Journal de Eugène Delacroix, Tome 1 (de 3) 1823-1850
Part 24
[319] Delacroix avait pour le génie de _Chopin_ une admiration enthousiaste. Chaque fois que le nom du musicien revient dans le Journal, c'est toujours avec les épithètes les plus louangeuses. Il le fréquentait assidûment, et l'un de ses plus grands plaisirs était de l'entendre exécuter soit ses propres œuvres, soit la musique de Beethoven. Dans le livre si brillant et si curieux comme style qu'il consacra à la mémoire du célèbre artiste, après avoir décrit l'assemblée composée de H. Heine, Meyerbeer, Ad. Nourrit, Hiller, Nimceviez, G. Sand, _Liszt_ s'exprime ainsi sur Delacroix: «Eugène Delacroix restait silencieux et absorbé devant les apparitions qui remplissaient l'air, et dont nous croyions entendre les frôlements. Se demandait-il quelle palette, quels pinceaux, quelle toile il aurait à prendre pour leur donner la vie de son art? Se demandait-il si c'est une toile filée par Arachné, un pinceau fait des cils d'une fée, et une palette couverte des vapeurs de l'arc-en-ciel qu'il lui faudrait découvrir?» La mort prématurée de Chopin causa à Delacroix une tristesse profonde, dont on trouve la trace dans sa _Correspondance_ et dans son _Journal._
[320] _Gaspard-Jean Lacroix_, peintre de paysage, élève de Corot, né à Turin en 1810.
[321] Mlle _Mars_ mourut en effet le 20 mars 1847.
[322] _Charles Lefebvre_, peintre, élève de Gros et d'Abel de Pujol.
[323] Amateur belge.
[324] _Othello_, toile de 0m,50 X 0m,60, qui parut au Salon de 1849.--Vente M. J..., 1852: 510 francs; 1858: 730 francs.--Vente Arosa, 1858: 1,300 francs.--Vente Marmontel, 1868: 12,000 francs. (Voir _Catalogue Robaut_, n° 1079.)
[325] _Armand Bertin_, directeur du _Journal des Débats_ depuis 1841, date de la mort de son père.
[326] M. _Barbier_ était le beau-père de _Frédéric Villot_, qui fut, nous l'avons déjà dit, un des amis les plus intimes de Delacroix.
[327] Voir _Catalogue Robaut,_ n° 1077.
[328] _Il matrimonio segreto_, opéra bouffe en deux actes, de Cimarosa.--_Nabuchodonosor_, ou, par abréviation, _Nabucho_, opéra de Verdi.--_Othello_, opéra de Rossini.
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1er _avril._--A onze heures, avec Mme Sand et Chopin au Luxembourg. Nous avons vu ensemble la galerie, après avoir vu la coupole. Ils m'ont ramené, et je suis rentré chez moi vers trois heures. Revenu dîner avec eux. Le soir, elle allait chez Clésinger; elle m'a proposé d'y aller, mais j'étais très fatigué, et suis rentré.
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2 _avril._--Au Conservatoire le soir avec Mme de Forget. Symphonie de Mendelssohn qui m'a excessivement ennuyé, sauf un _presto._--Un des beaux morceaux de Cherubini, de la _Messe de Louis XVI._--Fini par une symphonie de Mozart, qui m'a ravi.
La fatigue et la chaleur étaient excessives; et il est arrivé ce que je n'ai jamais éprouvé là, que non seulement ce dernier morceau m'a paru ravissant de tous points, mais il me semblait que ma fatigue fût suspendue en l'écoutant. Cette perfection, ce complet, ces nuances légères, tout cela doit bien dissiper les musiciens qui ont de l'âme et du goût.
Elle m'a ramené dans sa voiture.
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3 _avril._--Je suis sorti de bonne heure pour aller voir Gautier [329]. Je l'ai beaucoup remercié de son article splendide fait avant-hier, et qui m'a fait grand plaisir; Wey[330] y était.
Il m'a donné l'idée (Gautier) de faire une exposition particulière de tous ceux de mes tableaux que je pourrais réunir.... Il pense que je peux faire cela, sans sentir le charlatan, et que cela rapporterait de l'argent.
