Journal de Jean Héroard - Tome 2 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628)
Part 11
_Le 28, mardi._—A six heures soupé; il mange du veau rôti de quatre mois, nourri de lait au jus d'orange[167]; c'est la première fois. Il va chez la Reine, à la comédie italienne, revient à huit heures trois quarts.
[167] Dans un poëme manuscrit qui a pour titre: _Explication de toutes les grottes, rochers et fontaines du château royal de Versailles_, dédié à Louis XIV (Bibl. Imp., fonds de Versailles, nº 168), l'auteur de ce poëme, C. Denis, dit en parlant de la Ménagerie de Versailles:
Pour la bouche du Roi l'on y nourrit des veaux De lait et jaunes d'œufs, excellents et fort beaux.
_Le 30, jeudi._—L'ambassadeur d'Angleterre prend congé de lui pour s'en retourner et porter l'accord fait du mariage de Mme Christienne[168]; M. d'Épernon et ses trois fils le viennent voir.—Il va chez la Reine, à la comédie italienne, et à neuf heures et demie va à la salle voir un ballet de dix de ses petits enfants d'honneur, appelé les Divers.
[168] Ce mariage ne se fit pas.
_Le 1er février, samedi, à Paris._—Il s'amuse à tourner des petites pièces d'ivoire sous un excellent ouvrier allemand[169] qui lui avoit dressé un tour.—Mis au lit, il dit tout son office, pour gagner temps pour le matin suivant qu'il avoit à communier.
[169] _Voy._ au 10 janvier précédent.
_Le 2, dimanche._—A neuf heures trois quarts il va à la messe, en Bourbon, revient à dix heures trois quarts en la grande galerie, où il touche quatre-vingts malades.
_Le 3, lundi._—Il va chez la Reine, et à dix heures trois quarts à la salle du bal y voir danser un ballet de la ville, de Guitrot l'espagnol, et le combat des chats et des rats.
_Le 4, mardi._—Il va à la foire Saint-Germain et à la comédie italienne.
_Le 6, jeudi._—Il s'amuse à tourner de l'ivoire, fait des vases.—Il va à la comédie italienne.
_Le 10, lundi._—Il va à la messe en Bourbon, puis en carrosse jouer à la paume, au jeu de Grenelle.
_Le 12, mercredi._—A une heure et demie il entre en carrosse, va à la foire.—Mis au lit, il envoie quérir ses harquebuses à sa garde-robe, pour les faire voir à M. de Termes[170]; il y en avoit cinquante-cinq.
[170] «M. de Termes, le vendredi 7e de ce mois, fit serment de premier gentilhomme de la chambre.» (_Lettre de Malherbe_, du 13 février.)
_Le 13, jeudi._—Il va en son cabinet, prend une cresserelle[171] sur son poing, et va en la galerie lui faire voler un moineau. Mis au lit, il envoye à sa garde-robe pour quérir ses armes et les montrer à M. le Grand; il s'endort à sa musique de voix et de luths.
[171] Oiseau de proie, du genre faucon.
_Le 16, dimanche._—A huit heures et un quart déjeuné; il n'y eut point d'exhortation. Le jour précédent, la Reine le défendit au sieur de Fleurence[172].—Après souper il va chez la Reine, puis revient en sa chambre où se présente le sieur de Liverot, de la maison d'Oraison en Provence, pour le remercier de la grâce qu'à sa prière il avoit obtenu de la Reine, sur ce qu'il avoit querellé dans sa chambre; le Roi lui dit gravement: _La Reine ma mère vous a donné la grâce, vous ne l'eussiez pas eue sans moi, mais soyez une autre fois plus sage_; paroles dites de son mouvement[173].
[172] Précepteur du Roi.
