Journal de Jean Héroard - Tome 1 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1601-1610)

Part 43

Chapter 434,020 wordsPublic domain

_Le 11, lundi._—A souper M. le Chevalier parle de Sainte-Geneviève des Ardents, le Dauphin lui demande: _Comment! brûle-t-elle?_—«Non, mon maître, mais ses reliques guérissent ceux qui brûlent.»—_Qui étoit-elle?_—«C'étoit une sainte.»—_Ya-t'i longtemps?_—«Oui, mon maître.»—_Combien?_—«Je ne sais, mon maître.»—_Pourquoi les guérit-elle?_—«Je ne sais, mon maître.» Il s'enquéroit avec attention, curiosité, et desir.

_Le 12, mardi._—Mené par la galerie aux Feuillants, il trouve le Roi aux Tuileries, revient avec lui chez la Reine. Don Philippe, marquis de Guadalesta, allant de Flandres en Espagne, le vient saluer et entre autres choses lui demanda s'il trouvoit belle l'Infante?—_Oui_, répond le Dauphin; il lui demande s'il lui plaisoit qu'il lui en envoyât un portrait?—_Oui, mais j'ai le cœur françois._»

_Le 14, jeudi._—Dîné avec impatience, pour aller à la chasse où M. le comte de Soissons le devoit mener et l'attendoit à la salle; il met des marrons rôtis non pelés dans sa pochette. Botté, il entre en carrosse, est mené par le Roule, où le pavé étoit couvert du débordement de la rivière, au parc de Madrid, y est monté sur sa petite haquenée baie, court deux lièvres. La pluie et la grêle surviennent, il se prend à galoper pour gagner le château; il change de chemise; l'orage passé, il remonte à cheval; goûté à cheval, d'une petite tarte de massepain et de deux marrons qu'il tire de sa pochette.

_Le 15, vendredi._—Il s'amuse à faire travailler des garçons de sa chambre à enfiler des verres de couleur en façon de broderie, pour en faire des colliers à ses chiens.

_Le 16, samedi._—Mené chez le Roi, ramené à six heures trois quarts, soupé, il ne veut point de dragées de fenouil[637], par impatience d'aller en sa chambre pour y voir jouer un italien nommé Simon, juif ce disoit-on, qui jouoit lui-même quatre ou cinq personnages. Mené chez LL. MM., il voit chez la Reine un joueur de marionnettes, y prend plaisir; ramené à minuit.

[637] Le Dauphin en mange ordinairement après ses repas, ainsi que le Roi.

_Le 17, dimanche, au Louvre._—Après souper il voit jouer un joueur de marionnettes, y prend plaisir, puis est mené chez le Roi pour voir danser le ballet de M. de Vendôme, n'en voit que la singerie, le demeurant n'ayant pu être dansé à cause de la presse.

_Le 18, lundi._—Mené chez le Roi et au ballet de M. de Vendôme en la grande salle[638].

[638] «Les danseurs du ballet, dit Malherbe dans une lettre du 6 février, entraient de cette façon quatre à quatre: les quatre premiers étoient M. de Vendôme et le comte de Cremail, qui alloient ensemble en forme de tours, M. de Termes et la Ferté, petit-fils de M. le maréchal de Fervaques, en forme de femmes de grandeur colossale, suivoient après.

«Des autres quatre, les deux premiers dansoient sous la forme de deux grands pots à fleurs, et les deux derniers sous la forme de chats-huants ou hiboux: les pots étoient le baron de Sainte-Suzanne, etc.; les chats-huants étoient le comte de Roche-Guyon et le baron de la Chataigneraye.

«Des quatre derniers les deux premiers étoient Sesy et Jouy, qui étoient en forme de basses de violes, et les derniers en moulins à vent, qui étoient M. le général des galères et Vinsy.

«Après qu'ils avoient dansé sous ces formes, ils se retiroient au bas de la salle; et là sortoient de dedans ces instruments, et dansoient en leurs formes naturelles quatre à quatre, c'est à savoir les quatre premiers ensemble, puis les quatre seconds, et puis les quatre derniers, et puis dansoient tous ensemble; puis se retirèrent dans leurs machines, et lors les nains sortirent.

