Journal de Jean Héroard - Tome 1 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1601-1610)
Part 10
_Le 7, vendredi._—M. le duc de Vendatour le vient voir. La Reine arrive, amenant avec elle le cavalier Juigny, maître général de la garde-robe et gentilhomme de la chambre du Grand-Duc, ambassadeur ordinaire vers le Roi, pour se réjouir de la naissance de Monseigneur le Dauphin. Le cavalier prend congé de lui, l'appelle Sire. La Reine part.
_Le 8, samedi._—Éveillé, etc., Mme de Gondi, abbesse de Poissy, et Mme de Vieuxpont le viennent voir.
_Le 10, lundi._—La marquise de Verneuil[26] le vient voir; il la regarde attentivement, et lui rit gracieusement. Elle demeura, ce disoit-elle, fort contente de l'honneur qu'il lui faisoit; la marquise soupa. Il a toujours ri avec joie incroyable à la marquise parlant à lui.
[26] Catherine-Henriette de Balsac, fille de François de Balsac, seigneur d'Entragues, et de Marie Touchet; maîtresse de Henri IV après la mort de Gabrielle d'Estrées.
_Le 12, mercredi._—Il commence à reconnoître et à nommer en son jargon, et lui étant demandé de moi par la remueuse: «Qui est cet homme-là?» répond en jargonnant et aisément: _Eouad_. On reconnoît manifestement que son corps ne se nourrit point; les muscles de la poitrine étoient tout consumés, et le gros rempli qu'il avoit sur le col n'étoit que peau. Il aime et se plaît à ouïr la musique.
_Le 14, vendredi, à Saint-Germain._—Ce jourd'hui je commençai à coucher au château pour les flegmes.
_Le 16, dimanche._—Éveillé, etc.; M. le maréchal de Bois-Dauphin le vient voir.
_Le 18, mardi._—MM. de Châteauvieux, de Roquelaure et d'Inteville le viennent voir.
_Le 20, jeudi._—Mme de Lairs, du pays d'Agenois, demande de le tenir afin qu'elle puisse s'en vanter, et laisse son manchon pour le prendre. La nourrice se recule disant qu'il le falloit demander à Mme de Montglat, qui lui répondit que personne ne l'avoit encore pris; ce qu'elle ne fit point.
_Le 21, vendredi._—Le Roi l'a éveillé; fort causé avec lui et fort paisiblement dans son berceau; fort raillé, rossignolé. Sa nourrice lui demande: «Êtes-vous pas le mignon de papa?» Il dit: _Oui_, MM. de Villeroy, d'Alincourt, du Laurens et plusieurs autres étant présents. Montré son corps à LL. MM. qui s'en sont retournés à Paris fort contents.
_Le 23, dimanche._—Coiffé d'un bonnet de satin et pris des manches de même. L'illustrissime monsignor del Buffalo, évêque de Camerino, nonce ordinaire, et l'illustrissime et révérendissime monsignor Barberino, clerc de la chambre de S. S., nonce extraordinaire, le viennent saluer. Le nonce ordinaire a demandé à le baiser; ils l'ont fait, l'extraordinaire a commencé. Ils ont donné un chapelet et un _Agnus Dei_ au bout à Mme de Montglat et un chapelet à Mlle la nourrice. Ils étoient conduits par M. de Luxembourg, ont dîné à midi aux dépens du Roi. La Parisière, maître d'hôtel servant, a dîné avec eux; M. Fleureteau, maître de la chambre aux deniers, a fait la charge.
_Le 24, lundi._—M. le prince d'Orange est venu, qui l'a vu dans son berceau; Mme la princesse d'Orange, M. d'Andelot, le comte de Warambon l'ont vu remuer.