--Chez M. de Morny. J'ai vu là un luxe comme je ne l'avais vu encore nulle part. Ses tableaux y font beaucoup mieux. Il a un Watteau magnifique; j'ai été frappé de l'admirable artifice de cette peinture. La Flandre et Venise y sont réunies, mais la vue de quelques Ruysdaël, surtout un effet de neige et une marine toute simple où on ne voit presque que la mer par un temps triste, avec une ou deux barques, m'ont paru le comble de l'art, parce qu'il y est caché tout à fait. Cette simplicité étonnante atténue l'effet du Watteau et du Rubens; ils sont trop artistes. Avoir sous les yeux de semblables peintures dans sa chambre, serait la jouissance la plus douce.
Chez Mornay.
--Chez Mme Delessert, par le quai, où j'ai acheté le _Lion_ de Denon [331], ne l'ayant point trouvé chez Maindron[332]. J'ai été reçu en son absence par sa vieille mère, qui m'a montré son groupe. Ce petit jardin a quelque chose d'agréable; il est peuplé des infortunées statues dont le malheureux artiste ne sait que faire. Atelier froid et humide; cet entassement de plâtres, de moules, etc.
Il est revenu et a été sensible à ma visite; son groupe en marbre qu'il a chez lui, depuis quelques années, sans le vendre; le bloc seul a coûté 3,000 francs.
--Le soir chez Mme Sand. Arago [333] m'a parlé du projet qu'il retourne avec Dupré, pour vendre avantageusement nos peintures et nous passer des marchands.
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4 avril.--Donné à Lenoble 1,000 francs pour acheter des chemins de fer de Lyon, plus 2,000 francs pour mettre chez Laffitte.
--M. Dufays, 150 francs, qu'il me demande pour deux mois.
--Demander à Lenoble où en sont les actions sur Lyon qu'il m'a achetées il y a quelques mois.
--M. Dufays, le matin; Arnoux ensuite, qui a paru très froid en sa présence, malgré la coquetterie de l'autre.
--Journée nulle, et le même malaise.
--Le soir, avec Mme de Forget, au Conservatoire: La _Symphonie pastorale--Agnus_ de Mozart--Ouverture entortillée de _Léonore_ par Beethoven [334], et _Credo_ du _Sacre_ de Cherubini, bruyant et peu touchant.
--Pierret venu après dîner. J'ai été fâché de le renvoyer pour m'habiller. Quand je le trouve un peu moins désagréable, je me fonds et le crois redevenu comme autrefois. Il est réconcilié avec le _Christ_ de la rue Saint-Louis et il l'admire en entier.
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5 _avril._--Chez Mme de Rubempré [335] le soir; et puis chez Mme Sand, qui part demain; j'ai un rhume de cerveau, pris hier, qui m'anéantit.
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6 _avril._--Je voulais aller chez Asseline; mon rhume me retient. Dans la journée, mis sur un panneau et ébauché en grisaille _Saint Sébastien à terre et les Saintes femmes_ [336].
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7 _avril._--Travaillé quelque peu à l'esquisse des _Bergers chaldéens_, que j'achève un peu d'après le pastel [337], qui m'avait servi. J'ai été forcé de l'interrompre.
Dîné chez Pierret; Soulier y était. Villot y est venu. Rentré fatigué.
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23 _avril._--Sorti un peu vers midi et demi, pour aller chez M. Thiers; mais le froid et la fatigue m'ont fait rentrer.
--Le soir, Villot est venu me tenir compagnie. Il me dit que le Titien, à la fin de sa vie, disait qu'il commençait à apprendre le métier.
Il y a dans les châteaux de l'État de Venise beaucoup de fresques de Paul Véronèse.
Le Tintoret travaillait extrêmement à dessiner en dehors de ses tableaux; il a copié des centaines de fois certaines têtes de Vitellius, dessins de Michel-Ange.
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24 _avril._--Scheffer venu le matin.
--En parcourant dans la journée le livre des _Emblèmes_ de Bocchi[338], je retrouve encore une foule de choses ravissantes d'élégance à étudier. J'essaye avant dîner, mais la fatigue me prend; je ne suis pas encore remis.
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25 _avril._--Lassalle venu ce matin: il me prévient peu en faveur d'Arnoux.
Riesener venu, et Boissard; puis Mme Beaufils, qui m'a fort fatigué avec son insistance pour me faire promettre d'aller chez elle cet automne.