[173] Voici comment ce fait est raconté par Malherbe: «M. de Lyvarrot, dont vous aviez pu ouïr l'emprisonnement à la Bastille, pour un souffle qu'il avoit donné dans l'antichambre de la Reine (à un nommé La Ferté-Silly, de Normandie), a eu aujourd'hui sa grâce, et est venu dans le cabinet remercier Sa Majesté. Le Roi s'étoit allé coucher, et n'y avoit au cabinet que Mme la princesse de Conty et Mme de Guise. M. de Souvray s'est approché de la Reine et lui a dit quelque chose à l'oreille, et lors il s'est tourné vers M. de Lyvarrot qui s'est jeté à deux genoux aux pieds de la Reine et a parlé fort bas. Il n'a guère parlé, que la Reine lui a dit: «Levez-vous»; il a toutefois toujours continué à genoux. Comme il a eu fort peu parlé, la Reine lui a dit: «Une autre fois soyez plus sage.» Il a encore dit quelque chose, à quoi la Reine a répondu par deux fois: «Je sais bien cela.» Voilà tout ce que j'en ai ouï, encore que je fusse tout auprès, sinon qu'il la supplioit très-humblement de lui pardonner: aussi n'a-t-il dit autre chose, car je l'ai su de lui-même, lorsqu'il a été hors de la présence de la Reine.» (_Lettre à Peiresc_ du 16 février 1614.) M. L. Lalanne ajoute en note: «L'affaire ne se termine pas là; le 17 janvier 1615, un duel eut lieu à Bicêtre entre La Ferté et Lyvarrot qui y fut blessé à mort.»
_Le 18, mardi._—Après souper il va en sa garde-robe choisir les armes qu'il veut porter[174].
[174] «Le Roi montre une extrême envie d'aller à la guerre, et devant hier il se fit armer de toutes pièces, avec un tel contentement de se voir en cet équipage, que s'étant mis au lit, il ne voulut pas laisser son casque, et disputa longtemps qu'il dormiroit mieux avec ce casque qu'avec son bonnet de nuit; mais enfin il se laissa aller aux remontrances qu'on lui fit de le quitter.» (_Lettre de Malherbe_, du 20 février 1614.)
_Le 28, vendredi._—Il va aux Tuileries puis au jeu de paume de Grenelle; essuyé chez M. Leclerc, il y a goûté, a bu du vin blanc bourru, trempé, et du vin clairet trempé, trouve l'un et l'autre bien fort[175].
[175] Héroard note en marge: «Vin bourru, première fois.» Le vin bourru est du vin blanc nouveau. Malherbe écrit à la date du 1er avril 1614: «Depuis que le Roi a pris le vin et quitté le latin, sa santé et son embonpoint croissent à vue d'œil.»
_Le 1er mars, samedi._—M. le président de Thou, prenant congé de lui, s'en allant député vers M. le prince de Condé à Mézières, le Roi lui dit, mettant ses deux mains sur ses épaules: _Allez, et dites à ces messieurs-là qu'ils soient bien sages_.
_Le 6, jeudi._—M. Beringhen me racontoit que le Roi parloit en dormant, au commencement de son dormir[176], et disoit: _Jetez ce chapeau par dessus la muraille; hé! jetez, jetez par dessus la rivière qui passe à Bayonne; que ne l'a-on mis à la Bastille_. Le Roi l'entend, et dit: _C'est que je demandois pourquoi on n'avoit pas mis mon frère de Vendôme dans la Bastille; il a ouvert mes dépêches que j'envoyois à M. de Montbazon, il les a ouvertes[177]!_
[176] C'est-à-dire la veille au soir.
[177] «M. de Vendôme est à sa maison d'Anceny, sans aucune troupe; cette maison est à dix lieues par delà Angers, sur la rivière de Loire, où il a mis un petit bateau pour apprendre ce qui passera sur la rivière, sans toutefois faire jusqu'ici autre mal. Vous savez qu'il avoit fait détrousser un paquet du Roi à M. de Montbazon; il s'en est excusé à la Reine par une lettre qu'il lui a écrite; mais je ne crois pas qu'elle en soit fort satisfaite: la Reine dit tout haut qu'il s'est fait criminel de lèse-majesté pour un morceau de papier.» (_Lettre de Malherbe_, du 10 mars 1614.)