_Le 27 décembre, jeudi, à Saint-Germain._—Mme de Montglat montre une lettre du Roi du 22 décembre 1601[27], lui commandant de faire donner le lait par Mlle Galand, femme de maître Charles Butel, barbier chirurgien à Paris, et de l'ôter à Catherine Hotman; Mlle Galand donne à teter. Remué en présence du sieur Lussan, capitaine des gardes du corps, et du sieur de Saint-Angel, gouverneur de Mâcon. Mlle Hotman fait merveille de se plaindre, se ressouvient du _non_ de monseigneur le Dauphin en lui disant adieu. Il n'a jamais teté Hotman qu'il ne se soit mis en colère.
[27] Cette lettre est datée du 26 dans le _Recueil des Lettres missives_, V, 522.
ANNÉE 1602.
Le Roi et la Reine à Saint-Germain.—Premier portrait du Dauphin fait en crayon par Decourt.—Départ de la seconde nourrice.—La marquise de Verneuil.—Première sortie.—Autre portrait du Dauphin.—M. de Rosny.—Les enfants de Gabrielle d'Estrées, élevés avec le Dauphin, ont la petite vérole.—Premières caresses de la Reine.—Portrait fait par Quesnel.—Réception d'ambassadeurs.—Premier instinct de la chasse.—Première dent.—M. de Mansan.—Projet de mariage avec l'infante d'Espagne.—Lettre du maréchal de Biron à Mme de Montglat.—Émotion d'un vieil officier général.—M. de Mayenne.—Le comte d'Auvergne.—Mme Boursier.—Premier vêtement.—Concini.—Mot du Roi sur la bouillie.—Tienette Clergeon.—Second portrait fait par Decourt.—Singulières habitudes données à l'enfant.—Le Roi joue à cache-cache avec son fils, lui fait voir la curée du cerf.—Exécution de Biron et chute du Roi.—La fête de Saint-Louis.—Nouvelle grossesse de la Reine.—Le Dauphin entre dans sa deuxième année.—Mœurs singulières.—Présents des députés du Dauphiné.—Audience des ambassadeurs suisses.—Singulier hommage des courtisans.—Le prince de Condé.—Naissance de Madame à Fontainebleau; son arrivée à Saint-Germain.
_Le 12 janvier, samedi, à Saint-Germain._—Porté à la chambre de Mme de Montglat pour éventer la chambre et son berceau, et le parfumer de bois de genièvre. M. de la Tuillerie, maître d'hôtel du Roi, arrive, attendant le Roi venant de Verneuil; ce pendant la Reine arrive. Elle a été longtemps dans le parquet, se chauffant, accompagnée de Mme la marquise de Guiercheville, sa dame d'honneur, et de Mme de Montglat. Le Roi arrive demi-heure après; elle lui va au-devant à la porte de la chambre, où elle le rencontre; mines [_sic_]. Ils vont ensemble voir le Dauphin au berceau; le Roi lui a manié et considéré les pieds[28].
[28] Sans doute à cause de la ressemblance avec les siens signalée plus haut par Héroard, page 4.
_Le 13, dimanche, à Saint-Germain._—LL. MM. le viennent voir, oyent la messe en sa chambre puis s'en vont dîner; LL. MM. sont parties à une heure et demie. La Reine avoit, le jour de devant, amené Antoinette Joron pour nourrice, l'autre n'ayant point été trouvée propre.
_Le 16, mercredi._—Le cavalier Juigny, ambassadeur du Grand-Duc, l'est venu voir pour lui dire adieu; et, par commandement de la Reine, Decourt, peintre du Roi[29], en tire un crayon pour l'envoyer à Florence.
[29] Charles Decourt, est porté dans les comptes de l'hôtel de Henri IV, comme peintre du Roi. (_Hist. du Règne de Henri IV_, par M. Poirson, 1856, in-8º, tome II. p. 815.)
_Le 18, vendredi._—Achevé de peindre par M. Decourt.
_Le 20, dimanche._—Le chevalier de Sancy le vient voir.
