Isabeau de Bavière, reine de France. La jeunesse, 1370-1405
Part 23
[Footnote 956: Religieux de Saint-Denis, _Chronique de Charles VI_, t. III, p. 13.]
[Footnote 957: Religieux de Saint-Denis..., t. III, p. 331.]
Quelques-mois auparavant, elle avait déjà entendu blâmer sa conduite, mais sans pouvoir sévir. Au mois de mai précédent, un Augustin, Jacques Legrand, prêchant à la cour le sermon de l'Ascension, s'était autorisé et de sa robe de moine et des violences de langage tolérées chez les Frères prêcheurs, pour répéter en face d'Isabeau ce que tout le monde chuchotait. Quand il s'était écrié: «la déesse Vénus règne seule à votre cour, ô Reine,» l'allusion était ambiguë; mais quand il avait dit: «l'ivresse et la débauche lui servent de cortège et font de la nuit le jour, corrompant les mœurs et énervant les cœurs»; il avait nettement visé les fêtes de la cour; lorsqu'enfin il avait conclu: «partout on parle de ces désordres, et de beaucoup d'autres..., si vous voulez m'en croire, ô Reine, parcourez la ville sous le déguisement d'une pauvre femme, vous entendrez ce que chacun dit[958]», l'apostrophe était bien directe.
[Footnote 958: Religieux de Saint-Denis, _Chronique de Charles VI_, t. III, p. 269.]
Cette fois, les dames et les familiers d'Isabeau avaient tous pris parti pour leur souveraine, sans doute parce qu'ils s'étaient sentis enveloppés dans la même réprobation; et, comme ils marquaient au prédicateur leur étonnement, celui-ci déclara que lui-même en avait éprouvé un beaucoup plus grand à la vue de leurs mauvaises actions et il ajouta: «non seulement de celles que j'ai flétries, mais d'autres que je ferai connaître à la Reine quand il lui plaira[959]».
[Footnote 959: _Ibid._]
Jacques Legrand avait fait preuve d'un réel courage en invectivant contre la cour et ses mœurs dissolues, car certainement il connaissait l'histoire de saint Jean Chrysostôme et de l'impératrice Eudoxie et savait que «les femmes et surtout les nobles dames s'irritent des paroles qui leur déplaisent[960]».
[Footnote 960: Religieux de Saint-Denis..., t. III, p. 269.]
L'âme vindicative d'Isabeau dut cruellement souffrir de ne pouvoir corriger l'audacieux prédicateur. Bien plus, on dit que Charles VI, au rapport qu'on lui fit de la mercuriale du moine augustin, «en témoigna beaucoup de satisfaction[961]»; il était alors en possession de son bon sens; quel grief avait-il donc contre Isabeau pour se réjouir des insultes qu'on lui avait prodiguées? quelques-uns des mauvais bruits qui circulaient sur le compte de sa femme, étaient-ils parvenus à ses oreilles; ou, de ses propres yeux, avait-il surpris quelques indices?
[Footnote 961: _Ibid._, p. 271.]
Le chroniqueur Guillaume Cousinot, familier du duc d'Orléans, traite de calomnies tous les méchants propos qui se colportaient alors à la cour et dans la ville; pourtant il ne croit pas devoir les passer sous silence; il dit que le duc de Bourgogne, pour mettre «les cueurs du peuple» contre la Reine et Louis d'Orléans, fit «semer par cayemans et par tavernes faulces mençonges de la royne et du duc d'Orléans son frère[962]».
[Footnote 962: G. Cousinot, _Gestes des Nobles_, p. 109.]
Quant au Religieux de Saint-Denis, dont la plume chaste et circonspecte n'aurait su formuler une accusation sans preuves évidentes, il n'affirme rien de positif, mais son récit autorise les soupçons, car il nous représente Isabeau et le duc toujours ensemble, comme deux complices: «Ils mettaient toute leur vanité dans les richesses, toutes leurs jouissances dans les délices du corps....., ils oubliaient tellement les règles et les devoirs de la royauté qu'ils étaient devenus un objet de scandale pour la France et la fable des nations étrangères[963].»
[Footnote 963: Religieux de Saint-Denis, _Chronique de Charles VI_, t. III, p. 267.]
