Journal de Eugène Delacroix, Tome 1 (de 3) 1823-1850

Part 22

Chapter 223,598 wordsPublic domain

--Essayé _Foscari_, sur la toile de 80... Décidément, cela est trop noyé. J'essayerai sur toile de 60.

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18 _février._--Aujourd'hui été voir le _Christ_ de Préault, à Saint-Gervais [278]. J'avais été au Luxembourg auparavant pour m'informer de la cause des refus d'entrée.

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19 _février._--T... me dit très justement que le modèle rabaisse son homme. Une personne sotte vous assotit. L'homme d'imagination, dans son travail pour élever le modèle jusqu'à l'idéal qu'il a conçu, fait aussi, malgré lui, des pas vers la vulgarité qui le presse et qu'il a sous l'œil [279].

--Vu deux actes des _Huguenots_... Où est Mozart?

Où est la grâce, l'expression, l'énergie, l'inspiration et la science? le bouffon et le terrible...? Il sort de cette musique tourmentée des efforts qui surprennent, mais c'est l'éloquence d'un fiévreux, des lueurs suivies d'un chaos.

Piron m'y a donné des nouvelles de Mlle Mars, qui est bien mal.

Charles [280] très affligé.

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20 _février._--Les moralistes, les philosophes, j'entends les véritables, tels que Marc-Aurèle, le Christ, en ne le considérant que sous le rapport humain; n'ont jamais parlé politique. L'égalité des droits et vingt autres chimères ne les ont pas occupés, ils n'ont recommandé aux hommes que la résignation à la destinée, non pas à cet obscur _fatum_ des anciens, mais à cette nécessité éternelle que personne ne peut nier, et contre laquelle les philanthropes ne prévaudront point, de se soumettre aux arrêts de la sévère nature. Ils n'ont demandé autre chose au sage que de s'y conformer et de jouer son rôle à la place qui lui a été assignée au milieu de l'harmonie générale. La maladie, la mort, la pauvreté, les peines de l'âme, sont éternelles et tourmenteront l'humanité sous tous les régimes; la forme, démocratique ou monarchique, n'y fait rien.

--Dîné chez M. Moreau [281]; revenu avec Couture: il raisonne très bien, il est surprenant... Quel regard nous avons pour caractériser les défauts les uns des autres! Tout ce qu'il m'a dit de chacun est très vrai et très fin, mais il ne tient pas compte des qualités; surtout il ne voit et n'analyse, comme tous les autres, que des _qualités d'exécution._ Il me dit, et je le crois bien, qu'il se sent surtout propre à faire d'après nature. Il fait, dit-il, des études préparatoires, pour apprendre par cœur, en quelque sorte, le morceau qu'il veut peindre et s'y met ensuite avec chaleur: ce moyen est excellent à son point de vue. Je lui ai dit comment Géricault se servait du modèle, c'est-à-dire librement, et cependant faisant poser rigoureusement. Nous nous sommes récriés l'un et l'autre sur son immense talent!

Quelle force que celle qu'une grande nature tire d'elle-même! Nouvel argument contre la sottise qu'il y a à y résister et à se modeler sur autrui.

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21 _février._--Aujourd'hui, fermé ma porte par excès d'ennui des visiteurs.

Repris les _Comédiens arabes_[282] de bonne heure, à cause du concert de Franchomme [283], où je devais aller à deux heures. En y allant, trouvé Mme Sand, qui m'a fait achever la route dans sa voiture. Je l'ai revue avec un vrai plaisir. Excellente musique. Quatuor d'Haydn, des derniers qu'il ait faits. Chopin me dit que l'expérience y a donné cette perfection que nous y admirons. Mozart, a-t-il ajouté, n'a pas eu besoin de l'expérience; la science s'est toujours trouvée chez lui au niveau de l'inspiration. Quintettes de lui, déjà entendus chez Boissard. Le trio de _Rodolphe_ de Beethoven: passages communs, à côté de sublimes beautés.

Résisté à dîner chez Mme Sand, pour rentrer et me reposer.

Le soir chez M. Thiers; il n'y avait que Mme Dosne.

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22 _février._--Continué les _Comédiens arabes_ et avancé beaucoup.

--Chez Asseline [284] à sept heures et demie, pour aller à Vincennes; le prince paraît fort aimable [285].

