Journal de Eugène Delacroix, Tome 2 (de 3) 1850-1854
Part 7
[75] Les principes d'esthétique de l'architecte _Baltard_, qui dirigeait la décoration de Saint-Germain des Prés, le rapprochaient de _Flandrin_, pour lequel personne n'ignore que Delacroix professait la plus profonde des antipathies.
[76] Le _Juif errant_, opéra en cinq actes, paroles de _Scribe_ et _Saint-Georges_, musique _d'Halévy._
[77] _Goubaux_, auteur dramatique, collaborateur de Dumas père, de Legouvé et d'Eugène Sue. Il dirigeait une institution qui devint le collège Chaptal.
[78] _Saint-Prix_, acteur célèbre, né en 1759, mort en 1834.
[79] _Roehn_ (1799-1864), peintre, élève de Gros et auteur d'un grand nombre de tableaux de genre.
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_Mercredi_ 5 _mai._--Parti pour Champrosay.
J'ai donné congé à Andrieu au commencement de la semaine.
Tombé au milieu du déménagement qui a été mis en ordre le lendemain. L'habitation me plaît, et le bon propriétaire empressé à me plaire.
--Il faut ébaucher le tableau comme serait le sujet par un temps couvert, sans soleil, sans ombres tranchées. Il n'y a radicalement ni clairs ni ombres. Il y a une masse colorée pour chaque objet, reflétée différemment de tous côtés. Supposez que, sur cette scène, qui se passe en plein air par un temps gris, un rayon de soleil éclaire tout à coup les objets: vous aurez des clairs et des ombres comme on l'entend, mais ce sont de purs accidents. La vérité profonde, et qui peut paraître singulière, de ceci est toute l'entente de la couleur dans la peinture. Chose étrange! elle n'a été comprise que par un très petit nombre de grands peintres, même parmi ceux qu'on répute coloristes.
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_Champrosay, jeudi_ 6 _mai._--(Le dos contre la barrière, au pied du grand chêne de l'allée de l'Ermitage.)[80] Arrivé hier _mercredi_ 5 à Champrosay pour passer deux ou trois jours, et m'installer dans mon nouveau logement.
Vers quatre heures, sorti sur la route vers Soisy[81], pour gagner de l'appétit. J'ai trouvé là sur la poussière une trace d'eau répandue comme par le bout d'un entonnoir, qui m'a rappelé mes observations précédentes, et en différents lieux, sur les lois géométriques qui président aux accidents de même espèce, qui semblent au vulgaire des effets du hasard: tels que sillons que creusent les eaux de la mer, sur le sable fin qu'on trouve sur les plages, comme j'en ai observé l'année dernière à Dieppe, et comme j'en avais vu à Tanger. Ces sillons présentent, dans leur irrégularité, le retour des mêmes formes, mais il semble que l'action de l'eau ou la nature du sable qui reçoit ces empreintes, détermine des aspects différents, suivant les lieux: ainsi, les marques à Dieppe, des espaces d'eau sur un sable très fin, qui se trouvaient séparés çà et là ou enfermés par de petits rochers, figuraient très bien les flots mêmes de la mer. En les copiant avec des colorations convenables, on eût donné l'idée du mouvement des vagues si difficile à saisir. À Tanger, au contraire, sur une plage unie, les eaux, en se retirant, laissaient l'empreinte de petits sillons, qui figuraient à s'y méprendre les rayures de la peau des tigres. La trace que j'ai trouvée hier sur la route de Soisy représentait exactement les branches de certains arbres, quand ils n'ont pas de feuilles; la branche principale était l'eau répandue, et les petites branches qui s'enlaçaient de mille manières étaient produites par les éclaboussures qui partaient et se croisaient de droite et de gauche.