Riesener dit une chose très juste, à propos de l'enthousiasme exagéré que peuvent inspirer les peintures de Michel-Ange. Je lui parlais de ce que m'avait dit Corot, de la supériorité prodigieuse de ces ouvrages; Riesener dit très bien que le gigantesque, l'enflure, et même la monotonie que comportent de tels objets, écrasent nécessairement ce qu'on peut mettre à côté. L'Antique mis à côté des idoles indiennes ou byzantines se rétrécit et semble terre à terre...; à plus forte raison, des peintures comme celles de Lesueur et même de Paul Véronèse. Il a raison de prétendre que cela ne doit pas déconcerter, et que chaque chose est bien à sa place.
--Dans la journée, chez Mme Delessert. Elle était au lit; j'ai eu beaucoup de plaisir à la revoir, malgré son indisposition, qui, je le crois, n'est pas dangereuse.
Revenu sans trouver de fiacre, et forcé de prendre l'omnibus.
--Rendu ce même jour à Villot et à lui renvoyé par la femme de ménage un cadre contenant des pastels, costumes vénitiens; une petite toile, _idem_, peinte à l'huile; une feuille de croquis, aquarelle de la salle du Palais ducal, et une esquisse sur carton, d'après un tableau de Rubens qui est à Nantes.
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26 _avril._--Reçu une lettre de V..., qui m'a fait plaisir et montré, par cette prévenance, qu'il était sous l'empire du même sentiment que moi.
--Vers une heure, chez Villot, à son atelier, et bonne après-midi; je suis revenu assez gaillardement.
--Le soir, Pierret est venu passer une partie de la soirée. En somme, bonne journée.
Il me parle de sa soirée chez Champmartin, où Dumas a démontré la faiblesse de Racine, la nullité de Boileau, le manque absolu de mélancolie chez les écrivains du prétendu grand siècle. J'en ai entrepris l'apologie.
Dumas ne tarit pas sur cette place publique banale, sur ce vestibule de palais, où tout se passe chez nos tragiques et dans Molière. Ils veulent de l'art sans convention préalable. Ces prétendues invraisemblances ne choquaient personne; mais ce qui choque horriblement, c'est, dans leurs ouvrages, ce mélange d'un vrai à outrance que les arts repoussent, avec les sentiments, les caractères ou les situations les plus fausses et les plus outrées... Pourquoi ne trouvent-ils pas qu'une gravure ou qu'un dessin ne représente rien, parce qu'il y manque la couleur?.... S'ils avaient été sculpteurs, ils auraient peint les statues et les auraient fait marcher par des ressorts, et ils se seraient crus beaucoup plus près de la vérité.
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27 _avril._--Barroilhet [339] venu: il a envie du _Lion et l'Homme_, justement parce que je ne peux le lui donner. Il voudrait quelque chose dans ce genre; je l'ai accompagné jusque chez lui, en allant vers midi chez J.... J'y ai fait un petit second déjeuner, et ai été ramené vers deux heures.
Revu une dernière fois le portrait de _Joséphine_ de Prud'hon[340]. Ravissant, ravissant génie! Cette poitrine avec ses incorrections, ces bras, cette tête, cette robe parsemée de petits points d'or, tout cela est divin. La grisaille est très apparente et reparaît presque partout.
--Carrier [341] était venu ce matin; il m'a beaucoup parlé de Prud'hon. Il préférait beaucoup Gros à David.--Reçu une lettre de Grzimala [342] le soir, qui me demande la _Barque._
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28 _avril._--Malaise le matin.
Sorti vers une heure pour voir M. Thiers; il était sorti, ou ne recevait pas.
Vers trois heures, Grzimala et son comte polonais; ensuite M. de Geloës[343], qui venait me demander le _Christ_ ou le _Bateau._ Entré dans mon atelier, il me demande le _Christ au tombeau_[344], et nous convenons de 2,000 francs, sans la bordure.
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29 _avril._--Prêté à Vieillard la _Révolution_ de Michelet; il m'a rendu la _Mare au diable._
Hédouin et Leleux venus ce matin; ils vont en Afrique.
Mornay et Vieillard dans la journée; ils se sont encore rencontrés.
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30 _avril._--J'essaye de travailler et j'éprouve toujours cette irritation intérieure; il faut de la patience.