Revenus de bonne heure; nous étions avec Decamps et Jadin [286]. Ce dernier ma dit que Mme D... remarquait avec mécontentement que je n'allasse pas la voir, et cela m'a beaucoup affligé. Asseline m'a présenté à sa femme: elle a l'air très simple et bon enfant.

Decamps était arrivé chez Asseline, pour aller chez le prince, avec une cravate noire fripée, à dessins, et un gilet de couleur fané; on lui a prêté une cravate blanche. J'ai intercédé, mais inutilement, pour qu'il ne fumât pas dans la voiture, en allant à Vincennes.

J'ai rencontré, chez le prince, Ch. His [287], en grand sautoir de commandeur, l'Auxerrois, mon ancien camarade, bardé d'ordres turcs; j'y ai vu Boulanger [288], L'Haridon [289], qui m'a l'air d'un fort aimable garçon.

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23 _février._--Travaillé aux _Comédiens arabes._[290] Préault [291] est venu.

Chez Alberthe, le soir; petite réunion. Je l'ai revue avec grand plaisir, cette chère amie; elle était rajeunie dans sa toilette et a été infatigable toute la soirée; sa fille aussi était très bien, elle danse avec grâce, surtout l'insipide polka. Vu M. de Lyonne et M. de la Baume. Cet homme ne vieillit pas.

Mareste [292] nous cite la lettre de Sophie Arnould au ministre Lucien: «Citoyen Ministre, j'ai allumé beaucoup de feux dans ma vie, je n'ai pas un fagot à mettre dans le mien; le fait est que je meurs de faim.» _Signé_: «Une vieille actrice qui n'est pas de votre temps.»

«Mlle de Châteauvieux,... Mlle de Châteauneuf... Qu'est-ce, lui disait-on, que toutes ces demoiselles-là?» Elle répondit: «Autant de châteaux branlants!»

Au plus fort de la Terreur, Mlle Clairon [293] était retirée à Saint-Germain, et dans le dernier besoin. Un soir, on heurte violemment à sa porte; elle ouvre après quelques hésitations; un homme vêtu en charbonnier se présente: c'était son camarade Larive, qui dépose un sac contenant du riz ou de la farine et s'en va sans mot dire.

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24 _février._--Travaillé aux _Arabes comédiens._

Le soir, chez M. le duc de Nemours: vu Pelletan [294], qui m'a fait des éloges de mon plafond, Philarète [295], Rivet. Désordre en sortant.

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25 _février._--Chez Mme de Forget, le soir. Mme Henri m'a joué d'infâme musique moderne, entre autres, comme régal, les deux morceaux que les voisines du jardin ont écorchés tout l'été.

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26 _février._--Dauzats [296] m'avait prévenu la veille que Mme la duchesse d'Orléans irait à l'Exposition de la rue Saint-Lazare et désirait m'y voir. Elle a été fort aimable pour moi.

En sortant, j'ai été rejoindre Villot, qui était venu le matin à une Exposition, rue Grange-Batelière: un Titien magnifique, _Lucrèce et Tarquin_, et la _Vierge_, de Raphaël, _levant le voile..._ Gaucherie et magnificence du Titien! Admirable balancement des lignes de Raphaël! Je me suis aperçu tout à fait de ce jour que c'est sans doute à cela qu'il doit sa plus grande beauté. Hardiesses et incorrections que lui fait faire le besoin d'obéir à son style et à l'habitude de sa main. Exécution vue à la loupe: à petits coups de pinceau.

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27 _février._--Lassalle [297], puis Arnoux [298], sont venus. Ce dernier cherche à se caser, après le naufrage de l'époque. J'ai écrit à Buloz [299] pour lui.

Grenier [300] est venu faire une étude au pastel d'après le _Marc-Aurèle._ Nous avons parlé de Mozart et de Beethoven; il trouve dans ce dernier cette verve de misanthropie et de désespoir, surtout une peinture de la nature, qui n'est pas à ce degré chez les autres; nous lui comparons Shakespeare. Il me fait l'honneur de me ranger dans la classe de ces sauvages contemplateurs de la nature humaine. Il faut avouer que, malgré sa céleste perfection, Mozart n'ouvre pas cet horizon-là à l'esprit. Cela viendrait-il de ce que Beethoven est le dernier venu? Je crois qu'on peut dire qu'il a vraiment reflété davantage le caractère moderne des arts, tourné à l'expression de la mélancolie et de ce qu'à tort ou à raison on appelle romantisme; cependant, _Don Juan_ est plein de ce sentiment.