Il est vrai qu'en ces années 1404-1406, le pamphlétaire parisien qui flagellait avec le plus de violence la cupidité d'Isabeau, le luxe effrené de son entourage, ne parle pas des mœurs privées de la Reine; aucun de ses traits ne vise précisément sa conduite; pourtant, en lisant très attentivement les cinglantes satires contenues dans le «_Songe véritable_», on s'aperçoit que l'auteur n'exprime pas toujours sa pensée jusqu'au bout; il s'arrête, comme s'il jugeait trop grave ce qu'il lui reste à dire. Ainsi ses personnages allégoriques profèrent parfois de terribles menaces contre Isabeau à propos d'actions, voire même de fautes qui, vraiment, ne méritent pas toutes ces foudres: A un endroit, Fortune répond aux supplications de Souffrance:
«Je ly ferai avoir tel honte, «Et tel dommage et telle perte «Qu'en la fin en sera déserte[964],»
[Footnote 964: _Le Songe Véritable_, vers 1741-1743 (éd. Moranvillé, _Mém. Soc. Hist. de Paris_, t. XVII, p. 276).]
Autre part, c'est Raison qui lance contre Isabeau une sorte d'arrêt:
«Se devers moy bientost ne viens, «..... te menray a tel meschief «Que tu n'aras membre ne chief «Qui ne tremble de fort ire. «Maiz ne te veuil ores plus dire, «Pour ce que femme a pou de honte «Et font de mes diz pou de compte. «Maiz en la fin t'en souvendra. . . . . . . . . «On dit en proverbe souvent «Que nul ne scet qu'à l'euil ly pend[965].»
[Footnote 965: _Le Songe Véritable_, vers 2838-2855.]
Si Isabeau lut ou connut ces vers, elle dut trembler: n'évoquaient-ils pas le souvenir de la fin tragique de Marguerite de Bourgogne et l'affreuse vision du Château Gaillard?[966]
[Footnote 966: Marguerite de Bourgogne, femme du roi Louis X le Hutin, ayant été convaincue d'adultère, fut enfermée au Château Gaillard où elle périt étranglée par ordre de son mari.]
Ce que le «_Songe véritable_» permet seulement de supposer, un autre pamphlet le _Pastoralet_ le publie en neuf mille vers. Ce dernier poème est le très long et parfois très agréable récit de la «joyeuseté qu'on faisait à Paris en temps de paix», de la «hantise» qu'avait le duc d'Orléans avec la Reine, et des effroyables conséquences de leurs amours.
La Bergère «Belligère», c'est la Reine Isabeau
«Sy qu'en coer bataille porta.[967]»
[Footnote 967: _Le Pastoralet_, vers 8886. (_Chr. Belges_, textes français, p. 845).]
«Tristifer» est le duc d'Orléans, personnage sinistre. L'amour est né en eux, insensiblement, à la faveur des joyeux plaisirs de la cour. Un jour, il se trouve que le Roi Charles VI, «le berger Florentin amie fausse a», car Belligère
«... a tout abandonné «Son coer et sans parler donné.»
Alors que de son côté Tristifer
«Un pensement malvois avoit «D'aimer ce qu'amer ne debvoit.»
Longtemps il n'y eut entre eux qu'échange de doux regards,
«Il pense à elle, et elle à ly.»
Enfin, un beau soir, tandis que les pastours
«En sonnant busines et cors»,
ont quitté la fontaine et ramènent leurs troupeaux, Isabeau, que l'amour tourmente est venue
«Seoir par dessoubs la caurrette «Droit au soel de son herbegage.
où ne tarde pas à la rejoindre
«L'amant fol et non pas sage. . . . . . . . . «Mais, ains que passe la nuitie «Sera tele choise exploitie «Tant seront d'amours échaudés «Que Florentin sera fraudés[968].»
[Footnote 968: _Le Pastoralet_, vers 1035-1038 et 1069-1073..... p. 605-606.]
Certes, tout cela n'est que malicieuse et facile fiction; c'est en vers plaisants la satire du parti d'Orléans au profit des Bourguignons; pourtant, au moment où le poème est écrit, vers 1420, ceux-ci ont tout intérêt à ménager Isabeau dont ils sont les obligés. De plus, si les amours de la Reine et de son beau-frère n'avaient pas été la fable publique, comment un vrai poète eût-il consacré près de dix mille vers à cette «histoire». Au surplus, l'auteur anonyme du Pastoralet déclare n'employer comme matière que des faits connus de tous,
«Car l'ystore qui est couverte «Ichy, est ailleurs descouverte «Si com ens croniques de France: . . . . . . . . «Et meismement en raconte . . . . . . . . «L'abbé de Chierchamp[969] en ung conte «Et aultres que ne dy espoir[970].»
