Journal de Jean Héroard - Tome 1 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1601-1610)

Part 12

Chapter 124,202 wordsPublic domain

Premiers services rendus au Roi.—Répugnance du Dauphin pour son frère naturel.—Premières armes données par la duchesse de Bar.—Singuliers exemples donnés au Dauphin.—Mauvais vouloir pour Concini et sa femme.—Le Roi menace le Dauphin du fouet.—Charles Martin fait son portrait.—M. de Longueville vient demeurer à Saint-Germain.—La marquise de Verneuil et son fils; détails singuliers.—Serment de fidélité des magistrats de Paris.—Le Dauphin joue au mail.—Mme Héroard.—Première lettre au Roi.—Le P. Coton.—Mme de Verneuil et sa mouche.—Les enfants de MM. de Liancourt et d'Épernon.—Comment on l'entretient de l'infante d'Espagne.—Habitude de Henri IV.—La duchesse de Bar.—Départ du Roi et de la Reine pour la Normandie.—Le Dauphin apprend à parler.—Mlle de La Salle.—Mme Concini.—Mme de Verneuil.—Prière que récite le Dauphin.—Il boit à l'infante d'Espagne et danse en présence de l'ambassadeur.—Son caractère opiniâtre; il est fouetté pour la première fois.—Son amitié pour Héroard.—Le Dauphin est sevré.—Armes données par la ville de Moulins.—Mathurine la Folle.—Audience du connétable de Castille.

_Le 1er janvier, mercredi, à Saint-Germain._—Porté en la chambre de la Reine, où le Roi est venu; le Dauphin voit que le Roi la baisoit; il la lui fait baiser plusieurs fois. A une heure porté au dîner du Roi.

_Le 2, jeudi._—A dix heures et demie porté chez la Reine; porté au dîner du Roi, porté au dîner de la Reine; elle le fait mettre au bout de la table. A deux heures la Reine part. Le Roi revient de la chasse pour changer de chemise en son cabinet, où il commande que l'on apporte le Dauphin. Il ôte son chapeau au Roi, puis le remet. Le Roi part à deux heures pour s'en retourner à Paris.

_Le 7, mardi._—A onze heures et demie le Roi arrive; il est porté au-devant de lui; porté au dîner du Roi, il lui donne sa serviette. A six heures porté chez le Roi, qui étoit revenu blessé à un genou, courant à la chasse, et étoit couché dans son lit.

_Le 8 janvier, mercredi, à Saint-Germain._—Le Roi part sans le voir, et part en carrosse pour s'en retourner à Paris, se plaignant fort de sa douleur de reins.

_Le 9, jeudi._—Il reconnoît mes cousins Pierre et Claude Héroard, qu'il avoit vus le soir auparavant.

_Le 19, dimanche._—Les cheveux lui éclaircissent en blondeur.

_Le 23, jeudi._—Alexandre Monsieur lui donne sa chemise, et soudain, l'ayant prise, il lui élance un coup de sa main pour le frapper; il ne le pouvoit souffrir.

_Le 26, dimanche._—M. de Pardaillan-Panjas arrive, lui portant de la part de Mme la duchesse de Bar, sa tante, des armes complètes de la hauteur d'un demi-pied; il y prend plaisir.