_Le 21, lundi._—Je lui donne le bonjour et pars à onze heures pour aller à Paris, en compagnie de Mlle Lemaire, sa seconde nourrice, qui se retire pour n'avoir point été agréable à la Reine, par la persuasion de quelques personnes qui étoient près de Sa Majesté. C'étoit une très-honnête femme, fort douce, qui avoit beaucoup de lait et fort bon; et plût à Dieu que Monseigneur le Dauphin en eût été nourri au lieu de la première. Il en eût été mieux pour sa santé, et je crois qu'il eût été nourri seulement d'un lait. Dieu le veuille pardonner à ceux qui en sont cause.
_Le 28, lundi._—Le Roi et la Reine arrivent.
_Le 29, mardi._—La Reine le vient voir à trois heures; le Roi et la Reine le viennent voir à cinq heures.
_Le 30, mercredi._—Le Roi et la Reine y sont venus à une heure, le Roi et la marquise de Verneuil à cinq heures; il leur a fort ri et s'est joué avec eux.
_Le 1er février, vendredi._—Le Roi et la Reine ont été présents depuis quatre heures et demie jusqu'à cinq heures.
_Le 2, samedi, à Saint-Germain._—Joué, amusé, le Roi et la marquise de Verneuil présents.
_Le 5 février, mardi, à Saint-Germain._—Remué, le Roi et la Reine présents.
_Le 8, vendredi._—A cinq heures le Roi arrive; remué en sa présence. Il est porté à la salle où le Roi soupoit.
_Le 15, vendredi._—Il prend la bouillie avec la cuiller; Mme de Montglat la lui donne dorénavant, auparavant c'étoit la remueuse.
_Le 19, mardi, jour de carême prenant[30]._—Il faisoit fort beau temps; il fait sa première sortie par le pont de la chapelle, ayant son chapeau de paille; porté par Mlle Lecœur, l'une de ses femmes de chambre.
[30] Le mardi gras.
_Le 21, jeudi._—Un peintre flamand est venu de la part de M. de Noailles, pour le peindre en huile et l'envoyer en Guyenne, par permission du Roi. Il a fait beau jeu au peintre durant deux heures, autant qu'il eût su désirer.
_Le 23, samedi._—Le Roi et la Reine arrivent de Paris, l'ont amusé et fait longtemps causer dans le berceau.
_Le 27, mercredi._—M. de Rosny le voit remuer.
_Le 1er mars, vendredi._—Porté au jardin; à deux heures le comte Hercole Tasson, ambassadeur pour le duc de Modène devers LL. MM., le vient voir.
_Le 2, samedi._—A dix heures le comte de Sulmo, ambassadeur de l'Électeur Palatin, arrive avec une douzaine de gentilshommes; à trois heures et demie Mme la présidente Dudrach, avec sa grande troupe.
_Le 3, dimanche, à Saint-Germain._—M. de Ventelet l'entretient, lui dit qu'il n'avoit que Dieu pour maître; il répond en souriant: _Oui_. M. de Saint-Germain (de Saintonge) et M. de Lauzeré, premier valet de chambre de Roi, M. Bovier, gentilhomme des ordinaires du Roi, le viennent voir. Il danse fort gaiement au son du violon.
_Le 6, mercredi._—La petite vérole paroît à Alexandre Monsieur, et à Mlle de Vendôme[31].
[31] Alexandre, nommé d'abord Alexandre Monsieur, puis le chevalier de Vendôme, né à Nantes, en 1598, de Gabrielle d'Estrées, légitimé en 1599, reçu chevalier de Malte en 1604, puis grand prieur de France, mort en 1629.—Catherine-Henriette, nommée Mlle de Vendôme, fille de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, légitimée en 1597, mariée en 1619 à Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, morte en 1663.
_Le 7, jeudi, à Saint-Germain._—A une heure Mme de Beuvron le vient voir; à huit heures et demie arrive un courrier de la part du Roi pour aller au bâtiment neuf[32].
[32] Le Dauphin était logé au vieux château de Saint-Germain.
_Le 9, samedi._—Il est porté au château neuf pour y loger.
_Le 12, mardi._—Il commence à tendre les mains à ce qui lui est présenté; ce fut un livre que je lui montrois. Le livre étoit les _Psalmes de David_, de la version de M. de Bourges, que j'avois donné à Mme de Montglat.