J'ai en horreur le commun des savants: j'ai dit ailleurs qu'ils se coudoyaient dans l'antichambre du sanctuaire où la nature cache ses secrets, attendant toujours que de plus habiles en entre-bâillent la porte: que l'illustre astronome danois ou norvégien ou allemand Borzebilocoquantius[82] découvre avec sa lunette une nouvelle étoile, comme je l'ai vu dernièrement mentionné, le peuple des savants enregistre avec orgueil la nouvelle venue, mais la lunette n'est pas fabriquée qui leur montre les rapports des choses.
Les savants ne devraient vivre qu'à la campagne, près de la nature; ils aiment mieux causer autour des tapis verts des académies, de l'Institut, de ce que tout le monde sait aussi bien qu'eux; dans les forêts, sur les montagnes, vous observez des lois naturelles, vous ne faites pas un pas sans trouver un sujet d'admiration.
L'animal, le végétal, l'insecte, la terre et les eaux sont des aliments pour l'esprit qui étudie et qui veut enregistrer les lois diverses de tous ces êtres. Mais ces messieurs ne trouvent pas là la simple observation digne de leur génie; ils veulent pénétrer plus avant, et font des systèmes du fond de leur bureau qu'ils prennent pour un observatoire. D'ailleurs, il faut fréquenter les salons et avoir des _croix_ ou des _pensions_; la science qui met sur cette voie-là vaut toutes les autres.
Je compare les écrivains qui ont des idées, mais qui ne savent pas les ordonner, à ces généraux barbares qui menaient au combat des nuées de Perses ou de Huns, combattant au hasard, sans ordre, sans unité d'efforts, et par conséquent sans résultats; les mauvais écrivains se trouvent aussi bien parmi ceux qui ont des idées, que chez ceux qui en sont dépourvus.
Promenade charmante dans la forêt, pendant qu'on arrange chez moi. Mille pensées diverses suggérées au milieu de ce sourire universel de la nature. Je dérange à chaque pas, dans ma promenade, des rendez-vous, effets du printemps; le bruit que je fais en marchant dérange les pauvres oiseaux, qui s'envolent toujours par couple de deux.
Ah! les oiseaux, les chiens, les lapins! Que ces humbles professeurs de bon sens, tous silencieux, tous soumis aux décrets éternels, sont au-dessus de notre vaine et froide connaissance!
À tout moment, le bruit de mes pas fait fuir ces pauvres oiseaux, qui s'envolent toujours deux par deux. C'est le réveil de toute cette nature; elle a ouvert la porte aux amours. Il vient de nouvelles feuilles verdoyantes, il va naître des êtres nouveaux, pour peupler cet univers rajeuni. Le sens savant s'éveille chez moi plus actif que dans la ville. Ces imbéciles (les savants) vivent dans leur cabinet, ils le prennent pour le sanctuaire de la nature. Ils se font envoyer des squelettes et des herbes desséchées, au lieu de les voir baignées de rosée.
--Me voici assis dans un fossé sur des feuilles séchées, près du grand chêne qui se trouve dans la grande allée de l'Ermitage.
--Je suis toujours sujet, au milieu de la journée à un abattement qui est le dernier acte de la digestion.
--Quand je rentre aussi de ces promenades du matin, je suis moins disposé, ou plutôt je ne suis plus disposé du tout au travail.
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_Vendredi_ 7 _mai._--Revenu à Paris pour voir l'esquisse de Riesener chez Varcollier; elle ne s'y est pas trouvée, quoiqu'il l'y eût envoyée. J'avais fait une séance le matin au Jardin des plantes. J'y ai fait renouveler ma carte. Travaillé au soleil, parmi la foule, d'après les lions.
En arrivant, pris, dans le jardin, de ma langueur; je me suis mis à dormir au soleil, sur une chaise.
--Couru l'après-midi, pour l'affaire du fils de Varcollier, de l'Hôtel de ville jusque passé la place de la Bourse, sans trouver une voiture libre. Je suis venu chez moi voir mes lettres, envoyer les billets disponibles pour la fête de lundi, et reparti à cinq heures.--Arrivée toujours charmante dans cet endroit. Revenu à travers la plaine.