«Il ne me souvient pas qui étoit l'autre pot à fleurs avec le baron de Sainte-Suzanne; il n'y eut que les hiboux qui baillassent des vers.» (_Œuvres de Malherbe_, 1860, in-8º, tome III, p. 138.)

_Le 21, jeudi._—A souper il entretient M. de Pluvinel de chevaux en termes et comme personne qui en sait des particularités.—Ce jourd'hui, à huit heures du soir, mourut M. d'Ornano, maréchal de France, âgé de septante-huit ans, qui le samedi précédent s'étoit fait tailler de la pierre.

_Le 22, vendredi, au Louvre._—A dîner M. de Souvré lui dit qu'il venoit de faire justice des petits Fontaine-Martel et de Pouillay pource qu'ils avoient été trouvés jouant au dés avec des laquais, et qu'ils étoient incorrigibles, que c'étoient brebis galeuses, et qu'il les faudroit renvoyer en leurs maisons. Il le dit par deux diverses fois, à quoi fut répondu par Mgr le Dauphin: _Mais, mousseu de Souvré, ce sont leurs gouverneurs qui les flattent; il le leur faut dire._ Il en parle bien selon son naturel, qui n'aimoit pas la flatterie, et pource aussi qu'il ne désiroit pas qu'ils fussent renvoyés, d'autant qu'ils étoient à lui. A six heures et demie soupé; il va en sa chambre pour voir jouer un joueur de marionnettes; le Roi les envoya querir, il y va (chez le Roi), est ramené à dix heures.

_Le 24, dimanche._—Après souper mené chez le Roi à la comédie.

_Le 26, mardi._—Dîné avec impatience, pour aller à Saint-Germain où le Roi alloit; sur les deux heures, il entre en carrosse pour aller à Saint-Germain-en-Laye, passe par Saint-Cloud et la Celle, arrive sur les six heures, va trouver le Roi, puis visiter Messieurs et Mesdames; après, le Roi le mène chez M. de Frontenac, où il a soupé. A neuf heures et demie dévêtu, mis au lit, couché avec le Roi, où il a gambadé toute la nuit, lui portant les pieds sur la poitrine et sous la gorge; le Roi ne faisoit que le chatouiller, il se retiroit sans s'éveiller.

_Le 27, mercredi, à Saint-Germain._—Le Roi l'a mené au jardin, où il a déjeûné, puis il va voir Messieurs et Mesdames; après il est allé à la chambre de Madame, où il a dîné. Le Roi étoit allé en la forêt sur l'avis de quelques voleurs, ce qui fit courir le bruit que c'étoient nombre de gens bien armés et bien montés qui avoient quelque mauvais dessein[639]. Le Roi dîna au bout de la route vers Poissy. A six heures soupé avec le Roi chez M. de Frontenac, en la chambre du Roi; dévêtu, mis et couché dans le lit de chasse du Roi.

[639] «Le Roi étant allé à Saint-Germain eut avis que dans la forêt on avoit vu cinq hommes avec des pistoles; la forêt fut visitée, et ne trouva-t-on rien. On a su depuis que c'étoit une querelle particulière. Ce n'est pas chose qui vaille être écrite; mais il n'y a point de mal qu'on sache que cet éléphant n'est qu'une mouche.» (_Lettre de Malherbe_ du 2 février 1610.)

_Le 28 janvier, jeudi._—Il va prendre congé du Roi pour s'en revenir, monte à cheval à une heure, vient à cheval jusques à la Celle; il avoit grand froid, à cause du vent froid. Mis en carrosse il passe par Saint-Cloud, arrive à Paris à cinq heures et demie, va chez la Reine.

