Journal de Eugène Delacroix, Tome 2 (de 3) 1850-1854
Part 25
[339] L'_amiral Casy_ (1787-1862). Engagé comme mousse, il gagna successivement tous ses grades dans la marine, devint en 1848 représentant à la Constituante, occupa un moment le ministère de la marine, puis, en 1853, fut nommé sénateur.
[340] _Charles-Louis d'Audiffret_, économiste et homme politique, né à Paris en 1787. Il rendit de grands services dans l'administration des finances, fut président de la Cour des comptes, pair de France, puis sénateur en 1852.
[341] _Alcide-Hyacinthe du Bois de Beauchesne_ (1804-1873), littérateur, auteur d'ouvrages historiques estimés. Il fut, sous la Restauration, chef de cabinet au département des Beaux-Arts, et, sous le second Empire, chef de section aux Archives.
[342] Il nous paraît assez curieux de rapprocher ce passage qui contient l'opinion sincère de Delacroix, d'une lettre qu'il écrivait à ce même artiste le 14 avril 1855: «Je crois vous faire quelque plaisir en vous parlant de celui que m'ont fait vos tableaux à l'Exposition. Votre grande inondation est un chef-d'œuvre: elle pulvérise la recherche des petits effets à la mode...» C'est dans des circonstances comme celle-ci que le Journal est intéressant. Il ne peut pourtant y avoir confusion de personnes: il s'agit bien de _Paul Huet_, le paysagiste romantique, celui au sujet duquel Th. Gautier écrivait: «Nul n'a saisi comme lui la physionomie générale d'un site et n'en a fait ressortir avec autant d'intelligence l'expression, heureuse ou mélancolique.»
[343] _Ferdinand Denis_, voyageur et littérateur, qui parcourut l'Amérique méridionale pendant plusieurs années et publia un grand nombre d'ouvrages sur les sujets les plus variés. Il devint plus tard conservateur de la bibliothèque Sainte-Geneviève.
[344] En 1860, il devait peindre un tableau sur ce sujet. Le _Catalogue Robaut_ le décrit ainsi: «Trois Arabes couchés à terre sur des couvertures sont réveillés en sursaut par deux chevaux, un blanc et un brun, qui se sont détachés et se mordent avec acharnement. Les deux bêtes affolées s'enlacent dans un choc furieux et forment un groupe d'une ampleur superbe.»
[345] Voir _Catalogue Robaut_, n° 664, aux _Additions_, p. 490.
[346] _Léon Gozlan_, romancier, auteur dramatique et publiciste.
[347] _Émile Augier_ avait déjà conquis à cette époque une grande situation dans le monde des lettres. Cependant le succès de la _Ciguë_, de _Gabrielle_, de l'_Aventurière_ de _Philiberte_, n'avait point encore mis Augier au rang qu'il devait occuper plus tard avec le _Gendre de M. Poirier_, le _Mariage d'Olympe_, les _Effrontés_, le _Fils de Giboyer_, etc.
[348] Il existe sur ce sujet: 1° une _toile_ qui appartient à M. Dubuisson; 2° un _dessin à la mine de plomb_ qui est au Musée du Louvre; 3° un _croquis à la plume_ qui est à M. Robaut.
[349] Arnoux, critique d'art qui allait écrire dans la Patrie, après l'Exposition universelle de 1855, cette page enthousiaste: «Le voilà qui triomphe enfin, l'éternel lutteur, le grand discuté! Il a fallu que le jury des nations vint nous dire que, lui aussi, il était de la famille des Artistes-Rois. Regardez ses œuvres qui étincellent.» (La Patrie, 16 novembre 1855.)
[350] _Delamarre_, journaliste et député (1796-1870). Il était devenu en 1844 propriétaire de la _Patrie._ Le journal prit sous sa direction un grand essor et devint le centre d'une série d'opérations économiques et financières auxquelles doit se rattacher probablement le projet d'exposition dont parle ici Delacroix.