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_Lundi_ 10 _mai._--Jour de la distribution des aigles, que j'ai passé à Champrosay.
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_Paris, mardi_ 11 _mai._--Parti de Champrosay à onze heures un quart. J'ai envoyé ces demoiselles[83] à la maison et suis resté au Jardin des plantes. Vu les galeries d'anatomie au milieu d'une foule énorme; malgré les inconvénients, j'ai été intéressé.
Venu pour dîner.
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_Mercredi_ 12 _mai._--J'extrais d'une lettre à Pierret mes réflexions sur l'interruption de mon travail pendant huit jours.
«... Il ne faut pas quitter sa tâche: voilà pourquoi le temps, voilà pourquoi la nature, en un mot tout ce qui travaille lentement et incessamment, fait de si bonne besogne. Nous autres, avec nos intermittences, nous ne filons jamais le même fil jusqu'au bout. Je faisais, avant mon départ, le travail de M. Delacroix d'il y a quinze jours: je vais faire à présent le travail de Delacroix de tout à l'heure. Il faut renouer la maille, le tricot sera plus gros ou plus fin.»
Le cousin Delacroix a dîné avec moi. J'avais trouvé sa carte vendredi dernier. Nous avons été finir la soirée au café de Foy.
[80] Tous ces chênes, arbres séculaires de la forêt de Sénart, devinrent pour Delacroix le sujet de croquis plus ou moins arrêtés dont on retrouve la trace dans son œuvre.
[81] Soisy-sous-Étiolles, canton de Corbeil.
[82] _Berzélius_, savant suédois dont le nom est écrit autrement sur la couverture du carnet d'où ces notes sont extraites: _Berzebilardinocoquentius._
[83] Il s'agit de sa gouvernante Jenny et de la servante.
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_Mardi 1er juin._--Superbe _ton jaune_ pour mettre à côté de _terre de Cassel, blanc_ et _laque_, composé de quatre des principaux tons de la palette, à savoir:
_Laque, cobalt, blanc_,
_Ocre de ru, vermillon_,
_Vert émeraude, laque de gaude, jaune de zinc_,
_Cadmium, vermillon, laque de gaude._
Très beau ton d'ombre pour chair très colorée (exemple: la figure à côté de la Furie): le ton de _terre de Cassel, laque jaune, jaune indien, terre d'Italie naturelle._
Ton de chair (très beau dans l'ombre de l'enfant à la corne de l'abondance); le ton de _laque, terre de Cassel, blanc_ le plus foncé des deux et le ton de _cadmium, laque de gaude_ et _vermillon._
Dans l'enfant qui vole en haut, faire dominer, en finissant, des tons _d'orangé (laque jaune, cadmium, vermillon)_ avec un _gris_ de _terre d'ombre_ et _blanc_, ou _momie_ et _blanc_, ou _Cassel_ et _blanc._
Ce ton _orangé_ et _terre verte._
Ces tons orangés, en finissant, très essentiels pour ôter la froideur ou le violacé du ton.
Pour les luisants, très beau ton très applicable: _terre verte_ et _mauve clair_ (_cobalt, laque_ et _blanc_).
Très belle demi-teinte ou luisant analogue à la dernière: _terre verte_ et _rose_ (_vermillon_ et _blanc_).
Pour reprendre le ciel autour des contours, _momie_ et _blanc_ assez foncé avec _bleu et blanc._ Un peu de _jaune de Naples._
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_Mardi_ 8 _juin._--Dîné chez Véron, à Auteuil.
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_Mercredi_ 9.--Dîné chez Halévy avec Janin[84] et le docteur Blache[85], qui me plaît assez.
[84] _Jules Janin_, tout en faisant des réserves sur le talent de Delacroix, avait pris sa défense à plusieurs reprises. C'est ainsi qu'il protesta longuement dans les premières années contre l'exclusion qui frappait chaque année Delacroix et Préault.
