Journal de Eugène Delacroix, Tome 1 (de 3) 1823-1850

Part 28

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[408] Delacroix appréciait le talent de _Meissonier._ On lui prête ce mot: «De nous tous, c'est encore lui qui est le plus sûr de vivre.» Baudelaire s'étonnait, au contraire, de ce jugement, et se demandait comment il se pouvait faire que «l'auteur de si grandes choses jalousât presque celui qui n'excellait que dans les petites.»

[409] Il est difficile de savoir exactement à quel tableau Delacroix fait ici allusion, car il fit en ces années 1847, 1848 et 1849 de nombreuses variantes de ce sujet. (Voir _Catalogue Robaut_, n° 1017, 1055.)

[410] Sans doute le _Labourage nivernais._

[411] _Marc-Aurèle mourant_, exposé au Salon de 1845. La ville de Lyon acheta ce tableau à Delacroix en 1858 seulement et le paya 4,000 francs. (Voir _Catalogue Robaut_, n° 924.) Cependant le catalogue du Musée de Lyon porte la mention: «Don du gouvernement.»

[412] _Racine Gaultier_, dit _Prudent_, pianiste et compositeur français, né en 1817, mort en 1863. Il fut un très remarquable virtuose.

[413] _Louis-Charles-Auguste Couder_, peintre d'histoire, né en 1790, mort en 1873, élève de Regnault et de David. En 1838, il se présenta à l'Institut en concurrence avec Delacroix et fut élu le 28 décembre.

[414] C'est ainsi que les sculpteurs opèrent pour construire leurs maquettes ou esquisses. Il n'est pas étonnant que les dessinateurs et les peintres aient employé ce procédé, qui doit remonter à la plus haute antiquité.

[415] En 1849, Delacroix exécuta, en effet, quatre magnifiques compositions représentant des fleurs et qui figurèrent à la vente posthume de son atelier. (Voir _Correspondance_, t. II, p. 13, 14 et 15.)

[416] Genre de plantes de la famille des liliacées, originaire d'Afrique et remarquable par la beauté de ses fleurs d'un bleu d'azur.

[417] _Habeneck_ violoniste, né en 1781, mort en 1849. Virtuose remarquable, chef d'orchestre hors ligne, il dirigea longtemps les orchestres de l'Opéra et du Conservatoire, et contribua à rendre populaires en France les œuvres de Beethoven.

[418] _Weill, Lefebvre, Thomas, Bouquet_, étaient des marchands de tableaux. La vente de ces _onze_ tableaux ou esquisses, qui mesurent, en moyenne, 0m,40 X 0m,50, rapporta à Delacroix la somme totale de _deux mille_ francs! _Voit Catalogue Robaut._

[419] _Frédéric Bourgeois de Mercey_, peintre et écrivain, né en 1808, mort en 1860. A la suite de débuts heureux comme paysagiste, il entra, en 1840, comme chef de bureau des beaux-arts, au ministère de l'intérieur, et succéda, en 1853, au comte d'Houdetot, comme membre libre de l'Académie des beaux-arts. Cette même année, il devint, au ministère d'État, directeur des beaux-arts.

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_Mercredi_ 4 _avril._--Jour du dîner de Véron [420]. J'étais exténué en y allant.

Je me suis ranimé et amusé. Son luxe est surprenant: des pièces tendues en soie magnifique, le plafond compris; argenterie somptueuse, musique pendant le dîner: usage, du reste, qui n'ajoute rien à la bonté du dîner et qui déroute la conversation qui en est l'assaisonnement.

Armand Bertin m'a parlé chez Véron d'un livre sur la vie de Mozart, compulsé et extrait de tout ce qui a été fait sur lui; il m'a promis de me le prêter. Ce livre est très rare, à ce qu'il paraît.

L'homme recommence toujours tout, même dans sa propre vie. Il ne peut fixer aucun progrès. Comment un peuple en fixerait-il un dans sa forme? Pour ne parler que de l'artiste, sa manière change. Il ne se rappelle plus, après quelque temps, les moyens qu'il a employés dans son exécution. Il y a plus, ceux qui ont systématisé leur manière au point de refaire toujours de même, sont ordinairement les plus inférieurs et froids nécessairement.