[351] _Massacre de Scio._
[352] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1237, aux _Additions_, p. 497.
[353] Baudelaire écrit à ce sujet: «Une des grandes préoccupations de notre peintre dans ses dernières années était le jugement de la postérité et la solidité incertaine de ses œuvres. Tantôt son imagination si sensible s'enflammait à l'idée d'une gloire immortelle, tantôt il parlait amèrement de la fragilité des toiles et des couleurs... Cette friabilité de l'œuvre peinte, comparée avec la solidité de l'œuvre imprimée, était un de ses thèmes habituels de conversation.» (_Art romantique. L'œuvre et la vie d'Eugène Delacroix._)
[354] _Barbereau_, compositeur (1799-1879). Grand prix de Rome, il devint chef d'orchestre du Théâtre-Italien, et dirigea en 1854 et 1855 l'orchestre de la société de Sainte-Cécile.
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1er _juillet._--Journée de travail sans interruption. Grand sentiment et délicieux de la solitude et de la tranquillité, du bonheur profond qu'elles donnent. Il n'est point d'homme plus sociable que moi. Une fois en présence de gens qui me plaisent, même mêlés aux premiers venus, pourvu qu'aucun motif irritant ne m'inspire contre eux de l'aversion, je me sens gagner par le plaisir de me répandre: je prends tous les hommes pour des amis, je vais au-devant de la bienveillance, j'ai le désir de leur plaire, d'être aimé. Cette disposition singulière a dû donner une fausse idée de mon caractère. Rien ne ressemble autant à la fausseté et à la flatterie que cette envie de se mettre bien avec les gens, qui est une pure inclination de nature. J'attribue à ma constitution nerveuse et irritable cette singulière passion pour la solitude, qui semble si fort en opposition avec des dispositions bienveillantes poussées à un degré presque ridicule. Je veux plaire à un ouvrier qui m'apporte un meuble; je veux renvoyer satisfait l'homme avec lequel le hasard me fait rencontrer, que ce soit un paysan ou un grand seigneur; et avec l'envie d'être agréable et de bien vivre avec les gens, il y a en moi une fierté presque sotte, qui m'a fait presque toujours éviter de voir les gens qui pouvaient m'être utiles, craignant d'avoir l'air de les flatter. La peur d'être interrompu, quand je suis seul, vient ordinairement, quand je suis chez moi, de ce que je suis occupé de mon affaire, qui est la peinture: je n'en ai pas d'autre qui soit importante. Cette peur, qui me poursuit également quand je me promène seul, est un effet de ce désir même d'être aussi sociable que possible dans la société de mes semblables. Mon tempérament nerveux me fait redouter la fatigue que va m'imposer telle rencontre bienveillante; je suis comme ce Gascon qui disait, en allant à une action: «Je tremble des périls où va m'exposer mon courage.»
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2 _juillet._--Voir vendredi Gisors, M. Deumier; lui parler de l'abbé Cloquant pour la permission de travailler le dimanche[355]. Voir Mme de la Grange, Berryer, Poinsot.
Les chevaux que j'ai dessinés dans la prairie chez Berryer avec un prêtre grec assis et une jeune fille ou autre figure.
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3 _juillet._--Faire, pour l'exposition Delamarre, le _Giaour foulant aux pieds de son cheval le pacha_[356].
Répétition, par Andrieu, du _Christ de_ Grzymala pour B...--Ma bonne Jenny me disait, au milieu du désordre de mes dessins entassés, dispersés et déclassés, qu'il fallait absolument _mettre aux choses le temps, qu'elles réclament._
--Sur la photographie pour le _Moniteur._
--Beugniet venu pour l'arrangement des dessins et lithographies. Je lui remets dix-huit pastels e quinze lithographies.