Vers trois heures j'ai été chez Mme Delessert: je l'ai trouvée changée. Je suis parti avec elle: elle m'a déposé chez Souty [345], où j'ai été voir le tableau de _Susanne_, attribué à Rubens. C'est un Jordaens des plus caractérisés et un magnifique tableau.
On voit là quelques tableaux modernes, qui font une triste figure à côté du flamand. Ce qui attriste dans toutes ces malheureuses toiles, c'est l'absence absolue de caractère; on voit dans chacun celui qu'ils ont voulu se donner, mais rien ne porte un cachet; il faut en excepter l'_Alée d'arbres_, de Rousseau, qui est une œuvre excellente dans beaucoup de parties; le bas est parfait; le haut est d'une obscurité qui doit tenir à quelques changements; le tableau tombe par écailles.--Il y a un tableau de Cottreau[346], déplorable: la tête d'un certain sultan qui rit est l'ouvrage du plus sot des hommes, et il s'en faut bien que l'auteur soit cela. Pourquoi a-t-il choisi une profession dans laquelle son esprit lui est inutile?
Le Jordaëns est un chef-d'œuvre d'imitation, mais d'imitation large et bien entendue, comme peinture. Voici un homme qui fait bien ce qu'il est propre à faire!... Que les organisations sont diverses! Cette absence complète d'idéal choque malgré la perfection de la peinture: la tête de cette femme est d'une vulgarité de traits et d'expression qui passe toute idée. Comment ne s'est-il pas senti le besoin de rendre le côté poétique de ce sujet, autrement qu'avec les admirables oppositions de couleur qui en font le chef-d'œuvre?... La brutalité de ces vieillards, le chaste effroi de la femme honnête, ses formes délicates, qu'il semble que l'œil lui-même ne dût point voir, tout cela eût été chez Prud'hon, chez Lesueur, chez Raphaël; ici elle a l'air d'intelligence avec eux et il n'y a d'animé chez eux que l'admirable couleur de leurs têtes, de leurs mains, de leurs draperies. Cette peinture est la plus grande preuve possible de l'impossibilité de réunir d'une manière supérieure la vérité du dessin et de la couleur à la grandeur, à la poésie, au charme. J'ai d'abord été renversé par la force et la science de cette peinture, et j'ai vu qu'il m'était également impossible de peindre aussi vigoureusement et d'imaginer aussi pauvrement; j'ai besoin de la couleur, j'en ai un besoin égal, mais elle a pour moi un autre but; je me suis donc réconcilié avec moi-même, après avoir reçu d'abord l'impression d'une admirable qualité qui m'est refusée; ce rendu, cette précision sont à mille lieues de moi, ou plutôt j'en suis à mille lieues; cette peinture ne m'a pas saisi, comme beaucoup de belles peintures. Un Rubens m'eût ému davantage; mais quelle différence entre ces deux hommes! Rubens, à travers ses couleurs crues et ses grosses formes, arrive à un idéal des plus puissants. La force, la véhémence, l'éclat le dispensent de la grâce et du charme.
[329] L'article auquel Delacroix fait allusion parut dans la _Presse_ du 1er avril 1847. Théophile Gautier s'y exprimait ainsi: «Quelle variété, quel talent toujours original et renouvelé sans cesse; comme il est bien, sans tomber dans le détail des circonstances, l'expression et le résumé de son temps! Comme toutes les passions, tous les rêves, toutes les fièvres qui ont agité ce siècle ont traversé sa tête et fait battre son cœur! Personne n'a fait de la peinture plus véritablement moderne qu'Eugène Delacroix... C'est là un artiste dans la force du mot! Il est l'égal des plus grands de ce temps-ci, et pourrait les combattre chacun dans sa spécialité.»
Théophile Gautier avait toujours été le fidèle et l'ardent défenseur du génie de Delacroix. Il l'avait soutenu alors que tous ou presque tous l'attaquaient. Peut-être le peintre ne sut-il pas assez de gré au critique de ce que celui-ci avait fait pour lui; plus tard ses relations avec Gautier se refroidiront; il lui reprochera de n'être pas assez «philosophe» dans sa critique et de faire des tableaux lui-même, à propos des tableaux dont il parle. Si nous en croyons les personnes dignes de foi qui les ont connus tous deux et les ont observés dans leurs rapports, il faudrait attribuer ce refroidissement à l'horreur que Delacroix professait pour le genre bohème et débraillé, dont Théophile Gautier avait été l'un des plus illustres champions.