Dîné chez Véron avec Rachel, M. Molé, le duc d'Ossuna, général Rulhieri, Armand Bertin, M. Fould, qui était près de moi et s'est montré prévenant. Rachel est spirituelle et fort bien de toutes manières.

Un homme né et élevé comme elle serait difficilement devenu ce qu'elle est tout naturellement. Causé le soir avec *** d'_Athalie_, etc. Il a été fort aimable.

Venu des hommes de toutes couleurs. Une madame Ugalde qui a du succès à présent, à l'Opéra-Comique, a chanté un air du _Val d'Andorre_; elle m'est peu sympathique, prononce d'une manière vulgaire et a la juiverie peinte sur la figure... Contraste avec Rachel.

Beaucoup causé musique avec Armand Bertin. Parlé de Racine et de Shakespeare. Il croit qu'on aura beau faire dans ce pays, on en reviendra toujours à ce qui a été le beau une fois pour notre nation; je crois qu'il a raison. Nous ne serons jamais shakespeariens. Les Anglais sont tout Shakespeare. Il les a presque faits tous ce qu'ils sont, en tout.

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_Jeudi_ 5 _avril._--Journée d'abattement et de mauvaise santé.

Je suis sorti vers quatre heures, pour aller chez Deforge[421]; j'y ai rencontré Cabat [422] et Édouard Bertin [423], que j'ai revu avec plaisir.

--Le soir chez Mme de Forget, qui m'a lu un fragment du discours de Barbès [424] devant ses juges. On voit dans les discours de ces gens-là tout le faux et tout l'ampoulé qui est dans leurs pauvres et coupables têtes; c'est bien toujours la race écrivassière, l'affreuse peste moderne qui sacrifie tranquillement un peuple à des idées de cerveau malade.

«Le but, dit-il, est tout. Sans doute le suffrage universel était quelque chose et avait installé cette Chambre, mais et cette Chambre, et le gouvernement provisoire qui l'avait précédée, sorti aussi, à ce qu'ils croient, d'une espèce de vœu général, tout cela ne lui a pas paru devoir être soutenu, bien plus, lui a semblé devoir être renversé, du moment qu'on s'écartait du but que Barbès avait fixé dans son esprit, malheureusement sans nous prévenir de ce but admirable. Il préfère donc la prison, le cachot plutôt que la douleur d'assister, sans y pouvoir rien changer, à cette déviation sacrilège de ce but suprême de l'humanité.»

Il faudra bien, bon gré, mal gré, que l'humanité finisse par suivre les sublimes aspirations de Barbès.

Dans le discours de Blanqui, quelques jours auparavant, les images prétendues poétiques à la moderne se mêlent à son argumentation; il parle d'une crevasse qu'il fallait que la Révolution franchît, pour passer des anciennes idées aux nouvelles. L'élan trop faible n'a pas permis de franchir cette fatale crevasse où l'avenir est bien près de se noyer, mais qui n'embourbe pas le moins du monde la rhétorique de Blanqui. Tout est, dans ce style, ardu, crevassé ou boursouflé. Les grandes et simples vérités n'ont pas besoin, pour s'énoncer et pour frapper les esprits, d'emprunter le style d'Hugo, qui n'a jamais approché de cent lieues de la vérité et de la _simplicité._

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_Vendredi (soir)_ 6 _avril._--Au Conservatoire avec Mmes Bixio et Menessier. On m'avait promis Cavaignac[425], et j'ai eu à sa place Ch. Blanc [426]. J'aurais été curieux de voir de près le fameux général. Le concert n'a pas été très beau; j'avais conservé de la _Symphonie héroïque_ un plus grand souvenir. Décidément Beethoven est terriblement inégal... Le premier morceau est bien; l'_andante_, sur lequel je comptais, m'a complètement désappointé. Rien de beau, de sublime comme le début! Tout d'un coup, vous tombez de cent pieds au milieu de la vulgarité la plus singulière. Le dernier morceau manque également d'unité.

--Je reçois ce soir, eu sortant, l'invitation au convoi de M. Dosne [427], mort en deux jours du choléra.

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_Samedi_ 7 _avril._--Revu Alard [428] au convoi, qui m'entraîne dans sa suite. Il n'est pas assez pénétré du souvenir des vertus de M. Dosne pour aller s'entasser une heure dans une église en son honneur.

