Journal de Eugène Delacroix, Tome 1 (de 3) 1823-1850

Part 33

Chapter 332,887 wordsPublic domain

J'ai été particulièrement frappé, sans en être égayé, de cette pourtant charmante musique des oiseaux au printemps: les fauvettes, les rossignols, les merles si mélancoliques, le coucou dont j'aime le cri à la folie, semblaient s'évertuer pour me distraire. Dans un mois au plus, tous ces gosiers seront silencieux. L'amour les épanouit pour le sentiment; un peu plus, il les ferait parler. Bizarre nature, toujours semblable, inexplicable à jamais!

--Vers trois ou quatre heures, la servante m'a parlé de l'homme qu'elle avait vu entrer dans la maison des gendarmes. Le garçon de la ferme est venu avec le garde champêtre, et je me suis joint à eux pour faire une visite domiciliaire; toute la soirée nous avons fait de grotesques préparatifs de défense en cas d'attaque de nuit; tout a été fort heureusement inutile.

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_Samedi_ 11 _mai._--J'ai reculé encore indéfiniment mon projet de départ que j'avais fixé pour aujourd'hui.

--Le matin, vu Candas dans la maison des gendarmes. Je lui ai parlé de mes projets et de ce qu'on pourrait faire. Ce lieu est charmant: il est bien dommage qu'il n'y ait pas de vignes de ce côté-là.

J'ai joui aujourd'hui délicieusement, et comme un enfant qui entre en vacances, de ma résolution subite de demeurer encore. Que l'homme est faible et facilement étrange dans ses émotions et ses résolutions!

J'étais hier soir d'une tristesse mortelle. En revenant de ma soirée, je ne rêvais que catastrophes; ce matin, la vue des champs, le soleil, l'idée d'éviter encore quelque temps ce brouhaha affreux de Paris m'ont mis au ciel.

Heureux ou malheureux, je le suis presque toujours à l'extrême!

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_Lundi_ 13 _mai._--J'ai passé ma journée tout seul et ne me suis pas ennuyé. Jenny et la servante sont allées à Paris dès le matin et sont revenues seulement à six heures.

J'étais en train de faire mon dîner, quand elles sont arrivées trempées par une pluie affreuse, qui n'a presque pas cessé tout le jour.

Je me suis plu dans l'isolement complet et le silence de cette journée.

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_Mardi_ 14 _mai.--Sur l'isolement de l'homme._

«_L'indépendance a pour conséquence l'isolement_», Mme Quantinet me cite cet extrait de l'_Adolphe_ de Benjamin Constant. Hélas! l'alternative d'être ennuyé et harcelé toute la vie, comme l'est un homme engagé dans des liens de famille par exemple, ou d'être abandonné de tout et de tous, pour n'avoir voulu subir aucune contrainte, cette alternative, dis-je, est inévitable. Il y en a qui ont mené la vie la plus dure sous les impérieuses lois d'une femme acariâtre, ou souffrant les caprices d'une coquette à laquelle ils avaient lié leur sort, et qui à la fin de leurs jours n'ont pas même la consolation d'avoir pour leur fermer les yeux ou leur donner leurs bouillons cette créature qui serait bonne du moins pour adoucir le dernier passage. Elles vous quittent ou meurent au moment où elles pourraient vous rendre le service de vous empêcher d'être seul. Les enfants, si vous en avez eu, après vous avoir occasionné tous les soucis de leur enfance ou de leur sotte jeunesse, vous ont abandonné depuis longtemps.

Vous tombez donc nécessairement dans cet isolement affreux dans lequel s'éteint ce reste de vie et de souffrances.

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_Jeudi_ 16 _mai._--A Paris, par le premier convoi.

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_Vendredi_ 17 _mai._--Travaillé ce matin à la _femme qui se peigne._

--Grande promenade dans la forêt, par le côté de Draveil. Pris en contournant la forêt par l'allée qui en fait le tour.