_Le 27, lundi._—A midi porté en la cour au Roi, qui arriva à douze heures et demie. Porté au dîner du Roi, assis au bout de la table; le Roi lui jette une orange, et lui la renvoie au Roi; le Roi lui donne à tâter du vin. Le Roi part pour s'en retourner à Paris à deux heures et demie. Le Dauphin va après Mlle Mercier, qui glapissoit pour ce que M. de Montglat lui bailloit de sa main sur les fesses; il glapissoit de même aussi. Elle s'enfuit à la ruelle, M. de Montglat la suit, et lui veut faire claquer la fesse; elle s'écrie fort haut, le Dauphin l'entend, se prend à glapir fort aussi, s'en réjouit et trépigne des pieds et de tout le corps de joie, tournant sa vue vers ce côté-là, les montre du doigt à chacun. Amusé, dansé aux branles, étant par avant songeart et triste pour ne voir personne; l'on fait venir ses femmes; il se prend à les faire danser, se joue à la petite Marguerite, la baise, l'accole, la renverse à bas, se jette sur elle avec trépignement de tout le corps et grincement de dents. Amusé jusqu'à neuf heures, gai, nous tire des arquebusades[61] et surtout à Mlle Mercier, s'étant pris à rire aussitôt qu'il l'a vue. Il s'efforce de la fouetter sur les fesses avec un brin de verges; Mlle Bélier lui demande: «Monsieur, comment est-ce que M. de Montglat a fait à Mercier? Il se prend soudain à claquer de ses mains l'une contre l'autre avec un doux sourire, et s'échauffe de telle sorte qu'il étoit transporté d'aise, ayant été un bon demi-quart d'heure riant et claquant de ses mains, et se jetant à corps perdu sur elle, comme une personne qui eût entendu la raillerie.

[61] C'est-à-dire que le Dauphin faisait semblant de les coucher en joue et de tirer sur ceux qui l'entouraient avec ses armes d'enfant.

_Le 30 janvier, jeudi._—Il s'essaye à fouetter un sabot; mange et avale du canard, première viande qu'il a mangée; mange du chapon, trouve tout bon.

_Le 1er février, samedi, à Saint-Germain._—Éveillé à neuf heures trois quarts, levé, gai, riant, bon visage. Le sieur dom Garcia, le sieur Conchino arrivent à l'heure de l'habiller. Il se jouoit à un carrosse du palais où il y avoit quatre poupées; l'une étoit la Reine, les autres Mme et Mlle de Guise et Mme de Guiercheville. On les lui faisoit montrer, les nommant par leurs noms; il les montroit du doigt. Le sieur Conchino lui va demander: «Monsieur, où est la place de ma femme?» En disant: _Ah!_ il lui montre une avance qui étoit par dehors, au cul du carrosse. Il ne veut point prendre un grain de fenouil confit du sieur Conchino, à qui Mme de Montglat l'avoit baillé pour le lui donner, s'en recule du tout, le regardant, comme importuné. A douze heures et demie le baron Pophlech, saxon; il lui donne à baiser sa main.

_Le 7, vendredi._—Bon visage mais gercé du grand froid[62].

[62] Héroard dit à la date du 4: «Il faisoit un extrême froid.» Henri IV écrit le 6 au duc d'Épernon: «Le froid ne me permet plus long discours.» Le supplément au Journal de Lestoile parle aussi de ce froid, à la date du 3 février.

_Le 12 février, mercredi, à Saint-Germain._—A cinq heures et un quart, le Roi, la Reine arrivent de Paris comme on achevoit de l'habiller; ils le baisent. Le Roi et la Reine vont chez Madame, et lui avec; porté à sept heures et un quart en la chambre du Roi pour y souper; rapporté en sa chambre. Le Roi et la Reine y viennent, se jouent à lui.

_Le 13, jeudi._—Porté au Roi en la chapelle; porté en la chambre de la Reine; il se joue dans le lit avec elle et depuis en celle du Roi. A onze heures et demie il baise la serviette, et la donne au Roi; il veut crier, le Roi le menace du fouet, il s'apaise.

_Le 14, vendredi._—Mme la comtesse de Guichen; le Roi et la Reine y prennent grand divertissement et, à deux heures, partent pour s'en retourner à Paris.

_Le 25, mardi._—Amusé jusqu'à onze heures dans sa petite chaise, auprès du peintre nommé Charles Martin[63] demeurant à Paris, sur le pont Notre-Dame, près Saint-Denis de la Chartre.

[63] Charles Martin est porté dans les comptes de l'hôtel comme peintre du Roi. (_Histoire du règne de Henri IV_ par M. Poirson, 1856, in-8º, tome II, page 815.)