_Le 2 février, mardi, au Louvre._—Le Roi le mène à la procession en la chapelle de Bourbon; à trois heures il entre en carrosse, est mené à l'Arsenal y voir M. de Sully, qui étoit malade, enrhumé, puis chez M. le connétable. Ramené, il va chez la Reine, est enrhumé, se couche sur des placets et des carreaux.

_Le 3, mercredi._—Étudié, écrit, tiré des armes, dansé; il s'amuse à jouer des comédies.

_Le 4, jeudi._—A trois heures il est allé chez M. de Gesvres, secrétaire d'État, pour porter à baptême le fils du sieur de Tresmes, à Saint-Germain de l'Auxerrois: c'est le premier qu'il a tenu en cérémonie[640].

[640] Le Journal de Lestoile parle de cette cérémonie à la date du 5: il dit que la marraine fut Mme de Vendôme, et que pendant cette cérémonie M. de Vendôme étoit sur le Pont-Neuf qui se battoit à coups de pelottes de neige. _Voy._ aussi la lettre de Malherbe du 6 février 1610.

_Le 5, vendredi._—Il va chez LL. MM., et après dîné est mené à la foire Saint-Germain.

_Le 11, jeudi._—Mené chez LL. MM., puis aux Augustins et à la foire.

_Le 13, samedi._—Il avoit le matin demandé au Roi une chanoinie de Metz pour un sien chapelain; le Roi avoit accordé. Un garçon de la chambre du Roi, que l'on appelloit Danobis, le vient supplier de faire que le Roi la lui accorde, il répond: _J'ai parlé pour un des miens, je ne saurais ast'heure parler au Roi mon père pour vous._ Il étoit marri de ne pouvoir le faire, ce garçon lui faisoit pitié. L'on parloit de la guerre qui se devoit faire à Milan; il dit: _Si je rencontre un petit escarbot comme moi; s'il se défend, je le prendrai et l'envoyerai en prison à Paris._ Il croyoit que le Roi le mèneroit à la guerre.

_Le 16, mardi, au Louvre._—En étudiant il est peint par Bunel[641], peintre excellent qui est au Roi. Mené en carrosse à l'Arsenal.

[641] Jacques Bunel peignait alors la petite galerie du Louvre, qui fut brûlée en 1660 et remplacée par la galerie d'Apollon. (Voy. _Lettres missives_, tome VII, page 480.)

_Le 18, jeudi._—Mené en carrosse à la foire, ramené par les Augustins[642], où il s'est chauffé et y a donné six écus, y a entendu la messe. Ramené, il va chez LL. MM., recorde son ballet[643].

[642] Le Journal de Lestoile parle de cette visite du Dauphin aux Augustins.

[643] _Voy._ au 28 février suivant. Malherbe écrivait de Paris, le 18 février: Le ballet de M. le Dauphin s'attend au premier jour; il sera de deux mille écus de dépense.»

_Le 20, samedi._—M. d'Anjou, Madame, Mme Christienne, arrivent de Saint-Germain, accompagnés de Mlles de Vendôme et de Verneuil; il les mène souper avec lui.

_Le 21, dimanche._—Il se joue avec des petites balottes, qu'il fait rouler le long du canal de son bougeoir, disant que ce sont des soldats; M. de Souvré le reprend, et lui dit qu'il s'amusera toujours à jeux d'enfant.—_Mais, mousseu de Souvré, ce sont des soldats, c'est pas jeu d'enfant!_—«Monsieur, vous serez toujours en enfance.»—_C'est vous qui me y tenez!_—Il voit un carrousel en la cour du Louvre.

_Le 22, lundi._—Mené en carrosse à la foire Saint-Germain, ramené chez LL. MM. Il recorde son ballet; après souper il emmène Mesdames en sa chambre, leur fait voir jouer les marionnettes et autres passetemps.

_Le 23 février, mardi, au Louvre._—Son précepteur lui racontoit comme le roi d'Espagne[644] s'empara du royaume de Portugal pendant que le roi don Sébastien passa en Afrique avec une armée, où il mourut[645]; il demande: _Et si le Roi mon père alloit en Flandre, le roi d'Espagne prendroit-il la France?_ Mené en carrosse à l'Arsenal avec LL. MM. pour y voir courir la bague.

