Journal de Jean Héroard - Tome 1 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1601-1610)
Part 11
_Le 15, mercredi, à Saint-Germain._—A dix heures M. de l'Isle, d'Orléans, M. de la Motte, M. de la Violete; à douze heures et demie le jeune comte de Montafié, Mme de Carnavalet, son petit-fils, aumônier de Monseigneur le Dauphin, Mlle de Bourdeilles.
_Le 16, jeudi._—A douze heures et demie, M. de la Rocheposay, fils de feu M. d'Abin; à trois heures, Mme de Colignon, M. de Lorme, M. de Foucault, conseiller aux Aides, M. Damyn.
_Le 17, vendredi._—A onze heures, M. de Bragelongne, conseiller, et Mlle de Luteau, sa sœur; à trois heures trois quarts M. d'Amanzay.
_Le 18, samedi._—A trois heures et demie, M. le président d'Assy et sa femme, M. Hennequin, sieur de Manœuvre.
_Le 19 mai, dimanche, à Saint-Germain._—A trois heures et demie M. de Sancy, Mme la marquise de Pisani, sa fille, le vicomte du Mans, son gendre, Mme de Malissy, M. Petau, conseiller en Parlement; à quatre heures, M. de Pisani, la More de la Reine; à six heures, Mme la présidente Fayet, ma belle-sœur, et M. Laubigeois et sa femme.
_Le 20, lundi._—Mme de Guise s'en allant à Eu et Mlle de Guise le viennent voir.
_Le 21, mardi._—M. le comte d'Auvergne[44] arrive sur les trois heures, accompagné de deux hommes; il y a été une petite demi-heure, appuyé contre la balustre, son visage à demi couvert de son manteau, appuyé sur un pied; il tient à Mme de Montglat des propos confus et mal cousus.
[44] Charles de Valois, comte d'Auvergne, puis duc d'Angoulême, fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet. Il fut arrêté avec le maréchal de Biron le 14 juin suivant. Il mourut en 1650.
_Le 27, lundi._—Il arrive une vieille femme de Paris, comme une revendeuse; elle pleure en le voyant, l'appelle: «Mon fils, la petite courte à sa mère», et puis s'est prise à danser devant lui.
_Le 31, vendredi._—Mme Boursier, sage-femme de la Reine, vient voir le Dauphin avec sa compagnie, dont en s'en retournant il se noya au bac de Neuilly une femme grosse et une fille de douze ans.
_Le 2 juin, dimanche, à Saint-Germain._—Champagne, cordonnier, lui prend la mesure de ses souliers, qui fut d'un grand point.
_Le 8, samedi._—Le baron de Treslon porta les souliers à Monseigneur le Dauphin; à cinq heures il a été vêtu et habillé d'un corset et d'un bas de soie, et au-dessus d'une robe carrée, faite de satin blanc rayé d'argent. Mlle de Vendôme lui a donné sa chemise. L'habillement lui étoit si bien séant et convenable qu'il paroissoit avoir deux ans.
_Le 9, dimanche, à Saint-Germain._—M. de Sève, président en premier la cour des Aides à Paris, M. de Rebours, président, et M. Barentin, conseiller en ladite Cour, sont venus de la part de leur compagnie et ont prié Mme de Montglat de le faire entendre au Roi.
_Le 10, lundi._—Le sieur Concino[45] prie Mme de Montglat qu'il le puisse voir vêtir; il le voit coiffer, puis habiller, prend la mesure de sa longueur, de la grosseur du bras et de la longueur du soulier, puis est parti pour s'en retourner en Cour.
[45] Depuis Maréchal d'Ancre.
_Le 14, vendredi._—Ses cheveux longs, châtain clair, ont trois grands doigts de travers en longueur; les sutures du sommet presque du tout serrées.
_Le 16, dimanche._—M. le vicomte de Bourdeilles vient visiter le Dauphin; Mme de Montglat lui raconte les desseins et l'emprisonnement de M. de Biron.
_Le 17, lundi._—A midi, le Roi arrive, le baise et se joue à lui; la Reine arrive à une heure et demie, trouve au pied des degrés Monseigneur le Dauphin, au grand escalier; elle devient soudain fort rouge et le baise à côté du front. On le remonte à la salle du Roi; LL. MM. se jouent un peu à lui, puis se mettent à table pour dîner, et s'en retournent.