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4 _juillet._--A l'Exposition de 1855, le _Justinien_[357].--Je me suis levé avant cinq heures. Quelques idées qui m'étaient venues pour l'article sur le Beau[358], et recouché jusqu'à huit heures; un certain malaise m'avait saisi. Repris le travail jusqu'à dîner, sans presque cesser, si ce n'est pour dormir quelques minutes. Il fallait faire cet effort généreux pour mettre ce travail en état d'être fini d'ici à deux ou trois jours: c'est un métier de chien.
Après dîner, j'ai fait, peut-être contre mon habitude, la meilleure partie du travail, par un examen d'ensemble, quelques pages écrites avec une certaine verve. J'écris ceci le mercredi matin, et je n'ai pas relu ce que j'ai fait. Je serais curieux de voir si l'état de l'esprit après dîner est, comme je le crois, dans la meilleure situation pour produire. À ce moment où je viens de me lever, fatigué à la vérité par l'excès de travail d'hier, je n'ai pas une idée: le corps et l'esprit ne demandent que du repos.
--Tous ces soirs, promené seul.
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5 _juillet._--Mauvaise journée. J'ai essayé d'écrire et n'ai rien pu faire.
Sorti à trois heures avec Jenny pour aller voir le logement de la rue du 29 Juillet. Ensuite à Saint-Eustache, voir les peintures de Glaize[359].
En rentrant, mes yeux se portent sur le _Loth_ de Rubens, dont j'ai fait une petite copie. Je suis étonné de la froideur de cette composition et du peu d'intérêt qu'elle présente, si on en excepte le talent de peindre les figures. Véritablement ce n'est qu'à Rembrandt qu'on voit commencer, dans les tableaux, cet accord des accessoires et du sujet principal, qui me paraît à moi une des parties les plus importantes, si ce n'est la plus importante.--On pourrait faire à ce sujet une comparaison entre les maîtres fameux.
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6 _juillet._--Faire un travail sur l'antique,--sur le faux embellissement: les cartons de Rubens, de la vie d'Achille, les passages d'Homère et les tragiques grecs où l'on entend le cri de la nature.--_Vulcain dans sa forge_, dans l'_Iliade._--Comparaison avec David.
J'ai vu Durieu ce matin, qui m'a parlé des Pierret. Il me dit qu'une démarche de moi auprès de l'Impératrice pourrait quelque chose.
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7 _juillet._--En revenant du conseil pour aller à Saint-Sulpice, vu l'atelier de Gros, qui est à louer.
Le soir, au bois de Boulogne avec Mme de Forget.
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8_ juillet._--Recopié des parties de l'article sur le beau et terminé.
M. Trélat[360] venu dans la journée. Le matin, Vigneron.
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15 _juillet._--Tons du cheval du premier plan dans la _Chasse aux lions._--Pour les crins: _laque brûlée, Sienne naturelle, Sienne brûlée._--Pour le corps: _momie, laque de gaude, chrome foncé._ Tous ces tons jouent dans la peinture.--Sabots: _terre Cassel, noir pêche, jaune de Naples._
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19 _juillet._--Andrieu me dit que le temps qu'il faut pour la vigne, c'est le contraire de celui qu'il faut pour le blé: il faut un temps frais et net pour ce dernier; pour la vigne, il faut le temps étouffant, le mistral, le siroco.--Rapporter ceci à ma réflexion sur les _malheurs nécessaires._
Non seulement nous voyons cette apparente contradiction dans la nature, qui semble satisfaire ceux-ci aux dépens de ceux-là, mais nous sommes nous-mêmes pleins de contradictions, de fluctuations, de mouvements en sens divers, qui rendent agréable ou détestable la situation où nous sommes et qui ne change pas, tandis que nous changeons. Nous désirons un certain état de bonheur, qui cesse d'en être un, quand nous l'avons obtenu. Cette situation que nous avons désirée est souvent pire, effectivement, que celle où nous nous trouvons.
