Journal de Jean Héroard - Tome 2 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628)
Part 14
_Le 8, lundi._—Il monte au cabinet des livres, s'amuse à faire des vers sur le nez de M. de Luynes[213].
[213] C'est la première fois qu'Héroard n'écrit pas Loynes.
_Le 12, vendredi._—Il mange presque tous les jours du beurre de Bretagne donné par M. de Montmartin. Il va au conseil, joue au billard, travaille peu.
_Le 19, vendredi._—Il va à Auteuil, pour voir la maison qu'il vouloit acheter, où il se joue longtemps, va au parc de Madrid, rentre en carrosse. En revenant, au droit des Ternes, le carrosse se rompt, il va un long temps à pied, rentre dans le même carrosse racoustré, rentre et joue à un petit billard qu'il avoit fait faire. Le soir il va chez la Reine.
_Le 21, dimanche._—Il va à deux heures au sermon, à Saint-Jacques-la-Boucherie, puis à l'hôtel de Bourgogne, où il a mangé, comme il m'a dit, quatre ou cinq petits choux, achetés par M. de Luynes chez le pâtissier.
_Le 30, mardi._—Il va chez la Reine, va par la galerie aux Tuileries; il y faisoit mol. Chaussé, séché, il revient par le même chemin, va chez la Reine. Le soir encore chez la Reine et à la comédie françoise.
_Le 31, mercredi._—Il va chez M. de Souvré, joue à la paume, va aux vêpres aux Cordeliers. Le soir il va chez la Reine, puis revient en son petit cabinet; confessé par le père Coton.
ANNÉE 1615.
Le jour de l'an.—M. de Bonneval et le lieutenant général de Luzarches.—Ballet de M. le Prince.—Clôture des États.—Discours du Roi.—Soupé du Roi à Pétonville.—Inondation de la Seine dans le jardin des Tuileries.—Le Roi va constamment à la comédie et danse des ballets.—Congé des États.—Mort de la reine Marguerite.—Son enterrement.—La paulette.—Remontrances du parlement.—Première pierre de la statue de Henri IV au Pont-Neuf-des-Augustins.—Procession de Sainte-Geneviève à cause de la sécheresse.—Le Roi commence à apprendre l'équitation.—Il visite la Bastille.—Dîné aux champs avec des seigneurs de la cour.—Voyage de Guyenne pour son mariage.—Il dîne à Amboise, chez M. de Luynes.—Chenonceaux.—Poitiers.—Le Roi joue encore aux petits soldats.—Ruffec.—Angoulême.—Réception des députés du parlement de Bordeaux.—Arrivée en bateau à Bordeaux.—Fiançailles, par procuration, de Madame avec le roi d'Espagne.—Séjour.—Échange de princesses à Saint-Jean-de-Luz.—Hardie entreprise du cardinal de Sourdis pour sauver un condamné.—Entrée du Roi et de la Reine.—Cadeau et chevaux du roi d'Espagne.—Ballet espagnol.—Les deux époux jouent aux petits jeux.—Le Roi ferre un cheval.—Excuses du cardinal.—L'olla podrida.—Le champ de bataille de Coutras.—Fêtes de Noël à Aubeterre.—La vie du Roi toujours la même.
_Le 1er janvier, jeudi._—Levé, bon visage; il va à la messe à Bourbon, revient en la galerie où il touche deux cent trente malades. Il va au sermon et aux vêpres à Saint-Louis.
_Le 3, samedi._—Il va chez la Reine botté, à onze heures trois quarts chez M. de Souvré pour le hâter à dîner. A midi il entre en carrosse, va à la volerie, monte à cheval à la plaine de Grenelle jusques auprès du Bourg-la-Reine, vole et prend le milan, le héron et la corneille, dit au sieur de Luynes, gentilhomme qu'il aimoit: _Loïnes, dites à monsieur de Plainville_ (capitaine des gardes) _qu'il ne laisse pas approcher de moi beaucoup de personnes quand je chasse; pourtant dites-lui qu'il ne se fâche pas, si je me mets quelquefois en colère_, puis le lui dit à lui-même, lui disant qu'il y a accoutumé son compagnon.
_Le 5, lundi._—Il va chez la Reine, à deux heures au conseil, où M. l'évêque d'Angers parla contre l'autorité du parlement; il tire les Rois, donne la fève à Dieu, puis à soi, avec les sieurs de Grammont, de la Curée et Despréaux.
