Journal de Eugène Delacroix, Tome 1 (de 3) 1823-1850

Part 15

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Le soin minutieux avec lequel Delacroix note les moindres détails du voyage, costumes, paysages, physionomies, attitudes, montre à quel degré l'artiste poussait cet esprit d'observation pénétrante qu'on retrouve dans son œuvre.

[163] _Sidi Taieb Bios_ ou _Biaz_, Marocain, administrateur de la douane de Tanger, et chargé par le gouvernement du Maroc de traiter avec le comte de Mornay.

[164] «Les Juives sont admirables, écrivait Delacroix à Pierret, le 25 janvier; je crains qu'il ne soit difficile d'en faire autre chose que de les peindre: ce sont des perles d'Éden.» (_Corresp._, t. I, p. 174.)

[165] A propos des paysages si nouveaux pour lui et des traits de mœurs qui le frappaient, l'artiste écrivait, toujours à Pierret: «Je viens de parcourir la ville, je suis tout étourdi de tout ce que j'ai vu. Je ne veux pas laisser partir le courrier, qui va tout à l'heure à Gibraltar, sans te faire part de mon étonne ment de toutes les choses que j'ai vues.» (_Corresp._, t. I, p. 174.)

[166] Ce qui suit semble avoir été écrit le soir d'une promenade dans la campagne.

[167] Cette scène, qui avait vivement frappé l'imagination de Delacroix et dont on retrouve la description dans la _Correspondance_ (t. I, p. 176), a sans doute inspiré le tableau connu sous le nom de _Rencontre de cavaliers maures_, qui fut refusé au Salon de 1834. Le catalogue Robaut en donne la description suivante: «Les chevaux se heurtent, et l'un d'eux se dresse sous le choc en même temps que sous l'effort de son cavalier pour l'arrêter. Dans ce mouvement la puissante silhouette du cheval bai brun s'enlève sur un fond de collines qu'éclairent les fumées d'un combat et les clartés opalines d'un ciel gris très doux où passent des bleus de turquoise. Sur ce premier groupe se découpe le profil allongé, élégant du cheval gris-blanc, dont le poil soyeux et fin laisse passer comme des lueurs roses la transparence de la peau. Le geste des cavaliers, celui surtout de l'homme dont on n'aperçoit que la tête et le poing, est d'une audace de vérité extraordinaire, dont on ne retrouve l'exemple que dans Rubens, et c'est à Rubens aussi que fait penser l'éclatante variété des rouges que Delacroix s'est plu à multiplier dans cette précieuse composition, étincelante et joyeuse comme l'œuvre d'un peintre coloriste, vivante comme l'œuvre d'un grand dessinateur du mouvement, solide et forte comme l'œuvre d'un maître statuaire.» (Voir _Catalogue Robaut._)

[168] _M. de Laporte_ était alors consul général de France au Maroc.

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2 _février, jeudi._--Dessiné la fille de Jacob en femme maure [169].--Sortie vers quatre heures. Un Maure à tête très remarquable qui avait un turban blanc par-dessus le haïjck. Tête des Maures de Rubens, narines et lèvres un peu grosses, yeux hardis.--Remarqué les canons rouilles.

Le vieux Juif dans sa boutique en redescendant à la maison (_Gérard Dow_)[170].--Femme avec les talons et, je pense, les pieds peints en jaune.

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_Vendredi_ 4 _février._--Dessiné après déjeuner d'après le Maure du consul sarde.

Sorti vers deux heures; été voir le consul de Danemark; passé devant l'école.

_Incinctus_, gens qui ne sont pas guerriers. _Cinctus_ ou _accinctus_, militaires. Cette distinction qui existait chez les anciens se trouve ici. La _gélabia_, costume du peuple, des marchands, des enfants. Je me rappelle cette _gélabia_, costume exactement antique, dans une petite figure du Musée: capuchon, etc. Le bonnet est le bonnet phrygien.

Le palimpseste est la planche sur laquelle écrivent les enfants à l'école. L'enseignement mutuel est originaire de ces pays. Dans les moments de détresse, les enfants vont en bande portant cette planche sur la tête. Elle est enduite d'une espèce de glaise sur laquelle ils écrivent avec une encre particulière. On efface, je crois, en mouillant, et en faisant sécher au soleil.