Dîné chez Mme de Forget et passé la soirée avec elle. Elle souffre encore, et je voudrais bien la voir se soigner mieux.

Rêvé de Mme de L... Décidément il ne se passe presque pas de nuit que je ne la voie ou que je ne sois heureux près d'elle, et je la néglige bien sottement: c'est un être charmant!

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28 _février._--Tracé au blanc le _Foscari_ et couvert la toile avec grisaille, noir de pêche et blanc; ce serait une assez bonne préparation pour éviter les tons roses et roux. La grande copie de _Saint Benoît_[301], que j'ai faite ainsi, a une fraîcheur difficile à obtenir par un autre moyen; ma composition me paraît offrir des difficultés de perspective, que je n'attendais pas.

En somme, journée mal employée, quoique je n'aie pas été interrompu.

Gaultron est venu un seul moment pour l'affaire de Bordeaux [302].

Dîné chez M. Thiers; j'éprouve pour lui la même amitié et le même ennui dans son salon.

A dix heures avec d'Aragon chez Mme Sand; il nous parle d'un ouvrage très intéressant, traduit par un M. Cazalis: _La douloureuse Passion de N. S._, par la Sœur Catherine Emmerich, extatique allemande. Lire cela. Ce sont des détails très singuliers sur la Passion, qui sont révélés à cette fille.

[251] Ami de Delacroix.

[252] _Gaultron_, peintre, élève de Delacroix.

Delacroix avait ouvert, en 1838, un atelier rue Neuve-Guillemin, où il réunissait ses élèves. En 1846, l'atelier avait été transféré de l'autre côté de la Seine, rue Neuve-Breda.

[253] Le nom de _Couture_ (1815-1879) paraît ici pour la première fois, mais on l'y retrouvera plus loin. L'extrême suffisance du peintre des _Romains de la décadence_, qui le poussa à abandonner plusieurs fois le pinceau pour la plume, le servit bien mal en ce qui concerne Delacroix, car il écrivit sur lui en 1867 un article que nous nous dispenserons de qualifier, mais à propos duquel M. Paul Mantz a dit très justement qu'il «_dépassait les limites du comique ordinaire._» Nous recommandons particulièrement aux curieux d'art, et à tous ceux qui voudraient se convaincre du danger que court un spécialiste à sortir du domaine de sa spécialité, cet article trop peu connu dans lequel il est dit à propos d'Eugène Delacroix: «Intelligent et insuffisant tout ensemble, la médiocrité de son faire lui constitue une fausse originalité... Là où beaucoup de gens croient voir des créations nouvelles, moi, je ne vois que des efforts malheureux.» (_Revue libérale_, 10 avril 1867, p. 70 et 76.) L'article est de 1867, postérieur par conséquent aux magnifiques études dans lesquelles les Baudelaire, les Saint-Victor, les Gautier avaient proclamé le génie de Delacroix. Couture a-t-il voulu se singulariser? Nous hésitons à croire qu'il ait réellement pensé ce qu'il a écrit!...

[254] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1015.

[255] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1034.

[256] «Le baron _Charles Rivet_, qui de nos jours a attaché son nom à la fondation de la troisième république, demeura un des fidèles amis de cœur de Delacroix. Celui-ci, dans un premier testament que lui fit déchirer sa gouvernante, Jenny Le Guillou, l'avait désigné comme son légataire universel. C'était un homme de grand sens et de mœurs aimables. Il avait été plus que camarade d'atelier de Bonington: il l'avait obligé avec infiniment de délicatesse dans son année de début et de gêne. «(Note de Ph. Burty dans la _Correspondance_ de Delacroix, t. I, p. 127.)

[257] Cet article sur Prud'hon, qui avait paru dans la _Revue des Deux Mondes_ du 1er novembre 1846, est un des plus intéressants du volume qui contient les écrits de Delacroix. (EUGÈNE DELACROIX, _Sa vie et ses œuvres._)

[258] Le comte _L. Clément de Ris_, critique d'art, auteur d'ouvrages appréciés, qui devint conservateur du Musée de Versailles.

[259] Ces voussures se trouvent au plafond d'une grande salle des Pas perdus, au palais du Corps législatif.