_Le 20, jeudi._—A six heures après midi M. le maréchal de Fervaques et M. de Laval le viennent voir. Le premier lui a baisé le pied et l'autre touché le bout de son tablier et baisé la main qui l'avoit touché.
_Le 22, samedi._—Il se divertit à tout, fort agréablement, fait une chère extraordinaire à la fille de chambre de sa nourrice, lui rit. Le Roi arrive à dix heures et demie par son petit pont. Le Roi s'est joué à lui et lui a vu prendre sa bouillie. Le Roi a voulu prendre le demeurant et dit: «Si l'on demande maintenant: Que fait le Roi? l'on peut dire: Il mange sa bouillie.» Le Roi lui fait prendre sa barbe à deux mains; il la tire bien fort et lui fait mal. Il lui fait prendre celle de M. de Montigny; il la prend à deux mains et se soulève tout le corps pour la tirer plus fort; il a pris la moustache de M. le Grand. Mme la marquise de Verneuil arrive à une heure, caresse fort M. le Dauphin, mais, ce disoit-on, avec peine. Elle dîna, se joua après fort à Monseigneur le Dauphin. On a fait voir à S. M. les caresses qu'il avoit jà faites à Tienette Clergeon, native de Lagny, fille de chambre de Mlle sa nourrice, le Roi l'ayant lui-même fait approcher et la lui présentant. Il l'a vue pleurer comme elle s'en alloit. Le Roi est parti pour s'en retourner à Paris, à sept heures et demie, et a fait prendre dans son carrosse Monseigneur le Dauphin par Mme la marquise de Verneuil, qui l'a porté jusques au bout de la cour. On l'a repris; le Roi est parti.
_Le 23 juin, dimanche, à Saint-Germain._—Porté à la salle du Roi; vu Tienette, fait les mêmes caresses, lui rit, lui empoigne la joue à pleine main.
_Le 25, mardi._—Le sieur Decourt, par commandement de la Reine, en tire le crayon. A quatre heures trois quarts, la Reine arrive; on le lui porte au-devant. La Reine veut que l'on lui amène Tienette; il lui fait caresses. La Reine part fort contente à six heures et demie.
_Le 28, vendredi._—M. de Rosny, revenant de Rosny, le voit dans son berceau.
_Le 4 juillet, jeudi, à Saint-Germain._—Il a été peigné pour la première fois, y prend plaisir, et accommode sa tête selon les endroits qu'il lui démangeoit.
_Le 10, mercredi._—A midi le Roi arrive, se joue à lui à diverses reprises, la Reine pareillement.
_Le 11, jeudi._—A sept heures et demie après midi, le Roi et la Reine s'en retournent à Paris.
_Le 17, mercredi._—Il lui a été mis des lisières à sa robe pour l'apprendre à marcher.
_Le 21, dimanche, à Saint-Germain._—La Reine arrive à dix heures, le Roi à dix heures et demie.
_Le 22, lundi._—Vêtu d'une cotte neuve, du présent de la Reine, il est porté à huit heures au jardin, au Roi qui se promenoit, ayant pris de l'eau de Pougues[46]. La Reine le demande, on le lui apporte, il pleure; il le faut emporter, le Roi ne le peut apaiser. Porté chez la Reine, le Roi y étant; ils ont voulu voir sa tête, l'ont fait brosser, et en ont toute la journée eu leur agréable passe-temps.
[46] Héroard commence en ces termes son livre _De l'institution du Prince_, dédié au Dauphin et publié en 1609: «Au temps que le Roi séjournoit à Saint-Germain en Laye, y prenant quelques jours de ceux-là qu'il employe continuellement aux plus grandes affaires de son État pour les donner à sa santé, buvant à cet effet, par l'avis de ses médecins, des eaux portées des fontaines de Pougues.»
_Le 24, mercredi._—Vêtu à sept heures, il prend plaisir et se rit à plein poumon, quand la remueuse lui branle du bout du doigt sa guillery. A huit heures, porté à la chambre de la Reine, aux fiançailles du baron de Gondi et de la signora Polyxena Gonzaga, l'une des filles de la Reine. Le Roi lui continue toujours ses caresses.
_Le 28, dimanche._—Le Dauphin, vêtu à sept heures, se promène, se tourne pour voir s'il a ses soldats, rencontre le Roi, le reconnoît en souriant. Le Roi se cache derrière moi et l'appelle; il le cherche, l'aperçoit enfin et se met à sourire. Mme d'Angoulême[47], Mme la princesse d'Orange[48] arrivent; la Reine lui donne une petite turquoise mise à son doigt.
