Jeux et exercices des jeunes filles
Chapter 7
Cette enfant, dit le notaire, Elle a bien quatre-vingts ans. Aujourd'hui le mariage, Et demain l'enterrement.
Oh! la vieille, etc.
Aujourd'hui le mariage, Et demain l'enterrement. On fit tant sauter la vieille, Qu'elle est morte en sautillant.
Oh! la vieille, etc.
On fit tant sauter la vieille, Qu'elle est morte en sautillant. On regarde dans sa bouche, Ell' n'avait plus que trois dents.
Oh! la vieille, etc.
On regarde dans sa bouche, Ell' n'avait plus que trois dents: Une qui branle, un' qui hoche, Une qui s'envole au vent.
Oh! la vieille, etc.
Une qui branle, un' qui hoche, Une qui s'envole au vent. On regarde dans sa poche, Ell' n'avait qu'trois liards d'argent.
Oh! la vieille, etc.
On regarde dans sa poche, Ell' n'avait qu'trois liards d'argent. Oh! la vieille, la vieille, la vieille, Qui avait trompé l' galant.
MON PÈRE M'A DONNÉ UN MARI.
[Musique:
Mon pèr' m'a don-né un ma-ri, Mon Dieu! quel homm' quel pe-tit hom-me! Mon pèr' m'a don-né un ma-ri, Mon Dieu! quel homm', qu'il est pe-tit!]
Mon pèr' m'a donné un mari, Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme Mon pèr' m'a donné un mari, Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!
Je le perdis dans mon grand lit, Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme! Je le perdis dans mon grand lit, Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!
J'pris la chandelle et le cherchis, Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme! J'pris la chandelle et le cherchis, Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!
A la paillasse le feu prit, Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme! A la paillasse le feu prit, Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!
Je trouvai mon mari rôti, Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme! Je trouvai mon mari rôti, Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!
Sur une assiette je le mis, Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme! Sur une assiette je le mis, Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!
Le chat l'a pris pour une souris, Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme! Le chat l'a pris pour un' souris, Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!
Au chat! au chat! C'est mon mari, Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme! Au chat! au chat! C'est mon mari, Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!
Fillettes qui prenez mari, Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme! Fillettes qui prenez mari, Ne le prenez pas si petit.
RICHE ET PAUVRE.
[Musique:
Ri-che, ri-che que je suis. Se-rai-je tou-jours ri-che? Je ma-rie-rai mes fil-les, A-vec-que cinq cents li-vres; Et mes pau-vres gar-çons, A-vec cent coups d'bâton. Pauvre, pau-vre que je suis, Se-rai-je toujours pau-vre? Mam-zell' se-ra des nô-tres. ]
Riche, riche que je suis, Serai-je toujours riche?
Je marierai mes filles, Avecque cinq cents livres; Et mes pauvres garçons, Avec cent coups d' bâton.
Pauvre, pauvre que je suis, Serai-je toujours pauvre? Mamzell' sera des nôtres.
Dans cette ronde plus que naïve, les jeunes filles se mettent toutes d'un côté, à l'exception d'une seule, qui représente le pauvre. Les premières s'avancent en disant le premier couplet. Lorsque c'est au tour du pauvre à parler, celle qui est seule s'avance en portant son mouchoir ou sa robe à ses yeux comme pour essuyer ses larmes, et elle va prendre une de celles du groupe, ainsi de suite jusqu'à la dernière qui, restée seule, chante le couplet du pauvre, pendant que le groupe nouvellement formé reprend celui du riche.
LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS.
[Musique:
Au-tre-fois le rat de vil-le In-vi-ta le rat des champs, D'u-ne fa-çon fort ci-vi-le, A des re-liefs d'or-to-lans. Sur un ta-pis de Turqui-e Le cou-vert se trou-va mis: Je laisse à pen-ser la vi-e Que fi-rent les deux a-mis.]
Nous avons vu danser en rond par des jeunes filles la fable de la Fontaine, «le Rat de ville et le Rat des champs.» Elles peuvent la mettre en action selon les paroles, que nous rapportons ici, pour celles qui ne s'en souviendraient pas.
Autrefois le rat de ville Invita le rat des champs, D'une façon fort civile, A des reliefs d'ortolans.