De là chez Chopin: Alkan [429] y était. Il me conte un trait de lui dans le genre de mon histoire avec Thiers. Pour avoir tenu tête à Auber, il a éprouvé et éprouvera sans doute de très grands désagréments.

Vers trois heures et demie, accompagné Chopin en voiture dans sa promenade. Quoique fatigué, j'étais heureux de lui être bon à quelque chose... L'avenue des Champs-Élysées, l'Arc de l'Étoile, la bouteille de vin de guinguette; arrêté à la barrière, etc.

Dans la journée, il m'a parlé musique, et cela l'a ranimé. Je lui demandais ce qui établissait la logique en musique. Il m'a fait sentir ce que c'est qu'_harmonie_ et contrepoint; comme quoi la _fugue_ est comme la logique pure en musique, et qu'être savant dans la fugue, c'est connaître l'élément de toute raison et de toute conséquence en musique. J'ai pensé combien j'aurais été heureux de m'instruire en tout cela qui désole les musiciens vulgaires. Ce sentiment m'a donné une idée du plaisir que les savants, dignes de l'être, trouvent dans la science. C'est que la vraie science n'est pas ce que l'on entend ordinairement par ce mot, c'est-à-dire une partie de la connaissance différente de l'art; non! La science envisagée ainsi, démontrée par un homme comme Chopin, est l'art lui-même, et par contre l'art n'est plus alors ce que le croit le vulgaire, c'est-à-dire une sorte d'inspiration qui vient de je ne sais où, qui marche au hasard, et ne présente que l'extérieur pittoresque des choses. C'est la raison elle-même ornée par le génie, mais suivant une marche nécessaire et contenue par des lois supérieures. Ceci me ramène à la différence de Mozart et de Beethoven. «Là, m'a-t-il dit, où ce dernier est obscur et paraît manquer d'unité, ce n'est pas une prétendue originalité un peu sauvage, dont on lui fait honneur, qui en est cause; c'est qu'il tourne le dos à des principes éternels; Mozart jamais. Chacune des parties a sa marche, qui, tout en s'accordant avec les autres, forme un chant et le suit parfaitement; c'est là le contrepoint, «_punto contrapunto._» Il m'a dit qu'on avait l'habitude d'apprendre les accords avant le contrepoint, c'est-à-dire la succession des notes qui mène aux accords... Berlioz plaque des accords, et remplit comme il peut les intervalles.

Ces hommes épris à toute force du style, qui aiment mieux être bêtes que ne pas avoir l'_air grave._

Appliquer ceci à Ingres et à son école.

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_Mardi_ 10 _avril._--Pour la chapelle de Saint-Sulpice: _L'archange saint Michel terrassant le démon._

Pour le plafond ou dans la chapelle, ou pour l'un des pendentifs: _Jésus-Christ tirant les âmes du purgatoire._

Pour pendentif encore: le _Péché originel_, ou _Adam et Ève après la faute._

Et plus loin, pour le plafond de Saint-Sulpice: _la Descente aux limbes._ Jésus-Christ est debout, tenant de la main gauche la croix de résurrection. De la main droite, il fait signe à Adam et Ève et à quatre autres saints de sortir de la gueule monstrueuse qui représente l'Enfer,--ou _Jésus sortant du tombeau_, les soldats renversés alentour.

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_Mercredi_ 11 _avril._--Je crois que c'est ce soir que j'ai revu Mme Potocka chez Chopin. Même effet admirable de la voix. Elle a chanté des morceaux, des nocturnes et de la musique de piano de Chopin, entre autres celui du _Moulin de Nohant_, qu'elle arrangeait pour un _O salutaris._ Cela faisait admirablement. Je lui ai dit ce que je pense très sincèrement: c'est qu'en musique, comme sans doute dans tous les autres arts, sitôt que le style, le caractère, le sérieux, en un mot, vient à se montrer, le reste disparaît. Je l'aime bien mieux quand elle chante le _Salice_, que tous ses charmants airs napolitains. Elle a essayé le _Lac_ de Lamartine avec l'air si connu et si prétentieux de Niedermeyer. Ce maudit motif m'a tourmenté pendant deux jours.

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_Jeudi_ 12 _avril._--Chez Édouard Bertin. Revu là Amaury Duval [430], Mottez [431], Orsel [432]. Ces gens-là ne jurent que par la fresque; ils parlent de tous les noms gothiques de l'École italienne primitive, comme si c'étaient leurs amis... La bonne et la mauvaise fresque, la tempérée, etc.