Porte du consul danois.

Vu dans le quartier des Juifs des intérieurs remarquables en passant. Une Juive se détachant d'une manière vive; calotte rouge, draperie blanche, robe noire.

C'est le premier jour du Rhamadan. Au moment du lever de la lune, le jour étant encore, ils ont tiré des coups de fusil, etc.; ce soir ils font un bruit de tambours et de cornets à bouquin infernal.

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_Samedi_ 5 _février._--Dans le jardin du consul suédois, après déjeuner; chez Abraham, à midi. Remarqué, en passant devant la porte de sa sœur, deux petites Juives accroupies sur un tapis dans la cour. En entrant chez lui, toute sa famille [171] dans l'espèce de petite niche et le balcon au-dessus avec la porte d'escalier. La femme au balcon, joli motif.

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11 _février._--Muley-Soliman avait cinquante-quatre enfants. Il abdique nonobstant en faveur de Muley-Abd-Ehr-Rhaman, son neveu, reconnaissant à ses enfants peu de capacité.

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_Dimanche_ 12 _février._--Dessiné la Juive Dititia avec le costume d'Algérienne [172].

Été ensuite au jardin de Danemark. Le chemin charmant. Les tombeaux au milieu des aloès et des iris (Ægyptiaca). La pureté de l'air. Mornay aussi frappé que moi de la beauté de cette nature.

Les tentes blanches sur tous les objets sombres. Les amandiers en fleur. Le lilas de Perse. Grand arbre. Le beau cheval blanc sous les orangers. Intérieur de la cour de la petite maison.

En sortant, les orangers noirs et jaunes à travers la porte de la petite cour. En nous en allant, la petite maison blanche dans l'ombre au milieu des orangers sombres. Le cheval à travers les arbres.

Dîner à la maison avec les consuls. Le soir, M. Rico a chanté des airs espagnols. Le Midi seul produit de pareilles émotions.

Indisposé et resté seul le soir. Rêverie délicieuse au clair de lune dans le jardin.

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_Mercredi_ 15 _février._--Sorti avec M. Hay [173]. Vu le muezzin appelant du haut de la mosquée.

--L'école des petits garçons. Tous des planches avec écriture arabe. Le mot _table de la loi_, et toutes les indications antiques sur la manière d'écrire montrent que c'étaient des tables de bois. Les encriers et les pantoufles devant la porte.

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_Mardi_ 21 _février._--La noce juive [174]. Les Maures et les Juifs à l'entrée. Les deux musiciens. Le violon, le pouce en l'air, le dessous de l'autre main très ombré, clair derrière, le haïjck sur la tête, transparent par endroits; manches blanches, l'ombre au fond. Le violon; assis sur ses talons et la gélabia. Noir entre les deux en bas. Le fourreau de la guitare sur le genou du joueur; très foncé vers la ceinture, gilet rouge, agréments brans, bleu derrière le cou. Ombre portée du bras gauche qui vient en face, sur le haïjck sur le genou. Manches de chemise retroussées de manière à laisser voir jusqu'au biceps; boiserie verte; à côté verrue sur le cou, nez court.

A côté du violon, femme juive jolie; gilet, manches, or et amarante. Elle se détache moitié sur la porte, moitié sur le mur. Plus sur le devant, une plus vieille avec beaucoup de blanc qui la cache presque entièrement. Les ombres très reflétées, blanc dans les ombres.

Un pilier se détachant en sombre sur le devant. Les femmes à gauche étagées comme des pots de fleurs. Le blanc et l'or dominent et leurs mouchoirs jaunes. Enfants par terre sur le devant.

A côté du guitariste, le Juif qui joue du tambour de basque. Sa figure se détache en ombre et cache une partie de la main du guitariste. Le dessous de la tête se détache sur le mur. Un bout de gélabia sous le guitariste. Devant lui, les jambes croisées, le jeune Juif qui tient l'assiette. Vêtement gris. Appuyé sur son épaule un jeune enfant juif de dix ans environ.

Contre la porte de l'escalier, Prisciada; mouchoir violâtre sur la tête et sous le cou. Des Juifs assis sur les marches; vus à moitié sur la porte, éclairés très vivement sur le nez, un tout debout dans l'escalier; ombre portée reflétée et se détachant sur le mur, reflet clair jaune.