J'ai vu là le combat d'une mouche d'une espèce particulière et d'une araignée. Je les vis arriver toutes deux, la mouche acharnée sur son dos et lui portant des coups furieux; après une courte résistance, l'araignée a expiré sous ses atteintes; la mouche, après l'avoir sucée, s'est mise en devoir de la traîner je ne sais où, et cela avec une vivacité, une furie incroyables. Elle la tirait en arrière, à travers les herbes, les obstacles, etc. J'ai assisté avec une espèce d'émotion à ce petit duel homérique. J'étais le Jupiter contemplant le combat de cet Achille et de cet Hector. Il y avait, au reste, justice distributive dans la victoire de la mouche sur l'araignée, il y a si longtemps que l'on voit le contraire arriver. Cette mouche était noire, très longue, avec des marques rouges sous le corps.

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_Samedi_ 18 _mai._--Le matin, travaillé à la _Femme qui se peigne_, que je suis en train de gâter probablement, puis au _Michel-Ange._

--Vers une heure, à la forêt avec ma bonne Jenny. J'avais un plaisir infini à la voir jouir si expansivement de cette charmante nature si verte, si fraîche. Je l'ai fait reposer longtemps, et elle est revenue sans accident. Nous avons été jusqu'au Chêne d'Antain. En parcourant le clos de Lamouroux, elle me disait douloureusement: «Comment! ne vous verrai-je jamais autrement que dans une position mince et peu digne de vous? Quoi! je ne vous verrai jamais un enclos comme celui-ci à habiter, à embellir?» Elle a raison. Je ressemble en ceci à Diderot qui se croyait prédestiné à habiter des taudis, et qui vit sa mort prochaine, quand il fut installé dans un bel appartement, dans des meubles splendides, qu'il devait aux bontés de Catherine.

Au reste, j'aime la médiocrité; j'ai le faste et l'étalage en horreur; j'aime les vieilles maisons, les meubles antiques; ce qui est tout neuf ne me dit rien. Je veux que le lieu que j'habite, que les objets qui sont à mon usage me parlent de ce qu'ils ont vu, de ce qu'ils ont été, et de ce qui a été avec eux.

Ai-je l'âme plus rétrécie en cela que mon voisin Minoret, qui vient d'abattre une partie du logement qu'il avait, pour construire un affreux chalet qui va offenser mes regards, tant que je vivrai ici? Quand ce Minoret est venu succéder au général Ledru [499], il s'est hâté de jeter bas sa modeste et ancienne maison; il aime mieux ces pierres toutes neuves qu'il a tirées de la carrière... La vieille d'Esnont en a fait autant. A la vérité, la maison lui tombait sur la tête. Cela me vaut deux constructions à la moderne, affreuses à tolérer.

Il y a, au reste, dans Champrosay, depuis quelque temps, émulation de mauvaises bâtisses. Gibert avait commencé avec sa magnifique grille. Les gens qui ont succédé au marquis de La Feuillade font recrépir la maison et ont imaginé d'y ajouter des ornements qui la rendent ridicule et lui ôtent tout caractère et toute proportion.

--Ce matin, Georges [500] est venu m'inviter à dîner de la part de sa mère, qui vient pour deux jours avec Mme Barbier [501] et M. P... et son mari.

Villot vient un moment dans la journée; nous avons été assez tristes à cause de toutes les menaces du temps.

Le soir pourtant je me suis mis en train et ai causé un peu. Revenu à onze heures. Mme Barbier est très amusante.

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_Lundi_ 20 _mai._--J'ai été vers deux heures les voir jusqu'au départ de quatre heures et demie et les ai menés jusqu'au chemin de fer. Je disais à Mme Barbier que l'indigne pantalon des femmes était un attentat aux droits de l'homme.

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_Jeudi_ 23 _mai._--Travaillé au _Chasseur de lions_ et au _Michel-Ange_[502].

--Sorti pour aller voir Mme Quantinet. Elle est partie pour Paris.....

Vers cinq heures, promenade à l'allée de l'Ermitage. Temps charmant, quoique chaud. Joui délicieusement de cette heure charmante qui m'attriste moins qu'autrefois.

