Journal de Eugène Delacroix, Tome 2 (de 3) 1850-1854

Part 18

Chapter 183,762 wordsPublic domain

J'ai vu le _Repas chez Simon_, gravure reproduite et très estimée. Rien de plus froid que cette action! La Madeleine, plantée de profil devant le Christ, lui essuyant à la lettre les pieds avec de grands rubans qui lui pendent de la tête, et que le graveur nous donne pour des cheveux. Rien de l'onction que comporte un tel sujet! Rien de la fille repentante, de son luxe et de sa beauté mise aux pieds du Christ, qui devrait bien, au moins par son air, lui témoigner quelque reconnaissance, ou du moins qu'il la voit avec indulgence et bonté; les spectateurs aussi froids, aussi hébétés que ces deux personnages capitaux. Ils sont tellement séparés les uns des autres, sans qu'un spectacle si extraordinaire les rapproche ou les groupe, comme pour les voir de plus près, ou pour se communiquer naturellement ce qu'ils en pensent. Il y en a un, le plus rapproché du Christ, dont le geste est ridicule et sans objet. Il paraît embrasser la table d'un seul de ses bras. Son bras paraît plus large que la table tout entière, et cette incorrection, que rien ne motive dans l'endroit le plus apparent du tableau, augmente la bêtise de tout le reste. Comparez à cette sotte représentation du sujet le plus touchant de l'Évangile, le plus fécond en sentiments tendres et élevés, en contrastes pittoresques ressortant des natures différentes mises en contact, de cette belle créature dans la fleur de la jeunesse et de la santé, de ces vieillards et de ces hommes faits, en présence desquels elle ne craint pas d'humilier sa beauté et de confesser ses erreurs, comparez, dis-je, ce qu'a fait de cela le divin Raphaël avec ce qu'en a fait Rubens. Il n'a manqué aucun trait... La scène se passe chez un homme riche: des serviteurs nombreux entourent la table; le Christ, à la place la plus apparente, à la sérénité convenable. La Madeleine[213], dans l'effusion de ses sentiments, traîne dans la poussière ses robes de brocart, ses voiles, ses pierreries; ses cheveux d'or ruisselant sur ses épaules et répandus confusément sur les pieds du Christ, ne sont pas un accessoire vain et sans intérêt. Le vase de parfums est le plus riche qu'il a pu imaginer; rien n'est trop beau ni trop riche de ce qui doit être mis aux pieds de ce maître de la nature, qui s'est fait un maître indulgent pour nos erreurs et pour notre faiblesse. Et les spectateurs peuvent-ils assister avec indifférence à la vue de cette beauté prosternée et en larmes, de ces épaules, de cette gorge, de ces yeux brillants et doucement élevés? Ils se parlent, ils se montrent, ils regardent tout cela avec des gestes animés, les uns avec l'air de l'étonnement ou du respect, les autres avec une surprise mêlée de malice. Voilà la nature, et voilà le peintre! Nous acceptons tout ce que la tradition nous présente comme consacré, nous voyons par les yeux des autres; les artistes sont pris les premiers et plus dupes que le public moins intelligent, qui se contente de ce que les arts lui présentent dans chaque époque comme du pain du boulanger. Que diriez-vous de ces pieux imbéciles qui copient sottement ces inadvertances du peintre d'Urbin, et les érigent en sublimes beautés? de ces malheureux qui, n'étant poussés par aucun sentiment, s'attachent aux côtés critiquables ou ridicules du plus grand talent, pour les imiter sans cesse, sans comprendre que ces parties faibles ou négligées sont l'accompagnement regrettable des belles parties qu'ils ne peuvent atteindre?

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_Dimanche_ 20 _novembre._--Rubens n'est pas simple, parce qu'il n'est pas travaillé.