[85] Le docteur _Blache_ était un médecin célèbre de l'époque.
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_Lundi_ 5 _juillet._--Dîné chez Perrin avec X...
On parlait de la susceptibilité des gens nerveux pour sentir le temps qu'il faisait. Il dit très bien que l'intérêt mis en jeu était encore plus perspicace. En sa qualité de directeur de spectacle, il avait flairé avec chagrin la continuité de la chaleur. Dîné là avec Halévy, Boilay, Varcollier, Guillardin. Revenu prendre des glaces avec eux sur le boulevard.
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_Mardi_ 6 _juillet._--Mardi soir, arrivé à Champrosay.
Prêté à Mme Halévy, en partant pour Champrosay, les deux copies de Raphaël, l'_Enfant_ et le _Portrait à la main._
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_Samedi_ 10 _juillet._--Prêté à Lehmann les Études de lions.--Rendues.
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_Dimanche_ 11 _juillet._--Autre jaune très beau _Ocre de ru_ ou _ocre jaune_ et _rouge de zinc._--Ton à mettre en vessies: _ocre jaune, jaune indien, cassel, blanc_ (se remplace par _ocre jaune, momie_ et _blanc_).
À côté, _ocre de ru, terre Sienne brûlée._
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_Lundi_ 12 _juillet._--Très beau ton brun transparent: _noir d'ivoire, terre de Sienne naturelle_, et l'_orangé transparent_ de la palette un peu plus verdâtre.
Le ton _terre de Cassel, laque jaune, jaune indien_, avec le même _orangé_ (_laque jaune, vermillon, cadmium_).
Le plus intense de ces tons est très beau avec l'_orangé et momie_ ou _bitume._
Beau brun très simple et très utile: _momie, terre Sienne naturelle._ Brun foncé transparent, remplaçant le _jaune de mars_ et plus foncé: _laque_ et _vermillon, terre Sienne naturelle._
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_Mardi_ 13 _juillet._--Le ton de _vermillon de Chine_ et _laque_, la nuance foncée à côté de _blanc_ et _noir foncé._ La nuance claire de _vermillon_ et _laque_ à côté de la _laque de gaude_ pure.
Ce mélange sert à réchauffer les ombres vigoureuses que l'on ébauche avec le ton de _terre de Cassel_ et _vermillon._
--Mettre le ton de _terre de Cassel, blanc clair, terre de Cassel, laque_ et _brun rouge plus foncé_, au milieu des tons de _rose_, d'_orangé_, de _violet_, d'_ocre de ru_ et de _vermillon_, etc., qui font les tons clairs.
Le beau ton jaune: _ocre jaune, jaune indien blanc, cassel_ mêlé avec le _petit violet._
Autre mélange avec le ton _vermillon clair_ et _laque_: ton sanguine charmant.
--Beau ton jaune: _rouge orangé de zinc, ocre de ru._
--Clairs de l'Hercule et du Centaure: _Terre Cassel_ et _blanc clair._--_Cadmium, vermillon, blanc_ comme base.
Ombres chaudes: _laque jaune et vermillon laque_; au bord de l'ombre, un peu de _gros violet_; sur ce frottis, le ton de _terre de Sienne, vert émeraude_, le _gros violet_ mêlé avec _laque jaune et laque rouge, vermillon_ fait des vigueurs superbes.
Il faut mettre sur la palette le _gros violet_ à côté du _laque foncé, vermillon, laque jaune._
Ombres et demi-teinte de l'Antée: _Gros violet laque, vermillon, gaude foncée_, avec le ton de _Sienne naturelle_ et _vert émeraude._
_Jaune indien, jaune de zinc clair._--Superbe _gomme-gutte._ Ton des montagnes, dans l'Antée: _Vert émeraude_; deuxième avec _noir, blanc foncé, bitume_, etc., _vert émeraude_ et _laque Cassel_ et _blue foncé._--Beau ton neutre pour montagnes.