[644] Philippe II.

[645] En 1578.

_Le 25, jeudi._—Mené en carrosse à l'Arsenal pour voir les artifices que l'on y préparoit pour danser son ballet.

_Le 27, samedi._—Il recorde son ballet, est mené à la rue Saint-Honoré chez un orfèvre, y voir un cabinet de médailles.

_Le 28, dimanche._—A deux heures mené en carrosse chez M. Zamet près de la Bastille; il y a recordé son ballet (ils l'ont recordé laissant leurs épées, couronnes et autres choses à terre) devant Mme la marquise de Verneuil assise et M. de Souvré auprès d'elle. Il va se promener à l'Arsenal, puis retourne chez M. Zamet à cinq heures. A six heures soupé, accompagné de Mesdames, ses sœurs aînées, de Mlle de Vendôme et de Verneuil, de MM. les chevaliers de Vendôme et de Verneuil. Sur les huit à neuf heures il s'endort entre les jambes de M. de Souvré jusques à dix heures, qu'il fut habillé à demi endormi puis mené à l'Arsenal. Il a dansé son ballet fort bien devant LL. MM. C'est le premier qu'il a dansé en Cour. A minuit couché à l'Arsenal.

_Le 1er mars, lundi, au Louvre._—Éveillé à huit heures, à neuf heures et demie déjeûné, à dix heures promené au jardin et sans avoir été visité de M. de Sully, ramené à onze heures au Louvre chez LL. MM. A midi dîné; il raconte de ceux qui avoient été refusés à l'Arsenal, se plaint de ce que M. de Sully n'avoit point voulu laisser entrer les siens, dit par diverses fois: _C'est un glorieux._

_Le 4, jeudi._—Mené chez la reine Marguerite.

_Le 7, dimanche._—A dîner il jette un morceau de massepain contre M. de Souvré, à demi riant, mais en colère de ce qu'il le faisoit débattre pour aller à la chasse; il faisoit un froid excessif, le vent très-grand et très-froid; on le lui représentoit: _Je prendrai plutôt six manteaux._—M. de Souvré y consent, mais à condition de n'aller qu'en carrosse, et point à cheval: _J'aimerois mieux n'y aller point._ Enfin, il lui est permis; botté, mis en carrosse à midi, il est mené à Saint-Maur, il monte à cheval, court deux lièvres; il avoit froid, demande de revenir en carrosse, témoignage qu'il faisoit grand froid.

_Le 8, lundi._—Ce matin Mme la princesse de Conty est accouchée d'une fille sur les quatre heures[646].—Mme de Montglat se trouve au coucher du Dauphin; dévêtu, mis au lit, il s'amuse à de petits engins. Cependant Mme de Montglat et M. de Souvré devisoient ensemble. Mme de Montglat va dire: «Je puis dire que monseigneur le Dauphin est à moi; le Roi me l'a donné à sa naissance, me disant: «Madame de Montglat, voilà mon fils que je vous donne, prenez-le.» M. de Souvré lui répond: «Il a été à vous pour un temps, maintenant il est à moi.» Le Dauphin dit froidement sans hausser la voix et sans se détourner de sa besogne: _Et j'espère qu'un jour je serai à moi._—Il écoutoit tout ce qui se disoit sans en faire semblant, à quelque chose qu'il fût occupé.

[646] Cette fille mourut le 20 mars suivant «en l'abbaye de Saint-Germain, où elle fut portée, dit Malherbe, aussitôt qu'elle naquit. Mme la Princesse avoit résolu d'y faire sa couche, et y avoit fait tout préparer pour cet effet; mais elle fut surprise de son accouchement dans le Louvre.»

_Le 14, dimanche._—La Reine le mène en son carrosse au sermon à la Sainte-Chapelle; il étoit trop long, il s'ennuie, envoye dire à M. de Souvré qu'il ne croira jamais en ses promesses s'il ne le tire de là. M. de Souvré demande son congé à la Reine; il l'a. Mené aux Tuileries, puis chez lui; après souper mené chez la Reine; il y tire à la blanque[647].