[Footnote 969: Probablement l'auteur d'un pamphlet qui n'est pas parvenu jusqu'à nous.]
[Footnote 970: _Le Pastoralet_, vers 8832-8840... p. 843-844.]
A partir de 1420, les Anglais exploitèrent, pendant de longues années, le souvenir des bruits qui avaient circulé sur l'adultère de la Reine; «Cil qui se dit dauphin», disaient-ils, en parlant de Charles né en 1403, et, par ces mots, ils entendaient que le jeune prince «n'estoit pas légitime, et par ce moyen inhabile à succéder à la couronne de France[971]». Certes, ce témoignage paraît suspect au premier chef, puisqu'il émane d'ennemis intéressés; il mérite pourtant qu'on s'y arrête, car il évoque le souvenir des doutes angoissants de Charles VII se demandant «s'il était vrai fils du Roi de France».
[Footnote 971: Jean Chartier, _Histoire de Charles VII roi de France_ (éd. Vallet de Viriville. Paris, 1858. 3 vol. in-18º) t. I, p. 209-210.]
«Sire, n'avez-vous pas bien en mémoire que le jour de la Toussaint dernière, vous estant en votre oratoire tout seul, la première requeste que vous feiste à Dieu fut que vous priastes que se vous n'estiez vray héritier du royaume de France vous oster le courage de le poursuivre?[972]» C'est en ces termes que l'abréviateur du Procès de Jeanne d'Arc rapporte l'entretien de la Pucelle avec le Roi, en mai 1429; et il dit tenir son renseignement «de grans personnages qui l'ont veu en chronique bien autentique».
[Footnote 972: J. Quicherat, _Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc_ (Paris 1841-1849 5 vol. in-8º) t. IV, p. 258.]
Une version analogue est celle de P. de Sala qui a reçu les confidences d'un chambellan du Roi[973].
[Footnote 973: «Monseigneur de Boissy, dit-il, me conta entre aultres choses le secret qui avait esté entre le roy et la Pucele, et bien le povoit scavoir, car il avoit esté en sa jeunesse tres aymé de ce roy, tant qu'il ne voulut oncques souffrir coucher nul gentilhomme en son lit fors que lui». J. Quicherat, _Procès de réhabilitation..._, t. IV, p. 280]
Les anxiétés de Charles VII se trouvent aussi consignées dans le «_Miroir des femmes vertueuses_», où le jeune Roi nous est représenté «sillogisant la nuit en sa pensée, ses graves affaires,» et, tandis que ses gens dormaient, se levant doucement «et à nuds genoux» suppliant Notre-Dame que, «s'il estoit vray fils du Roy de France et héritier de sa couronne», elle l'aidât à recouvrer son royaume[974]. L'existence d'un secret entre la Pucelle et Charles VII est affirmée par plusieurs historiens du temps, par les témoins du procès à décharge, et si, presque tous, par prudence sans doute, prétendent ignorer ce que se dirent Charles et Jeanne, ou révèlent simplement que celle-ci rappela au Roi un vœu qu'il avait fait en son privé[975], Frère Jean Pasquel, de l'ordre de Saint-Augustin, confesseur de Jeanne, dépose que sa pénitente s'écria: «Et moi je te dis de la part de Messire que tu es vray héritier de France et fils du Roy[976]!» Cette parole rassura Charles et le releva de son accablement.
[Footnote 974: J. Quicherat, _Procès de réhabilitation_, t. IV p. 280.]
[Footnote 975: Simon Charles, qui était maître des requêtes à la chambre des Comptes en 1429, et qui assistait à l'entrevue de Chinon, déclara au procès de réhabilitation «que Jeanne avait parlé longtemps avec le roi, et que celui-ci après l'avoir entendue, paraissait joyeux». J. Quicherat.., t. III p. 116.--Jean d'Aulon, chevalier célèbre par ses exploits, que Charles VII avait chargé de veiller sur Jeanne, dit: «parla la dicte Pucelle au roy notre sire secrètement, et lui dist aucunes choses secrètes lesquelles il ne sect». J. Quicherat.., t. III p. 209.--On lit aussi dans le _Journal du siège d'Orléans_ «et depuis mesne déclara au roy en secret, présent son confesseur et peu de ses secrets conseillers, ung bien (c'est-à-dire un vœu) qu'il avoit fait dont il fut fort esbahi, car nul ne le povoit sçavoir, sinon Dieu et luy». _Procès de réhabilitation_, t. IV p. 128.]