_Le 17, dimanche._—La Reine arrive à douze heures et demie, on le lui porte couvert de son chapeau de taffetas; elle le trouve grand, blanchi et lui a fort plu. A cinq heures et demie le Roi arrive de Verneuil avec la Reine, qui étoit allée au-devant de lui jusques à Herbelay, où il avoit dîné. Il est porté devant le Roi; S. M. en est satisfaite et de sa santé.
_Le 18, lundi._—A huit heures le Roi arrive et l'a fort caressé; à deux heures Mme de Nemours le vient voir.
_Le 19, mardi._—LL. MM. le font porter au cabinet, l'ont fort caressé, la Reine particulièrement, ce qu'elle n'avoit encore fait.
_Le 20, mercredi._—A une heure trois quarts M. Zamet; à six le Roi en la galerie avec MM. les secrétaires, la Reine y entre.
_Le 21, jeudi._—M. de Souvré et Mme de Montglat parlent au Dauphin; il est porté sur la terrasse au Roi et à la Reine.
_Le 22, vendredi._—Il caresse le Roi, qui part à dix heures pour aller à Paris, la Reine pareillement, et de là à Fontainebleau, puis à Poitiers. Le Roi revient à quatre heures trois quarts, ramené par la chasse et accompagné de M. le prince de Conty, de M. le Grand[33], des sieurs de Termes, de Frontenac et de Nançay; il retourne à Paris dans le carrosse de M. de Frontenac.
[33] Roger de Saint-Lary, duc de Bellegarde, grand écuyer de France.
_Le 27 mars, mercredi, à Saint-Germain._—A onze heures est arrivé le comte Henri de Saint-Georges, ambassadeur extraordinaire du duc de Mantoue, accompagné du sieur de la Brosse, agent pour ledit duc, et du sieur Braccio, écuyer ordinaire de la Reine. Ils ont mené le peintre du Quesnel[34], qui l'a tiré tout de son long; il avoit deux pieds et demi. Ils ont dîné aux dépens de Mme de Montglat.
[34] François Quesnel.
_Le 29, vendredi._—A onze heures est arrivé le sieur de Schomberg, grand chambellan de l'Empereur, ambassadeur extraordinaire vers LL. MM. pour la naissance de Monseigneur le Dauphin, accompagné des sieurs de Souvré, de Bois-Dauphin et du jeune Schomberg. Cet ambassadeur est neveu de feu le sieur Diétrich Schomberg, qui fut tué pour le service du Roi à la bataille d'Ivry. Il a baisé les mains, le chapeau au poing, et fait une révérence à Monseigneur le Dauphin; à douze heures et demie il est allé dîner à la salle, accompagné desdits sieurs, aux dépens du Roi. L'ambassadeur revenu lui a demandé s'il vouloit mander quelque chose à l'Empereur son oncle; il a répondu en souriant en son jargon: _Dré_. L'ambassadeur, de joie, lui a baisé les mains, est allé aux fontaines, et de là à Paris.
_Le 1er avril, lundi._—Mme de Vilette, M. Canaye-Branay et leur compagnie, la comtesse de Montgomery et les filles de son mari, le sont venus voir.
_Le 2, mardi._—Mme de Souvré, Mme de Loménie le viennent visiter.
_Le 3, mercredi, à Saint-Germain._—M. de Soboles, gouverneur de Metz, Mme de Fervaques, veuve de M. de Laval, le viennent voir.
_Le 4, jeudi._—M. le baron de la Châtre, Mme de Villegomblin le viennent voir.
_Le 6, samedi._—A onze heures M. de Vitry, gendre de Mme de Montglat, arrive; M. de la Bastide, capitaine des gardes de M. de Lorraine, arrive de sa part; à deux heures M. de Chazeron.
_Le dimanche 7, jour de Pâques._—Il considère à la messe toutes les actions de M. l'aumônier.
_Le 8, lundi._—Il jargonne, danse au violon de Boileau, son joueur de violon. A trois heures après-midi M. Brulart, secrétaire d'État du feu Roi, arrive et M. de Cypierre aussi.
