Insurrections et guerre des barricades dans les grandes villes par le général de brigade Roguet

Part 8

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Son action est plus avantageuse partout où elle peut atteindre de loin, sans se découvrir à la fusillade des insurgés, soit en se masquant pendant une partie de la manoeuvre derrière un retour de rue, ou en faisant occuper, en avant d'elle, par l'infanterie, les maisons d'où celle-ci pourra la protéger.

Le nouveau tir des obus à balles de plein fouet aurait une puissance telle, qu'il est à désirer qu'on n'ait pas lieu d'en faire usage dans une lutte aussi funeste.

L'artillerie ne peut plus circuler à travers un quartier déjà barricadé, elle doit éviter, soit de laisser couper ses communications en arrière et de côté, par des traverses; soit de traîner, à sa suite, en tête des colonnes d'attaque, le nombre de chevaux et de caissons excédant ses besoins les plus indispensables dans une pareille lutte; des pièces prises, ou que l'on ne pourrait facilement dégager, exalteraient le moral des insurgés; la place de cette arme est principalement aux réserves divisionnaires ou générales.

90. Le feu de l'infanterie produit le plus d'effet dans des rues étroites, et du haut de positions dominantes, sur les groupes arrêtés par des obstacles.

L'impulsion donnée par le duc d'Aumale, à l'aide d'écoles spéciales, aux exercices du tir et au perfectionnement de l'arme, ont fait acquérir, sous ce rapport, à l'infanterie, une puissance et des propriétés nouvelles, dont les premières guerres démontreront toute l'importance sur l'art désormais profondément modifié.

Chaque arme attire les insurgés sur le terrain qui lui est favorable et évite de se laisser entraîner, là où elle perd une partie de ses avantages.

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91. 200 soldats de ligne, approvisionnés et bien commandés, résistent dans un bâtiment de facile défense cerné par l'insurrection.

92. Deux bataillons de ligne, approvisionnés dans un centre d'action, ralliant au besoin les gardes nationales du quartier, commandent, autour d'eux, un espace militaire d'environ 500 mètres de rayon.

93. Pour enlever une barricade, ordinairement faite par 10 à 20 hommes, défendue tout au plus par 50 à 100 hommes, deux patrouilles jumelées de 100 hommes chaque, dont une agissant sur les flancs, par les rues latérales ou l'intérieur des maisons, suffisent en une demi-heure.

L'attaque, uniquement faite de front, et par le bas de la rue même, exigerait dix fois plus de monde, de temps et de pertes.

94. Entre deux centres d'action espacés de 500 mètres, des patrouilles mixtes de 100 hommes de garde nationale et de troupes de ligne, chacune, cheminant en deux pelotons distants de 50 mètres, suffisent, surtout si elles sont appuyées par une patrouille semblable, suivant, à même hauteur, une direction parallèle.

95. Par arrondissement de 50 à 100,000 âmes de population, de 400 à 800 hectares de superficie, il faut, selon que le quartier est plus ou moins populeux, hostile ou révolté, 200, 2,000, 4,000 ou 6,000 hommes, au plus, de troupes de ligne, c'est-à-dire moins de 10 soldats par hectare, et 200 hommes par rayon de 250 mètres environ.

96. Dans chaque arrondissement, les troupes en patrouille doivent être le tiers de celles en réserve, au centre d'action; les deux tiers de l'effectif total des disponibles.

97. Entre deux grands quartiers généraux, disposant d'une réserve mobile de troupes, et espacés de 1,500 mètres, aucune insurrection sérieuse ne pourra solidement s'établir.

98. Entre deux centres d'action espacés de 500 mètres, convenablement occupés et approvisionnés, aucune barricade ne pourra être élevée bien solidement, même dans le quartier le plus hostile; il sera difficile, pour des attroupements considérables, d'y stationner et même de s'y former.

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99. Un faible détachement d'une ou deux compagnies peut lutter avantageusement, dans le dédale des rues, contre un corps considérable d'insurgés, si celui-ci n'agit que de front, et si, au contraire, les flancs et derrière du détachement sont assurés.

La profondeur des colonnes mobiles ou d'attaque n'est qu'un embarras et une cause de pertes ou d'étonnement; le chef ne peut répondre de ce qui se passe loin derrière lui; les subdivisions doivent marcher à une distance telle les unes des autres, qu'elles puissent se protéger réciproquement contre les entreprises tentées des maisons et rues transversales intermédiaires; deux ou trois subdivisions de garde nationale et de ligne entremêlées et flanquées de semblables colonnes jumelées suffisent.