[47] Charlotte de Montmorency, fille du connétable, mariée en 1591, à Charles de Valois, duc d'Angoulême; elle n'avait pas été enveloppée dans la disgrâce de son mari. Voy. _Lettres missives de Henri IV_, V, 616.
[48] Louise de Coligny, veuve d'abord de Téligny, tué à la Saint-Barthélemy, puis de Guillaume de Nassau, dit le Taciturne, prince d'Orange, assassiné en 1584.
_Le 29, lundi._—Le Roi et la Reine arrivent de la chasse, commandent de le leur porter. Le Roi lui fait voir donner la curée du cerf pris au-dessus de Ruel; il ne s'en étonne point.
_Le 31 juillet, mercredi._—Impatient pour sortir; il rencontre le Roi; mené en carrosse dans la forêt à voir passer le cerf couru par le Roi, qui avoit dîné à Forqueil, où s'étoit faite l'assemblée. Porté au Roi, dedans son lit, blessé d'une chute, courant le cerf. Il tient un bâton; je prends un brin de fagot, j'en frappe contre son bâton pour escrimer; le jeu lui plaît, il me poursuit en riant par toute la chambre. Tout le reste du jour paisible et fort gai.—Ce jourd'hui, à cinq heures, le maréchal de Biron eut la tête tranchée à la Bastille[49].
[49] Nous reproduisons tel quel le texte du manuscrit. Cette chute de Henri IV, le jour de la mort de Biron, n'eut pas de suites, car Héroard n'en reparle pas, et on n'en trouve pas trace dans le _Recueil des Lettres missives_.
_Le 1er août, jeudi, à Saint-Germain._—Le poil lui éclaircit, la tête se nettoie. Promené; il rencontre le Roi, voit la Reine, caresses accoutumées.
_Le 2, vendredi._—Promené il rencontre le Roi, lui rit et tend les bras; va en la chambre de la Reine. On lui fait chercher le Roi dans le lit de la Reine; ne le trouvant point il entre en grande colère. Il va en la chambre du Roi, qui le met coucher avec lui, avec infinies caresses.
_Le 4, dimanche._—Allées et venues. M. de Rosny. Porté à la chambre du Roi, qui soupoit; il lui a fait prendre de la soupe, qu'il a fort bien mangée.
_Le 7, mercredi._—Il rencontre le Roi, qui fait semblant de ne le point voir; il crie; le Roi se retourne, va à lui et l'embrasse. Au sortir de la messe, Engoulevent[50] se met à chanter et le Dauphin aussi; le Roi y prend plaisir pour un peu de temps. A cinq heures arrive Bartholomæo Pusuynki, Polonois, clerc de la chambre et nonce extraordinaire de Sa Sainteté vers le Roi, conduit par M. de Sillery. Mme la comtesse de Guichen[51], lui envoye une épée par M. de Frontenac en présence du nonce. Le Roi et la Reine en ont pris grand divertissement.
[50] _Voy._ la note du 14 janvier 1604.
[51] Diane d'Andouins, dite _la belle Corisande_, veuve de Philibert, comte de Gramont et de Guiche, ancienne maîtresse de Henri IV. Elle mourut vers 1620.
_Le 9 août, vendredi, à Saint-Germain._—Au sortir du jardin il rencontre le Roi, qui entroit; caresses accoutumées, réciproques.
_Le 10, samedi._—Le Roi, et la Reine partent et lui disent adieu, fort contents.
_Le 21, mercredi._—A trois heures et demie mis dans le carrosse et porté au bâtiment neuf, pour l'éloigner de Messieurs, qui avoient eu la rougeole[52].
[52] _Voy._ la lettre du Roi à Mme de Montglat, du 29 août. (_Lettres missives_, V, 661.)
_Le 22, jeudi._—A deux heures, le clarissimo Marino Cavalli, ambassadeur de Venise, entre en la balustre, ayant demandé permission à Mme de Montglat, le salue, baise sa main, et puis embouche (_sic_) la sienne, et peu après se couvre. On met au Dauphin son épée au côté et son chapeau en tête, qu'il enfonce en mauvais garçon; il bat fort et ferme le tambour avec les deux baguettes. L'ambassadeur prend congé de lui et baise sa main, puis embouche la sienne.
_Le 25, dimanche._—Promené; mis aux fenêtres pour le faire voir à grand nombre de peuple venu pour le voir[53], dont la plus part s'est mis à genoux et plusieurs les larmes aux yeux.