L'homme est si bizarre qu'il trouve dans le malheur même des sujets de consolation et presque du plaisir, comme celui, par exemple, de se sentir injustement persécuté et d'avoir en soi la conscience d'un mérite supérieur à sa fortune présente; mais il lui arrive bien plus souvent de s'ennuyer dans la prospérité et même de s'y trouver très malheureux. Le berger de La Fontaine, devenu premier ministre, entouré dans son poste élevé de jalousie et d'embûches, devait être et se trouvait à plaindre; il dut éprouver un vif moment de bonheur, quand il reprit ses simples habits de berger et qu'il s'en empara en quelque sorte aux yeux de tous, pour retourner dans les lieux et au milieu de la vie où il goûtait sous ces habits le bonheur le plus vraiment fait pour l'homme, celui d'une vie simple et adonnée au travail.
L'homme ne place presque jamais son bonheur dans les biens réels; il le met presque toujours dans la vanité, dans le sot plaisir d'attirer sur soi les regards et par conséquent l'envie. Mais, dans cette vaine carrière, il n'en atteint point ordinairement l'objet au moment où il se réjouit de se voir sur un théâtre où il attire les regards, il regarde encore plus haut; ses désirs montent à mesure qu'il s'élève, il envie lui-même autant qu'il est envié; quant aux vrais biens, il s'en éloigne toujours davantage: la tranquillité d'esprit, l'indépendance fondée sur des désirs modestes et facilement satisfaits, lui sont interdites. Son temps appartient à tout le monde; il gaspille sa vie dans de sottes occupations. Pourvu qu'il se sente sous l'hermine et sous la moire, pourvu que le vent de la faveur le pousse et le soutienne, il dévore les ennuis d'une charge, il consume sa vie dans les paperasses, il la donne sans regret aux affaires de tout le monde. Être ministre, être président, situations scabreuses[361] qui ne compromettent pas seulement la tranquillité, mais la réputation, qui mettent un caractère à des épreuves difficiles, qui exposent an naufrage, au milieu d'écueils sans cesse renaissants, une conscience peu assurée d'elle-même.
Le plus grand nombre des hommes se compose de malheureux, qui sont privés des choses les plus nécessaires à la vie. La première de toutes les satisfactions serait pour eux la possibilité de se procurer ce qui leur manque; le comble du bonheur, d'y joindre ce degré d'aisance et de superflu qui complète la jouissance des facultés physiques et morales.
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21 _juillet._--Dîné aujourd'hui avec Mme de Forget, qui part demain pour Ems. Mme Lavalette lui disait que les saisons n'étaient plus comme autrefois.
Il faut mettre ceci avec les réflexions du _mercredi_ sur les malheurs nécessaires. Je disais dans ces réflexions que tout doit changer et subir des révolutions autour de l'homme, mais que son esprit changeait aussi et voyait les mêmes objets d'un œil différent. À mesure que son corps se modifie par l'âge et les accidents, il ne sent plus de la même manière. La morosité des vieillards est un effet de ce commencement de destruction de leur machine; ils ne trouvent plus de saveur ni d'intérêt dans rien. Il leur semble que c'est la nature qui décline et que les éléments vont se confondre, parce qu'ils ne voient plus, ne sentent plus, qu'ils sont offensés par ce qui autrefois leur plaisait.
Il est des accidents qui dans certains pays sont considérés comme d'affreux malheurs, et qui ne font dans d'autres nulle impression. L'opinion place l'homme même et le déshonore dans les choses les plus diverses. Un Arabe ne peut supporter l'idée qu'un étranger ait aperçu, même fortuitement, le visage de sa femme. Une femme arabe mettra son point d'honneur à se cacher soigneusement: elle relèverait volontiers sa robe en découvrant le reste de son corps pour s'en voiler la tête.