Sur un tapis de Turquie Le couvert se trouva mis. Je laisse à penser la vie Que firent les deux amis.
Le régal fut fort honnête, Rien ne manquait au festin: Mais quelqu'un troubla la fête Pendant qu'ils étaient en train.
A la porte de la salle Ils entendirent du bruit; Le rat de ville détale; Son camarade le suit.
Le bruit cesse, on se retire; Rats en campagne aussitôt; Et le citadin de dire: «Achevons tout notre rôt.
«--C'est assez, dit le rustique; Demain vous viendrez chez moi, Ce n'est pas que je me pique De tous vos festins de roi.
«Mais rien ne vient m'interrompre, Je mange tout à loisir. Adieu donc. Fi du plaisir Que la crainte peut corrompre!»
CHANSON DE LA MARIÉE.
[Musique:
Nous som-mes v'nus ce soir. Du fond de nos bo-ca-ges, Vous fai-re com-pli-ment De vo-tre ma-ri-a-ge; A mon-sieur votre é-poux Aus-si bien comme à vous. ]
Nous sommes v'nus ce soir, Du fond de nos bocages, Vous faire compliment, De votre mariage, A monsieur votre époux, Aussi bien comme à vous.
Vous voilà donc liée Madame la mariée (_bis_), Avec un lien d'or Qui ne déli' qu'à la mort.
Avez-vous bien compris C' que vous a dit le prêtre? A dit la vérité, Ce qu'il vous fallait être; Fidèle à votre époux Et l'aimer comme vous.
Quand on dit son époux, Souvent on dit son maître; Ils ne sont pas toujours Doux comme ont promis d'être: Car doux ils ont promis D'être toute leur vie.
Vous n'irez plus au bal, Madame la mariée: Vous n'irez plus au bal, A nos jeux d'assemblées; Vous gard'rez la maison. Tandis que nous irons.
Quand vous aurez chez vous Des boeufs, aussi des vaches, Des brebis, des moutons, Du lait et du fromage, Il faut, soir et matin, Veiller à tout ce train.
Quand vous aurez chez vous Des enfants à conduire, Il faut leur bien montrer Et bien souvent leur dire Car vous seriez tous deux Coupables devant Dieu.
Si vous avez chez vous Quelques gens à conduire, Vous veillerez sur eux; Qu'ils aillent à confesse, Car un jour devant Dieu, Vous répondrez pour eux.
Recevez ce gâteau Que ma main vous présente. Il est fait de façon A vous faire comprendre Qu'il faut pour se nourrir, Travailler et souffrir.
Recevez ce bouquet Que ma main vous présente. Il est fait de façon A vous faire comprendre Que tous les vains honneurs Passent comme les fleurs.
La chanson de la mariée est un exemple de ces rondes qui se rattachent à une coutume locale avec toute la grâce naïve des anciennes traditions. Celle-ci se chante aux noces bretonnes et n'a subi aucun changement depuis le temps de Mme de Sévigné, qui l'écoutait avec plaisir. Les jeunes filles viennent offrir un gâteau et des bouquets à la mariée, en lui donnant les conseils sérieux qui s'appliquent à son nouvel état. Nous croyons que cette ronde pourrait encore s'ajouter à celles que dansent habituellement nos enfants.
QUATRIÈME PARTIE.
JEUX D'ESPRIT.
PIGEON VOLE.
Nous nous adressons d'abord au plus petit enfant, «à tout seigneur tout honneur,» pour lui expliquer le plus simple de tous les jeux d'esprit. Approchez, petite fille, si vous savez marcher; mettez le bout de votre doigt à côté du mien, sur mon genou, et levez-le quand je lève le mien et que je dis: _Pigeon vole_.
Faites bien attention, car je compte vous attraper. Il ne faut lever votre doigt que quand je nomme un oiseau, tandis que moi je lève toujours le mien. Si votre doigt suit l'impulsion que je lui ai transmise, et se lève quand je dis: _Mouton vole_, vous devez un gage. C'est plus difficile qu'on ne pense. Il y a quelquefois de grands débats sur l'espèce de certains animaux. Nous décidons ici, pour éviter toute contestation, qu'on peut ranger parmi les oiseaux les hippogriffes, les poissons volants, les insectes qui ont des ailes, etc., la chauve-souris, également, malgré son double caractère qui lui fait dire alternativement:
Je suis oiseau; voyez mes ailes. . . . . . . . . . . . . . . . . . Je suis souris; vive les rats!