En haut, les Juives qui se penchent. Une à gauche, nu-tête, très brune, se détachant sur le mur éclairé du soleil. Dans le coin, le vieux Maure à la barbe de travers: haïjck pelucheux, turban placé bas sur le front, barbe grise sur le haïjck blanc. L'autre Maure, nez plus court, très mâle, turban saillant. Un pied hors de la pantoufle, gilet de marin et manches _idem._

Par terre, sur le devant, le vieux Juif jouant du tambour de basque; un vieux mouchoir sur la tête; on voit la calotte noire. Gélabia déchirée; on voit l'habit déchiré vers le cou.

Les femmes dans l'ombre près de la porte, très reflétées.

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21 _février, le soir._--En sortant pour aller à la noce juive, les marchands dans leur boutique. Les lampes les unes au mur, le plus souvent pendues en avant à une corde, des pots sur une planche, des _palancos._ Ils prennent le beurre avec les mains et le mettent sur une feuille. En entrant dans la rue à droite, il y en avait un dont la lampe était cachée par un morceau de toile qui pendait de l'auvent.

Avant le dîner, en allant au jardin de Suède, les fusils pendus et le fourreau pendu à côté; grande cruche à côté.

Le soir, toilette de la Juive. La forme de la mitre. Les cris des vieilles. La figure peinte, les jeunes mariées qui tenaient la chandelle pendant qu'on la paraît. Le voile lancé sur la figure. Les filles sur le lit, debout.

Dans la journée, les nouvelles mariées contre le mur, leur proche parent en guise de chaperon. La mariée descendue du lit. Ses compagnes restées dessus. Le voile rouge. Les nouvelles mariées quand elles arrivaient dans leur haïjck. Les beaux yeux.

La venue des parents. Torches de cire; les deux flambeaux peints de différentes couleurs. Tumulte. Figures éclairées. Maures confondus. La Juive tenue par les deux côtés; un par derrière soutient la mitre.

En chemin, les Espagnols regardant parla fenêtre. Deux Juives ou Mauresques sur des terrasses se détachant sur le noir du ciel.--Donné à la fille de M. Hay le dessin de femme maure assise.--Les vieux Maures montés sur les pierres du chemin. Les lanternes. Les soldats avec des bâtons. Le jeune Juif qui tenait deux ou plusieurs flambeaux, la flamme lui montant dans la bouche.

Chez Abraham, les trois Juifs jouant aux cartes.--Femmes près de la porte de la ville, vendant oranges, branches de noisettes. Chapeaux de paille.--Paysans tête nue, accroupis avec leurs pots de lait.

[169] La plupart des dessins indiqués dans le journal se retrouvent dans l'album d'aquarelles que le maître offrit au comte de Mornay, au retour du voyage, aquarelles qui, mises en vente le 19 mars 1877, produisirent un total de 17,235 francs. (Voir _Catalogue Robaut._)

[170] Delacroix ressentait la plus vive admiration pour les maîtres hollandais. Le souvenir de _Gérard Dow_, évoqué par une scène marocaine, est curieux à noter ici.

[171] Ce groupe inspira sans doute une aquarelle qui figura au Salon de 1833 sous ce titre: _Une famille juive._

[172] Delacroix se plaint dans la _Correspondance_ de la difficulté qu'il éprouve à dessiner d'après nature: «Je m'insinue petit à petit dans les façons du pays, de manière à arriver à dessiner à mon aise bien de ces figures de Mores. Leurs préjugés sont très grands contre le bel art de la peinture, mais quelques pièces d'argent, par-ci par-là, arrangent leurs scrupules.» Il écrit encore de Méquinez, le 2 avril: «Je vous ai mandé dans ma première lettre que nous avions eu l'audience de l'empereur. A partir de ce moment nous étions censés avoir la permission de nous promener par la ville; mais c'est une permission dont moi seul j'ai profité entre mes compagnons de voyage, attendu que l'habit et la figure de chrétien sont en antipathie à ces gens-ci, au point qu'il faut toujours être escorte de soldats, ce qui n'a pas empêché deux ou trois querelles qui pouvaient être fort désagréables à cause de notre position d'envoyés.» (_Corresp._, t. I, p. 175 et 184.)