_Le 17 mars, lundi à Saint-Germain._—A une heure et un quart Mme de Luxembourg, Mlle de Luxembourg, sa belle-fille, M. Boulenger, son maître d'hôtel; il attend froidement et résolument, avec son chapeau vert sur la tête, Mme de Luxembourg, et la reçoit à six pas de la porte, lui tend la main, qu'il lui donne à baiser et à Mlle de Luxembourg.

_Le 23, dimanche._—Il joue du violon et chante ensemble.

_Le 24, lundi._—A une heure trois quarts, M. de Longueville[64], qui vient pour demeurer à Saint-Germain, le Sr Conchino, M. Poussin, médecin de M. de Longueville.

[64] Henri d'Orléans II, duc de Longueville, né le 27 avril 1595, deux jours avant la mort de son père, Henri d'Orléans Ier; il était alors dans sa huitième année. Il mourut en 1663.

_Le 3 avril, jeudi, à Saint-Germain._—A cinq heures, Mme la marquise de Verneuil arrive à la porte du jardin, comme il étoit sur le point d'en sortir; elle lui demande à baiser sa main; il la refuse, se recule, la regarde de côté; enfin on lui dit de le faire, il la baille. On apporte M. de Verneuil[65], qui lui est présenté, il le regarde froidement, se retourne brusquement, fait bonne chère[66] à Mme la marquise, fait semblant de se cacher, puis la regarde en riant. Elle lui met une chaîne au col; il s'en glorifie, se regarde dans le miroir, lui met la main dans son sein, puis baise le bout de son doigt; elle le couvre de son mouchoir, il le découvre, et puis y touche comme auparavant. Il renverse la petite Marguerite, la baise, se jette sur elle, puis, étant relevé en fait le honteux et se va cacher. La marquise lui mettoit souvent la main sous sa cotte; il se fait mettre sur le lit de sa nourrice, où elle se joue à lui, mettant souvent la main sous sa cotte.

[65] Henri, nommé premièrement Gaston, depuis duc de Verneuil, né en octobre 1601; il avait été légitimé au mois de février précédent. Il mourut en 1682.

[66] C'est-à-dire bon accueil.

_Le 4, vendredi._—Mené en la chambre d'Alexandre Monsieur, où étoit Mme la marquise et son fils. Aussitôt qu'il a vu la troupe, il s'est retourné, court vers la porte en criant, sans avoir jamais pu lui faire tourner la face; il avoit accoutumé de s'y plaire. Mené en la chambre de Mme la marquise, il se joue et rit avec elle en se cachant. Amené en la chambre d'Alexandre Monsieur, où étoient tous les enfans, il prend la poule[67] d'Alexandre Monsieur, court par la chambre comme un désespéré, la jetant devant lui, puis courant après, sans regarder en façon du monde ces enfants et moins l'un que les autres. Mme la marquise lui touche à ses cheveux; il la frappe et s'en plaint; demande la serviette, qui lui est servie par Mme la marquise, qui dit: «Je ne sais s'il la refusera de moi, tant il est dédaigneux.» Il la prend sans la regarder, s'en essuie lui-même. L'on y porte M. de Verneuil; il n'a pas fait semblant de le voir. L'une des femmes de M. de Verneuil demande à son maître[68]: «Monsieur, où est M. le Dauphin?» Il se bat la poitrine en se montrant, puis en étant repris, il montra M. le Dauphin. Mme la marquise lui sert sa chemise à son coucher.

[67] Sans doute un jouet d'enfant.

[68] Il avait un mois de moins que le Dauphin.