_Le 6, mardi._—Il va au conseil, où le clergé, par l'évêque d'Angers, demandoit que le parlement ne connût plus des affaires d'État, que le premier avocat général fût ecclésiastique, que l'arrêt donné le jour précédent au conseil fût cassé, qui portoit que S. M. évoquât à soi en affaires, et cependant défend au parlement de signer leurs arrêts: qu'ils ne partiroient pas de là qu'en leur présence il ne fût cassé. M. le prince de Condé en voulut parler. Le cardinal du Perron lui dit qu'il le récusoit; et comme il voulut répondre, le Roi se lève de sa chaise et va au sieur Prince, et lui dit: _Monsieur, je vous prie, n'en parlez plus_, et se retournant à d'autres: _puisqu'ils récusent Monsieur le Prince, ils me voudront aussi récuser_[214].
[214] «Les députés des états parlèrent derechef au Roi avec une insolence effroyable.» _Voy._ dans le _Journal d'Arnauld d'Andilly_, le récit de cette séance, page 25.
_Le 22, jeudi._—La Reine le vient voir, et lui apporte les provisions pour le château d'Amboise, que M. le Prince, auquel il avoit été baillé en garde jusques à la tenue des États, lui avoit renvoyées par M. le duc de Ventadour[215]. Il les reçoit en claquant des mains et disant: _J'en suis bien aise_.
[215] Anne de Lévis, gouverneur du Limousin, lieutenant général en Languedoc, mort en 1622.
_Le 31, samedi._—Il étudie et reste en la galerie, il pleuvoit; à trois heures le fils du landgrave de Hessen le vient saluer[216]. Il va au conseil, à six heures chez la Reine, le soir aussi, et à la comédie françoise.
[216] Probablement Othon, fils de Maurice, landgrave de Hesse-Cassel et d'Agnès de Solms, lui-même administrateur de Hirschfeld, né le 25 décembre 1594, mort le 7 août 1617, sans postérité, quoiqu'ayant été marié deux fois.—Son frère Guillaume, qui succéda à son père, ne naquit que le 14 février 1602.
_Le 4 février, mercredi._—Il va chez la Reine à deux heures et demie, donne audience à messieurs du tiers état, faisant plainte de ce que le sieur de Bonneval en Limosin avoit battu à coups de bâton le lieutenant général du Luzerche[217] au sortir des Augustins, où les états généraux se tenoient. Le roi le renvoya au parlement. Il va après en carrosse à la foire Saint-Germain-des-Prés, où il a acheté quatre harquebuses, ayant méprisé toutes autres sortes de marchandises. Le soir il va chez la Reine et à la comédie françoise.
[217] Henri, seigneur de Bonneval, trouvant M. de Chavailles, lieutenant général d'Usarche en Limousin, élu malgré lui aux États, à la sortie des Augustins, le 3 février, le roua de coups de bâton, puis se retira chez M. d'Épernon et retourna chez lui en Limousin. Malgré les réclamations du Tiers et du Parlement, cette affaire n'eut pas de suite et Bonneval eut un régiment en 1615.
_Le 11, mercredi._—A quatre heures et demie après minuit, éveillé doucement; il étudie ce qu'il devoit prononcer pour la clôture des états. Levé à six heures, il monte au cabinet des livres, étudie l'espagnol[218].
[218] Le 12, le Roi mande au Louvre le président du Parlement et quelques conseillers, pour les interroger sur les démarches de M. le Prince près d'eux et leur défendre de le recevoir à l'avenir aux enquêtes et de le laisser parler au Parlement d'affaires d'État. (_Arnauld d'Andilly._)—Le 25 M. le Prince va s'excuser près du Roi.
_Le 22, dimanche._—A onze heures et demie il va en la salle pour voir le ballet de M. le Prince, après avoir dormi longtemps chez la Reine.
_Le 23, lundi._—A trois heures et demie, accompagné de la Reine, il part et va en la salle de Bourbon pour la clôture des États, où parla pour le clergé M. de Richelieu, évêque de Luçon; M. le baron de Seneçay pour la noblesse, et M.[219], prévôt des marchands et président aux enquêtes pour le tiers état. Le Roi leur dit ces paroles: _Messieurs, je vous remercie de vos tant bonnes volontés. Je fairai paroître par les réponses qui vous seront faites le désir que j'ai de servir Dieu et soulager mon peuple, de protéger un chacun, de rendre la justice à tous mes sujets et de faire en sorte que vous soyez tous contents_[220]. Il se couche à neuf heures, et s'endort jusques à cinq heures et demie après minuit.