[647] Sorte de loterie.

_Le 15 mars, lundi, au Louvre._—Mené en carrosse au-devant du Roi, qui revenoit de Fontainebleau; il le rencontre au petit Saint-Antoine. Soupé avec le Roi.

_Le 16, mardi._—Le chevalier de Vendôme disant en soupant qu'il ne y auroit que lui qui iroit à la guerre en Champagne avec le Roi: _Voyez quelle insolence, qu'il n'y aura que lui!_ Mené chez LL. MM. il tire à la blanque, gagne une turquoise; sa nourrice la lui demande, il lui refuse; elle l'appelle ingrat. Il la bat des pieds et des poings; le Roi la trouve pleurante; en sachant la cause, lui dit: «Je lui donne puissance de vous fouetter.» Le Dauphin répond: _Ho! j'ai une bonne épée!_

_Le 18, mercredi._—Mené en carrosse à la Place Royale chez le sieur Descures, où il a goûté.

_Le 19, vendredi._—Mesdames avoient soupé avec lui; il les mène en sa chambre pour leur montrer une petite galère qui marchoit par ressorts et les hommes voguoient par mêmes moyens.

_Le 20, samedi._—A cinq heures il va chez le Roi, qui revenoit de la chasse, lui donne sa chemise, va chez la Reine.

_Le 27, samedi._—Il va à la Roquette, y mène Mesdames pour leur faire voir prendre un renard qu'il y avoit fait porter, par ses chiens d'Artois.

_Le 28, dimanche._—M. d'Anjou et Mesdames s'en retournent à Saint-Germain-en-Laye, il leur dit adieu. Mené au sermon du P. Coton, puis à trois heures au faubourg Saint-Victor, à la maison du sieur Voisin, où il se joue et roule à écorchecul.

_Le 29, lundi._—A souper il prend plaisir à ouïr raconter des contes du roi Charles neuvième, comme il mettoit quatre chevaux de front à son carrosse et le conduisoit à toute bride; demande s'il renversoit quelquefois, dit qu'il le conduiroit bien.

_Le 30, mardi._—Mené en carrosse à la garenne de Saint-Denis, où il monte à cheval, court deux lièvres et les prend.

_Le 31, mercredi._—L'on parloit de la Champagne et qu'il ne se y trouvoit pas seulement un arbre qu'aux _Trois Maisons_, hôtellerie en allant à Troyes; l'on ne y faisoit du feu qu'avec de la paille, il dit promptement: _Il ne y faut donc point de chenets._ Un autre dit que l'on y faisoit six lieues de chemin sans trouver un homme, il demande: _Où prend-on donc des guides?_

_Le 1er avril, jeudi, au Louvre._—Mené en carrosse à la garenne de Colombes pour y courir un loup; il ne le voit point pour avoir pris un autre chemin, court deux lièvres, en prend un.

_Le 2, vendredi._—Mené en carrosse chez un marchand de draps de soie pour choisir des étoffes.—Mme la marquise de Verneuil le vient voir; il lui montre toutes les besognes de son cabinet et lui donne deux petits chiens de verre.

_Le 3, samedi._—Mené en carrosse chez la reine Marguerite; il s'y est fort promené.

_Le 4, dimanche._—Mené à sa petite chapelle puis chez LL. MM., puis avec elles en la messe en Bourbon, il s'amuse à faire des croix de palmes[648], en donne une à la Reine. Mené à vêpres à Saint-Eustache puis chez Mme de Mareuil, où il a goûté.

[648] C'était le jour des Rameaux.

_Le 5, lundi._—Mené en carrosse à la Roquette, il y fait un tour à cheval; puis va ainsi sans bottes et sans housse, trouver le Roi, qui étoit à l'Hôtel-Dieu des pestiférés près de Montfaucon. Il revient en carrosse avec le Roi.