_Le 20 avril, dimanche, à Saint-Germain._—A onze heures, M. le président de Bragelongne, prévôt des marchands, et MM. les échevins de Paris approchant de lui, il leur a tendu la main à tous pour la baiser; puis M. le prévôt a dit qu'ils étoient venus en corps, représentant la ville de Paris, pour le reconnoître pour fils naturel et légitime du Roi son père et le vrai successeur, après son décès, de ce royaume, lui faisant à cet effet serment de fidélité. Il le regardoit attentivement et portoit son doigt à un poreau rouge que ledit sieur prévôt a au côté du nez, puis leur a lui-même tendu la main pour la baiser. A sept heures la Reine arrive, le Roi un peu après.

_Le 21, lundi._—Le Roi part pour s'en retourner à Paris. Le Dauphin, éveillé à sept heures, est porté au lever de la Reine; la Reine part à dix heures trois quarts.

_Le 29, mardi._—A onze heures un quart j'arrive de retour de Paris; je le salue, lui disant: «Monsieur, Dieu vous donne le bon jour.» Il ne fait pas semblant de me voir, mais se prend à courir et se cacher deçà delà, me guignant des yeux pleins d'allégresse et en passant tout riant, il me tendoit la main pour la baiser. Il en faisoit ainsi à ceux qu'il aimoit.

_Le 7 mai, mercredi, à Saint-Germain._—Le Dauphin jouant au palemail[69] blessa d'un faux coup M. de Longueville qui étoit près à lui, en l'encoignure gauche du front. Le coup fait, il en demeure étonné et se retourne court, comme s'enfuyant, n'osant presque regarder personne, se laisse sans résistance ôter le palemail.

[69] C'est le jeu du mail; «il y a quelques endroits, dit le Dictionnaire de Trévoux, où l'on appelle ce jeu palemail. Le mail de Saint-Germain est un des plus beaux.»

_Le 11, dimanche, à Saint-Germain._—A quatre heures et demie M. de Montmorency[70], fils de M. le connétable, le voit dans son berceau; on le hausse pour baiser la main au Dauphin, qu'il lui tend et le regarde fort résolûment. A huit heures trois quarts M. de Longueville et Mlle de Vendôme débattoient à qui donneroit la chemise à M. le Dauphin; la remueuse lui demande: «Monsieur, qui vous donnera votre chemise?» Il répond: _Mme de Montglat[71]._ M. de Longueville la sert et l'arrache à Mlle de Vendôme; M. de Montmorency sert une bande (_sic_), M. de Longueville une autre.

[70] Henri de Montmorency, depuis duc et maréchal de France, était né le 30 avril 1595; le roi Henri IV fut son parrain. Il eut la tête tranchée à Toulouse, le 30 octobre 1632.

[71] Héroard ne figure pas encore le langage enfantin du Dauphin, comme il le fera plus tard.

_Le 23, vendredi._—A cinq heures j'arrive[72]. Il cheminoit en la basse cour. Je me présente à lui; il me tend de lui-même sa main à baiser, puis à ma femme, et après s'en va au carrosse de M. Sabathier, sieur du Mesnil, où nous étions venus. Il le faut mettre dedans, se fait promener, résolu, assis à la portière auprès de Mme de Montglat; mené dans le château, il n'en veut point sortir et crie.

[72] Héroard était parti pour Paris le 14, sans doute à cause de la maladie de son frère; on lit dans le supplément du Journal de Lestoile: «Le jour de devant (20 mai) étoit mort en cette ville le trésorier Érouard, frère du médecin du Dauphin.» Quelques jours avant, Henri IV était tombé malade à Fontainebleau, d'une rétention d'urine. Il écrivait le 17 mai à Sully: «Mon amy, je me sens si mal qu'il y a bonne apparence que le bon Dieu veut disposer de moy.» Le supplément de Lestoile rapporte ces paroles presque dans les même termes. «Le Roi, ajoute-t-il, se fit apporter le portrait de son Dauphin, et le regardant dit tout haut ces mots: «Ha! pauvre petit, que tu auras à souffrir s'il faut que ton père ait mal.»