Il en est de même des accidents dont on tire des présages heureux ou malheureux. En France et, je crois, chez les peuples européens, c'est un présage des plus funestes pour un cavalier et surtout pour un militaire de monter un cheval dont les quatre pieds sont marqués de blanc: le fameux général Lassalle, qui avait la religion de ce préjugé, n'avait jamais voulu monter un pareil cheval. Le jour qui fut celui de sa mort, après plusieurs augures funestes, qui l'avaient frappé toute la matinée, miroir brisé, pipe cassée, portrait de sa femme brisé également, au moment où il allait la regarder pour la dernière fois, il monte sur un cheval qui n'était pas le sien, et sans prendre garde aux pieds de sa monture. Le cheval avait le funeste signe: c'est monté sur ce cheval qu'il reçoit, peu de moments après, le coup de feu dont il mourut au bout de quelques heures, qui lui fut tiré dans un moment où l'on ne se battait plus, par un Croate, je crois, qui se trouvait au nombre des prisonniers qu'on venait de faire après Wagram... Ces quatre pieds blancs sont, au contraire, une marque et un signe de considération chez les Orientaux, qui ne manquent pas de le mentionner dans les généalogies des chevaux; j'en vois la preuve dans la pièce authentique certifiée par les anciens du pays qui accompagne l'envoi qu'Abd-el-Kader vient de faire à l'Empereur d'un certain nombre de chevaux de prix.--Je passe sur mille exemples de la sorte.
Combien d'hommes n'ont pas désiré, comme un refuge et comme un bien, cette mort qui est l'objet de l'épouvante universelle et le plus véritablement sans remède de tous les malheurs considérés comme un malheur, et quand même on la regarderait comme un malheur, de manière à en faire un sujet d'affliction de quelque permanence dans l'ordinaire de la vie! Ne faut-il pas à toute force s'accoutumer à cette solution nécessaire, à cet affranchissement des autres maux, dont nous nous plaignons, et qui sont, à juste titre, des maux, puisque nous les sentons, tandis qu'avec la mort, c'est-à-dire avec la fin, il n'y a plus ni conscience ni sentiment? Nous ne vivons nous-mêmes que de cette multitude innombrable de morts que nous entassons autour de nous. Notre bien-être, c'est-à-dire notre bonheur, ne s'établit que sur ces ruines de la nature vivante que nous sacrifions, non pas seulement à nos besoins, mais souvent à un plaisir passager, tel que celui de la chasse, par exemple, qui est pour la plupart des hommes un simple délassement.
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22 _juillet._--Emporter à la campagne les _Alken._--Casquette légère, brosse à dents.--Circulaire de Bouchereau en juillet 1854.
Dauzats venu dans la journée; il me parle du projet de changement à la classe des Beaux-Arts.
Arnoux venu ensuite. Il me dit que Corot[362] est très enchanté de mon plafond[363]. Il me cite encore quelques approbations dans ce sens.
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23 _juillet.--Le roi René auprès du corps de Charles le Téméraire._--Appareil, armures, flambeaux, prêtres, croix, etc.
--Trouver un sujet du même genre avec une femme.
--_Roméo et Juliette_[364], les parents dans la chambre.--Juliette crue morte.
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24 _juillet._--Ce qu'auraient été Raphaël et Michel-Ange à notre époque.
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28 _juillet._--Je pense aux romans de Voltaire, aux tragédies de Racine, à mille et mille chefs-d'œuvre. Comment! tout cela aura été fait pour que les hommes soient éternellement, à chaque quart de siècle, à demander s'il n'y a pas quelque chose pour les amuser dans les œuvres de l'esprit! Cette incroyable consommation de chefs-d'œuvre, produits pour cette tourbe humaine, par les plus brillants esprits et les génies les plus sublimes, n'effraye-t-elle pas la partie délicate de cette triste humanité? Cette soif insatiable de nouveauté ne donnera-t-elle à personne le désir de revoir si, par hasard, ces chefs-d'œuvre vieillis ne seraient pas plus neufs, plus jeunes, que les rapsodies dont se contente notre oisiveté, et qu'elle préfère aux chefs-d'œuvre? Quoi! ces miracles d'invention, d'esprit, de bon sens, de gaieté ou de pathétique auront été produits, auront coûté à ces grands esprits des sueurs, des veilles si rarement, hélas! récompensées par la louange banale du moment qui les a vus naître, pour retomber, après une courte apparition suivie de rares éloges, dans la poussière des bibliothèques et dans l'estime infertile et presque déshonorante de ce qu'on appelle les savants et les antiquaires! Quoi! ce seront des pédants de collège qui viendront nous tirer par la manche, pour nous avertir que Racine est simple du moins, que La Fontaine a vu dans la nature autant que Lamartine, que Lesage a peint les hommes comme ils sont, pendant que les coryphées de la civilisation, les hommes qu'on fait ministres ou pasteurs de peuples, de simples pédants qu'ils étaient, parce qu'ils ont eu un quart d'heure d'_inspiration à la hauteur des lumières du jour_, ce seront les hommes qui feront une littérature, du nouveau, enfin! Quelle nouveauté!...