Revenu fort fatigué; je m'y étais traîné.

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_Vendredi_ 13 _avril._--Villot venu le matin. Il me parle du projet de Duban [433] de me faire faire dans la galerie restaurée d'Apollon la peinture correspondante à celle de Lebrun. Il lui a parlé de moi dans des termes très flatteurs. Cette initiative de sa part me surprend étrangement, surtout après l'opposition que j'ai faite à ses projets. T... y voit un désir de me ménager. Que m'importe, après tout?

Ce soir, migraine, et soirée passée tristement chez moi sans dîner.

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_Samedi_ 14 _avril._--Le soir chez Chopin; je l'ai trouvé très affaissé, ne respirant pas. Ma présence au bout de quelque temps l'a remis. Il me disait que l'ennui était son tourment le plus cruel. Je lui ai demandé s'il ne connaissait pas auparavant le vide insupportable que je ressens quelquefois. Il m'a dit qu'il savait toujours s'occuper de quelque chose; si peu importante qu'elle soit, une occupation remplit les moments et écarte ces vapeurs. Autre chose sont les chagrins.

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_Jeudi_ 19 _avril._--Dîner chez Pierret avec une Mlle Thierry qui accompagne Subetti avec le violon; le soir, quelques morceaux de Mozart, etc.

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_Vendredi_ 20 _avril._--Dîner chez Mme H..., et été avec elle au _Prophète._ Il y avait le prince Poniatowski, M. Richetzki et M. Cabarrus [434]. Je n'ai conservé le souvenir d'aucun morceau frappant ou intéressant.

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_Samedi_ 21 _avril._--Mme Cavé, venue dans la journée comme j'étais en train de travailler, est restée longtemps. Allé chez le Président le soir.

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_Dimanche_ 22 _avril._--Resté chez moi, fatigué de la veille.

M. Poujade [435], venu vers une heure, m'a intéressé; mais resté trop longtemps et fatigué.

Leblond ensuite. Je l'ai vu avec plaisir, malgré ma fatigue; je l'aime véritablement. La présence d'un ami est chose si rare qu'elle seule vaut tous les bonheurs ou compense toutes les peines.

Après dîner, chez Chopin, autre homme exquis pour le cœur, et je n'ai pas besoin de dire pour l'esprit. Il m'a parlé des personnes que j'ai connues avec lui... Mme Kalerji, etc. Il s'était traîné à la première représentation du _Prophète_: son horreur pour cette rapsodie.

--Faire les lettres d'un Romain du siècle d'Auguste ou des Empereurs, démontrant par toutes les raisons que nous trouverions à présent, que la civilisation de l'ancien monde ne peut périr.

Les esprits forts du temps attaquent les augures et les pontifes, croyant qu'ils s'arrêteront à temps.

Rapports avec la civilisation actuelle de l'Angleterre, où les abus maintiennent l'État.

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_Lundi_ 23 _avril._--Je crois, d'après les renseignements qui nous crèvent les yeux depuis un an, qu'on peut affirmer que tout progrès doit amener nécessairement non pas un progrès plus grand encore, mais à la fin négation du progrès, retour au point d'où on est parti. L'histoire du genre humain est là pour le prouver. Mais la confiance aveugle de cette génération et de celle qui l'a précédée dans les temps modernes, dans je ne sais quel avènement d'une ère dans l'humanité qui doit marquer un changement complet, mais qui, à mon sens, pour en marquer un dans ses destinées, devrait avant tout le marquer dans la nature même de l'homme, cette confiance bizarre que rien ne justifie dans les siècles qui nous ont précédés, demeure assurément le seul gage de ces succès futurs, de ces révolutions si désirées dans les destinées humaines. N'est-il pas évident que le progrès, c'est-à-dire la marche progressive des choses, en bien comme en mal, a amené à l'heure qu'il est la société sur le bord de l'abîme où elle peut bien tomber pour faire place à une barbarie complète; et la raison, la raison unique n'en est-elle pas dans cette loi qui domine toutes les autres ici-bas, c'est-à-dire la nécessité du changement, quel qu'il soit?