_Le 9, mardi, à Saint-Germain._—A huit heures Mmes de Clermont d'Amboise, d'Abin et de Saint-Gelais; à onze heures M. d'Épernon, avec ses trois fils, qui lui baisèrent les mains. M. d'Épernon le loua fort et le considéra attentivement. A une heure et demie M. Puget, trésorier de l'Épargne, et sa compagnie. A deux heures M. d'Épernon, ses enfants et M. Puget le voient remuer, les trois enfants de M. d'Épernon étant dans la balustre. A quatre heures M. de la Nauve et M. Lecoq, conseillers en Parlement, et M. Martineau, qui est à M. de Montpensier, viennent pour le visiter.
_Le 11, jeudi._—Promené; il prend plaisir à un levraut qui se vint rendre dans l'allée du palemail et fut pris à la main par M. Petit, archer des gardes du corps du Roi. Le Dauphin l'ayant vu le veut soudain, l'empoigne à deux mains, se jetant dessus avec ardeur. A six heures M. de Roissy, maître des requêtes, M. Vion, maître des Comptes, le sont venus voir.
_Le 13, samedi._—Éveillé à minuit, teté, point dormi. Mlle de Rumilly me vient appeler, me disant que Monseigneur le Dauphin étoit malade du mal de dents. Je y arrive incontinent après; il s'endort à peine jusqu'à cinq heures. J'ai toujours demeuré debout, accoudé sur le bord de son berceau, tenant sa main droite dedans la mienne.
_Le 14, dimanche, à Saint-Germain._—A quatre heures trois quarts M. de Saint-Fussien, conseiller de la Cour, le vient voir.
_Le 15, lundi._—Reconnu par la remueuse, qui lui mit le doigt dans la bouche, une dent percée; M. Guérin, son apothicaire, part pour en porter la nouvelle au Roi à Fontainebleau[35].
[35] _Voy._ la lettre du Roi à Mme de Montglat, _Lettres missives_, V, 575.
_Le 16, mardi._—A midi et demi M. d'Épernon (qui a dit des louanges), ses trois fils, et M. d'Échaux, évêque de Bayonne.
_Le 17, mercredi._—A midi Mme la princesse d'Orange, Mme de Bruzoles, Mlle Beringhen et sa mère le sont venues visiter.
_Le 18, jeudi._—M. de Mansan, gentilhomme gascon, nourri et élevé par M. de Vic, gouverneur de Calais et capitaine aux gardes du Roi, arrive à Saint-Germain en Laye avec sa compagnie, pour la garde de Monseigneur le Dauphin, pendant que S. M. fait son voyage en Poitou.
_Le 19, vendredi, à Saint-Germain._—A dix heures et demie M. d'Arquery le vient voir. A sept heures trois quarts, lettres du Roi par M. Guérin.
_Le 20, samedi._—A midi M. du Passage, Mme de Fonlebon et ses filles; il a fort caressé la petite Charlotte de Fonlebon.
_Le 21, dimanche._—A deux heures, M. de Bouqueron, président au parlement de Grenoble, M. de Chevrier, conseiller en ladite Cour, le viennent voir.
_Le 22, lundi._—A neuf heures et demie, M. le duc de Bouillon, M. de Salignac, M. de Sancy et le jeune Sardini et son frère. A douze heures et demie, Hieronimo Taxis, ambassadeur d'Espagne, tête nue, fait une grande révérence et prend la main de monseigneur le Dauphin sans la baiser; dit qu'il n'a pas voulu partir sans l'avoir vu auparavant. Le Dauphin est remué en sa présence. L'ambassadeur se tenoit tout debout, accompagné desdits sieurs; sur ce qui lui fut dit par M. de Sancy[36] qu'il en falloit faire un mariage, il répondit qu'il n'étoit rien qui ne se pût faire, que la reine de France étoit grosse et la leur aussi, qu'ils avoient une damoiselle et maintenant ils auroient un fils et nous une fille, et puis que l'on mettroit tout ensemble[37].