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29 _juillet.--Sur le portrait.--Sur le paysage_, comme accompagnement des sujets. _Du mépris des modernes_ pour cet élément d'intérêt.--De l'ignorance où ont été presque tous les grands maîtres de l'effet qu'on pouvait en tirer: Rubens, par exemple, qui faisait très bien le paysage, ne s'inquiétait pas de le mettre en rapport avec ses figures, de manière à les rendre plus frappantes; je dis frappantes pour l'esprit, car pour l'œil, ses fonds sont calculés en général pour outrer plutôt par le contraste la couleur des figures. Les paysages du Titien, de Rembrandt, du Poussin, sont en général en harmonie avec leurs figures. Chez Rembrandt même--et ceci est la perfection--le fond et les figures ne font qu'un. L'intérêt est partout: vous ne divisez rien, comme dans une belle vue que vous offre la nature et où tout concourt à vous enchanter. Chez Watteau, les arbres sont _de pratique_: ce sont toujours les mêmes, et des arbres qui rappellent les décorations de théâtre plus que ceux des forêts. Un tableau de Watteau mis à côté d'un Ruysdaël ou d'un Ostade perd beaucoup. Le factice saute aux yeux. Vous vous lassez vite de la convention qu'ils présentent et vous ne pouvez vous détacher des Flamands.
La plupart des maîtres ont pris l'habitude, imitée servilement par les écoles qui les ont suivis, d'exagérer l'obscurité des fonds qu'ils mettent aux portraits; ils ont pensé ainsi rendre les têtes plus intéressantes, mais cette obscurité des fonds, à côté de figures éclairées comme nous les voyons, ôte à ces portraits le caractère de simplicité qui devrait être le principal. Elle met les objets qu'on veut mettre en relief dans des conditions tout à fait extraordinaires. Est-il naturel, en effet, qu'une figure éclairée se détache sur un fond très obscur, c'est-à-dire non éclairé? La lumière qui arrive sur la personne ne doit-elle pas logiquement arriver sur le mur ou su la tapisserie sur laquelle elle se détache?... À moins de supposer que la figure se détache fortuitement sur une draperie extrêmement foncée,--mais cette condition est fort rare,--on sur l'entrée d'une caverne ou d'une cave entièrement privée de jour, circonstance encore plus rare, le moyen ne peut paraître que factice.
Ce qui fait le charme principal des portraits, c'est la simplicité. Je ne mets pas au nombre des portraits ceux où on cherche à idéaliser les traits d'un homme célèbre qu'on n'aura pas vu et d'après des images transmises; l'invention a droit de se mêler à de semblables représentations. Les vrais portraits sont ceux qu'on fait d'après des contemporains: on aime à les voir sur la toile, comme nous les rencontrons autour de nous, quand même ce seraient des personnes illustres. C'est même à l'égard de ces dernières que la vérité complète d'un portrait vous offre plus d'attrait. Notre esprit, quand ils sont loin de notre vue, se plaît à agrandir leur image comme les qualités qui les distinguent; quand cette image est fixée et qu'elle est sous nos yeux, nous trouvons un charme infini à comparer la réalité à ce que nous nous sommes figuré.