[330] _Francis-Alphonse Wey_, littérateur français, né en 1812. Comme écrivain et comme philologue, il occupa une place importante parmi les littérateurs de cette époque.
[331] _Baron Denon_, (1747-1825), graveur, fut directeur général des musées impériaux et membre de l'Institut.
[332] _Hippolyte Maindron_, sculpteur, né en 1801, élève de David d'Angers. Il appartient au petit groupe des sculpteurs romantiques dont les représentants les plus connus sont _Barye,_ Préault, Antonin Moyne.
[333] _Alfred Arago_, artiste peintre, second fils de _François Arago_, né en 1816. Il devint inspecteur général des Beaux-Arts.
[334] _Léonore_, opéra en trois actes, de Beethoven, qui, réduit en deux actes, prit le titre définitif de _Fidelio._
[335] Il s'agit ici sans doute de cette Mme _Alberte de Rubempré_, qui fut une des femmes les plus brillantes des salons de la Restauration, que Stendhal désigne sous le nom de Mme Azur dans ses _Souvenirs d'égotisme_, qu'il aima, dit-il, «d'un amour frénétique», et au sujet de laquelle il écrivait, ce qui n'était pas un médiocre éloge sous sa plume: «C'est une des Françaises les moins poupées que j'aie rencontrées.» (Stendhal, _Souvenirs d'égotisme_, p. 14, 15.)
[336] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1353.
[337] Voir _Catalogue Robaut_, n°s 880 et 881.
[338] Le livre des _Emblèmes_ (_Symbolicæ questiones, Bononiæ_, 1555), par _Achille Bocchi_, littérateur italien, né en 1488, mort en 1562, à Bologne.
[339] _Barroilhet_, le célèbre chanteur, qui remporta tant de succès sur les scènes italiennes et à l'Opéra, était un amateur de tableaux modernes; on l'a vu réunir et vendre à plusieurs reprises des collections importantes. Delacroix a peint une étude d'après cet artiste en costume turc, tout en rouge et en pied. (Voir _Catalogue Robaut_, n° 173.)
[340] Portrait de _Joséphine_ assise sur le gazon du parterre de la Malmaison.
[341] _Carrier_, peintre miniaturiste (1800-1875), l'un des exécuteurs testamentaires de Delacroix.
[342] Le comte _Grzimala_ était un amateur distingué, très épris du talent de Delacroix. Il se rendit acquéreur de plusieurs de ses œuvres.
[343] Le _comte de Geloës_ se rendit en effet acquéreur du beau tableau _Le Christ au tombeau_, qui porte la date de 1848.
[344] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1034.
[345] _Souty_, marchand de couleurs, de toiles et de cadres.
[346] _Cottreau_ ou _Cottereau_, favori de la petite cour d'Arenenberg, était un peintre de second ordre; mais le prince président le nomma inspecteur général des Beaux-Arts, poste qu'il remplit jusqu'à sa mort. Il eut pour successeur _Alfred Arago._
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1er _mai._--Été chez J... vers midi; nous avons été promener au bois de Boulogne, après avoir passé une matinée charmante.
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2 _mai._--Je ne me sens pas encore en train de travailler.
--Martin [347], ancien élève, sot parfait, revient d'Italie, tout bouffi de ce qu'il a vu, et encore plus sot à raison de cela.
--Journée insipide sans travail, et nullité complète.
--Après dîner, chez Pierret par le temps le plus froid; revenu assez tard et à pied, ce en quoi j'ai eu tort, car je me suis fatigué.
--Planet était venu le matin; je lui ai promis une étude pour la mansarde qu'il fait maintenant.
--Mme Marliani venue dans la journée; elle est toujours au même point avec son mari. Elle me parle de Glésinger comme d'un prétendant pour Solange [348]; cette idée ne m'était pas venue.
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3 _mai._--Resté au lit jusqu'à onze heures. Grenier est venu pour m'acheter le _Naufrage_: c'est trop tard. Il voulait l'emporter dans sa retraite, à la campagne, pour en jouir.
Dufays ensuite; j'ai tort de dire si librement mon avis avec des gens qui ne sont pas mes amis.
Le docteur Laugier [349] ensuite. Je lui ai parlé varicocèle; il est d'avis d'un bandage particulier. Je vois que tous mes petits maux sont, suivant lui, objets inhérents à ma constitution, et avec lesquels il faut vivre.