J'ai été voir la bonne Alberthe, que j'ai trouvée sans feu, dans sa grande chambre d'alchimiste, et dans une de ces toilettes bizarres, qui la font ressembler à une magicienne. Elle a toujours eu du goût pour cet appareil nécromancien, même dans le temps où sa beauté était sa plus véritable magie. Je me rappelle encore cette chambre tapissée de noir et de symboles funèbres, sa robe de velours noir et ce cachemire rouge roulé autour de sa tête, toutes sortes d'accessoires qui, mêlés à ce cercle d'admirateurs qu'elle semblait tenir à distance, m'avaient passagèrement monté la tète... Où est le pauvre Tony?... Où est le pauvre Beyle?... Elle raffole aujourd'hui des tables tournantes: elle m'en a conté des choses incroyables. Les esprits se logent là dedans; vous forcez à vous répondre à votre gré, tantôt l'esprit de Napoléon, tantôt celui d'Haydn et de tant d'autres! Je cite les deux qu'elle m'a nommés... Comme tout se perfectionne!... Les tables vont aussi faisant du progrès! Dans les commencements, elles frappaient un certain nombre de coups, qui voulaient dire oui ou non, ou bien l'âge qu'on avait, ou le quantième du mois où tel événement s'accomplirait. Depuis, on en a fabriqué tout exprès qui ont au centre une aiguille de bois, qui va tour à tour se fixer sur les lettres de l'alphabet tracées en cercle, en les choisissant, bien entendu, avec le plus grand à propos, pour former des phrases d'un profond admirable, en manière d'oracles. On a encore dépassé ce point de leur éducation déjà assez surprenant: on se place sous la main une petite planche à laquelle est adapté un crayon, et en s'appuyant ainsi armé sur la table inspirée, le crayon trace de lui-même des paroles et des discours entiers. Elle m'a parlé de gros manuscrits dont les tables sont les auteurs, et qui feront sans doute la fortune de ces gens assez doués de fluide pour donner à la matière tout cet esprit. On sera ainsi un grand homme à bon marché.

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_Mardi_ 22 _novembre._--Mal disposé pour le travail.

Je suis allé vers trois heures au Musée. Vivement impressionné par les dessins italiens du quinzième siècle et du commencement du seizième siècle.--Tête de religieuse morte ou mourante, de Vanni, dessin de Signorelli: hommes nus.--Petit torse de face: ancienne école florentine.--Dessins de Léonard de Vinci[214].

J'ai remarqué pour la première fois ceux du Carrache, pour les grisailles du palais Farnèse[215]: l'habileté y domine le sentiment; le faire, la touche l'entraînent malgré lui; il en sait trop, et n'étudiant plus, il ne découvre plus rien de nouveau et d'intéressant. Voilà l'écueil du progrès dans les arts, et il est inévitable. Toute cette école est de même. Têtes de Christ et autres, du Guide[216], où, malgré l'expression, la grande habileté de crayon est plus surprenante encore que l'expression. Que dire alors de ces écoles d'aujourd'hui, qui ne s'occupent que de cette mensongère habileté, et qui la recherchant? Dans les Léonard surtout, la touche ne se voit pas, le sentiment seul arrive à l'esprit. Je me rappelle encore le temps qui n'est pas loin où je me querellais sans cesse de ne pouvoir parvenir à cette dextérité dans l'exécution que les écoles habituent malheureusement les meilleurs esprits à regarder comme le dernier terme de l'art. Cette pente à imiter naïvement et par des moyens simples, a toujours été la mienne, et j'enviais au contraire la facilité de pinceau, la touche coquette des Bonington[217] et autres: je cite un homme rempli de sentiment, mais sa main l'entraînait, et c'est ce sacrifice des plus nobles qualités à une malheureuse facilité, qui fait déchoir aujourd'hui ses ouvrages, et les marque d'un cachet de faiblesse, comme ceux des Vanloo.

Il y a de quoi beaucoup réfléchir sur cette visite pie j'ai faite hier, et il serait bon de la renouveler de temps en temps.

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_Mercredi_ 23 _novembre._--Dîné chez Boissard avec Arago et une petite dame Aubernon[218], qui fait de l'esprit et qui en a. Le pauvre Chenavard devait venir; il est très entrepris de sa maladie de larynx, et inspire des craintes. Boissard, souffrant de névralgie, est triste comme un homme pris au piège.

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_Jeudi_ 24 _novembre._--Promenade le soir dans la galerie Vivienne, où j'ai vu des photographies chez un libraire. Ce qui m'a attiré, c'est l'_Élévation en croix_[219] de Rubens, qui m'a beaucoup intéressé: les incorrections, n'étant plus sauvées par le faire et la couleur, paraissent davantage.