_Le 10, lundi._—Mis au lit, il s'amuse à faire des vers et donne le sujet pour en faire aux sieurs de Termes, de Courtenvaux et de Montglat, sur une marcassine nourrie à sa cuisine par Bonnet, porteur d'eau, qui se tua d'une chute. La marcassine coucha toute la nuit contre le corps (du porteur d'eau), et le cherchoit toujours depuis être enterré; elle se laissa mourir de faim, n'ayant jamais voulu manger, quelque soin que l'on en prît. Le Roi fit ces quatre vers:
Il y avoit en ma cuisine Une petite marcassine, Laquelle est morte de douleur D'avoir perdu son gouverneur.
_Le 20, jeudi._—Il va au jeu de paume de Grenelle, puis voir le cabinet du sieur de La Chapelle, son joueur d'épinette.
_Le 24, lundi._—Il va à la volerie au delà du Bourget, à cheval, à pied.—Mis au lit, il s'amuse à jouer au trictrac.
_Le 27, jeudi saint._—Il va au sermon, en la salle, fait par M. l'archevêque d'Aix[178], lave les pieds aux enfants, va à la messe en Bourbon.
[178] Paul Hurault de l'Hôpital.
_Le 30, dimanche, jour de Pâques._—A neuf heures et un quart il va à la messe en Bourbon, revient en la grande galerie, à dix heures et trois quarts, où il a touché quatre cent quarante malades, et à onze heures et demie dîné. Il va en carrosse au sermon, aux Carmes, puis à vêpres à Saint-Victor. A huit heures devêtu, il joue au renard et aux poules sur ses affaires.
_Le 31, lundi._—Mis au lit, il se lève pour voir l'écurie de la reine Marguerite qui brûloit devant son logis[179], l'envoie visiter par un gentilhomme nommé le sieur de la Plasse.
[179] De l'autre côté de la Seine.
_Le 2 avril, mercredi, à Paris._—Mené en carrosse hors la porte Saint-Michel, il monte à cheval et va à la volerie à Antony et vers l'étang de Massy, vole et prend deux poulettes d'eau, jette l'oiseau, les prend, et l'entreprend contre l'opinion d'un chacun. Ce vol n'avoit jamais été entrepris.
_Le 3, jeudi._—Il va en carrosse hors de la porte Saint-Antoine, pour voler des poules d'eau qui étoient dans le fossé, puis va au Mesnil-Montant et de là à Belleville-sur-Sablons, pour y voir les sources des fontaines qui viennent à Paris.
_Le 6, dimanche._—Il va chez la Reine, puis, à une heure et demie, en carrosse aux Chartreux, à vêpres, puis à Issy, à la maison de la reine Marguerite, y tire de la harquebuse et blesse un merle auprès de lui, comme il chantoit; il demande au sieur Renard, l'un de ses chirurgiens, s'il guariroit bien, et le lui baille.
_Le 7, lundi._—Mis au lit, l'on lui rapporte le décès de M. le connétable[180]; il en demeure touché, et dit: _Il y en aura beaucoup qui demanderont cette charge, mais il ne la faut donner à personne_.
[180] Henri Ier, duc de Montmorency; son successeur, Charles d'Albert de Luynes, ne fut nommé qu'en 1621.
_Le 10, jeudi._—Il va au Pré-aux-Clercs voir faire monstre à sa compagnie de chevau-légers.
