Jean de Thommeray; Le colonel Evrard

Part 10

Chapter 10475 wordsPublic domain

--J’en ai beaucoup. Dès que je vous ai vue, vous avez gagné mon affection. Il me semble que j’ai toujours été votre ami, et il me serait douloureux de partir avec la pensée que vous souffrez peut-être d’une peine secrète. Dites, mon enfant, qu’avez-vous?

--Je ne puis, je n’oserai jamais vous le dire.

--Vous n’avez donc pas confiance en moi? Je ne saurais donc vous être d’aucun secours?

--Il n’est personne au monde qui m’inspire autant de confiance que vous.

--Eh bien, parlez, ouvrez-moi votre cœur.

Elle resta quelque temps silencieuse, puis d’une voix tremblante:

--Si, comme Thérèse, j’aimais quelqu’un, moi aussi?

--Vous vous consoleriez comme Thérèse, dit Evrard en souriant.

--Thérèse est aimée, reprit-elle tristement, et moi, je ne sais pas si le seul homme à qui je voulusse donner ma vie est disposé à l’accepter.

--C’est donc l’empereur de la Chine?

--Ne raillez pas, répondez franchement. Pensez-vous qu’un homme sérieux, très-sérieux, pourrait s’attacher à une écervelée comme moi, qu’il consentirait à devenir mon guide, mon appui?

--Je pense que vous êtes une adorable créature, et qu’il n’est pas un galant homme qui ne fût heureux de vous donner son nom.

--C’est vrai, ce que vous me dites-là?

--Oui, certes, très-vrai.

--Je suis riche, orpheline, et mes vieux parents m’estiment assez pour ne vouloir contrarier ni mes goûts ni ma liberté. Voyez jusqu’où va ma confiance, je compte sur vous pour offrir ma main à celui qu’entre tous j’ai choisi. Vous lui direz que, s’il la refuse, mademoiselle de Champlieu ne se mariera jamais.

--Mais, demanda Evrard très-ému, je le connais donc?

--Oui, vous le connaissez. C’est un soldat d’Afrique, l’honneur et la loyauté même.

--Qui donc enfin?

--C’est, dit Marthe en levant sur lui ses beaux yeux pleins de larmes, c’est le colonel de votre régiment.

Que répondit Evrard? Toi-même, ami lecteur, à sa place qu’aurais-tu répondu? Il ne retourna pas seul en Afrique; il emportait avec lui le plus rare de tous les trésors, une femme d’un esprit gai, d’une âme droite et d’un cœur sincère.

1865.

FIN

TABLE

JEAN DE THOMMERAY 1

LE COLONEL EVRARD 157

IMPRIMERIE EUGÈNE HEUTTE ET Cᵉ, A SAINT-GERMAIN.

* * * * *

Corrections.

Page 153: «es» remplacé par «les» (rien de commun avec les éclats de voix). Page 159: «Grand-Sacconex» remplacé par «Grand-Saconnex» (C’est chez vous, au Grand-Saconnex). Page 187: «meilleurs» remplacé par «meilleures» (les meilleures et les plus durables). Page 201: «intants» remplacé par «instants» (Il y avait des instants où il me semblait). Page 222: «Mansard» remplacé par «Mansart» (J’étais Mansart, Le Nôtre et Colbert). Page 233: «demanda-telle» remplacé par «demanda-t-elle» (Eh bien! demanda-t-elle en se tournant). Page 247: «gavement» remplacé par «gravement» (et s’avança gravement vers madame). Page 254: «d» remplacé par «de» (Bien volontiers, répondit madame de La Varenne). Page 266: «ommandement» remplacé par «commandement» (le geste et la voix du commandement). Page 288: «solda» remplacé par «soldat» (C’est un soldat d’Afrique).