[Footnote 976: J. Quicherat, _Procès de réhabilitation.._, t. III, p. 103.]
Les seules insinuations des Anglais n'auraient pas suffi à troubler à ce point le cœur du jeune prince s'il n'avait entendu, dans son entourage même, d'anciens serviteurs de son père s'entretenir des scandales passés. Or, d'après nos références, ces scandales seraient postérieurs à la naissance de Charles (février 1403)[977]. En effet, la Reine ne paraît avoir définitivement rompu avec son mari que beaucoup plus tard. De plus, et sans nous arrêter à la gênante clairvoyance de Philippe de Bourgogne, un gros obstacle pourtant dans la circonstance, Isabeau aurait aimé longtemps sans découvrir son amour, et Louis d'Orléans, réputé si volage, se serait trouvé enchainé précisément à cette époque; il avait alors pour maîtresse «Maret la tonse mignote»[978], cette Maret, «qui le miex dansoit», et qui n'était autre que Mariette d'Enghien, dame de Cany, dont il eut, entre 1402 et 1404, un fils, Dunois, le célèbre bâtard d'Orléans[979].
[Footnote 977: G. de Beaucourt, _Histoire de Charles VII_, t. I, p. 1-5.]
[Footnote 978: _Le Pastoralet_, vers 389, (_Chr. Belge_, textes fr., p. 585).]
[Footnote 979: Jarry., _Vie politique de Louis d'Orléans_, Introduction, p. XVI.]
Donc, si l'on en croit certains témoignages de contemporains, la Reine aurait aimé le duc d'Orléans; mais en admettant que l'accusation soit vraie, il nous semble qu'Isabeau s'est abandonnée à moitié entraînée par la passion, à moitié déterminée par des raisons politiques.
On se rappelle que la Reine et le duc d'Orléans, tous les deux parfaitement d'accord sur la plupart des questions de politique intérieure, étaient au contraire profondément divisés sur les affaires du dehors: il n'est pas invraisemblable qu'Isabeau, dégagée de tous scrupules conjugaux, et Louis, à qui aucune conquête ne paraissait impossible, aient pensé, chacun de son côté et en même temps, à se rendre maître de son antagoniste par la séduction.
Disons enfin que la mort du duc de Bourgogne jeta la Reine dans les bras du duc d'Orléans. Cette assertion est vraie, au moins au point de vue politique, car effrayée par l'attitude menaçante de Jean-Sans-Peur[980], héritier de Philippe-le-Hardi, et se sentant trop faible pour rallier autour d'elle les fidèles du Roi et se faire centre d'un parti, Isabeau demanda, en quelque sorte aide et protection à Louis d'Orléans.
[Footnote 980: Jean de Bourgogne avait reçu le surnom de _Sans-Peur_, pour sa belle conduite à la bataille de Nicopolis en 1396.]
Le nouveau duc de Bourgogne avait toujours été antipathique à la Reine, à cause de sa laideur et de ses façons hypocrites. Son masque était dur: sourcils épais, regard fuyant, bouche méchante, énorme menton noyé dans la graisse[981]. Son langage était mielleux, ses gestes lourds ou brutaux. En sa présence, Isabeau éprouvait une peur instinctive; car elle devinait son vilain cœur, et le jugeait capable de tout. Bientôt pourtant, elle traitera avec cet homme, et alors elle semblera ne pas s'être livrée tout entière au duc d'Orléans, mais seulement s'appuyer sur son bras; on la verra même, dans ces conjonctures, prendre des sûretés contre celui-ci, pour lui rendre ensuite toute sa confiance. Ces revirements de l'ondoyante Isabeau, supportés d'ailleurs avec indifférence par Louis, font douter que des liens très étroits aient uni ces deux personnages: tout bien examiné, ils font beaucoup plus l'effet de partenaires que d'amants.
[Footnote 981: Voy. un portrait de Jean-sans-Peur duc de Bourgogne, au musée Condé à Chantilly.]