La vue ou plutôt le souvenir de mon émotion devant ce chef-d'œuvre m'ont occupé tout le reste de la soirée, d'une manière charmante. Je pense, par forme de contraste, à ces dessins du Carrache, que je voyais avant-hier: j'ai vu des dessins de Rubens pour ce tableau; certes ils ne sont pas consciencieux, et il s'y montre lui-même plus que le modèle qu'il avait sous les yeux; mais telle est l'impulsion de cette force secrète, qui est celle des hommes à la Rubens; le sentiment particulier domine tout et s'impose au spectateur. Ses formes, au premier coup d'œil, sont aussi banales que celles du Carrache, mais elles sont tout autrement significatives... Carrache grand esprit, grand talent, grande habileté, je parle au moins de ce que j'ai vu, mais _rien_ de ce qui transporte et donne des émotions ineffaçables!

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_Vendredi_ 25 _novembre._--Visite du ministre Fortoul et du préfet, à l'Hôtel de ville.

Le soir, ce terrible Dumas, qui ne lâche pas sa proie est venu me relancer à minuit, son cahier de papier blanc à la main... Dieu sait ce qu'il va faire des détails[220] que je lui ai donnés sottement! Je l'aime beaucoup, mais je ne suis pas formé des mêmes éléments, et nous ne recherchons pas le même but. Son public n'est pas le mien; il y en a un de nous qui est nécessairement un grand fou.

Il me laisse les premiers numéros de son journal, qui est charmant.

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_Samedi_ 26 _novembre._--J'ai le torticolis; le temps est sombre; je me promène dans mon atelier ou je dors.

Fait quelques croquis d'après la suite flamande des _Métamorphoses._

A quatre heures été chez Rivet, que j'ai trouvé plus affectueux que jamais. Il me parle avec grand plaisir de la répétition du _Christ au tombeau_, de Thomas[221].

Le soir, _Lucrezia Borgia_[222]: je me suis amusé d'un bout à l'autre, encore plus que l'autre jour, à la _Cenerentola._ Musique, acteurs, décorations, costumes, tout cela m'a intéressé. J'ai fait réparation, dans cette soirée, à l'infortuné Donizetti, mort à présent, et à qui je rends justice, imitant en cela le commun des mortels, hélas! et même les premiers parmi eux. Ils sont tous injustes pour le talent contemporain. J'ai été ravi du chœur d'hommes en manteau, dans la charmante décoration de l'escalier du jardin au clair de lune. Il y a des réminiscences de Meyerbeer, au milieu de cette élégance italienne, qui se marient très bien au reste. Ravi surtout de l'air qui suit, chanté délicieusement par Mario: autre injustice réparée; je le trouve charmant aujourd'hui. Cela ressemble à ces amours qui vous prennent tout d'un coup, après des années, pour une personne que vous étiez habitué à voir tous les jours avec indifférence. Voilà la bonne école de Rossini; il lui a emprunté, parmi les meilleures choses, ces introductions qui mettent le spectateur dans la disposition de l'âme où le veut le musicien. Il lui doit aussi, comme Bellini, et il ne les gâte pas, ces chœurs mystérieux dans le genre de celui que je citais... le chœur des prêtres, dans _Sémiramis_, etc.

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_Dimanche_ 27 _novembre._--J'ai été le soir chez la bonne Alberthe; j'avais à cœur de la remercier du plaisir qu'elle m'a procuré hier soir. Je l'ai encore trouvée seule dans sa grande chambre de magicienne. Je m'attendais, aujourd'hui dimanche, à lui voir le cercle que je trouvais habituellement chez elle, et composé de ce qu'elle appelait ses _amis._ Depuis qu'elle a changé de demeure, ses _amis_ ont changé d'habitudes; quelques pas de plus, une petite pente à monter, les a tous découragés... Ils viennent le jour où elle les invite à dîner.

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_Lundi_ 28 _novembre._--Première représentation le _Mauprat_[223]. Toutes les pièces de Mme Sand offrent la même composition, ou plutôt la même absence de composition: le début est toujours piquant et promet de l'intérêt; le milieu de la pièce se traîne dans ce qu'elle croit des développements de caractères et qui ne sont que des moyens d'ouvrager l'action.