--_Terre d'Italie naturelle_ et _vermillon_ ou _vermillon_ et _laque_ équivaut à peu près à _rouge de zinc._
Le ton paille de _terre de Cassel, blanc, ocre jaune_ et _jaune indien_, excellente demi-teinte de l'enfant à la corne d'abondance, en le mêlant, soit avec _cobalt_ ou _laque et vermillon_, soit avec _ton orangé._
Demi-teinte pour la chair, veines, bords d'ombre, etc.: le ton de _noir_ et _blanc_ avec _vert émeraude._
Autre plus beau: le ton de _cobalt, blanc, laque claire_ avec _vert émeraude._
Brun très beau (approche de _jaune laque de Rome_): _laque brûlée, terre Sienne naturelle, jaune foncé, laque de gaude._
Plus intense, avec _laque jaune de Rome foncée._
Brun très transparent demi-foncé, très utile: _terre Sienne naturelle et vert émeraude_ avec _laque_ et _vermillon._
--Brun plus clair, violâtre paille, en ajoutant au précédent le ton de _cobalt, laque_ et _blanc_ (mauve clair).--Brun jaune clair transparent; le ton de _vert émeraude, jaune de zinc_ avec le ton _orangé_ transparent de _cadmium, gaude, vermillon_--ce dernier dominant.
--Brun jaune foncé: _terre Sienne naturelle, vert émeraude_, avec le _ton orangé transparent._
--Beau vert approchant du ton de ciel de l'Apollon: _vert émeraude, jaune de zinc_, avec le ton _orangé transparent._
Bel orangé transparent: _gaude_ avec _rouge de zinc_; le même avec une pointe de _vert émeraude_ et _zinc clair_, donne le ton de ciel de l'Apollon.
--Brun foncé dans le genre de la _laque de Rome: jaune, terre de Cassel, gaude, jaune indien_ avec _laque_ _vermillon foncé..._
--Très beau aussi: _Brun de Florence, terre Sienne naturelle_ et _gaude._
--Très beau aussi: _Brun de Florence_ et _jaune indien._
--Brun clair transparent: le même ton avec _terre de Cassel, blanc, jaune de zinc clair, rouge de zinc, etc._
Jaune paille très fin, très fin: le précédent avec addition de _jaune de Naples_ et le ton de _jaune de zinc_ et _ vert émeraude._
--Plus beau: avec une pointe de _laque_ et _vermillon_ et du ton _vert clair de zinc_ et d'_émeraude._
Brun demi-teinte pour chair: _Rouge de zinc_ et le le _Cassel, blanc_ et _laque._--Le plus simple de ces bruns paille clair et demi-clair est peut-être la _terre Cassel, blanc_ avec _terre de Sienne nature_, plus ou moins foncé.
Le ton paille, _ocre jaune, terre de Cassel, blanc_ avec une pointe de _vermillon._--Excellent ton chair point violacé.
--_Vert émeraude_ et _blanc clair_, avec _pointe d'ocre jaune_: Clairs d'arbres, dans le lointain.
Pour retoucher en éclaircissant comme dans la Muse: ton d'ombre des chairs, le ton de _Sienne naturelle_ et _vert émeraude_, avec _vermillon_ et _laque clair_, et _jaune paille_ un peu intense.
Bord d'ombre très beau, _vert émeraude_ et le _ton laque, vermillon, laque jaune._
Brillants de la chair dans le Mercure et le Neptune: _Brun rouge, blanc_, avec _jaune de Naples._
Main de la Vénus tenant le miroir, fraîcheur extraordinaire: Demi-teinte générale des doigts touchée avec le ton _mauve, cobalt, laque_ et _blanc_ un peu foncé mêlé à _vert émeraude fin_; plus ou moins _blanc_ suivant la place.