LE CORBILLON.
Ce jeu est un de ceux qui plaisaient à nos aïeux, et il a un air de bonhomie et de simplicité qui doit nous toucher. Le mot _corbillon_, qui signifiait une petite corbeille, n'est plus d'usage dans la langue moderne; mais il peut faire supposer que dans l'origine les joueurs se passaient le corbillon de main en main. A présent, on prend n'importe quel objet, et on le donne à son voisin en disant: _Je vous vends mon corbillon_. Le voisin demande: _Qu'y met-on?_ On doit répondre en rimant en _on_ par un mot qu'il faut tenir tout prêt, comme _un bonbon_, _une chanson_, etc., puis le corbillon passe à un autre jusqu'à ce qu'il ait fait le tour du cercle. Si on préfère une rime en _ette_, on peut dire: _Je vous vends ma cassette_, demander _Que voulez-vous qu'on y mette?_ répondre un mot comme _une allumette_, _une pincette_, etc.; mais c'est une variété qui ajoute peu d'intérêt à ce jeu. On donne un gage si on oublie la rime, ce qui nous paraît assez difficile, et cette méprise serait assurément l'excès de la naïveté, comme dans ces vers si connus de Molière:
.... S'il faut qu'avec elle on joue au corbillon, Et qu'on vienne à son tour lui dire: «Qu'y met-on?» Je veux qu'elle réponde: «Une tarte à la crème.»
COMMENT L'AIMEZ-VOUS?
Sans être bien compliqué, ce jeu peut commencer la série des amusements dans lesquels l'esprit est appelé à jouer déjà un certain rôle. Il se rattache à certaines connaissances de grammaire qui ne sont sans doute pas chose nouvelle pour la plupart de nos jeunes lectrices, et qu'il nous suffira, dans tous les cas, de rappeler par quelques courtes explications.
On choisit un mot parmi les _homonymes_, c'est-à-dire parmi les mots qui sonnent de même quoiqu'ayant un sens différent. On peut choisir soit un homonyme qui a plusieurs acceptions, mais dont l'orthographe ne varie pas comme _fraise_, _son_, _voile_, _livre_, _glace_, soit des homonymes qui se prononcent à peu près de la même manière, mais dont l'orthographe est différente, tels que _mer_, _mère_, _maire_; ou _vert_, _verre_, _ver_, _vers_; ou bien encore _chant_, _champ_. Les premiers homonymes doivent être préférés dans le jeu dont il est ici question. Prenons pour exemple le mot _voile_, qui a plusieurs significations.
Une des jeunes filles, qui doit deviner, et par conséquent ignorer le mot qui a été choisi par ses compagnes, se présente au milieu d'elles, et leur adresse successivement la question suivante: _Comment l'aimez-vous?_ Il faut que chacune, dans sa réponse, fasse allusion à une des propriétés du mot qui a été choisi. Par exemple, si c'est le mot _voile_, l'une dira: «Je l'aime _en dentelle_;» une autre répondra: «Je l'aime _sur un navire_, etc.»
Le jeu se jouera de la même manière avec les homonymes de la seconde espèce. Ainsi, en prenant pour exemple les mots _vert_, _verre_, _ver_, _vers_, les jeunes personnes interrogées peuvent faire les réponses suivantes à la première question: «Je l'aime _transparent_, _en cristal_, _à pied_ (en parlant d'un verre à boire); je l'aime en _rubans de chapeau_ (en parlant de la couleur verte); je l'aime _à la façon de Racine_ (en parlant des vers, poésies, etc.)» Ces exemples, que nous choisissons très simples, peuvent être plus ingénieux, de manière à embarrasser la personne qui questionne, en lui représentant un emploi toujours différent, mais toujours juste du même mot. Il nous souvient qu'en jouant ce jeu, on avait choisi le mot _toit_, _toi_. On adressa la question d'usage à une personne qui répondit: «Je l'aime mieux que _vous_.» Il y avait là une équivoque assez délicate et qui peut donner une idée de la manière dont on peut quelquefois rendre le jeu plus intéressant.