[53] C'était le jour de la Saint-Louis.
_Le 5, jeudi._—A douze heures trois quarts Mme de Longueville laisse à Saint-Germain M. son fils.
_Le 6 septembre, vendredi, à Saint-Germain._—M. Pary, chevalier de la Jarretière, ambassadeur extraordinaire d'Angleterre devers le Roi, le vient voir, parle à Mme de Montglat, ayant fait une révérence de la tête, de loin, à M. le Dauphin, puis, s'approchant de lui, en fait une autre et se met à se promener avec la dite dame.
_Le 8 septembre, dimanche, à Saint-Germain._—On porte le pain bénit au Dauphin; il tenoit le goupillon, fait ses affaires à croupeton sur le tapis; le goupillon qu'il tenoit s'y mêle, et si l'aumônier n'y eût pris garde, en donnant de l'eau bénite il en eût donné.
_Le 11, mercredi._—Il écoute les contes que lui fait Mlle de Ventelet touchant l'Infante[54], qu'il couchera avec elle; il en rit.
[54] Anne d'Autriche, née le 22 septembre 1601.
_Le 12, jeudi._—Crié extrêmement; Mlle de Ventelet lui vient donner le bon jour de la part de l'Infante; il s'apaise soudain, et se prend à rire.
_Le 15, dimanche._—A huit heures le page de M. de Longueville arrive pour savoir de ses nouvelles; ayant parlé à Mme de Montglat et s'en retournant, le Dauphin l'appelle d'un _Hé!_ et se retrousse, lui montrant sa guillery. Il est porté au vieux château par le commandement du Roi, qui arrive à cinq heures. Porté au pied du degré au devant du Roi, l'obscurité et la foule des hommes fut cause qu'il eut peur. Le Roi le caresse; à sept heures et un quart la Reine arrive.
_Le 16, jeudi._—Il montre sa guillery à M. d'Elbenne; porté chez la Reine, il voit la signora Passithea, en eut peur, à cause de la coiffure.
_Le 17, mardi._—A quatre heures, porté chez la Reine; la marquise de Verneuil y arrive, au cabinet de la Reine; le Roi y arrive.
_Le 18, mercredi._—Sur les dix heures et demie le Roi part pour aller dîner à Saint-Cloud et de là à Paris, pour conduire la Reine à Fontainebleau pour attendre ses couches.
_Le 19, jeudi._—Il commence à cheminer avec fermeté, soutenu sous les bras.
_Le 23, lundi._—Fort gai, émerillonné; il fait baiser à chacun sa guillery. Le comte de Visé, du marquisat de Saluces, ambassadeur extraordinaire du duc de Savoie, et le comte de Hems, ambassadeur extraordinaire d'Écosse, le viennent voir.
_Le 25 septembre, mercredi, à Saint-Germain._—M. de Montpensier lui baise les mains au berceau et lui a donné la chemise.
_Le 27, vendredi._—Il se joue à sa guillery, repousse son ventre en dedans, qui l'empêchoit de la voir. Il vient un gentilhomme flamand, du parti espagnol, pour le voir; il se y trouve un vieil Espagnol qui entrant et sortant lui donna sa bénédiction la larme à l'œil, en souhaitant le mariage de l'Infante[55].
[55] Le Dauphin entrait ce jour-là dans sa deuxième année.
_Le 30, lundi._—A douze heures un quart le sieur de Bonières et sa fille, jeune; il lui a fort ri, se retrousse, lui montre sa guillery, mais surtout à sa fille, car alors la tenant et riant son petit rire il s'ébranloit tout le corps. On dit qu'il y entendoit finesse. A douze heures et demie le baron de Prunay; il y avoit en sa compagnie une petite damoiselle; il a retroussé sa cotte, lui montré sa guillery avec une telle ardeur qu'il en étoit tout hors de soi. Il se couchoit à la renverse pour la lui montrer.
_Le 8 octobre, mardi, à Saint-Germain._—Le Roi arrive, se joue à lui; la Reine pareillement.
_Le 9, mercredi._—Porté au Roi au jardin, où il faisoit bien froid; porté à la chambre de la Reine.
_Le 11, vendredi._—Porté au Roi, à la galerie rouge, à une heure et demie un ambassadeur allemand; à six heures Mme la princesse d'Orange.