[219] Robert Miron, président aux requêtes du Palais, ambassadeur en Suisse, intendant du Languedoc, mort en 1641, à soixante-douze ans; il était frère de François Miron, également prévôt des marchands en 1604, lieutenant civil, mort le 4 juin 1609.
[220] _Voy._ le _Mercure françois_, t. III, p. 463, pour les détails de cette séance.
_Le 26, jeudi._—Il va par la galerie aux Tuileries, conduit sa chelyte (_sic_), tirée par un cheval, au harnois semé de sonnettes, fait mettre dedans M. le maréchal de Souvré, et M. le Grand, y prend grand plaisir et à se renverser sur la neige. Le soir chez la Reine, à la comédie françoise.
_Le 4 mars, mercredi._—Le soir, à sept heures trois quarts, il s'habille en masque, fait des ballets à cheval, monté sur des escabeaux qui plient, puis danse à pied, puis fait jouer la comédie des Juifs.
_Le 6, vendredi._—Il va chez la Reine à midi, entre en carrosse, va à la chasse, monte à cheval hors la porte Saint-Martin, vole et prend la corneille, arrive au Bourget, et à l'entrée du bourg, entre en la maison du sieur de Hurles, nommée Petonville, se chauffe. Il faisoit grand froid; il va en la cuisine, fait faire des omelettes, des beignets, des œufs perdus; ce fut lui qui les fit et en mange un peu, dont il a goûté. Puis il remonte à cheval, et va jusqu'au Pontyblon, où il vole le héron et le prend.
_Le 19, jeudi._—Il va aux Tuileries, tire des harquebuses à des petits oiseaux; la rivière étoit si grosse qu'elle étoit dans le jardin, il y fait venir un bateau, se met dedans et se fait conduire, se met dans son carrosse et se fait tirer par quatre boucs. Le soir il va chez la Reine, puis s'en va avec elle, pour voir danser le ballet de Madame que la Reine faisoit faire. Il revient à quatre heures après minuit.
_Le 24, mardi._—Il va chez la Reine, au conseil, où les états des trois ordres ont leur congé.
_Le 27, vendredi._—Ce jour mourut la reine Marguerite, entre onze heures et minuit, en son hôtel, rue de Seine, au bord de l'eau; on lui a trouvé une grosse pierre dans le fiel[221].
[221] Elle laissa 100,000 livres aux pauvres et 200,000 écus de dettes; ses bijoux valaient 30,000 écus, et le reste de ses meubles 6,000 à peine. «Ce matin, dit Malherbe, à la date du 28 mars, la chambre de la Reine étoit si pleine de ses créanciers, que l'on ne s'y pouvoit tourner.»
_Le 28, samedi._—Vêtu de deuil violet, pour la mort de la reine Marguerite de Valois.
_Le 2 avril, jeudi._—Il va aux Tuileries, revient à deux heures au conseil, où l'on répondoit les cahiers des États.
_Le 9, jeudi._—Il va chez la Reine, où, sur les huit heures, M. le commandeur de Sillery revient d'Espagne, y porter le portrait du Roi et un bracelet de diamants[222].
[222] _Voy._ la lettre de Malherbe du 23 mars 1615.
_Le 10, vendredi._—Il entre en carrosse à quatre heures pour aller au faubourg Saint-Germain donner de l'eau bénite à la reine Marguerite; MM. de Guise, de Mayenne et d'Elbeuf lui portoient la queue[223].
[223] Comme il fallait trois personnages portant la queue du Roi et qu'il n'y avait que deux princes du sang, M. de Condé et M. de Soissons, MM. de Guise et de Longueville se disputèrent la troisième place; la Reine décida pour Guise; M. de Longueville partit alors pour Amiens, et les deux princes se retirèrent; il fallut les remplacer, et on choisit ceux dont on lit ici les noms.
_Le 19, dimanche, jour de Pâques._—Il va la messe aux Feuillants, touche les malades, va à vêpres aux Chartreux; communié, confessé au P. Coton.
_Le 26, dimanche._—Il va chez la Reine, où M. le prince de Candale prête le serment de premier gentilhomme de la chambre. Il va au sermon à Saint-Étienne-du-Mont, revient au petit jeu de paume à la rue Champfleury. Rentré, il joue au billard.