_Le 11, vendredi._—A dîner le sieur de Blainville, cornette de la compagnie de Sa Majesté, lui dit: «Sire, la Reine m'a fait l'honneur de me commander que dorénavant mes compagnons soient en armes quand nous irons l'accompagner.» Le Roi répond soudain: _Pourquoi? Le peuple de Paris pensera que j'ai peur quand il verra cela. Je n'ai point peur, je ne les crains point_, entendant parler des princes qui s'étoient retirés mal contents de la Cour.—«Sire, j'estime que le peuple en sera bien aise, voyant le soin que l'on aura de bien conserver la personne de Votre Majesté.»—_S'ils venoient, les battrions-nous pas?_—«Sire, ils auroient un grand avantage sur nous.»—_Quel?_—«Autant qu'il y en a d'avoir un pourpoint de toile à un de fer.» Le Roi, ayant un peu songé, répond: _Bien, mais dites-leur que, sortant et entrant en la ville, qu'ils mettent leurs manteaux sur leurs armes_.
_Le 13, dimanche._—Il va à Issy, chez la reine Marguerite, chemine fort à pied, monte au haut de la montagne.
_Le 15, mardi._—Mis au lit, M. le Grand lui ayant raconté en l'oreille ce qui s'étoit passé à Soissons pour la paix avec M. le prince de Condé, il n'en fait paroître en son visage aucune marque de joie ne de tristesse, et se prend à entretenir la compagnie; et, chacun étant retiré, il nous dit à M. de Préaux et à moi: _La paix est faite, je crois que ce sont les prières des quarante heures qui en sont cause_[181]; le sieur de Préaux, prenant la parole, le confirma en cette créance.
[181] La paix entre la Reine et les princes fut signée le 15 mai suivant à Sainte-Ménehould.
_Le 16, mercredi._—Il va chez la Reine, donne audience à l'ambassadeur de l'Empereur.
_Le 18, vendredi._—Il va en carrosse hors la porte Saint-Michel, où il monte à cheval et va près de Vaugirard, où il chasse au chien couchant, tire et tue une perdrix; c'est la première fois qu'il a fait cette chasse.
_Le 20, dimanche._—A onze heures il va chez la Reine, la voit saigner et piquer deux fois[182].
[182] «Je fus hier au Louvre, mais je n'y appris rien, à cause que l'on ne voyoit point la Reine, et n'y entra homme quelconque que le Roi.» (_Lettre de Malherbe_, du 22 avril.)
_Le 22, mardi._—A trois heures il entre en carrosse, la Reine aussi, va au Pré-aux-Clercs où il monte à cheval, pour voir le régiment des gardes en quatre bataillons, puis met pied à terre, et fut bien deux heures, allant à l'un puis à l'autre, leur voyant faire les exercices.
_Le 26, samedi._—A dîner, il demande s'il a bu, n'a fait que rêver en dînant, parlant ou chantant.
_Le 28, lundi._—Il va en la galerie, fait les exercices, très-bien, veut être mousquetaire; il a trente-deux petits gentilshommes. Étant sur ses affaires, il s'amuse à monter des horloges, qui avoient des ressorts à faire prendre feu à la poudre.
_Le 1er mai, jeudi, à Paris._—Il va à vêpres aux Bonshommes, puis à Auteuil, au jardin de M. Brouay, pêcher à un petit vivier et dénicher des merles.
_Le 2, vendredi._—A huit heures levé, il dit avoir songé que l'on lui tiroit du sang, mais dit que ce n'étoit que de l'eau; c'étoit sur le temps que M. le prince de Condé débattoit pour avoir Amboise; M. Vignier[183] en revient ce matin.
[183] Claude Vignier, président au parlement de Metz, négociateur de la Reine près du prince de Condé. «Il ne tenoit qu'à Amboise, que la Reine avoit fait quelque difficulté de bailler.» (_Lettre de Malherbe_, du 3 mai.)
_Le 3, samedi._—Il va chez la Reine, à la chapelle de son antichambre, puis au conseil tenu pour savoir si Amboise seroit baillé pour sûreté à M. le prince de Condé, jusques après la tenue des États. Il fut résolu qu'il le seroit.