[36] Nicolas de Harlay, seigneur de Sancy, conseiller du Roi, etc., mort en 1629.
[37] Ce projet se réalisa par le traité de 1612, qui unit Élisabeth de France à Philippe IV et Anne d'Autriche à Louis XIII.
_Le 24, mercredi, à Saint-Germain._—Il s'est fort joué à sa peinture[38], que je lui ai apportée de Paris.
[38] C'est-à-dire son portrait, et probablement celui gravé par Cl. de Mallery en avril 1602, où Louis XIII est représenté à l'âge de sept mois.
_Le 27, samedi._—A quatre heures M. le connétable l'envoie visiter; viennent aussi Mme Deschamps, Mlle de Ligny, Mlle d'Ouailly.
_Le 28, dimanche._—M. le baron de Saint-Blancart, de la part de M. de Biron[39], son beau-frère, avec lettre à Mme de Montglat, copie ci-attachée[40].—M....., lieutenant général[41] à Fontenay le Comte, âgé de quatre-vingts ans, arrive en jupe, se met à genoux et à pleurer, le voit remuer, et s'en retournant dit à Mme de Montglat qu'il plût à Dieu de donner à Monseigneur le Dauphin le bonheur de son père, la valeur de Charlemagne et la piété de saint Louis; et s'étant retourné pour s'en aller, étant au coin du grand pavillon, lève les mains au ciel et dit: «Dieu m'appelle quand il lui plaira, j'ai vu le salut du monde.» A trois heures M. de Sillery-Brulart et sa femme, M. de Berny, son frère et sa femme.
[39] Charles de Gontaut, duc de Biron. Il fut arrêté le 14 juin suivant et exécuté à la Bastille le 31 juillet.
[40] Copie de la lettre du maréchal de Biron à Mme de Montglat, rendue par le sieur de Saint-Blancart, à Saint-Germain en Laye, le dimanche 28 du mois d'avril 1602:
«Madame, le desir que jé de sauoyr des nouvelles de monseigneur le Daufin me fait vous enuoier ce laquay exprés pour vous supplyer m'en mander et me feres honneur et faueur que je tiendray a vue très grande oblygation sy prenes la payne de me donner aduis de son bon portement par la voye du Sr. Preuost qui est a Parys, car jé de la pasyon et affection pour luy desyrer vn heureux accroyssement estant de ceux qui croient que il est donné de Dieu pour le maintien de cet estat ne pouuant fayllyr que il ne se trouue de la generosyté, de la vertu et de bon heur en luy estant né du Roy mon maistre qui a de Dieu toutes ces grâces plus que jamays[A] autre Roy ny prince aye eu. Pour moy, Madame, je le me fygure le plus beau, le plus aimable prince qui feust ny qui sera, pour ce que toute mon inclynation est portée a l'aymer, outre la royauté que le Roy ly layra vn jour, il le laissera accompagné de tres bons et fideles subiects et seruyteurs. Jauroys regret sy la mort me preuenoit auant que je peusse rendre preuue de ce mien ardent sele que je luy ay voué comme la plus tres humble et tres obeissante creature du Roy son pere. Je borneray la ce mien discours, et vous offryré mon humble seruyce et mon affection, et vous baise bien humblement les mains estant,
«Madame, «Vostre bien humble seruiteur BIRON.
Ce XXIIIIe auril 1602.
Suscription:
«A Madame, «Madame de Mongla, gouuernante de Monseigneur le Daulphin.»
La copie de cette lettre, écrite de la main d'Héroard et certifiée par lui, est jointe au manuscrit appartenant à M. le marquis de Balincourt.
[A] _Jamays_ est effacé de sa main. (_Note d'Héroard._)
[41] Son nom est resté en blanc.
_Le 29, lundi, à Saint-Germain._—A sept heures, Messire Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, le vient voir.