[260] Les peintures décoratives de la bibliothèque du Palais-Bourbon furent commencées par E. Delacroix en 1838 et terminées en 1847. Elles se composent de deux hémicycles et de cinq coupoles divisées chacune en quatre pendentifs. Les deux hémicycles sont peints sur le mur enduit d'une préparation à la cire; ils représentent: le premier, _Orphée apportant la civilisation à la Grèce_ (côté de la cour du Palais-Bourbon); le second, _Attila ramenant la barbarie sur l'Italie ravagée_ (côté de la Seine). Les coupoles sont peintes à l'huile sur toile marouflée sur enduit; chaque coupole se compose de quatre pendentifs et comprend par conséquent quatre sujets, que le maître a choisis dans un même ordre d'idées: 1° la _Poésie_; 2° la _Théologie_; 3° la _Législation_; 4° la _Philosophie_; 5° les _Sciences._ Enfin, à l'intersection desdits pendentifs, se trouvent de grands mascarons, que Delacroix a imaginés d'après des types rencontrés un peu partout sur son passage, et principalement parmi les travailleurs des champs.

Première coupole: 1° _Alexandre et les poèmes d'Homère_; 2° _L'éducation d'Achille_; 3° _Ovide chez les Barbares_; 4° _Hésiode et la Muse._

Deuxième coupole: 1° _Adam et Ève_; 2° _La captivité à Babylone_; 3° _La mort de saint Jean-Baptiste_; 4° _La drachme du tribut._

Troisième coupole: 1° _Numa et Égérie_; 2° _Lycurgue consulte la Pythie_; 3° _Démosthène harangue les flots de la mer_; 4° _Cicéron accuse Verrès._

Quatrième coupole: 1° _Hérodote interroge les traditions des Mages_; 2° _Les bergers chaldéens inventeurs de l'astronomie_; 3° _Sénèque se fait ouvrir les veines_; 4° _Socrate et son démon._

Cinquième coupole: 1° _La mort de Pline l'Ancien_; 2° _Aristote décrit les animaux que lui envoie Alexandre_; 3° _Hippocrate refuse les présents du roi de Perse_; 4° _Archimède tué par le soldat._

Pour bien juger de toute cette suite de peintures décoratives, il est absolument utile de circuler sur la galerie saillante qui contourne cette magnifique salle.

Delacroix avait déjà exécuté des peintures décoratives au Palais-Bourbon, en 1833, par l'entremise de M. Thiers; il fut chargé de décorer le Salon du Roi qu'il acheva en cinq ans et qui lui fut payé la modeste somme de 30,000 francs. (Voir _Catalogue Robaut_, n° 892 à 917.)]

[261] Il s'agit probablement ici de M. _Eudore Soulié_, qui appartenait à l'administration des Musées, et qui mourut conservateur du Musée de Versailles.

[262] Petite-cousine de Delacroix.

[263] _Balthazar Gracian_, Jésuite espagnol, né en 1584, mort en 1658, est l'auteur d'un certain nombre d'œuvres littéraires, notamment un _Traité de rhétorigue_ et des allégories pleines de métaphores.

[264] _Amelot de la Houssaye_, né en 1634, mort en 1706, s'est fait connaître par quelques traductions estimées, notamment celle du _Prince_, de Machiavel.

[265] _M. Niel_, bibliothécaire au ministère de l'intérieur, était un homme des plus distingués, très brillant causeur, d'un esprit très fin et très délicat, et grand amateur de crayons du seizième siècle. Il publia avec son propre texte le beau recueil de _Portraits historiques_, d'après les crayons de _Dumoustier, Clouet_ et autres, gravés par _Riffaut._

[266] Le texte exact du _Neveu de Rameau_ vient d'être publié récemment par MM. Monval et Thoinan, qui ont retrouvé le manuscrit original, écrit de la main même de Diderot.

[267] _Planet_, de Toulouse, peintre, élève de Delacroix. M. Lassalle-Bordes prétend que Planet fit dans l'atelier de Delacroix les quatre pendentifs suivants, qui font partie de la décoration de la voûte de la bibliothèque, à la Chambre des députés: _Aristote décrit les animaux que lui envoie Alexandre; Lycurgue consulte la Pythie; Démosthène harangue les flots de la mer; La drachme du tribut._ (_Correspondance_, t. II. p. IX.)