J'ai découvert dans cette grande allée un petit sentier délicieux, qui conduit à des retraites charmantes. Pensé involontairement à la dame à la robe de chambre bariolée.

Le soir, clair de lune ravissant dans mon petit jardin. Resté à me promener très tard. Je ne pouvais assez jouir de cette douce lumière sur ces saules, du bruit de la petite fontaine et de l'odeur délicieuse des plantes qui semblent, à cette heure, livrer tous leurs trésors cachés.

[498] Ici paraît pour la première fois le nom du peintre _Pierre Andrieu_, qui fut le collaborateur assidu de Delacroix, après avoir été son élève. Il eut sa part dans ses principaux travaux décoratifs, notamment dans la galerie d'Apollon du Louvre et la chapelle de Saint-Sulpice. Après sa mort, il fut chargé de la restauration du plafond de la galerie d'Apollon et de la coupole de la bibliothèque du Luxembourg. Andrieu s'était assimilé si complètement la manière de Delacroix que Th. Gautier écrivait à propos de lui: «Les dessous de ses chefs-d'œuvre n'ont pas de secret pour lui. Ses personnages se meuvent naturellement... comme ceux de Delacroix; ils ont les mêmes types, les mêmes allures, le même goût d'ajustement. Si ce ne sont pas des frères, ce sont au moins des cousins germains, et après quelques heures de retouche, le maître volontiers les signerait.» C'était à la fois faire l'éloge et la critique du talent d'Andrieu. La vénération de l'élève pour le maître revêtait le caractère d'une véritable religion: il conserva pendant près de trente années les copies du Journal que nous publions aujourd'hui, sans permettre qu'on y portât la main, malgré les propositions qui lui furent faites.

[499] Le général _Ledru des Essarts_, frère du naturaliste _Pierre Ledru_, fit toutes les campagnes de la Révolution et de l'Empire. En 1836, Louis-Philippe le nomma pair de France. Il mourut à Champrosay en 1844.

[500] _Georges Villot_, fils de son ami _Frédéric Villot._

[501] Mme _Barbier_ était la belle-mère de Frédéric Villot.

[502] Toile de 0m,60 X 0m,40. Galerie Bruyas, au Musée de Montpellier.(Voir _Catalogue Robaut_ n° 1184.)

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_Paris, lundi_ 3 _juin._--Ce jour, dîné chez Bixio avec Lamoricière[503], etc. Cavaignac devait y être. Le premier est charmant et plein de véritable esprit.

--Tous ces jours-ci, je ne vois personne, enfoncé que je suis dans mon esquisse.

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_Jeudi_ 6 _juin._--Passé la journée au Jardin des plantes. Jussieu [504] m'a conduit partout.

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_Samedi_ 8 _juin._--Quinze jours sans avoir rien écrit ici!...

Revenu de Champrosay il y a quinze jours, jour pour jour.

Jenny y est retournée aujourd'hui pour y prendre les lunettes du maire et les lui rendre.

--Je suis resté jusqu'à midi sur mon canapé, dormant et lisant l'évasion de mon cher Casanova.

--Je me disais, en regardant ma composition du plafond qui ne me plaît que depuis hier, grâce aux changements que j'ai faits dans le ciel avec du pastel, qu'un bon tableau était exactement comme un bon plat, composé des mêmes éléments qu'un mauvais: l'artiste fait tout. Que de compositions magnifiques ne seraient rien sans le grain de sel du grand cuisinier! Cette puissance du _je ne sais quoi_ est étonnante dans Rubens; ce que son tempérament,--_vis poetica_,--ajoute à une composition, sans qu'il semble qu'il la change, est prodigieux. Ce n'est autre chose que le tour dans le style; la façon est tout, le fond est peu en comparaison.

Le _nouveau_ est très ancien, on peut même dire que c'est toujours ce qu'il y a de plus ancien.

--Pour imprimer le mur de l'église, _huile de lin_ et non autre, bouillante, _blanc de céruse_ et non pas _blanc de zinc_, qui ne tient pas. L'ocre _jaune_ serait la meilleure impression.