Il semble que dans cette pièce, comme dans les autres, à partir du deuxième acte jusqu'à la fin,--et il y en a six!--la situation ne fait pas un pas; le caractère indécrottable de son jeune homme à qui on dit sur tous les tons qu'on l'aime, ne sort pas du désespoir, de l'emportement et du non-sens. C'est juste comme dans le _Pressoir._

Pauvre femme! elle lutte contre un obstacle de nature qui lui défend de faire des pièces; c'est au-dessous des plus minces mélodrames sous ce rapport; il y a des mots pleins de charme; c'est là son talent. Ses paysans vertueux sont assommants; il y en a deux dans _Mauprat..._ Le grand seigneur est également vertueux, la jeune personne irréprochable... le rival du jeune homme, plein de convenance et de modération quand il s'agit d'instrumenter contre son rival. Le jeune homme emporté est lui-même excellent au fond. Il y a un pauvre petit chien qui amène des situations ridicules. Elle manque du tact de la scène, comme de celui de certaines convenances dans ses romans; elle n'écrit pas pour des Français, quoique en français excellent; et le public, en fait de goût, n'est pourtant pas bien difficile à présent. C'est comme Dumas qui marche sur tout, qui est toujours débraillé et qui se croit au-dessus de ce que tout le monde est habitué à respecter.

Elle a incontestablement un grand talent, mais elle est avertie, encore moins que la plupart des écrivains, de ce qui lui va le mieux. Suis-je injuste encore? Je l'aime pourtant, mais il faut dire que ses ouvrages ne dureront pas. Elle manque de goût.

--Revenu à plus d'une heure du matin. Retrouvé là mon vieux Ricourt[224]. Il me parlait et se souvient encore de l'esquisse du _Satyre dans les filets_[225]: il m'a parlé de ce que j'étais déjà dans ce temps lointain. Il se rappelle l'habit vert[226], les grands cheveux l'exaltation pour Shakespeare, pour les nouveautés, etc.

--Dîné à l'Hôtel de ville.--Didot m'a emmené chez lui et montré des manuscrits intéressants avec vignettes.

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_Mercredi_ 30 _novembre._--Dîné chez la princesse Marcellini. Duo de basse et de piano de Mozart, dont le commencement rappelle: _Du moment qu'on aime._--Duo _idem_ de Beethoven, celui que je connais déjà et qu'ils ont joué.

Quelle vie que la mienne[227]! Je faisais cette réflexion en entendant cette belle musique, surtout celle de Mozart qui respire le calme d'une époque ordonnée. Je suis dans cette phase de la vie où le tumulte des passions folles ne se mêle pas aux délicieuses émotions que me donnent les belles choses. Je ne sais ce que c'est que paperasses et occupations rebutantes, qui sont celles de presque tous les humains; au lieu de penser à des affaires, je ne pense qu'à Rubens ou à Mozart: ma grande affaire pendant huit jours, c'est le souvenir d'un air ou d'un tableau. Je me mets au travail comme les autres courent chez leur maîtresse, et quand je les quitte, je rapporte dans ma solitude ou au milieu des distractions, que je vais chercher, un souvenir charmant, qui ne ressemble guère au plaisir troublé des amants.

J'ai vu chez la princesse le portrait du prince Adam[228] par Delaroche[229]; on dirait le fantôme du pauvre prince, tant il semble qu'il lui ait tiré tout le sang de ses veines, et tant il lui a allongé la figure. Voilà vraiment, suivant l'expression de Delaroche lui-même, ce qu'on peut appeler de la peinture _sérieuse._ Je lui parlais un jour des admirables Murillo du maréchal Soult, qu'il voulait bien me laisser admirer; seulement, disait-il, _ce n'est pas de la peinture sérieuse._

Je suis rentré à une heure du matin. Jenny me disait que quand on a entendu de la musique pendant une heure, c'est tout ce qu'on en peut porter. Elle a raison: c'est même beaucoup. Un air ou deux comme le duo de Mozart, et le reste fatigue et donne de l'impatience.