Au deuxième tour, si le mot n'est pas deviné, la question change, et la jeune fille qui est chargée de deviner dit, en s'adressant à chacune de ses compagnes: _Qu'en faites-vous?_ Chacune d'elles donne sa réponse, et si la questionneuse ne réussit pas mieux que la première fois, on passe à un troisième tour par la question suivante: _Où le mettez-vous?_ Il faut, autant que possible, que chacune des personnes conserve, en répondant, l'acception qu'elle a donnée au mot dans ses précédentes réponses. Celle qui a laissé deviner se retire à son tour pour venir ensuite dans le cercle interroger et chercher à deviner lorsque la société a fait choix d'un nouveau mot. On peut donner des gages, soit lorsque, de l'avis général, on a fait une mauvaise réponse, soit lorsqu'on a fait les trois tours sans deviner le mot. On dit alors vulgairement: _Je jette_ ou _je donne ma langue aux chiens_, vieille expression consacrée par l'usage, et que de bons écrivains n'ont pas dédaigné d'employer familièrement. Nous croyons qu'on sera bien aise de trouver ici quelques homonymes dont on pourra se servir.
Homonymes de la première espèce.
_Air._ _Carreau._ _Dé._ _Fraise._ _Glace._ _Livre._ _Mousse._ _Mule._ _Soufflet._ _Son._ _Souris._ _Voile._ _Livre._
Homonymes de la seconde espèce.
_Alêne._ Haleine. _Amande._ Amende. _Ancre._ Encre. _Bal._ Balle. _Balai._ Ballet. _Chant._ Champ. _Cane._ Canne. _Canot._ Canaux. _Chaire._ Chair. Chère. Cher. _Cellier._ Sellier. _Cerf._ Serre. Serf. _Chaîne._ Chêne. _Cire._ Sire. _Coeur._ Choeur. _Compte._ Comte. Conte. _Cygne._ Signe. _Écot._ Écho. _Faîte._ Fête. _Fard._ Phare. _Foi._ Foie. _Gaz._ Gaze. _Héraut._ Héros. _Lait._ Laie. Laid. Lai. _Luth._ Lutte. _Maire._ Mer. Mère. _Maître._ Mètre. _Mante._ Menthe. _Pan._ Paon. _Palais._ Palet. _Peau._ Pot. Pau (ville). _Pain._ Pin. _Poids._ Pois. Poix. _Reine._ Rêne. Renne. _Saut._ Sceau. Seau. Sot. _Tan._ Temps. _Tante._ Tente. _Thon._ Ton. Taon. _Toi._ Toit. _Van._ Vent. _Vin._ Vingt.
J'AIME MON AMI PAR A.
Ce jeu est le premier d'une série de jeux dans lesquels toutes les lettres de l'alphabet jouent un rôle à leur tour. Il n'y a rien à deviner. Chaque jeune fille dit successivement la formule dont nous allons donner un exemple, et si elle fait quelque erreur, ou qu'elle ne puisse trouver un mot qui s'applique bien, elle paye un gage. Elle en paye également un si elle répète un mot qui ait déjà été dit.
Voici l'exemple que l'on peut varier à l'infini: «J'aime mon ami par A, parce qu'il est amusant; je le nourris d'amandes; je l'envoie à Alençon, je lui donne un agneau et je lui fais un bouquet d'anémones.»
On voit que chaque mot exprimant une qualité, un présent, etc., doit commencer par la lettre A. Lorsque cette lettre paraît épuisée, on peut passer à la lettre B, et ainsi de suite: en supprimant toutefois les lettres K, X, Y, et Z, comme trop difficiles.
L'AMOUR.
La jeune fille qui dirige ce jeu s'assied seule en face de ses compagnes assises toutes sur une même ligne. Elle les appelle l'une après l'autre. Celle qui est appelée s'arrête devant la maîtresse du jeu, qui lui dicte le rôle qu'elle devra figurer en lui disant:
Viens, amour, et sois affable, Viens, amour, et sois boudeur, Viens, amour, et sois colère, etc.