[173] M. _Hay_, consul général et chargé d'affaires d'Angleterre.

[174] Cette scène inspira à Delacroix l'admirable toile qui figure au musée du Louvre sous le litre: _Noce juive dans le Maroc._ Voici le texte explicatif fourni par Delacroix au livret du Salon de 1841: «Les Maures et les Juifs sont confondus. La mariée est enfermée dans les appartements intérieurs, tandis qu'on se réjouit dans le reste de la maison. Des Maures de distinction donnent de l'argent pour des musiciens qui jouent de leurs instruments et chantent sans discontinuer le jour et la nuit; les femmes sont les seules qui prennent part à la danse, ce qu'elles font tour à tour, et aux applaudissements de l'assemblée.» Ce tableau avait été commandé au maître par le marquis Maison, qui n'en fut pas satisfait et trouva trop élevé le prix de 2,000 francs que Delacroix lui en demandait. Il fut acheté 1,500 francs par le duc d'Orléans, qui le donna au musée du Luxembourg. De là il passa au Louvre. (Voir _Catalogue Robaut._)

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_Vendredi_ 2 _mars._--Promenade avec M. Hay. Dîné chez lui.

Le pied de côté dans l'étrier quelquefois.

Le drapeau dans son étui, et planté devant la tente.

La plaine, et la tribu rangée fuyant vers le sud.--Devant, demi-douzaine de cavaliers dans la fumée. Un homme plus en avant: burnous bleu très foncé.--En avant, nous tournant le dos, la ligne de nos soldats précédée du kaïd et des drapeaux.

La course de cinq ou six cavaliers.--Le jeune homme tête nue, cafetan vert pisseux.--Le presque nègre, bonnet pointu, cafetan bleu.

Les hommes éclairés sur le bord de côté. L'ombre des objets blancs très reflétée en bleu. Le rouge des selles et du turban presque noir.

Au passage du gué, les hommes grimpant, le cheval blanc de côté.

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5 _mars_1832.--1er jour. _Ahïn-El-Daliah._ Parti à une heure de Tanger [175].

L'arrivée au campement. Montagnes sauvages et noires à droite, le soleil au-dessus. Marchant dans des broussailles de palmiers nains et des pierres; toute la tribu rangée à gauche, couronnant la hauteur; plus loin en suivant, les cavaliers sur le ciel; les tentes plus loin.

Promenade dans le camp le soir, contraste des vêtements blancs sur le fond.

L'iman le soir appelant à la prière.

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6 _mars._--A _Garbia._

Parti vers 7 ou 8 heures, monté une colline, le soleil à gauche; montagnes très découpées les unes derrière les autres sur un ciel pur.

Trouvé diverses tribus. Coups de fusil en sautant en l'air, traversé une montagne (Lac-lao) très pittoresque. Pierres. Je me suis arrêté un moment.

--Hommes sous des arbres près d'une fontaine; hommes à travers les broussailles.

Très belle vue au haut de la montagne, demi-heure avant le campement; la mer à droite et le cap Spartel.

Courses de poudre dans la plaine avant la rivière. Les deux hommes qui se sont choqués: celui dont le cheval a touché du cul par terre. Un surtout à cafetan bleu noir et fourreau de fusil en sautoir; plus tard un homme à cafetan bleu de ciel.

La tribu nous suivant; désordre, poussière; précédé de la cavalerie. Courses de poudre: les chevaux dans la poussière, le soleil derrière. Les bras retroussés dans l'élan [176].

A notre descente de Lac-lao, à gauche, prés très verts; montagne verte; dans le fond, montagne bleu cru.

Au camp. Les soldats courant en confusion, le fusil sur l'épaule, devant la tente du pacha et se rangeant en ligne. Le pacha.

Les soldats venant, par quatre ou cinq, devant la tente du général delà cavalerie et s'inclinant. Ensuite tous en rang recevant par petits pelotons les ordres; les autres se mettant accroupis en attendant leur tour.

Les tribus allant rendre hommage au pacha et menant des provisions.

7 _mars._--A _Teleta deï Rissana._

La plaine terminée par des oliviers très grands sur la colline. Nous avions déjeuné au bord de la rivière Aïacha.

--Homme au cafetan noir. Haïjck sur la tête noué sous le bras.