_Le 4 juin, mercredi, à Saint-Germain_, il écrivit cette lettre au Roi, moi lui tenant la main, ayant eu la patience entière:

Papa, Dieu vous donne le bon jour et à maman, j'ay bien enuie de vous voir pour vous faire rire. Adieu, bon jour, je suis papa vostre tres humble et tres obeissant fils et serviteur. DAULPHIN, et au-dessus: _A Papa_.

_Le 10, mardi._—A midi le Roi arrive; il le va recevoir à l'entrée de la salle, reconnoît le Roi, qui se joue à lui, fait la révérence à la Reine, lui ôte son chapeau; elle le baise.

_Le 11, mercredi._—Le Roi se joue à lui; à trois heures et demie M. le prince de Conty donne la chemise au Dauphin.

_Le 12, jeudi._—Il joue au palemail, s'opiniâtre contre le Roi. A douze heures et demie les ambassadeurs d'Espagne, Juan Baptiste Taxis et Hieronimo Taxis, extraordinaire, qui alloit en Angleterre, lui font une grande révérence à l'entrée de la chambre et lui baisent la main. Le Roi et la Reine vont au palemail, font porter le Dauphin; il bat le tambour de la compagnie qui étoit en garde.

_Le 13, vendredi._—A quatre heures trois quarts M. le connétable le vient voir, lui baise la main, lui donne la chemise, lui mène le fils de M. le comte d'Auvergne. Le Dauphin, porté au Roi et à la Reine en la galerie, a soupé avec le Roi.

_Le 14, samedi._—Mené en la chambre du Roi, il le baise, l'accole. Le Roi le mène en la chambre de la Reine; il en sort avec le Roi, joue au palemail, bien; il fait plusieurs gentillesses devant le Roi et la Reine, se retire en leur faisant la révérence.

_Le 15, dimanche._—Porté à onze heures au Roi, en la chapelle; mené en la galerie pendant le sermon du P. Coton, jésuite. A deux heures et demie arrive M. d'Épernon; il aime et se joue avec M. de Termes avec une inclination naturelle. M. d'Épernon lui donne sa chemise. Le Dauphin se joue de son tabourin, bat la batterie des Suisses.

_Le 16, lundi, à Saint-Germain._—A onze heures arrive M. le prince d'Orange, qui lui baise la main. A cinq heures, porté au château neuf, en la chambre du Roi; il fait bonne chère au Roi, se cache devant la Reine. Il voit sur le nez de Mme la marquise de Verneuil une mouche de satin; «Monsieur, dit-elle, ôtez-moi cette mouche.» Il y va du doigt, et lui égratigne le nez. Le Roi et la Reine vont au parc; il les accompagne jusqu'à la porte du milieu du parc.

_Le 17, mardi._—Porté à la chambre du Roi, il lui fait bonne chère, et se rit à la Reine. Le Roi se promenoit avec le P. Coton, jésuite; il va vers sa Majesté le prendre par la main pour le mener souper. A six heures soupé avec le Roi. Le Roi lui donne des cerises; le Roi donne du massepain dans un plat à M. de Vendôme et à M. son frère et à sa sœur; chacun se partageoit devant lui sans lui en donner; il jette hardiment la main au plat et en prend un morceau, qu'il mange à moitié, puis n'en veut plus.

_Le 18, mercredi._—Le Roi part pour aller à Paris; le Dauphin est porté chez la Reine, se joue avec elle. La Reine part.

_Le 23, lundi._—M. de Dangeau le vient voir.

_Le 24, mardi._—A dix heures, Hans Trot, maréchal de Clèves, envoyé devers le Roi de la part du duc de Clèves et de Juliers et de la part du Roi pour voir M. le Dauphin. A sept heures arrivent les trois enfants de M. de Liancourt, premier écuyer.[73]

[73] Le P. Anselme ne cite que deux enfants de Charles du Plessis, seigneur de Liancourt, premier écuyer du Roi, et d'Antoinette de Pons, plus connue sous le nom de marquise de Guiercheville. Ces deux enfants sont Roger du Plessis, depuis duc de la Roche-Guyon, mort en 1674, âgé de soixante-quinze ans, et Gabrielle du Plessis, depuis princesse de Marsillac, mère du duc de la Rochefoucauld, auteur des _Maximes_.