[205] _Piranesi_, graveur italien (1720-1778), qui a exécuté au burin ou à l'eau-forte un grand nombre de planches qu'on a réunies sous le nom d'_Antiquités romaines._

[206] _Hetzel_, libraire et littérateur, qui sous le nom de _Stahl_ a écrit une série de charmants ouvrages pour la jeunesse. Hetzel avait pris une part importante aux événements de 1848 et occupé le poste de secrétaire général du pouvoir exécutif dans le gouvernement provisoire. Exilé après le coup d'État, il s'était retiré à Bruxelles, d'où il ne rentra en France qu'en 1859.

[207] _Théophile Silvestre_, publiciste (1823-1876), a collaboré à beaucoup de journaux, notamment le _Figaro_, le _Nain jaune,_ le _Constitutionnel_, le _Pays_, l'_Éclair_, etc. Son principal ouvrage, l'_Histoire des artistes vivants_, est un des volumes les plus intéressants écrits sur l'art. Parmi les autres publications de Théophile Silvestre, on peut encore citer _Eugène Delacroix_ (documents nouveaux), _Pierre-Paul Rubens_, etc. Son dernier ouvrage est le _Catalogue du Musée de Montpellier_ (collection Bruyas), dont le premier volume seul a paru.

[208] Ce vœu du peintre a été réalisé en partie par M. Alfred Robaut, qui, au moment de la vente des dessins originaux d'Eugène Delacroix, publia plus de soixante-dix croquis, dessins et fac-simile autographiés, pris dans l'œuvre du maître. Cette publication, malheureusement incomplète, fut accueillie par les amateurs avec une faveur marquée, et il est regrettable qu'un concours plus effectif n'ait pas permis de terminer l'œuvre si bien commencée.

[209] Opéra de _Rossini._

[210] _Robert-Fleury._

[211] _M. Delessert_ était un collectionneur qui possédait entre autres toiles du maître le délicieux tableau des _Adieux de Roméo et Juliette_, celui que Gautier décrit ainsi: «Roméo et Juliette sur le balcon, dans les froides clartés du matin, se tiennent religieusement embrassés par le milieu du corps. Dans cette étreinte violente de l'adieu, Juliette, les mains posées sur les épaules de son amant, rejette la tète en arrière, comme pour respirer, ou par un mouvement d'orgueil et de passion joyeuse... Les vapeurs violacées du crépuscule enveloppent cette scène.» La _Mort de Lara_ lui appartenait également. (Voir _Catalogue Robaut_, nos 939 et 1008.)

[212] _Marc-Antoine Raimondi_ (1475-1530), le plus célèbre graveur de la Renaissance italienne.

[213] La poétique figure de la _Madeleine_ tenta à plusieurs reprises le pinceau de Delacroix; en 1845, il peignit une _Madeleine en prière_, au sujet de laquelle Baudelaire écrivait: «Ce tableau démontre une vérité soupçonnée depuis longtemps, c'est que M. Delacroix est plus fort que jamais, et dans une voie sans cesse renaissante, c'est-à-dire qu'il est plus harmoniste que jamais... M. Delacroix est décidément le peintre le plus original des temps anciens et des temps modernes. Il restera toujours un peu contesté, juste autant qu'il faut pour ajouter quelques éclairs à son auréole. Et tant mieux! il a le droit d'être toujours jeune, car il ne nous a pas trompés, lui, il ne nous a pas menti, comme quelques idoles ingrates que nous avons portées dans nos panthéons.» (Voir _Catalogue Robaut_, nos 920 et 921.)

[214] _Francesco Vanni_ (1563-1609). Voir le Catalogue des dessins du Louvre, n° 362.--_Luca Signorelli_ (1440-1525). Voir le Catalogue des dessins du Louvre, nos 340, 343, 347.--_Inconnu XVe siècle._ Voir le Catalogue des dessins du Louvre, nos 419.--_Léonard de Vinci_ (1452-1519). Voir le Catalogue des dessins du Louvre, nos 383 à 394.

[215] _Annibal Carrache_(1560-1609). Voir le Catalogue des dessins du Louvre, nos 153, 157, 158, 161, 165, 166, etc.

[216] _Guido Reni_, dit _le Guide_ (1575-1642). Voir le Catalogue des dessins du Louvre, nos 291, 294, 297.