_Le 12, samedi._—A deux heures et demie endormi; le Roi arrive, qui l'éveille, le baise et s'en va pour retourner à Paris. Sur les trois heures, comme il ne faisoit que s'endormir, la Reine l'éveille, et s'en va soudain; comme on le rendormoit, arrive M. le comte de Soissons, qui conduit les députés généraux du pays de Dauphiné pour rendre l'hommage, qu'ils firent à genoux, fors l'archevêque de Vienne[56], qui porta la parole, M. le Dauphin étant dans un berceau. Il leur tendit la main à tous pour la baiser.
[56] Jérôme de Villars.
_Le 13 octobre, dimanche._—Porté à la messe; les députés de Dauphiné y étoient. Lesdits députés ont donné des présents: à Mme de Montglat, un buffet d'argent de la valeur de trois cents écus; à Mlle Piolant, un bassin et une aiguière d'argent, valant environ cent écus; une chaîne d'or pesant quatre-vingts écus à Mlle la nourrice, et une de cinquante à la remueuse; et des pièces d'or et d'argent faites en mémoire de la naissance de M. le Dauphin à plusieurs du château et aux officiers de Mme de Montglat.
_Le 17, jeudi._—Promené à la chambre du Roi, à dix heures, où il a vu les ambassadeurs de Suisse venus pour jurer et confirmer l'alliance avec le Roi; il leur a baillé sa main à baiser. Ils furent conduits par M. de Souvré et M. de Vic, ambassadeur pour le Roi vers les Cantons. Ils furent fort satisfaits de M. le Dauphin, qui sembloit avoir composé sa façon pour cet acte. Ils furent traités à dîner aux dépens du Roi, en la salle du Roi, et leurs officiers en la salle du bal, où ils étoient cent à table.
_Le 24, jeudi._—Le Roi arrive à neuf heures et demie, revenant de la chasse, où il avoit été deux jours, et venoit découcher à Villepreux; il le trouve fort gentil, lui donne du sucre rosat. A douze heures et trois quarts, le Roi part et s'en retourne à Paris.
_Le 5 novembre, mardi, à Saint-Germain._—A onze heures et demie, le Roi arrive de Fontainebleau; il voit le Roi, résolu. Le Roi va dîner; porté au dîner du Roi, il fait baiser sa guillery à M. de Souvré, à M. de Termes, à M. de Liancourt, à M. Zamet. Le Roi part à trois heures pour aller coucher à Paris.
_Le 15, vendredi._—A trois heures M. le prince de Condé[57], Mme sa mère, M. de Haucourt viennent voir le Dauphin. Sa nourrice lui dit: «Monsieur, voyez votre petit cousin qui vous vient voir.» Il se retourne, regardant tous ceux qui étoient contre la balustre, le va choisir et lui tend la main, que M. le Prince lui baisa alors. A l'entrée M. d'Haucourt lui dit qu'il allât baiser la robe du Dauphin; il se tourna, et lui dit qu'il ne le falloit pas faire.
[57] Henri de Bourbon II, né posthume, le 1er septembre 1588, était alors âgé de quatorze ans; sa mère était Charlotte-Catherine de la Trémoille; elle mourut en 1629.
_Le 16, samedi, à Saint-Germain._—M. le prince de Condé prenant congé de lui, il le suit après, le regardant toujours, et se prend à pleurer; il faut que M. le Prince revienne pour partir sans être aperçu; Mme la princesse de Condé lui vient dire adieu.
_Le 21, jeudi._—Porté au château neuf.
_Le 22, vendredi._—Naissance de Madame[58], à Fontainebleau, environ les neuf heures du matin.
[58] Élisabeth de France, mariée par procuration à Philippe IV, roi d'Espagne, en 1615, morte à Madrid, en 1644.
_Le 23, samedi._—Nouvelles de la naissance de Madame, le jour précédent, sur les neuf heures du matin[59].
[59] C'est à la date du 23 novembre 1602 qu'il faut rapporter la lettre du Roi à Mme de Montglat que M. Berger de Xivrey a classée à l'année 1608. (_Lettres missives_, VIII, 647.) Voici cette lettre: «Madame de Montglat, vous m'avez fait plaisir que, sur l'avis que le fils de Frontenac avoit la petite vérole, de transporter mon fils au petit château. Faites le même de mon fils Alexandre et de ma fille; les quels je vous recommande, et que vous me mandiez souvent des nouvelles de mon fils. Ma femme accoucha hier, sur les neuf heures du matin, de ce qu'il a plu à Dieu. De quoi elle est plus fâchée que moi, qui l'en console. Bonjour, madame de Montglat. Ce XXIIIe novembre, à Fontainebleau.—HENRY.»