_Le 28, mardi._—Il va au conseil, et ensuite au cabinet des livres, où il s'arme d'une cuirasse, brassards et un habillement de tête, fait de ferblanc. Il étudie ainsi armé.
_Le 5 mai, mardi._—Il va chez la Reine, au conseil, monte à la forge, va chez M. de Verneuil, revient à quatre heures et demie par la galerie, s'amuse, sur la balustre du bout de la première galerie, à jeter des quarts d'écu, pour faire entre-battre de pauvres garçons qui étoient en bas.
_Le 11, lundi._—La Reine avec lui tient conseil, et donne audience à messieurs de la cour des aides et chambre des comptes, venant pour le supplier de remettre le droit annuel que l'on appelle la paulette[224]; pendant l'audience le dessous près du siége de Leurs Majestés tout d'un coup s'abaissa.
[224] Droit annuel payé au souverain pour rendre les charges héréditaires: les parlements firent une grande opposition à la vérification de l'édit d'institution de l'année 1605, et il fut même d'abord publié seulement à la chancellerie. Louis XIV en ordonna le rachat et l'amortissement par l'édit de décembre 1709. On appela cet impôt la _Paulette_ du nom de Paulet, son premier traitant et encore la _Palotte_ de celui de Palot, successeur de Paulet.—M. le président de Nicolaï harangua pour la chambre des comptes et M. le président Chevalier pour la cour des aides; c'est pendant le discours du dernier que deux solives du plancher s'écroulèrent.
_Le 12, mardi._—Il va chez la Reine au conseil, où par arrêt le droit annuel de la palotte est rétabli.
_Le 26, mardi._—Il va au conseil à trois heures et demie, où vinrent messieurs du parlement, en nombre d'environ quarante ou davantage, porter quelques remontrances par écrit qu'ils avoient à faire, lesquelles furent lues en présence de Leurs Majestés. A cinq heures et demie, le conseil fini, il monte en sa forge, à dix heures prend son habit de ratine, s'amuse à faire brandiller dans un lit de sauvage[225] le petit chevalier de Souvré, le sieur de Blainville, de Montpouillant et M. de Candale.
[225] Un hamac.
_Le 28, jeudi._—Il entre en carrosse avec la Reine, va au sermon et aux vêpres à Saint-Nicolas-des-Champs, revient à cinq heures à la galerie, au parterre. Le soir il fait jeter des fusées le long de la rivière.
_Le 31, dimanche._—Il va chez la Reine, la voit saigner; elle le fut des deux bras. Il faisoit grand chaud.
_Le 2 juin, mardi._—A quatre heures il entre en carrosse, va au Pont-Neuf des Augustins, y met la première pierre de l'architecture qui se faisoit pour la statue à cheval du feu Roi[226].
[226] Ce pont, commencé en mai 1578, fut achevé en 1604 sous la direction de Guillaume Marchand. La statue, du socle de laquelle Louis XIII posa la première pierre, fut faite, le Roi et les bas-reliefs par Francheville de Cambray; le cheval, envoyé par Cosme de Médicis, fut coulé par Jean de Bologne.
_Le 17, mercredi._—A sept heures il entre en carrosse et va à Plaisance, maison de M. le Charron, trésorier de l'extraordinaire des guerres, où il a dîné.
_Le 18, jeudi._—Il va à la messe à Bourbon et à la procession en la cour du Louvre, va au sermon aux Jésuites de Saint-Louis.
_Le 21, dimanche._—Il entre en carrosse, va près de l'Hôtel-Dieu pour voir passer la châsse de sainte Geneviève, descendue pour la trop grande et trop longue sécheresse; les légumes, grains et blés brûlés. Ce fut la première fois qu'il l'a vue descendue et en procession.
_Le 23, mardi._—Il va à l'hôtel de ville pour voir le feu de la Saint-Jean.
_Le 6 juillet, lundi._—Il va par la galerie au-dessous, en l'endroit du grand parterre, où M. de Pluvinel[227], l'un de ses écuyers, très-excellent en cette science, lui montre à monter à cheval pour la première fois, un petit cheval noir nommé _le Couchon_, va le pas, le trot et courbettes, et passades, en rond, en battues, en avant, aussi juste qu'il n'y avoit à redire; fit autant sur un cheval barbe de M. de Guise, étant intelligent de la conduite, du talon et de la main, de la houssine, et fermeté du corps, qu'un chacun en étoit en admiration. Je dis ceci à la vérité et sans flatterie, et que tel s'en fût trouvé qui en eût appris un an durant, qu'il n'eût si parfaitement fait, ayant la grâce et prestance sur tout.