[217] Pour avoir une idée précise de l'opinion d'Eugène Delacroix sur Bonington, il importe de relire la très belle lettre du peintre à Thoré qui porte la date du 30 novembre 1861. Elle contient une courte biographie de l'artiste qui avait été le camarade d'atelier de Delacroix. Nous en extrayons le passage suivant: «Je ne pouvais me lasser d'admirer sa merveilleuse entente de l'effet et la facilité de son exécution; non qu'il se contentât promptement. Au contraire, il refaisait fréquemment des morceaux entièrement achevés et qui nous paraissaient merveilleux; mais son habileté était telle qu'il retrouvait à l'instant sous sa brosse de nouveaux effets aussi charmants que les premiers. Il tirait parti de toutes sortes de détails qu'il avait trouvés chez des maîtres et les rajustait avec adresse dans sa composition.» (_Corresp._, t. II, p. 278, 279.)

[218] Le salon de cette _petite dame Aubernon_ allait devenir rapidement le rendez-vous de tout le monde artistique et littéraire; il est encore aujourd'hui fort recherché des hommes de lettres et des artistes.

[219] Voir _supra_, t. II, p. 28.

[220] Ces détails sont probablement des détails biographiques pour le _Mémoires de Dumas_, qui contiennent sur Eugène Delacroix ce fragment auquel il convient de rendre justice pour son indépendance d'allure: «Delacroix, avec son _Massacre de Scio_, autour duquel se groupaient pour discuter, les peintres de tous les partis, Delacroix qui en peinture, comme Hugo en littérature, ne devait avoir que des fanatiques aveugles ou des détracteurs obstinés, Delacroix qui était déjà connu par son _Dante traversant le Styx_ et qui devait toute la vie conserver ce privilège rare pour un artiste, de réveiller à chaque œuvre nouvelle les haines et les admirations: Delacroix, homme d'esprit, de science et d'imagination qui n'a qu'un travers, c'est de vouloir obstinément être le collègue de M. Picot et de M. Abel de Pujol, et qui par bonheur, nous l'espérons du moins, ne le sera pas.»

[221] Voir _Catalogue Robaut_, nos 1035-103.

[222] Opéra de _Donizetti._

[223] Le roman de _Mauprat_ avait été l'un des plus grands succès de _George Sand_, un de ceux qui avaient le plus contribué à rendre son nom populaire. Transporté à la scène, dans un drame en six actes, il fut joué à l'Odéon; mais la pièce n'eut pas le succès du livre.

[224] _Ricourt_, fondateur du journal l'_Artiste_, qu'il dirigea longtemps. Il avait su réunir autour de lui les plus éminents des écrivains de l'époque. Ce journal avait alors un caractère romantique très accusé. Ricourt mourut en 1865. Delacroix était très lié avec lui et lui adressa la lettre sur les _Concours_ que nous avons citée plus haut, et qui compte parmi les plus originales et les plus intéressantes de la correspondance.

[225] Probablement une des compositions du début de l'_Artiste._ Nous n'en avons pas trouvé trace dans le _Catalogue Robaut._

[226] Allusion _au gilet vert_ qui servit pour son portrait du Louvre.

[227] Ce passage est à rapprocher du fragment de l'année 1824: «Quelle sera ma destinée? Sans fortune et sans disposition propre à rien acquérir.»

[228] Le prince _Adam Czartoryski._

[229] «Le seul homme dont le nom eût puissance pour arracher quelques gros mots à cette bouche aristocratique, était P. Delaroche.» (_Baudelaire_, sur Delacroix.)

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_Samedi_ 1er _décembre.--Hercule et Diomède_[230], grand paysage.--_Adam et Ève_[231].

Sur quelques folies.--Sur le progrès.--Opinions modernes.

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_Mercredi_ 7 _décembre._--Insipide dîner chez Casenave. J'ai revu là les mêmes figures que l'année dernière, à peu près à pareille époque.

Un an de plus change bien les visages à une certaine époque de la vie! Fould surtout m'a paru avoir été plus vite que les autres; il a les joues pendantes, l'œil éteint, le poil plus blanc, et ce je ne sais quoi de débraillé et de dépenaillé qui annonce le vieillard. Il était près de moi; je me suis évertué, par convenance et dans l'impossibilité de trouver un mot à dire à la gouvernante anglaise qui était de l'autre côté, à lui parler de sa collection, des arts, de la guerre d'Orient... J'étais là comme un terme.