. le comte de la Rocheguyon. Arrivé à Tours, il va au jardin, au lieu de se chauffer; il faisoit un extrême froid.
_Le 29, vendredi, à Amboise._—Il se va promener, faisant tirer à ses chiens d'Artois des petits canons achetés à Tours, à l'inventaire de la Bourdaisière.—Il entend la messe, dîne à dix heures et demie, promène, voit ses petits chevaux attelés au carrosse, pour ce qu'il ne vouloit partir qu'à une heure, et qu'un mauvais orage de neige survint, qui les fait remettre dans l'écurie.—L'on a remarqué que ce fut un coup de Dieu, d'autant que s'il fût parti à cette heure-là, sans doute il fût été descendre à Tours, chez la Reine sa mère, et s'y fût trouvé entre deux et trois heures qu'elle étoit au conseil, que le plancher de sa chambre fendit. Elle se trouva sur l'endroit de la poutre, M. le chancelier derrière elle, MM. le comte de Soissons, d'Épernon et M. de Villeroy à côté, qui tombèrent sans beaucoup se blesser, et d'autres, comme les sieurs de Bassompierre[249], marquis de Villaines[250], marquis de Sablé, marquis de Nangis et autres.—A une heure il entre en carrosse, le conduisant par la ville, et arrive à trois heures un quart à Tours, va chez la Reine, sa mère puis chez la Reine.
[249] «La Reine, dit Bassompierre, vint après son dîner en sa chambre, où arrivèrent peu après MM. le Comte (de Soissons), de Guise et d'Épernon, et tant d'autres après eux qu'ils firent enfoncer le plancher de la chambre, où je tombai avec vingt-sept autres personnes, du nombre desquels MM. le Comte, d'Épernon, de Villeroy, d'Aumont, et plusieurs autres tombèrent aussi. La Reine demeura sur une poutre, qui tint ferme, et, passant par dessus son lit, sortit de la chambre. Je fus blessé à l'épaule et à la cuisse, et eus deux des petites côtes enfoncées, dont je me suis senti longtemps depuis.»
[250] Brandelis de Champagne, marquis de Villaines, conseiller d'État, reçu chevalier du Saint-Esprit en 1599.
_Le 31, dimanche, à Tours._—Il donne à dîner au cardinal Ubaldini, auquel il venoit de donner le bonnet[251], avant de se coucher, vêtu de ses habits de ratine. Il s'amuse diversement dans son cabinet.
[251] Il était alors nonce en France.
_Le 3 février, mercredi._—Il dresse une petite collation de confitures sèches pour la Reine, qui le devoit venir voir à deux heures. Après, remis au lit, il s'amuse à faire des bataillons de diverses sortes, avec ses petits hommes d'argent.
_Le 6, samedi._—La Reine sa mère logée à la Bordesiaire[252]; il va la voir; M. d'Épernon prend congé de lui malcontent, ce disoit-on.
[252] La Bourdaisière, château appartenant à Marie Babou, fille de Georges Babou, comte de Sagonne, chevalier des Ordres, mariée en février 1602 à Charles Saladin de Savigny d'Anglure, vicomte d'Étoges. Elle était dame de la Bourdaisière par la mort de son neveu Georges II, tué en duel à Bordeaux, en 1615, par le comte de Barrault, étant capitaine de cent hommes d'armes de la maison du Roi.
_Le 7, dimanche._—Il va à midi, à cheval, à Saint-Gatian, à Tours, en cérémonie, et la Reine aussi, dans sa litière découverte, pour y recevoir l'épée et le chapeau que le Pape lui avoit envoyés et à elle _la Rose d'or_.
_Le 8, lundi._—Il écrit à Mme la princesse d'Espagne, sa sœur.
_Le 9, mardi._—Il va à la chambre de M. de Luynes, le trouve à table.
_Le 11, jeudi._—Les bouchers d'Amboise lui viennent présenter un bœuf gras, dû au seigneur par eux tout à pareil jour.
_Le 14, dimanche._—Il fait danser un ballet par cinq ou six de ses enfants d'honneur; la Reine y vient.
_Le 15, lundi._—Il danse un ballet lui-même devant la Reine.
_Le 28, dimanche._—Il va au manége, M. de Pluvinel ayant été mandé exprès.
_Le 9 mars, mercredi._—Il va à cheval à la chasse, au Plessis, demande au sieur du Fay, l'un de ses gentilshommes ordinaires, quelle heure il étoit; il répond qu'il n'étoit qu'une heure.—_Vous me dites qu'il n'est qu'une heure pour ne point rompre mon plaisir; il y a plus de demi-heure qu'elle est sonnée. Je m'en veux aller, il faut que je sois à deux heures au conseil_, pour la résolution des articles de la conférence de Loudun[253].
[253] On devait traiter à Loudun de l'accommodement avec le prince de Condé, qui, ligué avec les Réformés, avait commencé les hostilités; les conférences s'ouvrirent le 30 février 1616, et aboutirent à l'édit de pacification de Blois, du mois de mars, scellé le 2 mai, jour de la rentrée du Roi à Paris.
_Le 16, mercredi._—Il va en carrosse chez la Reine sa mère, puis au Plessis où il se met en caleçons pour crosser dans le préau du parc, fait crosser M. le prince de Joinville et M. d'Elbeuf.