[227] Antoine de Pluvinel, gentilhomme dauphinois, est le premier qui ouvrit en France des _académies_ selon la mode italienne. Il fut d'abord écuyer du duc d'Anjou, qu'il suivit en Pologne; Henri IV lui confia sa grande écurie, le nomma son chambellan, sous-gouverneur du Dauphin et ambassadeur en Hollande. Il fut à son retour gouverneur du duc de Vendôme, et il mourut à Paris, le 24 août 1620, laissant des travaux très-curieux sur l'art de l'équitation.
_Le 12, dimanche._—Il va chez la Reine à trois heures, entre en carrosse, va en la place Royale, chez le sieur d'Escures, la Reine sa mère aussi, pour voir la compagnie de gendarmes de Monsieur, qui se trouva à la tête, et sur les quatre heures goûté de la collation du sieur d'Escures.
_Le 13, lundi._—Ce jourd'hui, après dîner, Monsieur a été mis entre les mains de M. de Brèves.
_Le 15, mercredi._—Il va par la galerie au manége, va en carrosse, et la Reine aussi, à la Bastille, pour en tirer douze cent mille livres[228], va par toute la Bastille, ne voit point M. le comte d'Auvergne[229].
[228] La chambre des comptes ayant refusé cinq fois les lettres patentes du Roi pour extraire cette somme de la Bastille, un arrêt du conseil décida le 14 qu'on passerait outre, et le Roi y alla en effet le 15 avec sa mère et tous les grands de la cour.
[229] «Le Roi ne vit point M. le comte d'Auvergne, il n'y eut que la Reine. Comme il fut fait venir, on fit trouver bon au Roi de s'aller promener; comme il revint, on avertit le prisonnier de se retirer.» (Lettre de Malherbe du 17 juillet.) _Voy._ dans cette lettre les détails sur la descente du Roi et de la Reine mère à la Bastille.
_Le 18, samedi._—Il faisoit une des plus excessives et des plus étouffantes chaleurs qu'on eût senties de mémoire d'homme. Il s'en plaint, va au manége. On l'éventoit un peu, cependant il va chasser à une heure.
_Le 21, mardi._—Il va à Champs, soudain au parc, monte sur une petite butte, couverte en pavillon, où il fait porter son petit lit, le fait monter et dresser et y aide lui-même, va trouver les seigneurs qui l'avoient accompagné, qui dînoient, MM. les ducs d'Uzès[230], de Montbazon, le maréchal de Souvré, les sieurs de Bassompierre, de Saint-Géran, de Haillier[231], de Vitry et autres, se met à table parmi eux. Ils boivent tous à sa santé. Il but à eux tous du vin clairet fort trempé; retourne à sa butte, se couche dans son lit. Il se fait entretenir par ces seigneurs de propos sérieux, s'amuse à ses fusées. Il revient à Paris souper.
[230] Emmanuel de Crussol, chevalier d'honneur de la reine Anne d'Autriche en 1615, chevalier des ordres du Roi en 1619, mort le 19 juillet 1657.
[231] François de l'Hôpital, seigneur du Hallier, frère du maréchal de Vitry, fut nommé évêque de Meaux par Henri IV; mais il prit la profession des armes, fut capitaine des gardes, et devint maréchal de France en 1643; il mourut le 20 avril 1660, aimé et estimé des rois Louis XIII et Louis XIV «pour sa fidélité incorruptible».
_Le 22, mercredi._—Il court, pour la première fois, la bague sur la place Royale: de deux courses, deux bonnes atteintes.
_Le 29, mercredi._—Au manége il court la bague et gagne le prix, qui étoit une montre d'horloge.
_Le 6, août, jeudi._—Il va chez la Reine, au conseil, où MM. du parlement et de l'hôtel de ville viennent par son commandement, pour recevoir ses commandements durant son absence.
_Le 7, vendredi._—Tous les matins il va au manége. Il donne, après son dîner, audience aux députés de province, envoyés par les états du pays pour désavouer leurs députés envoyés aux états généraux, sur ce qu'ils avoient demandé le concile de Trente[232]. M. Miron, prévôt des marchands, et les colonels de la ville prirent congé de lui.
