Jacques Cartier

Chapter 19

Chapter 19647 wordsPublic domain

L'hiver fut très-rude. Le scorbut décima de nouveau les équipages de Jacques Cartier. Le brave navigateur n'avait reçu aucune nouvelle de Roberval. Les sauvages harcelaient ses pauvres colons. Ceux-ci se révoltèrent contre leur chef. Il se vit forcé de les rembarquer au commencement du printemps. En abordant dans la baie Saint-Jean à Terreneuve, il y trouva Roberval arrivé avec trois navires et deux cents passagers [61]. Mais il y trouva aussi, et ce fut un rayon de miel pour son coeur ulcéré, Constance sur le point d'aller le rejoindre par les vaisseaux du vice-roi.

L'histoire de la jeune fille était singulière. Arrachée au naufrage du _Saint-Vincent_ par les Boethics, elle avait dû de n'être pas égorgée par ces insulaires à la marque qu'elle portait sur la poitrine et qui était le _novake_ [62] ou blason de la tribu. Du reste, le souvenir de sa mère et de son père était encore présent à leur mémoire. Constance s'instruisit bien vite dans leur langage; ils lui conférèrent une part d'autorité sur eux.

[Note 61: Cartier lui montra quelques grains d'or et des diamants qu'il avait trouvés aux environs de Stadacone. L'or était de bon aloi, mais les diamants étaient faux. Néanmoins, le lieu où ils furent découverts a pris depuis le nom de cap Diamant. C'est sur ce cap que s'élève la formidable citadelle de Québec, à trois cent cinquante pieds au-dessus du niveau du Saint-Laurent.]

[Note 62: Voir la _Fille des Indiens Rouges_.]

Au retour d'une expédition contre les Esquimaux, on avait conté à Constance que des blancs étaient venus la demander. Dès que la saison le permit, elle se transporta sur le rivage de la mer, sous prétexte de chasser et épia l'apparition d'un navire européen.

La Providence avait exaucé ses voeux eu lui faisant découvrir les vaisseaux de Roberval.

Je ne peindrai ni la joie de maître Jacques, ni l'allégresse de Jean Morbihan.

Avec tous les ménagements possibles, Cartier apprit à Constance la parenté qui l'unissait à celui qu'elle avait rêvé pour époux et la triste fin de cet infortuné.

Déjà, Constance était guérie de son fol amour. Les vicissitudes de la vie avaient mûri sa raison. Mais elle pleura sincèrement le sort du frère qu'elle avait perdu.

Roberval souhaitait que Cartier retournât à la Nouvelle-France [63]. Celui-ci n'y voulut point consentir. Son oeuvre était terminée. Il avait tracé la route. A d'autres le soin de la frayer!

[Note 63: Il était parti de la Rochelle le 16 avril 1542.]

Jacques Cartier partit bientôt de Terreneuve et rentra à Saint-Malo, le mois suivant.

Le bonheur de dame Catherine, la félicité d'Étienne Noël ne sauraient se décrire. J'abandonne à l'imagination de mon lecteur cette tâche aussi douce que délicate.

Pendant une année Constance porta le deuil de son frère. Elle le quitta pour suivre le bon Étienne au pied des autels.

--Terr i ben! j'avais bien dit que tout ça finirait par une noce, da oui! marmottait gaiement Jean Morbihan en sortant de l'église.

Jacques Cartier avait été parfaitement accueilli par François Ier, mais il avait sacrifié à ses belles découvertes repos, fortune, santé. Il ne reprit plus la mer et mourut, dit M. Ch. Cunat, dans sa soixantième année.

N'est-il pas douloureux cependant de penser que, non-seulement on ignore le lieu où gît la dépouille de ce grand citoyen, mais que la date exacte de son décès soit une énigme indéchiffrée.

Et n'est-ce pas simple justice de réclamer, une fois encore, après trois siècles d'oubli, un monument public, une statue pour:

JACQUES CARTIER,

LE DÉCOUVREUR DU CANADA

FIN.

TABLE DES MATIÈRES.

DÉDICACE. AU LECTEUR. PROLOGUE. CHAPITRE Ier.--Saint-Malo, patrie de Jacques Cartier. II.--Le départ. III.--Le sauveur. IV.--La sorcière. V.--Georges de Maisonneuve. VI.--Le tête-à-tête. VII.--«Au cochon à monsieur saint Anthoine». VIII.--Les Tondeurs. IX.--Le Chariot. X.--L'enlèvement. XI.--La prison. XII.--Tentative d'évasion. XIII.--Le Saint-Laurent. XIV.--Terriben. XV.--Hochelaga. XVI.--Fragments de mémoires. XVII.--Retour à Saint-Malo. XVIII.--Les Portes-Cartier. XIX.--Conclusion.

FIN DE LA TABLE.