_Le 6, mardi._—Mené avec le Roi aux Tuileries; à souper il dit, racontant de la guerre, qu'il vouloit faire armer son cheval blanc que M. le Grand lui avoit donné, qu'il vouloit prendre prisonnier M. le prince de Condé.

_Le 7, mercredi, au Louvre._—Mené avec LL. MM. à Notre-Dame. Le prince d'Anhalt, allemand, qui étoit venu pour résoudre le secours de Clèves, prend congé de lui. Le Roi étoit allé au bois de Vincennes pour y passer ses fêtes.

_Le 8, jeudi saint._—A huit heures mené en carrosse au bois de Vincennes pour trouver le Roi et le servir à la cérémonie. Le Roi se trouve mal d'un dévoiement, lui commande d'aller faire la cérémonie, il la fait fort bien et gaiement[649].

[649] La cérémonie de laver les pieds aux pauvres. Il est à remarquer que Henri IV est souvent malade le jour de cette cérémonie; on se rappelle la répugnance que le Dauphin avait à le remplacer.

_Le 9, vendredi._—Mené en carrosse au sermon à Saint-Eustache et de là à la messe aux Cordeliers.

_Le 10, samedi._—Mené en carrosse au bois de Vincennes, où étoient LL. MM.; il y entend vêpres aux Bonshommes, puis va à la chasse avec eux dans le parc.

_Le 11, dimanche, jour de Pâques._—Mené à sa petite chapelle, où le P. Gontier, jésuite, l'a confessé et y a dit la messe; mené en carrosse à Notre-Dame, où il a ouï le service. Ramené à onze heures et demie, dîné, mené au sermon à Saint-Germain-de-l'Auxerrois, de là à vêpres aux Célestins, puis dans leur parc, où il a goûté.

_Le 12, lundi._—Mené en carrosse au-devant de la Reine par la porte Saint-Antoine, revenant de passer les fêtes au bois de Vincennes, il la va trouver à Montmartre, est ramené avec elle, va voir le Roi.

_Le 13, mardi._—Mené chez le Roi, puis en carrosse ouïr la messe à Sainte-Geneviève, il entend vêpres à Saint-Victor, va à la librairie, partout, s'informe de tout.

_Le 14, mercredi, au Louvre._—A son souper l'on parloit de Saint-Maur: _S'il étoit à moi_, dit-il, _je le ferois achever_.

_Le 15, jeudi._—Mené avec la Reine voir les fols à l'hôpital de Saint-Germain-des-Prés.

_Le 16, vendredi._—Mené en carrosse voir les manufactures au faubourg Saint-Marceau.—Le Roi devoit aller à Saint-Germain-en-Laye le jour suivant, le Dauphin avoit envie d'y aller et non M. de Souvré, auquel il demande: _Mousseu de Souvré, irai-je pas demain à Saint-Germain avec le Roi mon père?_—«Monsieur, il n'en sera pas grand besoin, le Roi reviendra coucher ici.»—_Ho! aussi vrai, c'est que vous n'aimez pas mes frères et mes sœurs; c'est pourquoi vous voulez pas que j'aille à Saint-Germain._—«Mais, Monsieur, le Roi reviendra demain.»—_Et tant mieux._ Il va chez LL. MM., obtient permission du Roi d'aller à Saint-Germain.

_Le 17, samedi._—Il va chez le Roi, lui donne sa chemise; ramené chez lui, il va à sa petite chapelle, puis, sans prendre son déjeûner, qui étoit prêt, entre en carrosse à sept heures et un quart et part pour aller à Saint-Germain-en-Laye; le Roi étoit déjà parti. Il passe par Neuilly et la chaussée, en l'hôtellerie où il a déjeûné de pain sec, et arrive à Saint-Germain à dix heures et demie. Dîné en sa chambre avec Messieurs et Mesdames; il va au bâtiment neuf et à toutes les grottes, où il fait tout jouer; a de l'impatience pour s'en revenir, rentre en carrosse, et à trois heures goûte à la chaussée, chez M. le président Chevallier. Arrivé au Louvre à cinq heures trois quarts, soupé, mené chez Leurs Majestés.