Elle indiquera à chacune son caractère, en suivant l'ordre des lettres de l'alphabet. L'amour doit en entendant cet ordre, figurer par ses gestes et son attitude le rôle qui lui est indiqué; ensuite il va se placer à côté de celle qui préside et devient spectateur des autres petites scènes, à moins qu'il ne soit convenu que l'on recommencera plusieurs tours, ce qui a lieu lorsque la compagnie n'est pas nombreuse, ou que le jeu amuse assez pour le continuer jusqu'à Z.
LE LOGEMENT.
Chaque jeune fille prend une lettre de l'alphabet et là-dessus on forme tous les mots nécessaires au récit d'un voyage. Quand cela est fait, la maîtresse du jeu demande à celle qui a choisi l'A: _Comment vous appelez-vous?_ Il faut qu'elle réponde _Annette_, ou _Aline_, ou bien un nom d'homme commençant par la lettre choisie, si c'est ainsi convenu, et ensuite un surnom à son choix qui commence par la même lettre. On lui demande ensuite: _D'où venez-vous?_ Elle répond: _d'Amiens_ ou _d'Arras_, etc. Il faut répondre de la même manière pour dire l'enseigne de l'auberge où on a logé, le nom de l'hôte, celui de l'hôtesse, celui de la servante, les mets qu'on a mangés; on peut multiplier les questions pour rendre le jeu plus difficile, en demandant au voyageur le nom des arbres qui étaient dans le lieu d'où il vient, les médicaments qu'on a donnés à un malade; les armes dont on s'est servi dans une bataille, le vêtement que l'on portait, etc. Les réponses doivent être faites, autant que possible, dans le sens de la question, et il faut tâcher d'y mettre un peu d'intérêt.
PROVERBES, SENTENCES OU DEVISES.
On a inventé un jeu qui rentre dans la classe des précédents, en récitant un proverbe ou telle autre petite phrase courte et connue, qui soit d'un usage assez répandu pour qu'il ne soit pas possible d'y substituer une phrase improvisée. Chacune des jeunes filles prend une lettre de l'alphabet, et doit, quand celle qui dirige le jeu l'interpelle, répondre par une sentence commençant par la lettre qu'elle a choisie. Par exemple, pour la lettre A, on peut dire: _A bon chat bon rat_; _à l'oeuvre on connaît l'ouvrier_; _a beau mentir qui vient de loin_, etc. Pour la lettre B, on dira: _Bon sang ne peut mentir_; _bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée_, etc. Nous ne multiplions pas les exemples, parce qu'il vaut mieux que chacun se donne la peine de chercher ce qu'il dira. Ce jeu est assez difficile, mais il exerce la mémoire.
Un autre jeu _des proverbes_ se joue de cette manière: On choisit, pour le faire deviner, un proverbe dont chacun prend un mot, qu'il doit placer dans sa réponse à la personne qui l'interroge. Ainsi, par exemple, si l'on prend le proverbe; _Chat échaudé craint l'eau froide_, la première personne prend le mot chat; la seconde, le mot _échaudé_; la troisième, _craint_, et ainsi de suite. Si le proverbe est trop long pour le nombre des personnes qui forment le jeu, chacun prend deux mots, en ayant soin d'en prévenir le patient qui devine. Il faut, dans la réponse que l'on fait, placer le mot avec assez d'art pour qu'il ne puisse être facilement deviné.
LE MOT CACHÉ.
La jeune fille qui doit deviner sort de la chambre; les autres choisissent un mot simple et d'un emploi fréquent; par exemple: _comme_, _si_, _un_, _pas_. Ce mot doit se trouver renfermé dans les réponses que l'on fera aux questions de celle qui devine. Quand elle revient et qu'elle a fait sa question, elle doit bien observer le retour du même mot dans chacune des réponses qui lui sont faites. Celle qui fait deviner, en employant le mot maladroitement ou en le faisant trop remarquer, ira deviner à son tour.