Cette assertion de M. Lassalle-Bordes ne doit être accueillie, croyons-nous, qu'avec une extrême réserve, car son témoignage, en maintes circonstances, n'a pas rencontré partout un crédit absolu. Néanmoins, en admettant qu'il ne se soit point trompé en ce qui concerne Planet, on doit affirmer hardiment que ce dernier n'aurait, en tout cas, exécuté que des agrandissements des esquisses arrêtées du maître, et l'on sait combien d'études dessinées sur nature et autres accompagnaient ces peintures de moindre dimension qu'il remettait à ses élèves préparateurs, en ayant soin de ne rien livrer sans avoir donné lui-même les dernières touches portant bien la marque de sa maîtrise.

[268] Probablement _Joseph-Nicolas-Robert Fleury_, dit _Robert-Fleury._

Le diable d'enfant dont il est question ici doit être son fils, _Tony Robert-Fleury._

D'autre part, Delacroix veut peut-être parler de _Léon Fleury_, un paysagiste qui eut son heure de célébrité et dont il y a quelques études au château de Compiègne et dans divers musées (1804-1858).

[269] Grand hémicycle d'_Orphée._

[270] _Jean-François Demay_, peintre, né en 1798, qui exposa aux divers Salons de 1827 à 1846.

[271] _Haussoullier_, peintre et graveur, élève de Delaroche.

[272] En 1847, _Don Juan_ était chanté au théâtre Italien par _Labflache, Tagliafico, Coletti, Mario, Mmes Grisi, Persiani_ et _Corbari._

[273] Il ne peut être ici question, comme on pourrait le supposer, de _Clésinger_, car ce n'est qu'au mois de mai suivant que furent officiellement annoncées les fiançailles de Mlle _Solange_, fille de Mme _Sand_, avec le célèbre sculpteur. (Voir _infra_, p. 305 et 307.)

[274] Grand hémicycle d'_Orphée._

[275] Sans doute _Planet._

[276] Cette toile admirable appartient à M. le duc d'Aumale. Th. Gautier en donnait la description suivante: «Le doge Foscari est obligé d'assister à la lecture de la sentence de son fils, Jacques Foscari, torturé et banni pour de prétendues intelligences avec les ennemis de la République... Le doge, coiffé de son bonnet à cornes, vêtu de sa robe de brocart d'or, est assis sur son trône au premier plan, accablé de douleur sous sa contenance stoïque. Jacques Foscari, dont le bourreau vient de torturer les membres, lui jette un suprême adieu et tend ses mains brisées aux baisers de sa femme. La scène est disposée de la façon la plus dramatique dans une de ces belles architectures que Delacroix sait si bien construire et auxquelles il donne la profondeur d'un décor.»

[277] Toile de 1m,60 X 1m,30, datée de 1848, exposée au Salon la même année et à l'Exposition universelle de 1855. Ce tableau fut peint à l'origine pour le comte de Geloës, qui l'acheta 2,000 francs. Vente Faure, 1873: 60,000 francs. Une variante du même tableau fut vendue à la vente Laurent Richard, 1873: 29,100 francs. (Voir _Catalogue Robaut_, n°s 1034 et 1035.)

[278] Ce _Christ_ porte la date de 1839.

[279] «Sans idéal, il n'y a ni peintre, ni dessin, ni couleur; et ce qu'il y a de pis que d'en manquer, c'est d'avoir cet idéal d'emprunt que ces gens-là vont apprendre à l'école et qui ferait prendre en haine les modèles.» (_Correspondance_, t. II, p. 19.)

[280] _Comte de Mornay._

[281] Collectionneur; il fut propriétaire de la _Barque de don Juan._ (Voir _Catalogue Robaut_, n° 707.) Mme Moreau a donné ce tableau au Musée du Louvre après la mort de son mari.

[282] Voir _Catalogue Robaut_, n° 1044.

[283] _Auguste-Joseph Franchomme_, violoncelliste, né à Lille en 1809. Cet artiste des plus distingués et l'un des noms les plus considérés de l'école française, a fondé, avec l'illustre violoniste _Alard_, des matinées de quatuors dans lesquelles la musique classique était exécutée avec une étonnante perfection.

[284] _Asseline_, secrétaire des commandements des princes d'Orléans.

[285] Le _duc de Montpensier_, qui, en effet, était logé et recevait à Vincennes.

[286] _Jadin_, paysagiste, né à Paris en 1805, fut élève de Hersent et s'attacha, dès ses débuts, aux sujets de chasse et à la peinture de nature morte. Il fréquenta plus tard l'atelier d'Abel de Pujol, et aborda le paysage. Il voyagea en Italie en 1835, et peignit à son retour un grand nombre de toiles pour la galerie du duc d'Orléans.