-Homme qui raccommodait quelque chose à sa selle: turban sans calotte, burnous noir drapé derrière en Romain, bottes très hautes, pièce jaune au talon; burnous sur la tête attaché par une corde; boutons à sa robe blanche.

--Nègre turban rouge et blanc.

--Les cinq lièvres pris dans la plaine.

--La rencontre avec l'autre pacha. Damas sur la croupe du pacha. Musique à cheval.

--La prière près de la tente du commandant.

--Les gens qui portent le plat de couscoussou dans un tapis; moutons.

--Homme nu, et arrangeant son haïjck près du tombeau du saint.

--Arbres près d'un petit tas de pierres. Montagnes vertes avec terre jaune dans la distance.

--Passé la soirée avec Abou dans notre tente. Conversation sur les champs. La boîte à musique qui ne s'arrêtait point. Envie de rire.

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_Jeudi_ 8.--_Alcassar-El-Kebir._

Pluie en partant. Monté une colline et entré dans un joli bois de chênes verts; entré dans la plaine où l'armée de D. Sébastien a été défaite [177].

Traversé la rivière; déjeuné. Jeu de poudre dans la plaine.--Montagne dans la demi-teinte.

Avant d'arriver à Alcassar, population, musique, jeux de poudre sans fin. Le frère du pacha donnant des coups de bâton et de sabre. Un homme perce la foule des soldats et vient tirer à notre nez. Il est saisi par Abou par le turban défait. Sa fureur. On l'entraîne, on le couche plus loin. Mon effroi. Nous courons; le sabre était déjà tiré...

Sur le haut de la colline à gauche, étendards variés; dessins sur des fonds variés, rouge, bleu, vert, jaune, blanc; autres avec les fantassins bariolés.

--Les grandes trompettes à notre entrée à Alcassar.

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_Vendredi_ 9 _mars._--Campé à _Fouhouarat._

Parti tard du campement d'Alcassar. Pluie. Entrée à Alcassar pour le traverser. Foule, soldats frappant à grands coups de courroies; rues horribles; toits pointus. Cigognes sur toutes les maisons, sur le haut des mosquées; elles paraissaient très grandes pour les constructions. Tout en briques: Juives aux lucarnes.

Traversé dans un grand passage garni de hideuses boutiques, couvert en cannes mal assemblées.

Arrivés au bord de la rivière. Grands arbres (oliviers) au bord. Descente dangereuse.

Au milieu de la rivière, coups de fusil de l'un et de l'autre côté. Arrivés à l'autre bord, traversé pendant plus de vingt minutes une haie de tireurs assez menaçante. Coups de fusil aux pieds de nos chevaux. Homme à demi nu.

Arrivée du père du pacha, burnous violet, charmante tournure; petite bande de cachemire au-dessus de son turban. Cheval gris.

Déjeuné dans les montagnes près d'une source. Pluie battante.

Trouvé l'autre pacha dans une plaine. Courses. Coups de fusil. Canaille.

--Homme renversé sur le dos et son cheval par-dessus lui. Relevé à moitié mort; remonté à cheval un instant après.

--Voracité des Maures; le soir, Abraham nous le contait dans la tente.

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_Samedi_ 10 _mars._--El-Arba de Sidi Eisa Bellasen.

Malade la nuit précédente. Nous avons été incertains si nous resterions à cause du temps. Les Juifs ne voulaient pas partir. Le soleil a paru.

Traversé la rivière Emda qui serpente en trois.

Fait une visite à Ben-Abou. Il avait un habit de drap blanc.

Il nous a dit que l'empereur courait quelquefois la poudre, avec vingt ou trente cavaliers qu'il désigne. Leurs chevaux passent la nuit en plein air, pluie, chaleur, et n'en sont que meilleurs. Il a mis des aromates dans le thé.

--L'homme qui a couru dans cette grande plaine avant d'arriver; son bras découvert jusqu'à l'épaule et sa cuisse également découverte.

--Avant la rivière, dans une course, la selle du commandant de l'escorte du pacha a tourné; il a perdu son turban.

Nous avons rencontré un autre second du pacha de la province.

Il fait un vent très froid, le ciel pur.--Nous sommes dans la province d'El-Garb, divisée en deux gouvernements.