_Le 7, mercredi._—Il va chez la Reine, puis monte en haut, à la chambre de MM. les premiers gentilshommes de la chambre, où il fait les exercices de sa compagnie; celui qui les fait faire c'est le sieur de l'Hostelneau[184], lieutenant au régiment des gardes.
[184] Jean de l'Espez, seigneur de l'Hostelneau, etc., depuis capitaine major au régiment des gardes françaises.
_Le 15, jeudi._—Éveillé à sept heures et un quart, il raconte comme il avoit songé qu'il étoit en la petite galerie, où il avoit trouvé le moine bourré[185], qui tenoit un petit diable noir ressemblant à un singe par une laisse tenant à un collier qu'il avoit au col; qu'il dit au moine bourré qu'il lui prêtât ce petit diable pour faire peur à Mme de Guise; que s'étant approché de lui, lui a commandé de ne s'approcher pas, lui disant: «Va-t'en au diable»; qu'il s'en va, qu'il alla trouver la Reine, sa mère, et parla à elle à l'oreille, qui lui commanda d'aller faire peur à Mme de Guise.
[185] Ou moine bourru, fantôme, revenant, qui était un objet de superstition. «Ce fantôme, ajoute M. Littré, était ainsi dénommé parce qu'on le représentait vêtu de bourre ou bure.» Malherbe écrivait à Peiresc, le 8 janvier 1613: «Nous avons ici un compagnon du moine _bourré_, à qui l'on avoit donné le nom de _Tasteur_; l'on dit que c'étoient bons compagnons, qui avoient des gantelets de fer, et au bout des doigts des ergots de fer, de quoi ils fouilloient les femmes, et qu'il y en avoit à tous les quartiers.»
_Le 18, dimanche._—A neuf heures levé, vêtu, il va à la messe en Bourbon, revient à dix heures trois quarts; entrant à la cour du Louvre, il prend du pain, boit du vin fort trempé, touche huit cent sept malades. A midi dîné; il va chez la Reine. A deux heures il entre en carrosse, va au sermon et à vêpres aux Cordeliers[186], puis se promener à Issy.
[186] «Dimanche dernier, le comte de Crissey vint apporter au Roi une lettre de M. le Prince. Le Roi étoit tout au haut du Louvre, en une fenêtre qui regarde sur la cour; comme on le lui vint dire, il commanda qu'on allât querir M. de Souvray, qui étoit allé dîner et n'étoit point revenu, afin qu'il le lui présentât. M. de Souvray venu, on fit entrer cet ambassadeur, qui dit au Roi que M. le Prince lui baisoit très-humblement les mains et lui avoit baillé cette lettre pour lui rendre, avec commandement de l'assurer qu'il étoit son très-humble serviteur. Le Roi répondit: «Que fait-il? Comme se porte-t-il?» Et là-dessus lut la lettre; puis dit à M. de Souvray qu'il vouloit aller ouïr vêpres aux Cordeliers, ce qu'il fit sans dire autre chose au comte de Crissey.» (_Lettre de Malherbe_, du 20 mai.)
_Le 19, lundi._—Il va en carrosse aux Chartreux, où il fait hâter ses vêpres, puis va à Vanves, au logis du sieur de Montescot, où il court un chevreuil.
_Le 23, vendredi._—Il va par la galerie aux Tuileries, où il a tiré au blanc avec la harquebuse; à six heures et demie il y a soupé, au pavillon ancien.
_Le 25, dimanche._—Il va au sermon en la chapelle de Bourbon, puis en carrosse à Vanves, chez le sieur Prevost, puis chez le sieur de Bevilliers et après chez le sieur Du Tillet; goûté chez M. de Bevilliers.