[232] Le mariage du Roi avait excité une vive sympathie en France; les Réformés seuls s'y opposèrent de toutes leurs forces, et obtinrent même qu'on retardât l'union jusque après la réunion des états généraux, espérant qu'il en surgirait quelque obstacle. Les états se séparèrent sans rien résoudre.
_Le 13, jeudi._—Ce matin le Roi étant encore au lit, et nous parlant à lui, le tonnerre tomba dans la rue des Polies, devant l'hôtel de Sipierne, où j'étois logé; ma nièce Claude du Val, encore couchée, vit passer l'éclair et entendit comme le bruit d'une fusée.
_Le 15, samedi._—Il va à confesse, en son cabinet, au P. Coton, touche trois cent cinq malades, va à la messe aux Feuillants, à vêpres à Notre-Dame.
_Le 16, dimanche._—Il va avec la Reine à la Bastille tirer de l'argent pour son voyage de Guyenne[233]. En se couchant, il fait mettre son réveille-matin à trois heures et demie.
[233] Le Roi venait en tirer une somme de 1,300,000 livres pour armer un nombre suffisant de troupes.
_Le 17, lundi._—A six heures et trois quarts il entre en carrosse, et part de Paris pour le voyage de Bordeaux, va à Chartres dîner à dix heures _au Dauphin_.
_Le 20, jeudi, à Orléans._—Il loge en la maison de M. de Beaumont, bailli d'Orléans, la Reine logée à la grande maison.
_Le 24, lundi._—Il arrive à Amboise pour la première fois; M. de Luynes, gouverneur de la place[234], lui donne à dîner. La Reine arrive, il va au-devant, la mène en la salle où le sieur de Luynes lui donne le festin. Le Roi dit qu'il ne veut pas souper, et cependant mangea quelques grains de raisin. Il étoit assis au-dessous de Madame, et la servoit.
[234] Il venait d'être pourvu de cette charge.
_Le 25, mardi._—Il va chez la Reine, donne audience à messieurs les députés de la cour de parlement de Paris, sur la prison du président Le Jay[235], et aux députés de l'assemblée tenue à Grenoble par ceux de la Religion[236]. Le soir la Reine part pour aller souper et coucher à Chenonceaux.
[235] Le président Le Jay avait été arrêté le 17, jour du départ du Roi; on le conduisit au Louvre, et comme le Roi était parti, on le mena à la suite du cortège; Mme Le Jay présenta aussitôt requête au parlement, et une députation de quatre présidents et six conseillers fut dépêchée vers la cour. Quand on sut le départ de Louis XIII, l'agitation redoubla, le prince de Condé écrivit pour l'exciter encore, et on expédia à Poitiers MM. d'Ons-en-Bray, Courtois et Pelletier. Le président Le Jay fut relâché presque aussitôt.
[236] Le 28 le Roi reçut les députés réformés de l'assemblée de Grenoble, et souscrivit à leur demande, le 12 septembre.
_Le 27, jeudi._—Il va au Plessis, où M. de Lansac lui a donné la collation, va le soir à l'abbaye Saint-Julien, où M. de Courtenvaux lui a donné à souper, revient à onze heures à Tours. Il y voit M. du Plessis-Mornay.
_Le 31, lundi._—Il arrive à Poitiers, où il dîne et soupe[237].
[237] Pendant son séjour à Poitiers, le Roi publia une déclaration, datée du 10, par laquelle il privait le prince de Condé et ses adhérents de tous biens et honneurs, comme criminels de lèse-majesté. Le prince avait quitté la cour en juillet et lancé, le 9 août, un violent manifeste contre les membres du conseil du Roi.
_Le 2 septembre, mercredi._—Il se rend à Saint-Maure, et va en carrosse aux Jésuites, où l'on représente devant lui des jeux dont le sujet étoit _l'Assemblée des Dieux_ pour se réjouir de son mariage. Le soir il va chez la Reine.
_Le 3, jeudi._—Le Roi va à Châtellerault, où M. de Sully le vient saluer, et il regagne Poitiers.
_Le 14, lundi._—A deux heures chez la Reine, au conseil, puis à Crotelles; il revient souper[238].
[238] Madame était malade de la petite vérole et la Reine également. La cour demeura à Poitiers jusqu'au 28; mais le Roi changea aussitôt de logis, et alla près de la porte de la ville.
_Le 21, lundi._—Il va chez la Reine, revient à deux heures, va en carrosse à vêpres, à quatre heures en la grande place, où il monte à cheval, et en fait manier, va au jeu de paume, puis chez la Reine à six heures.