À côté, pour les ombres, glacis très léger d'un ton chaud de _laque jaune, laque rouge, vermillon_ et plus ou moins d'un ton _jaune_ rompu, mais toujours transparent. Le même, par exemple, qui se glisse un fond de chair déjà peint où je veux augmenter une demi-teinte.--Je commence par ce glacis chaud et je mets à sec (surtout) un _gris_ par-dessus (se rappeler la retouche de la Vénus), notamment sur la jambe; les _gris_ remis sur un _fond, chaud_ ont reproduit l'effet demi-teintes de l'esquisse de la Médée.
Demi-teinte sur une partie trop claire, par exemple le dentelé du côté du clair de Neptune, préparé avec un _ton chaud transparent_, plus ou moins foncé, suivant le besoin, par exemple le ton de _Sienne naturelle, vert émeraude_, et mettre le ton _gris_ par-dessus, soit _terre Cassel, blanc, laque_, soit le _ton mauve._
--Rompre sur la palette les tons très clairs de _cadmium, vermillon, blanc_, et de _vermillon_ et _blanc._ Dans ce dernier, ajouter _terre de Cassel_ ou un peu plus de _vermillon._
--Ton pour la mer d'Andrieu, dans l'Hercule et Hésione.
--Dans cette Vénus, employé avec succès le bord d'ombre, de _vert émeraude_ et ton de _vermillon, laque_ et _laque jaune._ Ce ton opposé aux tons _orangés_ de la figure est d'un grand charme.
--Dans les retouches, pour ajouter des demi-teintes, comme dans cette figure, toujours préparer avec des tons chauds et mettre le ton _gris_ ensuite.
--Reflets pour la chair (la Vénus des caissons de l'Hôtel de ville).--La réunion, sans les mêler, des TROIS TONS ORANGÉS TRANSPARENTS (_cadmium, laque jaune, vermillon_) VIOLET CLAIR (_laque rose, cobalt, blanc_) et VERT CLAIR (_zinc_ et _émeraude_); le même reflet, pour ainsi dire, partout, linge, armures, etc.
Ton de _laque brûlée, vermillon, blanc_, et à côté le même plus clair, avec très peu de _laque brûlée._ Ce ton, à côté de l'_orangé, vermillon, laque jaune, cadmium._
--Excellent ton avec plus ou moins de _blanc_ ou d'_orangé_, pour couler sur la grisaille, ou pour reprendre une chair vive.
La petite Andromède couchée ainsi.
--_Mauve_ un peu foncé à côté du ton _rose_--demi-teinte d'une jeune ingénue; le moindre _vert_, à côté, la complète.
_Vert émeraude, terre d'Italie_, très beau _jaune vert._
En y ajoutant du vermillon, il devient sanguiné, sans être rouge, et est très utile; il peut se placer à côté du ton _Sienne naturelle, vert émeraude, jaune indien._
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_Dieppe.--Lundi_ 6 _septembre._--Parti pour Dieppe à huit heures; à neuf heures à Mantes; à dix heures un quart, à peu près, à Rouen. Le reste du trajet, n'étant pas direct, a été beaucoup plus long.
Arrivé à Dieppe à une heure. Trouvé là M. Maison. Logé hôtel de Londres avec la vue sur le port que je souhaitais, et qui est charmante. Cela me fera une grande distraction.
Dans toute cette fin de journée, dont j'ai passé une grande partie sur la jetée, je n'ai pu échapper à un extrême ennui. Dîné seul à sept heures, près de gens que j'avais rencontrés déjà sur la jetée, et qui m'avaient, dès ce moment, inspiré de l'antipathie; ce sentiment s'est encore augmenté pendant ce triste dîner. Naturel de chasseurs demi-hommes du monde, la pire espèce de toutes.