* * * * *
Nous avons prolongé, dans cette étude, la jeunesse d'Isabeau de Bavière jusqu'à la trente-cinquième année parce qu'alors seulement le caractère politique de cette Reine nous apparaît entièrement formé. Après vingt ans de règne, pendant lesquels elle a reçu les enseignements de Philippe de Bourgogne, elle ne peut plus ignorer aucune des traditions du Royaume de France. Mais elle est restée allemande au fond du cœur et bientôt on la verra, inconsciente de la noble tâche qui lui était échue, présider en quelque sorte aux malheurs qui déchireront le royaume, et qui, durant de longues années, le couvriront de misères et de ruines jusqu'à ce qu'une fille héroïque, venue des Marches de Lorraine, sauve la couronne que cette étrangère avait failli perdre.
TEXTES INÉDITS
I
_8 février 1389_[982].
SAUF-CONDUIT ACCORDÉ PAR ISABEAU, REINE DE FRANCE, À L'ABBAYE DE LONGCHAMPS (Orig. Arch. Nat. K 53, pièce 79.)
[Footnote 982: Nouveau style.]
Elysabeth, par la grâce de Dieu royne de France, à touz fourriers, preneurs, chevaucheurs, portechappes, varles, aides et soubzaides d'escuirie et de fourriere, poullailliers, bouchiers et touz autres commis et deputez ou à deputer et commettre à faire prises pour les garnisons, pourveances, despense et service de nostre hostel, aus quiex ces lettres seront monstrées, salut. Nous, pour la grant affeccion et devocion especiale que nous avons à noz bien amées les religieuses de Long champ et à leur église, vous mandons et enjoignons expressement et à chascun de vous defendons si estroittement comme nous povons, que vous, ou aucuns de vous, par vertu de quelconques lettres données ou à donner de nous, des maistres de nostre dit hostel ou de commandement de bouche qui par eulx vous soit fait, pour quelconques cause, besoing ou nécessité que ce soit, ne prenez, faciez ou souffrez prandre, saisir, lever, arrester ou empescher en la ditte eglise et abbaye de Long champ, ne en aucun hostelz, granches, manoirs ou autres lieux appartenens aus dittes religieuses, aucuns blez, vins, feins, feurres, aveines, forrages, chevaux, harnoiz, charioz, charettes, ne autres voitures, cousces, coissins, couvertures, draps de lit, tables, fourmes, tresteaux, busche, nappes, toailles, fruiz, oefs, fromages, buefs, vaches, veaux, moutons, pourceaux, couchons, aignaux, chevreaux, chapons, gelines, poucins, oes, oisons, pigons, lars, ne autres choses quelconques appartenens ausdittes religieuses où à leurs fermiers, mais se aucunes des choses dessuz dittes ou autres appartenens à elles ou à leurs diz fermiers estoient par vous ou l'un de vous prises, levées, arrestées ou empeschées, en leurs lieux dessuz diz ou dehors, si les rendez et faites mettre à plain et au delivre, si tost que requis en serès, sanz aucun refuz ou delay, saichans de certain que, s'il vient à nostre cognoiscence que vous faciez le contraire, il nous en desplaira grandement et vous en ferons telement punir que ce sera exemple à touz autres. Mandons aussi aus diz maistres de nostre hotel que, tantost ces lettres veues et sanz autre mandement attendre, mettent à pleine delivrance tout ce qui par vous ou aucun de vous en auroit esté pris ou arresté, ou cas que de ce faire seriés refusans ou delayans, et que aus dittes religieuses et à leurs diz fermiers facent faire pleine restitucion et satisfacion de touz les domages qu'il auront en ce euz, aus fraiz de celli qui aura fait la ditte prise ou arrest, car ainsi le voulons nous estre fait et aus dittes religieuses l'avons ottroyé et ottroyons de grace special par ces présentes, nonobstant lettres données ou à donner et ordennances, mandemens ou défenses à ce contraires. Donné à Conflans lez le pont de Charenton, le VIIIe jour de février, l'an de grâce mil trois cens quatre vins et huit.
Par la royne, présent madame la comtesse de Eu.
J. SALAUT.
_Au dos_: Sauve conduit.
II
Liste des dames et damoiselles présentes aux fêtes de Saint-Denis, le premier mai 1389 (Arch. Nat. K K 20, fol. 166-170).
Cy après s'ensuivent les noms des... dames... et damoiselles qui ont esté à la feste du premier jour de may à Saint-Denis, qui ont eu robes à la dicte feste et dons de joyaux au département d'icelle feste.