[287] _Charles His_, publiciste, né en 1772, mort en 1851. D'abord attaché à la rédaction du _Moniteur_, puis proscrit, il se fit soldat après le 13 vendémiaire. En 1811, il entra à la direction de la librairie, où il resta attaché jusqu'en 1848.

[288] _Louis Boulanger_(1806-1867), peintre, élève de A. Devéria.

[289] _Octave Penguilly L'Haridon_ (1811-1870), peintre, élève de Charlet, exposa au Salon de 1847 _Le tripot_ qu'on a revu au Musée du Luxembourg. Ancien élève de l'École Polytechnique, officier d'artillerie distingué, il fut nommé en 1854 conservateur du Musée d'artillerie, dont il rédigea le Catalogue.

[290] Salon de 1848. Appartient au Musée de Tours. (Voir _Catalogue Robaut_, n° 1044.)

[291] _Auguste Préault_, statuaire, élève de David d'Angers.

[292] Le _baron de Mareste_, ami de jeunesse de Stendhal, et plus tard de Mérimée. C'était un homme aimable, très répandu dans les salons.

[293] _Claire-Hippolyte-Josèphe Legris de la Tude_, dite _Mlle Clairon_, célèbre tragédienne, née en 1723, morte en 1803.

[294] _Eugène Pelletan_, écrivain et homme politique, né en 1813, mort en 1884. Il débuta dans la littérature en 1837 par des articles critiques dans différents journaux et devint bientôt rédacteur de la _Presse._ Là, sous le pseudonyme d'_Un inconnu_, il publia sur la philosophie, l'histoire, la poésie, les arts, des articles qui furent très remarqués a cette époque.

[295] _Philarète Chastes._

[296] _Adrien Dauzats_, peintre, né à Bordeaux en 1803, mort en 1868: il fit de l'aquarelle et de la lithographie, et fut un des artistes attachés par le baron Taylor à la grande publication des _Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France._ Il entreprit alors dans le midi de la France une série d'excursions artistiques qui l'ont conduit plus tard en Espagne, en Portugal, en Égypte, en Orient. Il peignit surtout des paysages, ainsi que des sujets de genre et d'intérieur.

[297] _Émile Lassalle_, peintre, élève de Delacroix. Il faisait partie des élèves que Delacroix avait réunis dans son atelier de la rue Neuve-Guillemin. Il se distingua surtout comme lithographe; il exécuta une grande lithographie d'après la _Médée_ de Delacroix. «C'est un homme que j'aime beaucoup, écrivait Delacroix à propos de lui, et qui avait entrepris avec beaucoup d'ardeur cet ouvrage... Je pense que, comme moi, vous serez surpris de certaines parties, où le caractère est très bien rendu.»

[298] _Arnoux_, peintre et homme de lettres, a rendu compte, à plusieurs reprises, et dans des termes élogieux, des expositions de Delacroix. Celui-ci, de son côté, le recommanda chaleureusement en 1858 à M. Michaux, chef des services d'art à la Ville: «Je prends la liberté de vous recommander M. Arnoux, dont les travaux sur les arts sont bien connus, et qui a entrepris des études sur les monuments de Paris, leurs tableaux et leurs statues... J'ai compté sur votre extrême complaisance pour aider le travail remarquable d'un homme de talent pour qui j'ai beaucoup d'affection.» (_Correspondance_, t. II, p. 135. Note de Burty.)

[299] _François Buloz_, directeur de la _Revue des Deux Mondes._

[300] Un des élèves de Delacroix qui fréquentaient son atelier transporté depuis 1846 de l'autre côté de la Seine, rue Neuve-Breda.

[301] D'après Rubens. (Voir _Catalogue Robaut_, n° 736.)

[302] Sans doute l'achèvement des travaux du tombeau de son frère, le général Delacroix.

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1er _mars.--L'Afrique vaincue_, nos soldats se jetant à la mer pour en prendre possession.

--_La bataille d'Isly_ traitée poétiquement.

--_L'Égypte soumise au génie de Bonaparte_, etc.

--Je me suis mis, après mon déjeuner, à reprendre le _Christ au tombeau._[303] C'est la troisième séance d'ébauche; et, malgré un peu de malaise au milieu de la journée, je l'ai remonté vigoureusement et mis en état d'attendre une quatrième reprise.