Il faut changer... _Nil in eodem statu permanet._ Ce que la sagesse antique avait trouvé, avant d'avoir fait autant d'expériences, il faudra bien que nous l'acceptions et que nous le subissions. Ce qui est en train de périr chez nous se reformera sans doute ou se maintiendra ailleurs un temps plus ou moins long.

L'affreux _Prophète_, que son auteur croit sans doute un progrès, est l'anéantissement de l'art; l'impérieuse nécessité où il s'est cru de faire mieux ou autre chose que ce qu'on a fait, enfin de changer, lui a fait perdre de vue les lois éternelles de goût et de logique qui régissent les arts. Les Berlioz, les Hugo, tous les réformateurs prétendus ne sont pas encore parvenus à abolir toutes les idées dont nous parlons; mais ils ont fait croire à la possibilité de faire autre chose que vrai et raisonnable... En politique de même. On ne peut sortir de l'ornière qu'en retournant à l'enfance des sociétés, et l'état sauvage, au bout des réformes successives, est la nécessité forcée des changements.

Mozart disait: «Les passions violentes ne doivent jamais être exprimées jusqu'à provoquer le dégoût; même dans les situations horribles, la musique ne doit jamais blesser les oreilles, ni cesser d'être de la musique.» (_Revue des Deux Mondes_, 15 mars 1849, p. 892.)

[420] Le docteur _Véron_, le fondateur de la _Revue de Paris_, l'ancien directeur de l'Académie de musique, l'auteur des _Mémoires d'un bourgeois de Paris_, où l'on retrouve une foule de détails intimes sur Delacroix.

[421] Marchand de couleurs et de tableaux.

[422] _Louis Cabat_, peintre, et l'un des bons paysagistes de notre époque.

[423] _Édouard Bertin_, fils de _Bertin_ l'aîné, frère _d'Armand Bertin_, né en 1797, mort en 1871. Élève de Girodet-Trioson, il devint un paysagiste distingué. Mais, en 1854, à la mort de son frère Armand, il abandonna la peinture pour se consacrer entièrement à la direction du _Journal des Débats._

[424] _Barbès_, qui avait pris une part active à l'insurrection du 15 mai 1848 contre la représentation nationale, avait été arrêté et traduit avec ses coaccusés devant la haute cour de Bourges, sous l'inculpation de complot tendant au renversement du gouvernement républicain. Devant la cour, Barbès parla à diverses reprises non pour se défendre, mais sur les faits généraux de la cause. Il fut condamné, le 2 avril 1849, à une détention perpétuelle.

[425] Le général _Cavaignac_ avait dû se démettre du pouvoir à la suite de l'élection du 10 décembre 1848 qui avait appelé le prince Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République. Il jouissait cependant encore à Paris d'une immense popularité.

[426] _Charles Blanc_ était alors à la tête de l'administration des beaux-arts.

[427] Beau-père de M. Thiers.

[428] _Alard_, violoniste distingué, né en 1815. Il fut l'élève d'Habeneck et professeur au Conservatoire.

[429] _Alkan_, musicien et compositeur, né à Paris en 1813. Il a publié de nombreux morceaux.

[430] _Amaury Duval_, peintre, né en 1808, élève d'Ingres. Il exécuta un certain nombre de peintures murales, notamment dans la chapelle de la Vierge à Saint-Germain l'Auxerrois, etc.

[431] _Victor-Louis Mottez_, peintre, élève d'Ingres et de Picot, exécuta un grand nombre de fresques à Saint-Germain l'Auxerrois, à Saint-Séverin et à Saint-Sulpice.

[432] _Victor Orsel_, peintre, élève de Guérin, qu'il suivit à l'École française de Rome, où l'étude des chefs-d'œuvre de la Renaissance lui inspira le goût de la fresque. Il fut, par la suite, chargé de décorer la chapelle de la Vierge à Notre-Dame de Lorette.

[433] _Duban_, architecte, né à Paris en 1797. De 1824 à 1829, il séjourna en Italie, et se livra à l'étude de l'antique et de la Renaissance. De retour en France, il fut chargé en 1834 de continuer le palais des Beaux-Arts, commencé par Debret, et reprit l'édifice sur un plan complètement nouveau. Après la révolution de Février, il devint architecte du Louvre. Il exécuta la restauration de la façade extérieure, dite «la Galerie du Bord de l'eau», et termina en quatre ans, au milieu des remaniements qui lui furent successivement demandés, la galerie d'Apollon, le Salon carré, la salle des Sept-Cheminées, les jardins et les grilles, plus tard déplacées, de la cour et de la grande façade, enfin tous les détails d'ornementation intérieure qu'il avait longtemps étudiés et préparés. En 1854, il se démit de son titre d'architecte du Louvre.