_Le 28, mercredi._—A sept heures et un quart il entre en carrosse, va à la messe aux Bonshommes, puis à Saint-Cloud où il arrive à dix heures. A dix heures et un quart dîné au logis de M. de Gondi; il va par les jardins, aux fontaines, aux grottes; tiré et tué beaucoup de petits oiseaux à la harquebuse. A une heure et demie il va au bois de Boulogne, où il a chassé, tiré, tué des oiseaux, entre autres un auriol[187] et une orfraie.
[187] Nom vulgaire du loriot.
_Le 30, vendredi._—Il va en son cabinet des livres, où il s'amuse à faire diverses figures de bataillons avec des figures de plomb, sur une table percée.
_Le 31, samedi._—Après dîner il va en la galerie, va faire ses exercices en armes. A sept heures M. le duc de Longueville arrive de Soissons, après la paix, lui fait la révérence. Soupé, il va chez la Reine, revient à huit heures trois quarts[188].
[188] «M. de Longueville est arrivé aujourd'hui sur les cinq ou six heures du soir; il est allé descendre chez M. le comte de Saint-Pol, et de là s'en sont venus, sur les sept heures, chez le Roi. Sa Majesté étoit sur le perron qui est au bout de la galerie dorée, où vous vîtes recevoir les ambassadeurs d'Espagne pour le mariage. Comme M. de Longueville est entré dans la galerie, il n'y a pas eu fait une douzaine de pas, que le Roi est sorti du perron et est venu au-devant de lui, et l'a rencontré plus près de la porte que de là où il étoit parti... M. de Longueville a fait quelque petite harangue, et le Roi une réponse encore plus courte... Le Roi lors s'en alloit souper; M. de Longueville a été à la moitié de son souper, où il ne s'est parlé que de propos communs. De là M. de Longueville s'en est allé aux Tuileries voir la Reine; cela m'a trompé, car je m'imaginois qu'il seroit avec le Roi jusques au retour de la Reine, et que de là le Roi allant chez la Reine, comme il fait tous les soirs après souper, le mèneroit avec lui... Comme M. de Longueville eut vu le Roi, et lui eut tenu compagnie jusques à la moitié de son souper, il s'en alla aux Tuileries trouver la Reine; elle étoit au bout de la grande allée, où elle oyoit chanter le Villars et un page que la reine Marguerite y avoit amenés; la Reine étoit debout. M. de Longueville, après deux grandes révérences, lui baisa le bas de la robe. Elle lui fit signe avec la main qu'il se relevât, ce qu'il fit et se retira deux pas en arrière, sans dire mot quelconque. Lors la Reine lui dit: «D'où êtes-vous parti aujourd'hui?» Il répondit qu'il étoit parti de Trie, à cinq postes d'ici. Puis elle lui dit que la barbe lui étoit venue, et qu'il la falloit couper: ce fut là tout le discours. La Reine étoit masquée, qui fut cause que l'on ne put rien juger de sa passion par son visage.» (_Lettres de Malherbe à Peiresc_, des 31 mai et 1er juin.)
_Le 1er juin, dimanche, à Paris._—Il va en carrosse au jeu de paume de Grenelle, où il est frappé sur les dents d'un coup de balle, par le chevalier de Souvré; il saigna un peu.
_Le 4, mercredi._—A cinq heures levé, impatient de partir pour aller à Ruel; à six heures déjeuné, à six et demie il entre en carrosse, va à la messe aux Feuillants, arrive à neuf heures et demie à Ruel, où il a dîné, s'amuse dans la maison. A quatre heures il monte à cheval, tire de la harquebuse tout à cheval, tue quantité de petits oiseaux, va chez un menuisier, y fait faire deux petits châssis de son dessein, y travaille lui-même, puis y pend tous les petits oiseaux.
_Le 5, jeudi._—On lui dit la mort du chevalier de Guise[189]; il en blêmit, dit en être fort marri, et un témoignage de son intérieur fut qu'il dit: _Il étoit toujours auprès de moi; je n'allois jamais à la chasse qu'il ne vînt avec moi._—Il va par la galerie à vêpres, aux Feuillants; joué aux Tuileries, puis il va en carrosse à l'hôtel de Guise.