_Le 30, mardi._—A onze heures viennent Mme et Mlle de Guise; dîné avec Mme de Montglat. Mme de Guise l'a porté et fait danser. A quatre heures MM. Archambaud, Corbonois et leurs femmes. A onze heures après midi, lettres du Roi, de Blois, du 28, faisant mention de sa fluxion sur le pied[42] et recommandation de son fils Alexandre et de Mademoiselle.
[42] Cette lettre, adressée sans doute à Mme de Montglat, ne se trouve pas dans le _Recueil des Lettres missives_. Henri IV parle de cette fluxion dans les lettres au connétable de Montmorency et à Rosny des 25 et 26 avril.
_Le 1er mai, mercredi, à Saint-Germain._—A neuf heures et demie, quatre députés de la ville de Metz viennent pour le visiter; à onze heures, M. et Mme de Sancy; à une heure, M. de Bois-Dauphin; à trois heures, M. le maréchal de Brissac et son fils.
_Le 2, jeudi._—A onze heures, et demie M. de la Rivière-Dudrach et sa troupe; à deux heures et demie Mme de Nemours, M. de Rissay, Mme la procureuse générale La Guesle.
_Le 3, vendredi._—A huit heures et un quart, un gentilhomme de la part de M. d'Antragues; à une heure, Mme la présidente Dudrach.
_Le 4, samedi._—Le poil, de brun lui devient châtain clair. A une heure, M. Campagnol, gouverneur de Boulogne; à quatre heures, M. le prince de Condé et Mme sa mère, Mme la comtesse de Briqueil, sœur de feu M. de Humières; à six heures, Mme de Buisseau.
_Le 5 mai, dimanche, à Saint-Germain._—Le Dauphin étant à la fenêtre du préau répondit: _ghi_ à une bonne femme qui parloit à lui, sur le bord du fossé, l'appelant: «mon ami.» Arnoul, contrôleur chez la Reine, arrive.
_Le 6, lundi._—A une heure, M. le duc de Mayenne, qui fait la révérence seulement. M. de Mayenne ne s'est jamais voulu asseoir, n'a jamais dit mot, sinon sur ce qu'on parloit de la grossesse de la Reine et des enfants qu'elle pourroit encore avoir, il a dit qu'il n'y en sauroit avoir trop. Aussitôt que M. le Dauphin a été remué il s'en est allé, et M. d'Aiguillon est venu et parti sans saluer Mme de Montglat.
_Le 7, mardi._—A dix heures et demie, M. de Cachac, capitaine de la porte; M. Bioneau, secrétaire de M. le Grand; à quatre heures et demie, Mme de Montmeray, nièce de M. le maréchal de Retz, avec Mme de Montmeray, sœur de son mari, religieuse en l'abbaye de Saint-Avit près de Châteaudun.
_Le 8, mercredi._—A midi et demi, Mme la comtesse de Chaulnes, Mme de Chemerault, Mme de Poyane, Mme de Liancourt, sa fille, M. d'Espois, M. Sevin, maître des requêtes.
_Le 9, jeudi, à Saint-Germain._—A midi, M. l'archevêque de Tours et M. de La Guesle, procureur-général.
_Le 10, vendredi._—A onze heures Mme de Larchant; à deux heures et demie le baron de Châteauneuf-Laubespine.
_Le 11, samedi._—A onze heures, M. le duc d'Elbeuf, MM. le vidame de Chartres, Maligny, le baron des Ards en Provence; à deux heures, M. l'amiral de Montmorency et Mme sa femme.
_Le 12, dimanche._—A dix heures et demie, les chevaliers de Sancy et de Saint-Mesmain; à quatre heures et un quart, le capitaine Maltais, le commissaire Lesage.
_Le 13, lundi._—A huit heures, M. Fouquet, deuxième président en Bretagne; à douze heures et demie, M. l'évêque de Paris[43], Mme la marquise de Menelay, sa sœur, le lieutenant général de Mâcon, qui lui a souhaité des ans nestoriens et la lignée de Salomon.
[43] Henri de Gondi.
_Le 14, mardi._—A midi MM. de Gondi, le baron de la Tour; à trois heures et un quart M. de Marchaumont.