[434] Le docteur _Cabarrus_, célèbre médecin de l'époque.

[435] _Eugène Poujade_, diplomate et littérateur. Il occupa en Orient des postes importants et publia de nombreux articles dans la _Revue des Deux Mondes._

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_Mardi_ 8 _mai._--Dîné chez Mme Kalerji avec Meyerbeer, M. de Pontois, M. de la Redorte [436], de Mézy. On était inquiet de la crise qui commençait [437].

J'ai remarqué les gros pieds et les grosses mains de Meyerbeer.

--Un de ces jours-ci, vu Mme Sand, venue du Berry pour affaires. J'ai été la voir chez Mme Viardot[438], au milieu du jour, et elle a désiré venir voir mes fleurs qui lui ont fait plaisir.

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_Jeudi_ 17 _mai, Ascension._--A Passy. Vu M. de Rémusat chez M. Delessert. Parlé des affaires du temps.

M. de Vallon m'a fait promettre d'aller le voir en Limousin, si je vais aux Pyrénées.

Entré à l'église de Chaillot. Admiré la pauvreté de deux ou trois tableaux de l'École de David qui y sont, entre autres une _Adoration des Rois._ Le _Saint Joseph_ est assis sans façon, les pieds pendants et dans l'attitude d'un fumeur dans une tabagie. Le peintre n'a pas senti à quel point les maîtres ont rempli ce personnage d'une sainte abnégation. Il est le principe du tableau... Je passe sur mille impertinences.

Chez Chopin, en sortant; il allait véritablement un peu mieux. Mme Kalerji y est venue.

Retourné avec M. Herbault.

_Dimanche_ 20 _mai._--Reçu la notification du ministre de l'intérieur et la commande de Saint-Sulpice. J'avais été quelques jours avant faire mes remerciements à Varcollier, chez lui, rue du Mont-Thabor.

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_Jeudi_ 31 _mai._--Beaux sujets:

_Le Christ sortant du tombeau._ L'ange éblouissant de lumière ôtant la pierre, les linceuls pendent de ses pieds; les gardes renversés. Le Christ en jardinier; la Madeleine à ses pieds éperdue; le tombeau dans le fond avec les saintes femmes et les disciples éplorés qui ne le voient pas.

--_Moïse recevant les Tables de la loi_: le peuple au bas de la montagne, les anciens à moitié chemin; au bas, chevaux, armée, femmes, camp.

--_Moïse sur la montagne_, tenant les bras élevés: bataille au bas dans des gorges.

--_Tour de Babel._

--_Apocalypse._

--_Lazare et le mauvais riche_: les chiens lèchent ses plaies.

--_Le héros sur un cheval ailé qui combat le monstre pour délivrer la femme nue._

[436] _Mathieu de la Redorte_, homme politique, ami de M. Thiers.

[437] L'Assemblée constituante devait en effet se dissoudre pour céder la place à l'Assemblée législative à la fin du mois de mai 1849.

[438] La célèbre cantatrice, chez laquelle Delacroix fréquentait assidûment, ne contribua pas peu à l'éducation musicale du maître. Elle fit naître et développa en lui l'amour de la musique de Glück, et l'on verra dans la suite du Journal quelle admiration le peintre ressentit pour le talent de cette grande artiste.

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_Vendredi_ 1er _juin._--Travaillé beaucoup ce matin et jours précédents pour terminer la petite _Fiancée d'Abydos_ [439] et la _Baigneuse de dos_[440].

Vers trois heures au Musée, pour mettre la petite retouche à mon tableau. Vu le tableau de Cœdès [441], qui m'a fait le plus grand plaisir: il y a mille études à en faire.

Villot m'a fait remarquer dans la grande salle française la supériorité que témoigne une telle École. Très frappé surtout de Gros et principalement de la _Bataille d'Eylau_; tout m'en plaît à présent. Il est plus maître que dans _Jaffa_; l'exécution est plus libre.