--Des enfants nous ont jeté des pierres. On a envoyé arrêter le village. Ils n'en seront peut-être pas quittes pour cinquante piastres. Probablement les deux vaches données le soir à Mornay venaient de là.

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_Dimanche_ 11 _mars._--A la rivière Sébou, au passage de El-Aïtem [178].

Depuis trois jours nous sommes suivis par un shérif de Fez, ami de Bias, qui veut absolument avoir un cadeau.

Quand les Maures veulent obtenir quelque chose, comme une grâce, de manière à n'être pas refusés, ils vont porter près de votre tente un mouton, même un bœuf comme présent, et l'égorgent en manière de sacrifice, et pour constater l'offrande. On est lié très fort par l'espèce d'obligation que cette action impose.

Le jour que nous avons campé à Alcassar, on est venu tuer trois moutons, l'un à la tente de Bias, le second à celle du caïd, le troisième à la nôtre, pour obtenir la grâce d'un homme accusé d'assassinat. Bias s'intéresse à l'affaire.

En attendant, il n'a été question toute la soirée, ce jour-là, que d'un pauvre Juif qui avait été bâtonné pour de l'eau-de-vie qu'il avait refusé de livrer à Lopez, l'agent français à Laroche, lequel devait probablement la donner au frère du caïd dans la tente de qui nous avons été le soir. On n'a voulu le relâcher que moyennant quatre piastres et dix onces pour le donneur de coups.

Le pacha et son frère avaient toujours un homme de chaque côté du cheval, marchant à côté et qui prennent le fusil quand ils viennent de courir.

Je n'ai pas parlé à Alcassar de la visite au pacha dans sa tente. La selle à sa droite, son sabre sur son matelas blanc, couvertures; un homme à ses pieds dormant enveloppé dans un burnous noué par derrière.

--Presque toujours le derrière de la selle est dans l'ombre à cause des vêtements.

Le second du pacha n'ayant pas de bottes avait mis à une de ses jambes le fourreau de son fusil, un mouchoir à l'autre; ils ont presque tous la jambe blessée par l'étrier.

Beau temps, rien de remarquable.

--Les hommes avec le fourreau du fusil sur la tête.

--Les chevaux se roulant au bord de la rivière.

--Le cheval blanc dans une course qui à glissé et a fait un écart. Le cheval ferré à froid, la corne coupée par devant.

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_Lundi_ 12 _mars._--Sur les bords du fleuve Sébou.

Passé le matin le Sébou.--Embarquement ridicule. Les chevaux se sauvant et roués de coups pour entrer dans les barques. Hommes nus chassant les chevaux devant eux.

Bias nous a dit en traversant avec nous qu'on ne faisait pas de ponts afin d'arrêter plus facilement les voleurs et de recevoir les taxes et d'arrêter les séditieux. C'est lui qui disait que le monde était divisé en deux, la _Barbarie_ et _le reste._

Hommes appuyés contre la barque et la poussant. Vieux soldat avec son cafetan bleu seulement.

Spectateurs sur le bord, les jambes pendantes. Lévriers, chevaux se roulant par terre.

Ennui extrême en attendant. Embarqué seulement vers une heure. Route le long du fleuve. Près d'arriver, jeux de poudre très beaux.

Homme en cafetan jaune d'or.

Le caïd; turban à la mamelouk.--Son bourreau.

Un des chefs dans une course étant arrivé jusqu'à nous, Abou s'est mis au devant de lui et l'homme lui a déchiré un peu son manteau. Arrivé au campement, Abou a déchiré en pièces son manteau, voulant plutôt le brûler que de permettre que qui que ce soit pût en profiter. On lui a aussi cassé sa pipe. Il était furieux et intraitable pour les soldats.

--Le soir, après un dîner gai, descendu solitairement près des bords du fleuve Sébou. Beau clair de lune.

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_Mardi_ 13 _mars._--A _Sidi-Kassem._

Soleil très ardent. Route dans une plaine immense.

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_Mercredi_ 14 _mars_.--_Zar Hône._

Parti par un beau soleil du matin. Côtoyé d'abord la petite rivière. Les figures éclairées de côté parle soleil levant. Montagnes nettes sur le fond blanc; des étoffes et couleurs très vives.