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_Lundi_ 10 _juin._--La _partie du ciel_[505]--_après les plus grands clairs du soleil_, c'est-à-dire déjà foncé: _Jaune chrome foncé blanc--blanc laque_ et _vermillon._

La _terre de Cassel_ et _blanc_ forme la demi-teinte décroissante. En général, excellent pour demi-teinte.

Les _clairs_ jaune clair sur les nuages au-dessous du char: _Cadmium, blanc_, une pointe de _vermillon._

La _partie du ciel plus orangé_, à partir du cercle lumineux: Sur une préparation orangée, frôler à sec un ton de _jaune de Naples, vert bleu et blanc_, en laissant un peu paraître le ton orangé.

Ton orangé, très beau pour le ciel: _Terre d'Italie naturelle, blanc, vermillon.--Vermillon, blanc, laque_ et quelquefois un peu de _cadmium_ et de _blanc._

_Robe de Minerve_, sur une préparation convenable: Clairs des plis peints avec _bleu de Prusse_ et _blanc_ assez cru, peut-être un peu de laque.--A sec, par-dessus, clairs avec blanc et chrome; enfin ton citron. Glacer par-dessus à sec _avec cobalt_ et _laque._--Enfin, rehauts sombres et chauds avec _terre d'Italie brûlée_ et _carmin fixe._

_Apollon_, la robe peinte d'un _ton rouge_ un peu fade dans les clairs, glacé avec _laque jaune_ et _laque rouge._

Localité des _chairs de la Diane: Terre de Cassel, blanc et vermillon._ Assez gris partout. Clairs: _blanc_ et _vermillon, un peu de vermillon._

Les reflets ton chaud, _presque citron_; il y entre un peu d'_antimoine_, le tout très franchement.

Localité des _cheveux de l'Apollon: Terre d'ombre, blanc, cadmium_, très peu de _terre d'Italie_ ou d'_ocre._

Pour la _tunique de la Diane_, un ton de reflet analogue à celui de sa chair dans l'ombre: _Antimoine, cadmium_, etc.

Localité chaude des _nuages sous le char: Cadmium_ et _blanc_, un peu foncé, et _terre de Cassel et blanc_, touché par-dessus avec ton froid de _terre de Cassel_ et _blanc_ (tout ceci pour l'_ombre_).

Demi-teinte du _Cheval soupe de lait_ (l'_Arabe passant un gué_)[506]: _Terre d'ombre naturelle_ et _blanc, antimoine, blanc_ et _brun rouge_: le rouge ou le jaune prédominant, suivant la convenance.

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_Vendredi_ 14 _juin._--Un architecte qui remplit véritablement toutes les conditions de son art me paraît un phénix plus rare qu'un grand peintre, un grand poète et un grand musicien. Il me saute aux yeux que la raison en est dans cet accord absolument nécessaire d'un grand bon sens avec une grande inspiration. Les détails d'utilité qui forment le point de départ de l'architecte, détails qui sont l'essentiel, passent avant tous les ornements. Cependant il n'est artiste qu'en prêtant des ornements convenables à cet _Utile_, qui est son thème. Je dis _convenables_; car même après avoir établi en tous points le rapport exact de son plan avec les usages, il ne peut orner ce plan que d'une certaine manière. Il n'est pas libre de prodiguer ou de retrancher les ornements. Il les faut aussi appropriés au plan, comme celui-ci l'a été aux usages. Les sacrifices que le peintre et le poète font à la grâce, au charme, à l'effet sur l'imagination, excusent certaines fautes contre l'exacte raison. Les seules licences que se permette l'architecte peuvent peut-être se comparer à celles que prend le grand écrivain, quand il fait en quelque sorte sa langue. En réservant des termes qui sont à l'usage de tout le monde, le tour particulier en fait des termes nouveaux; de même l'architecte, par l'emploi calculé et inspiré en même temps des ornements qui sont le domaine de tous les architectes, leur donne une nouveauté surprenante et réalise le beau qu'il est donné à son art d'atteindre. Un architecte de génie, copiera un monument et saura, par des variantes, le rendre original; il le rendra propre à la place, il observera dans les distances, les proportions, un ordre tel qu'il le rendra tout nouveau. Les architectes vulgaires, nos modernes architectes, ne savent que copier littéralement, de sorte qu'ils joignent à l'humiliant aveu qu'ils semblent faire de leur impuissance le défaut de succès dans l'imitation même; car le monument qu'ils ont imité à la lettre ne peut jamais être exactement dans les mêmes conditions que celui qu'ils imitent. Non seulement ils ne peuvent inventer une belle chose, mais ils gâtent la belle invention qu'on est tout surpris de retrouver, entre leurs mains, plate et insignifiante.