_Le 25, mercredi._—Il donne sa main à baiser fort librement aux enfants de M. le Premier, qui furent mis autour de son berceau; l'aîné lui donna la chemise, Mlle de Liancourt sa cotte, et le petit son ruban, où pendoit un _Agnus Dei_. Il se joue familièrement avec eux, leur baise les mains avec chaleur.

_Le 28 juin, samedi._—A neuf heures arrivent les trois fils de M. d'Épernon[74]; il leur donne la main à baiser; le puîné, abbé de Grandselve, fait à dîner l'office d'aumônier; l'aîné comte de Candale, lui baille la chemise.

[74] Ces trois enfants sont: Henri de Nogaret de la Valette, comte de Candale, mort en 1639, âgé de quarante-huit ans; Bernard de Nogaret, depuis duc d'Épernon et colonel général de l'infanterie française, mort en 1661; et Louis de Nogaret, connu depuis sous le nom de cardinal de la Valette, mort en 1639, à quarante-sept ans.

_Le 29, dimanche._—En tetant il gratte sa marchandise, droite et dure comme du bois. Il se plaisoit ordinairement fort à la manier et à se y jouer du bout des doigts.

_Le 13 juillet, dimanche, à Saint-Germain._—A une heure les ambassadeurs de Venise, ancien et nouveau, lui baisent la main, qu'il leur tend. Montagne, chevaucheur d'écurie, arrive de Villiers-Cotterets de la part du Roi[75].

[75] Le Roi écrivait de Villers-Cotterets, le 18 juillet, à Mme de Montglat une lettre par laquelle il lui recommandait de ne plus laisser visiter ses enfants et de les isoler le plus possible, à cause de la contagion qui régnait à Paris et aux environs. (_Lettres missives_, VI, 135.)

_Le 27, dimanche._—Mlle de Ventelet lui demande: «Monsieur, où est votre cœur?» Il bat sur son côté gauche. Il fait un rot, Mlle de Ventelet lui dit: «Monsieur, vous soupirez, où va ce soupir:» Il répondit: «En Espagne.»[76].

[76] Voir au 12 décembre 1602.

_Le 29, mardi._—A onze heures le Roi arrive; il se cache comme honteux, s'apprivoise incontinent. Le Roi le prend en son carrosse; dîne avec le Roi, pleure voyant partir le Roi. Le Roi, revenant de la chasse, va prendre sa chemise chez M. de Frontenac, en la salle; on lui mène le Dauphin, qui y entre battant de son tabourin. Le Roi le caresse, le baise, lui baise la poitrine. Il sert à boire au Roi dextrement. Le Roi le promène dans son carrosse et à pied, lui tient toujours la main.

_Le 2 août, samedi, à Saint-Germain._—A trois heures et demie, le Roi arrive de la chasse et se met pour se reposer dans le lit de Mme de Montglat. A quatre heures, le Roi va éveiller M. le Dauphin, lui fait prendre du sirop d'abricots, lequel ma femme avoit fait. Le Dauphin continue à battre sur son tabourin toutes sortes de batteries; le Roi le baise fort, et s'en va à cinq heures à Paris.

_Le 4, lundi._—Porté au Roi, qui venoit d'arriver à cinq heures et demie avec la Reine; le Roi le baise, la Reine le caresse. Le Roi se va coucher, le fait dépouiller et mettre dans le lit auprès de lui; il gambade en liberté.

_Le 6, mercredi._—Le Roi et la Reine le mettent en carrosse et vont au devant, au port de Chatou, pour recevoir Mme la duchesse de Bar, sœur du Roi, qui arrive. Il est honteux, puis s'apprivoise et l'accole.