J'ai trouvé dans la voiture jusqu'à Rouen un grand homme barbu et très sympathique, qui m'a dit les choses les plus intéressantes sur les émigrants allemands et particulièrement sur certaines des colonies de cette race, qui se sont établies dans plusieurs parties de la Russie méridionale, où il les a vues. Ces gens, descendant en grande partie des Hussites, qui sont devenus les Frères Moraves. Ils vivent là en communauté, mais ne sont point des communistes, à la manière dont on entendait cette qualification en France, dans nos derniers troubles: la terre seulement est en commun, et probablement aussi les instruments de travail, puisque chacun doit à la communauté le tribut de son travail; mais les industries particulières enrichissent les uns plus que les autres, puisque chacun a son pécule, qu'il fait valoir avec plus ou moins de soin et d'habileté; il y a possibilité de se faire remplacer pour le travail commun. Ils se donnent le nom de Méronites ou Ménonites.
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_Mercredi_ 8 _septembre._--Trouvé Durieu[86] et sa pupille à Dieppe: je les ai menés dans les églises.
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_Jeudi_ 9 _septembre._--Tous ces jours-ci, j'ai eu mauvais temps et difficulté de jouir de la mer et de la promenade.
Rencontré Dantan[87], qui m'a dit des choses aimables.
Vu l'église du Pollet. Cette simplicité est toute protestante; cela ferait bien avec des peintures.
Le soir, j'ai joui de la mer, pendant une heure et demie; je ne pouvais m'en détacher.
Vraiment, il faut accorder à la littérature moderne d'avoir donné, par les descriptions, un grand intérêt à certains ouvrages, qui n'avaient pas une place suffisante. Seulement, l'abus qu'on a fait de cette qualité, à ce point qu'elle est devenue presque tout, a dégoûté du genre.
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_Vendredi_ 10 _septembre._--Ce matin, sorti à sept heures et demie, contre ma coutume. Je m'étais mis à lire Dumas, qui me fait supporter le temps que je ne passe pas au bord de la mer. La mer la plus calme, la vue avec le soleil du matin, toutes ces voiles de pêcheurs à l'horizon m'ont enchanté. Je suis rentré en retournant plusieurs fois la tête.
En revenant vers quatre heures du quartier des bains, rencontré M. Perrier. Il a dîné avec nous. Le soir, nous avons été ensemble à la jetée. Il a dit, comme moi, que c'était magnifique, sans regarder, et il m'a parlé tout le temps du conseil. Je l'ai remis dans sa chambre, où il m'a causé longuement, pendant que je m'endormais.
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_Samedi_ 11 _septembre._--En me réveillant, j'ai vu de mon lit le bassin à peu près plein et les mâts des bâtiments se balançant plus qu'à l'ordinaire; j'en ai conclu que la mer devait être belle; j'ai donc couru à la jetée et j'ai effectivement joui, pendant près de quatre heures, du plus beau spectacle.
La jeune dame de la table d'hôte, qui se trouve être seule, y était à son avantage; il est vrai que le noir lui sied mieux et ôte un peu de vulgarité. Elle était vraiment belle par instants; et moi assez occupé d'elle, surtout quand elle est descendue au bord de la mer, où elle a trouvé charmant de se faire mouiller les pieds par le flot. À table, sur le tantôt, je l'ai trouvée commune. La pauvre fille jette ses hameçons comme elle peut: le mari, ce poisson qui ne se trouve pas dans la mer, est l'objet constant de ses œillades, de ses petites mines. Elle a un père désolant... J'ai cru longtemps qu'il était muet; depuis qu'il a ouvert la bouche, ce qui, à la vérité, est fort rare, il a perdu encore dans mon opinion; car auparavant, c'était l'écorce seule qui était peu flatteuse.
Ce soir, je les ai retrouvés à la jetée.
Rentré, lu mon cher _Balsamo_[88].
Déjeuné vers une heure et demie, contre mon habitude.--Habillé et sorti.--J'ai été finir mes emplettes chez l'ivoirier et ai passé mon temps délicieusement jusqu'à dîner, au pied des falaises.