Nous avons pensé que, pour faciliter l'intelligence de certains jeux un peu compliqués, il serait à propos de les présenter sous forme de dialogues, et nous aurons recours à cet expédient toutes les fois que nous le jugerons nécessaire. Nous supposons sept jeunes filles réunies pour ce jeu. Elles se nomment Émilie, Henriette, Louise, Marie, Mathilde, Héloïse et Juliette. C'est Émilie qui sort pendant que les autres vont chercher un mot.
MARIE. Quel mot choisissons-nous?
LOUISE. Le mot _amitié_, ou bien _crainte_.
HÉLÈNE. Non, non; il serait trop facile à deviner. Prenons le mot _bien_.
TOUTES. Oui, _bien_. Viens, Émilie. (_Émilie rentre._)
ÉMILIE. Marie, as-tu été te promener ce matin?
MARIE. Oui, et la promenade était bien agréable.
ÉMILIE. Louise, aimes-tu les pêches?
LOUISE. Oui, j'aime bien les pêches, mais je préfère les groseilles.
ÉMILIE. Mathilde, quel livre lis-tu en ce moment?
MATHILDE. Je lis _Hélène_, par miss Edgeworth, et j'aime bien le caractère d'Hélène.
ÉMILIE. Henriette, est-ce toi qui as brodé ce col?
HENRIETTE. Non, ce n'est pas moi, parce que je ne brode pas assez bien.
ÉMILIE. Je n'irai pas plus loin, le mot est _bien_. C'est Henriette qui m'a fait deviner. (_Henriette sort_.)
Nous ne continuons pas, parce que le jeu nous paraît suffisamment expliqué. Nous allons le remplacer par un autre qui lui ressemble beaucoup, mais qui est un peu plus difficile et plus amusant.
RÉPONSE EN UNE PHRASE.
Nous nous servons encore du même procédé pour rendre notre explication plus claire. Une jeune fille va deviner. Cette fois, c'est Louise. Chacune donne un mot à sa compagne, qui est obligée de faire entrer ce mot dans sa réponse, quelle que soit la question qu'on lui adresse.
ÉMILIE. Juliette, je te donne le mot _crocodile_.
JULIETTE. Et moi je donne à Marie le mot _enchanteur_.
MARIE. Je donne à Hélène le mot _baromètre_.
HÉLÈNE. Je te donne, Mathilde, le mot _jardin_.
MATHILDE. Je donne à Henriette le mot _chanson_.
HENRIETTE. Et toi, Émilie, je te donne _bateau_. (_Louise rentre._) Émilie, as-tu reçu des nouvelles de ta maman?
ÉMILIE. Oui, et elle m'écrit qu'étant sur le bateau qui descend la Saône elle a eu un grand orage, avec beaucoup de tonnerre et d'éclairs.
LOUISE. C'est _tonnerre_.
TOUTES. Non, non; c'est bateau.
LOUISE. Juliette, comptes-tu te lever de bonne heure demain?
JULIETTE. Je me lèverai le plus tôt que je pourrai; car, quand je dors trop, je fais des rêves affreux, et je vois en rêvant des loups, des serpents, des crocodiles, des tigres, des rhinocéros et des ours.
LOUISE. En voilà assez. Comment veux-tu que je me retrouve dans toutes ces vilaines bêtes? C'est cro.... non, c'est rhinocéros.
JULIETTE. Pas du tout; tu avais bien commencé, c'est _crocodile_.
LOUISE. Allons, à une autre. Marie, as-tu fini ton dessin?
MARIE. Pas encore. J'aurais besoin pour le finir de la baguette d'un enchanteur ou de celle d'une fée qui viendrait dans un petit char traîné par des colombes ou des papillons.
LOUISE. Je suis bien embarrassée, mais je crois que c'est _papillon_.
MARIE. Non, c'est _enchanteur_.
LOUISE. Je ne devinerai donc pas? Dis-moi, Hélène, aimes-tu les fraises?
HÉLÈNE. Que faut-il donc que je réponde? Quand le baromètre... Non; j'aime bien les fraises, mais j'aime à m'aller promener quand le baromètre annonce du beau temps.
LOUISE. Ce mot-là n'est pas difficile à deviner. C'est _baromètre_.
MATHILDE. Quel dommage! je préparais une si jolie histoire!
LOUISE. Il n'est pas toujours possible de se servir de l'histoire que l'on a préparée.