_Le 7, jeudi._—Mené à la chambre de Mme la duchesse de Bar par le Roi et la Reine, d'où il ramène le Roi par la main pour dîner.

_Le 8, vendredi._—Porté au Roi en la chambre de la Reine; il va voir Mme la duchesse de Bar.

_Le 11, lundi._—Porté au lever de la Reine, il baise la chemise et la lui donne; va chez Mme de Bar, en fait autant; revient chez la Reine comme elle se coiffe; chasse Alexandre Monsieur et Mlle de Vendôme d'autour de sa table.

_Le 12, mardi._—Il va au dîner de la Reine, lui donne la serviette. A six heures, le Roi revient de Paris.

_Le 13, mercredi._—Porté au château neuf, il se joue au Roi et à la Reine.

_Le 14, jeudi._—Porté chez le Roi par le jardin; il le rencontre en chemin. Porté chez la Reine.

_Le 15 août, vendredi, à Saint-Germain._—Porté au dîner de Mme de Bar; à deux heures et demie, en la chambre de M. de Bar; le Roi lui fait battre sur le tabourin qui étoit en garde.

_Le 16, samedi._—Le Roi vient à sept heures, le trouve et le baise dormant, lui disant: «Adieu, mon mignon.» Le Roi part à l'heure pour aller en Normandie. La Reine va dîner, le fait porter et mettre au bout de sa table; il demanda du vin, de celui que la Reine venoit de boire; je lui en donne dans sa cuiller; puis il demande des confitures, qui étoient des prunes en pâté; je lui en donne par commandement de la Reine. La Reine s'en va pour le voyage de Normandie; il l'accompagne jusques à la porte de l'escalier, et à la portière du carrosse se met à pleurer amèrement.

_Le 18, lundi._—On lui fait prononcer les syllabes à part, pour après dire les mots.

_Le 21, jeudi._—A cinq heures et demie, mis en carrosse, mené par le parc à Carrière, première maison où il a été hors de Saint-Germain. Il reçoit sur le haut M. et Mlle de la Salle, qui étoit grosse de sept mois et demi et, depuis quatre mois, avoit une si grande passion de le baiser qu'elle en perdoit entièrement le dormir. A l'arrivée, comme elle le voit, elle en approche toute tremblante, lui baise la main par deux diverses fois; Mme de Montglat la lui fait accoler et baiser. Il la prenoit avec la main par dessous le menton; elle témoigna n'avoir jamais eu si grand contentement, et tel qu'il surpassoit le déplaisir qu'elle avoit souffert.

_Le 25, lundi._—Arrive de la part du Grand Duc le comte de Montecucullo, qui alloit en Angleterre de la part de Son Altesse; il lui donne sa main à baiser.

_Le 30, samedi._—A quatre heures, M. de Longueville revient pour demeurer à Saint-Germain.

_Le 6 septembre, samedi, à Saint-Germain._—A quatre heures il va au devant de Madame, sœur du Roi, duchesse de Bar, jusque près d'Anemont.

_Le 17 septembre, mercredi, à Saint-Germain._—Il commence en ce mois à parler par discours[77].

[77] _Voy._ la lettre du Roi à Mme de Montglat, du 15 septembre, à Caen.—_Lettres missives_, VI, 165.

_Le 20, samedi._—A dix heures et demie la signora Conchino et la signora Gorini dînent avec Mme de Montglat; il baille sa main à baiser à Mme Conchino.

_Le 22, lundi._—A onze heures M. le prince de Condé lui baille la serviette à dîner.

_Le 25, jeudi._—A cinq heures le Roi arrive de Caen; il fait bonne chère au Roi, le baise, l'accole, et à la Reine aussi, qui arrive après.

_Le 26, vendredi._—Amené chez le Roi et la Reine, il bat sur la table du Roi la françoise et la suisse, sur les vaisselles; trouve son tabourin, recommence ses batteries. Le Roi y prend grand plaisir.

_Le 27, samedi._—Mené au souper du Roi[78].