_Le 19, lundi._—Mené en carrosse au Pré-aux-Clercs voir faire la monstre au régiment des gardes.

_Le 24, samedi._—Étudié, écrit, tiré des armes, dansé. On lui enseigne que la grandeur d'Espagne est venue par la lance de chair[650], _lancea carnea, non lancea ferrea_, comme les François. Mené en carrosse à la Savonnerie[651] près des Bonhommes, puis à Auteuil au jardin de l'abbé de Sainte-Geneviève, il y monte à cheval, y court la poste; M. de Rissay étoit le postillon, il y a goûté. Ramené, il me dit à souper: _Mais vous savez bien que la femme de la Savonnerie a dit que je n'étois pas grand pour mon âge et que son fils étoit plus grand que moi_; il en étoit en colère et ne s'en pouvoit taire.

[650] C'est-à-dire, explique Héroard, par alliances, pour coucher ensemble.

[651] Ancien établissement où l'on faisait effectivement du savon, mais transformé, en 1604, par Pierre du Pont, en une manufacture royale d'étoffes à la turque.

_Le 26 avril, lundi, au Louvre._—Il s'amuse à faire à terre, dans son cabinet, un dessin de forteresse carrée et de tours rondes aux coins, tire l'alignement avec un carreau de velours dont il se sert comme règle et avec du charbon; il étoit à genoux sur le carreau, ce qui fut cause qu'il lui prit envie de vomir. Mis au lit, il s'amuse à se faire faire des messages de la part du roi d'Espagne par le comte de Maure. Levé, dîné, il se joue à ses petits canons, se remet au lit et s'amuse comme dessus aux messages de la part de l'Archiduc.

_Le 27, mardi._—Mené en carrosse à l'Arsenal, au jardin, puis chez M. de Roquelaure, où il a goûté.

_Le 28, mercredi._—Mené en carrosse chez la reine Marguerite, il court à pied un lièvre dans le clos, une heure durant, et le prend à force. A souper il fut dit que les enfants de Paris qui devoient être à l'entrée de la Reine auroient des éperons dorés: _Ho! s'ils en ont de dorés, j'en veux avoir de fer noir!_

_Le 29, jeudi._—Mené par la galerie chez M. Aleaume[652] qui lui montre l'ordre des batailles des états de Flandres, puis à voir faire des doubles; le Roi y étoit avec Mme la marquise de Verneuil[653], à laquelle Mgr le Dauphin fait grandes caresses.

[652] Jacques Aleaume ou Alleaume, mathématicien, était employé aux fortifications.—(Voy. _Les Historiettes de Tallemant des Réaux_, 3e édition, tome IV, p. 204 et 217.)

[653] Malherbe écrivait le mardi 24 mars 1610, à Peiresc: Le Roi fut dimanche dernier au sermon à Saint-Nicolas des Champs; «il entretint fort Mme la marquise et, après le sermon, il ouït vêpres et complies avec elle, et lui donna encore assignation à la sortie, au logis de Mme sa mère, où l'un et l'autre se rendirent; ce fut la récompense de ne l'avoir point vue depuis dix mois. Je ne sais si ce feu se rallumera; il seroit quasi à désirer, mais il est malaisé: elle dit qu'elle est la bête du Roi; et son explication, c'est qu'ordinairement on fait peur aux petits enfants de la bête, quand on ne peut en venir à bout d'autre façon, et que le Roi fait de même d'elle; que quand il veut fâcher le monde, il dit qu'il verra la marquise.» (_Œuvres de Malherbe_, tome III, page 153.)

_Le 30 avril, vendredi._—Il monte à cheval pour aller au-devant de MM. d'Orléans et d'Anjou et de Madame Christienne, qui venoient de Saint-Germain pour le couronnement de la Reine, va jusques à Madrid, ne les rencontre point, revient à six heures, et les trouve chez la Reine.