[189] François-Alexandre-Paris de Lorraine, tué le 1er juin 1614, à Baux en Provence, par l'explosion d'une pièce de canon.
_Le 7, samedi._—Il fait ses exercices en armes, à la galerie; étudié. Il va jouer en son jeu de paume couvert; ce fut la première fois après avoir été couvert[190].
[190] C'est-à-dire depuis que ce nouveau jeu de paume avait été couvert.
_Le 12, jeudi._—Il va en carrosse chez la reine Marguerite[191].
[191] Même mention pour le lendemain 13 juin.
_Le 15, dimanche, à Paris._—A onze heures et demie il va chez la Reine, puis dîné. MONSIEUR est baptisé et la petite MADAME en la chapelle qui est dans la tour de l'antichambre de la Reine, sur le midi, par M. le cardinal de Bonzy. Les parrain et marraine de MONSIEUR ce fut M. le cardinal de Joyeuse et la reine Marguerite, et son nom _Gaston-Jean-Baptiste_; de MADAME ce fut MADAME, sœur aînée du Roi, et M. le cardinal de la Rochefoucauld, et son nom _Henriette-Marie_. Il va à vêpres à Saint-Eustache, puis joue en son jeu de paume.
_Le 21, samedi._—Il part à six heures et un quart en carrosse, va à la messe aux Feuillants, et, chassant en chemin, tire de la harquebuse tout à cheval, aux petits oiseaux; arrive à neuf heures à Saint-Germain-en-Laye.—Il va au jeu de paume, puis au fossé du bâtiment, où il fait un terrier. A cinq heures et demie soupé; peu après il monte à cheval, passe la rivière, va à la garenne, chasse aux panneaux et aux levriers, revient à huit heures, écrit à la Reine. Peu après devêtu; étant sur ses affaires, il s'amuse à imprimer sur de la cire d'Espagne la gravure d'un Hippocrate et d'un lion, que j'avois en bague[192].
[192] _Voy._ au 26 avril 1608.
_Le 22, dimanche, à Saint-Germain._—Il va à la chapelle de la terrasse, puis monte à cheval et va surprendre M. de Souvré et M. de Frontenac qui déjeûnoient à la petite maison du côté de Carrières. A une heure et demie botté, il monte à cheval, va au parc, y court un cerf et le prend. C'est la première fois qu'il a couru le cerf dans le parc, guidé par M. de Frontenac, premier maître d'hôtel et capitaine de Saint-Germain.—La Reine arrive, il va au-devant.
_Le 23, lundi._—Il va chez la Reine, étudié. A trois heures il passe l'eau, va chasser à la garenne en carrosse. Après souper il se va promener sur les terrasses, va voir le feu de la Saint-Jean, sur le pavé du préau.
_Le 25, mercredi._—Botté à douze heures et demie, il entre en carrosse jusques au laissez-courre, guidé par le sieur baron de Palluau, fils du sieur de Frontenac, court le cerf, le voit plusieurs fois, et se trouve à la mort. C'est la première fois qu'il a couru le cerf dans la forêt; il courut, sans relayer, deux heures et plus.—Après souper il va chez la Reine, au parc, fait faire la curée du cerf, jette des fusées sur la terrasse.
_Le 26, jeudi._—Après souper il va au parc, au-devant de la Reine, et à neuf heures à la comédie italienne, dans la galerie du côté du parc.
_Le 28, samedi._—Étudié, goûté, il va au parc, à la comédie italienne.
_Le 29, dimanche._—Il va à la comédie italienne, à l'entrée de l'allée.
_Le 30, lundi._—Il va à la galerie, au conseil.
_Le 1er juillet, mardi, à Saint-Germain._—A dix heures et demie il va chez la Reine et au conseil, en la galerie, là ou il fut résolu qu'il partiroit demain pour aller à Paris et de là à Orléans.