--_Femme nue et debout_: la Mort s'apprête à la saisir.
--_Femme qui se peigne_[350]; la Mort apprête son râteau.
--_Adam et Ève:_ les Maux et la Mort en perspective, au moment où ils vont manger le fruit, ou plutôt groupés sur les branches fatales et sur le point de fondre sur l'humanité.
--Chez Jacquet [351]: le petit _Faune_, un pied environ. La _Vénus_ grecque, trois pieds. Bas-relief: _Combat d'Hercule et d'Apollon. Minerve au serpent_, bas-relief.
--Sorti dans la journée; passé voir un dessin de Lacroix [352] chez Aubry [353]. Revenu chez moi par le boulevard.
--Le soir, sorti pour aller chez Leblond; il sortait. Fatigué de ces deux courses.
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4 _mai._--Malaise dans le milieu de la journée, qui ressemble à de la fièvre. Je crois qu'elle revient un peu à l'heure qu'elle venait dans le commencement. Je me suis endormi vers deux ou trois heures, et l'état fiévreux était complètement passé.
Aubry était venu le matin. Ce que j'ai vu hier chez lui est fort triste pour l'avenir de notre école. Le Boucher et le Vanloo sont les grands hommes sur lesquels elle a les yeux, pour suivre leurs traces; mais il y avait chez ces hommes un véritable savoir mêlé à leur mauvais goût. Une niaise adresse de la main est le but suprême.
--Il est venu me chercher à cinq heures et demie, et j'y ai dîné: bonne et douce soirée.
--Je vois dans la presse l'annonce du mariage de Solange; cette précipitation est incroyable!
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5 _mai._--Resté au lit jusqu'à dix heures et demie. Villot m'a trouvé au lit; j'ai eu du plaisir à le voir.
Nous avons parlé des horribles ennuis de la vie. Chacun fait bonne contenance, mais chacun est dévoré... Il rencontre l'autre jour Colet, qui se montre joyeux de le voir et de causer avec lui, mais il le quitte bientôt et lui dit avec accablement: «Je rentre chez moi... Et pourquoi, et comment cela se peut-il autrement?»
De là nous passons à la nécessité de s'occuper pour échapper passagèrement au sentiment de nos maux. Il a remarqué que les vieillards n'éprouvent pas autant ce besoin. Il me cite M. Barbier, père de sa femme, et M. Robelleau. Ces deux hommes lisent très peu. Ils vivent avec leurs souvenirs, et l'ennui ne les gagne pas. Il me rappelle que Bataille [354], qui était désœuvré comme eux, en apparence, ne se plaignait jamais du poids du temps.
--Le soir, entré à Notre-Dame de Lorette. Entendu de la musique.
Ensuite chez Leblond; Garcia y était. Il m'a chanté un superbe air de Cimarosa, du _Sacrifice d'Abraham._ Mme Leblond m'a chanté quelque chose et m'a fait plaisir.
Je n'ai dans la tête qu'accords de Cimarosa. Quel génie varié, souple et élégant! Décidément, il est plus dramatique que Mozart.
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6 _mai._--Chez Villot vers une heure et resté à son atelier jusqu'à cinq heures et demie.
Vu de l'anatomie; il y a à faire avec ses fragments de Chaudet[355] et son ouvrage gravé de l'anatomie de Gamelin [356], peintre de Toulouse en 1779. J'ai même ébauché un Père du désert couché, auquel un corbeau apporte du pain.
J'ai trouvé du plaisir dans ces heures passées avec lui. Peu ou prou d'amitié est une bonne chose.
--Sujets: _La Mort planant sur un champ de bataille_: des squelettes.
_La Mort dans sa caverne_, qui entend la trompette du jugement dernier.
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7 _mai._--Reçu une lettre de Mme Sand... La pauvre amie m'écrit la lettre la plus aimable, et son cœur a du chagrin.
--J'ai été voir la figure de Clésinger. Hélas! je crois que Planche a raison: c'est du daguerréotype en sculpture, sauf une exécution vraiment très habile du marbre. Ce qui le prouve, c'est la faiblesse de ses autres morceaux: nulle proportion, etc. Le défaut d'intelligence comme lignes, dans sa figure; on ne la voit entière de nulle part.