C'est assavoir . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . La Royne La Royne de Cezille . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
DAMES
Mme de Saint Pol. Mme de Coucy. Mme de Preaulx. Mme de Liches. Mme de Partenay. Mme la vicomtesse de Meaulx. Mme de la Riviere. Mme de Beausault. Mme de Garencieres. Mme de Graville. Mme de Ferieres. Mme de la Ferte. Mme de Chevreuse. Mme des Bordes. Mme de Hangest. Mme la vicomtesse de Breteuil. Mme de Courcy. Mme de Chinq. Mme de Boulainvilliers. Mme de Boisy. Mme de Mesy. Mme de Montigny. Mme du Bacinet. Mme de Chyvres. Mme de Saint Simon. Mme de Sauflieu. Mme de Manubeville. Mme de l'Espinay. Mme de Saumont. Mme de Boulay. Mme de Quintry. Mme de Godarville. Mme de Precy. Mme du Quesnoy. Mme de Houllebecque. Mme de Hainceville. Mme des Barres. Mme de la Choletiere. Mme de Milly. Mme de Noviant. Mme de Bris. Mme sa sœur. La femme monseigneur Oudart le Hongre. Mme de Montenglant. Mme de Salvigny. Mme de Fontenay. Mme Marie d'Orgemont. La femme messire Charles de Hangest. Mme de Vavillier. La femme messire Guillaume Cassinel. La femme messire Pierre de Villainnes. La femme messire Mahieu de Montmorency. La femme monseigneur Tauppin de Villiers. La femme messire Gauvain de Bailleul. Mme de Nedouchel.
DAMOISELLES ET BOURGOISES DE LA VILLE DE PARIS
Madamoiselle de Luxembourc. Madamoiselle de la Riviere. Madamoiselle de Noviant. Madamoiselle d'Antoing. Madamoiselle d'Avranchy. Madamoiselle de Marcoignet. Une des damoiselles de Mme de Saint-Pol. Une autre damoiselle de la ditte dame. Deux damoiselles de Mme de Coucy. La damoiselle Mme de Preaulx. La fille de la dicte damoiselle. La damoiselle Mme de la Rivière. Madamoiselle de Haqueville. Madamoiselle de Mauny. Madamoiselle de Harenchy. Madamoiselle de Sarquegny. Madamoiselle de Graville. La fille de la femme messire Pierre de Villainnes. La femme Regnault d'Engennes. La femme Jehannet d'Estouteville. Madamoiselle de Gaucourt. Margot de Trie. Katherine de Villiers. La femme du Breton de la Bretonnière. La femme Enferriet. La femme Guillaume d'Orgemont. Mabillette, damoiselle de la Royne. La femme Maistre Yves Darien. Madamoiselle de Jouy. La femme Estienne Braque. La mère Montagu. Sa fille. La mère Boitel. La femme dudit Boitel. Sa seur. La femme Maistre Jaques de Rully. La femme Simonnet Spifame. Jehannette d'Angeliers. La seur messire Guillaume de Lyon. L'aisnée fille de la femme de Jehan de Hangest. Deux damoiselles de Mme de Saint-Pol oultre les II premières. La mère Guillaume d'Aunoy et sa fille. Perrette de Valdetar. La femme Berthaut de Lendes. La femme Simonnet de Dampmartin. La femme Gabriel Fatinent. La femme Jaquet du Puis. La femme Colin Boulart. La femme Jaquet Johem. La femme Maistre Jehan Jouvenel. La femme Michiel de Vitry. La femme Rogerin le Mire. La femme Arnoul Bouchier. La femme Michiel de Sablon. La femme Nicolas de Mauregart. La femme Pierre Pagan. La femme Robert Thierry. Les II filles de Jehan de Vaudetar.
III
TOILETTES DE LA REINE ISABEAU AUX FÊTES DE L'ENTRÉE A PARIS ET DU SACRE, 22-27 août 1389 (Arch. Nat. KK 20 fol. 101-165).
Despense et mises
A Dine Rapponde, mercier, demourant à Paris, pour deux pièces de satin vermeil en graine achetées de lui et baillées à Pierre l'Estourneau, tailleur de robes et varlet de chambre de madame la royne, pour lui fere un mantel a las par devant, pour vestir le jour de son sacre à la messe, pour ce, au pris de XXIII livres parisis[983] la piece, par sa quittance donnée le XVe jour de janvier l'an mil CCCIIIIXX et neuf. XLVIII l. p.
[Footnote 983: La monnaie parisis était une monnaie de compte; sa valeur intrinsèque était supérieure d'un quart à la valeur de la monnaie tournois.]