Ceux qui ne prennent pas le parti d'imiter en bloc et exactement, font pour ainsi dire au hasard. Les règles leur apprennent qu'il faut orner certaines parties, et ils ornent ces parties, quel que soit le caractère du monument et quel que soit son entourage.

(Joindre à ce qui précède ce que je dis de la proportion des monuments imités avec l'ouvrage définitif, par exemple le Parthénon ou la Maison carrée, et la Madeleine et l'Arc de triomphe.)

[503] Le général _Lamoricière_ était alors député à l'Assemblée législative et combattait avec le général Cavaignac la politique du Prince Président, dont il entrevoyait les projets.

[504] _Adrien de Jussieu_ avait, en 1820, remplacé son père, _Joseph de Jussieu_, dans la chaire de botanique au Muséum.

[505] Il est question ici du plafond de la galerie d'Apollon du Louvre. _Apollon vainqueur du serpent Python_: tel est le titre définitif de la composition. Toile 8m X 7m,50. M. Robaut, dans son Catalogue, écrit que le prix fut d'abord fixé à 18,000 francs, et que l'architecte Duban fit de son propre mouvement élever la somme à 24,000 francs. Voici en quels termes Delacroix décrit le sujet de sa décoration:

«Le dieu, monté sur son char, a déjà lancé une partie de ses traits; Diane, sa sœur, volant à sa suite, lui présente son carquois. Déjà percé par les flèches du dieu de la chaleur et de la vie, le monstre sanglant se tord en exhalant dans une vapeur enflammée les restes de sa vie et de sa rage impuissante. Les eaux du déluge commencent à tarir et déposent sur les sommets des montagnes ou entraînent avec elles les cadavres des hommes et des animaux. Les dieux se sont indignés de voir la terre abandonnée à des monstres difformes, produits impurs du limon; ils se sont armés comme Apollon. Minerve, Mercure s'élancent pour les exterminer, en attendant que la sagesse éternelle repeuple la solitude de l'univers; Hercule les écrase de sa massue, Vulcain, le dieu du feu, chasse devant lui la nuit et les vapeurs impures, tandis que Borée et les Zéphyrs sèchent les eaux de leur souffle et achèvent de dissiper les nuages. Les nymphes des fleuves et des rivières ont retrouvé leur lit de roseaux et leur urne encore souillée par la fange et les débris. Des divinités plus timides contemplent à l'écart ce combat des dieux et des éléments. Cependant, du haut des cieux, la Victoire descend pour couronner Apollon vainqueur, et Iris, la messagère des dieux, déploie dans les airs son écharpe, symbole du triomphe de la lumière sur les ténèbres et sur la révolte des eaux.»

[506] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1347.

FIN DU TOME PREMIER.

TABLE ALFABÉTHIQUE

DES NOMS ET DES ŒUVRES CITÉS DANS LE JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. (See other formats. Not retained for this text version.)

TABLE CHRONOLOGIQUE

DES TROIS VOLUMES DU JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX

TOME PREMIER

(1822-1849)

1822 1823 1824 1825 1830 1832 (Voyage au Maroc) 1834 1840 1843 1844 1846 1847 1849

TOME II

(1850-1854)

1850 1851 1852 1853 1854

TOME III

(1855-1803)

1855 1856 1857 1858 1859 1860 1861 1862 1863