La phrase du Roi sur la seconde couche de Marie de Médicis s'explique par ce passage de la circulaire sur la naissance de Madame Élisabeth: «Ce n'est pas chose qui soit, selon les apparences humaines, si avantageuse qu'eût été un fils.» On verra que le 23 novembre 1608 Henri IV était au château de Saint-Germain avec le Dauphin.
_Le 28, jeudi._—A onze heures et un quart le colonel Postech, de Berne, le sieur Ryech, député de Zurich, lui ont baisé la main, qu'il leur a tendue; ils n'étoient pas venus à Saint-Germain avec les autres. Ils lui ont dit qu'ils étoient ses très-humbles serviteurs et alliés, lui ont derechef baisé la main en s'en allant; le sieur Ryech avoit la larme à l'œil d'aise en lui disant adieu.
_Le 12 décembre, jeudi, à Saint-Germain._—A huit heures trois quarts joué à de petits jeux. On lui demande: «Où est le mignon de papa?» Il se montre, frappant sur son estomac. Je lui demande: «Où est le mignon de l'Infante?» Il met la main sur sa guillery.
_Le 19, jeudi._—Rapporté au vieux château à une heure; à six heures le Roi et la Reine, accompagnés de M. le maréchal de la Châtre, arrivent en sa chambre; ils l'ont trouvé fort gentil.
_Le 20, vendredi._—Le Roi et la Reine l'entendent jargonner, y prennent plaisir.
_Le 21, samedi._—Le Roi oit la messe en sa chambre; le Dauphin est porté chez la Reine. A une heure, le Roi l'ayant baisé part pour s'en retourner à Paris, la Reine peu après.
_Le 23, lundi._—Le Roi arrive à onze heures et demie à l'assemblée[60]; le Dauphin est porté en la cour devant lui, ne le salue point, sinon quand le Roi lui eut tiré le chapeau; il ôte le sien, puis se recouvre quand le Roi lui eut dit: «Couvrez-vous, Monsieur.» Porté au dîner du Roi à onze heures et demie, mis au bout de la table, rêveur; le Roi se joue à lui, le fait jargonner. Le Dauphin reconnoît M. de Guise ne lui ayant été montré qu'une fois. A cinq heures arrive M. de Rosny; le Roi revient de la chasse, fait porter le Dauphin dans son cabinet. A six heures, porté au bout de la table avec le Roi, qui lui fait donner une cuillerée de vin fort trempé. Rapporté en sa chambre, à sept heures trois quarts, le Roi y vient, il le prend, le promène; le Dauphin danse en branle donnant la main à Alexandre Monsieur, le Roi lui ayant commandé de le faire. A huit heures et demie M. le comte de Soissons lui donne sa chemise à brassière; le Roi le baise et s'en va coucher.
[60] C'est-à-dire au rendez-vous de la chasse.
_Le 24, mardi, à Saint-Germain._—Le Roi arrive à neuf heures, va déjeuner à la petite salle; le Dauphin y est porté, regarde déjeuner le Roi attentivement. Le Roi s'en retourne à Paris, et part à dix heures.
_Le 30, lundi._—Sur les quatre heures trois quarts, le Dauphin est porté en hâte au-devant de Madame, sa sœur, à laquelle heure Madame arrive, conduite par Mlle Piolant et MM. de Montglat et de Villeserin, écuyer servant de la Reine. M. le Dauphin, porté par sa nourrice, est descendu par la petite montée du côté de la chambre de Madame, et rencontre vis-à-vis de la porte de l'autre petite montée, à huit pas près, Madame, que l'on descendoit de la litière; prise et portée par M. de Villeserin. Il fut aise et sans dire mot de la voir, lui ayant été dit: «Monsieur, voilà votre sœur.»
_Le 31, mardi._—Madame est portée en sa chambre; il la baise doucement. A douze heures et demie, le Roi arrive; le Dauphin, porté dans la chambre du Roi, y a été durant le dîner et a donné la serviette au Roi, qui la lui avoit demandée. Le Roi part pour aller à la chasse. A quatre heures et demie la Reine arrive, vient en la chambre de Madame, où j'étois, puis va en celle de M. le Dauphin. A cinq heures il est porté chez la Reine, à sept heures au souper du Roi, qui lui donne de la gelée, dont il étoit friand, et du vin.
ANNÉE 1603.