Plus une position à enlever est formidable, plus un quartier à battre est hostile et populeux, plus l'emploi de colonnes parallèles jumelées, cheminant à la fois de front et sur les flancs des rassemblements ou barricades, est indispensable.

100. La concentration de la troupe par corps et fractions constituées de corps, sous les ordres de ses chefs naturels, fait sa force morale et assure plus facilement, plus complètement tous les besoins.

Trop souvent cette troupe avait été fatalement fractionnée sur des étendues de 2 à 4,000m, sous des commandements supérieurs différents, en détachements de 2 à 4 compagnies, et chaque position se trouvait être occupée par des fractions ainsi affaiblies de plusieurs corps.

Dans de pareilles circonstances, où tout moment peut amener des événements qui changent totalement la position des partis, les détachements sont toujours difficiles; ils deviennent fâcheux s'ils ne sont indispensables; tous ne sont pas également capables, au milieu de pareilles préoccupations, de prendre conseil des circonstances; un seul qui se trompe peut causer un échec partiel.

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101. Le soldat qui stationne, sans agir, plusieurs jours de suite sur les places ou rues, au milieu de la population agitée, se fatigue et s'inquiète: la troupe qui n'est pas active doit rester, au repos, à l'intérieur d'établissements et positions convenables.

102. La force armée, obligée de se rassembler, d'attendre les officiers, de se munir de tout ce qui est nécessaire, et souvent de relever ses postes journaliers, occupe d'autant plus tard les positions de combat que celles-ci sont plus éloignées de ses quartiers.

L'arrivé des ordres de mouvement exige une heure à une heure et demie de temps; le départ du quartier a lieu une demi-heure après; la troupe emploie une heure ou deux pour se rendre sur les points de concentration; elle n'entre en action que deux ou trois heures ensuite, obligée souvent de rebrousser chemin; ainsi, presque toujours, il y a quatre à six heures de retard, habilement mis à profit par l'émeute pour s'établir.

103. Les divers corps doivent se concentrer sur les points d'une circonférence de positions les plus rapprochées de leurs casernes; cette circonférence menace les quartiers suspects et couvre, à proximité, le centre de défense ou quartier militaire.

104. La réunion des gardes nationales est d'autant plus lente et plus difficile, leur action sera d'autant moins efficace, leur service d'autant plus pénible, qu'elles iront opérer sur des positions plus éloignées de leur quartier.

Les légions de garde nationale, les pelotons à cheval, les arrondissements, les subdivisions militaires de défense, organisées d'une manière permanente, doivent avoir les mêmes circonscriptions, et pour centre unique d'action, la mairie convenablement établie dans un lieu central dominant à débouchés faciles; une caserne, pour 2 à 3 bataillons, est en face ou à côté.

105. Il faut se hâter d'occuper le réseau de toutes les positions principales; et successivement, au fur et à mesure du développement de l'insurrection et de l'arrivée des forces dont on dispose, occuper également, dans les plus mauvais quartiers, les positions secondaires et tertiaires autour des grands centres d'action, afin d'obliger la révolte, désunie et débordée de toutes parts, à les attaquer avec désavantage.

Il serait regrettable de lui avoir laissé le temps de se réunir, de choisir, de prendre ces positions, de s'y fortifier et de réduire ensuite la troupe à en faire le siége long et sanglant.

Dans ce genre de guerre, l'avantage est pour celui qui part de positions défensives judicieusement établies; les pertes, les difficultés, pour celui qui les attaque sans les bases d'appui nécessaires.

Il y a d'autant moins de danger à occuper un plus grand nombre de postes que la position de l'armée et les dispositions de la garde nationale sont meilleures; mais toujours ces détachements doivent être convenablement appuyés d'une réserve centrale présentant une force double de l'effectif total des diverses fractions qui en dépendent.

106. Les méprises, les engagements pris en apparence avec les révoltés, sont leur principal moyen de succès; l'insurrection les obtient à l'aide de pourparlers toujours compromettants et dangereux. Dans aucun cas, la troupe et ses chefs ne doivent entrer en rapport avec les insurgés, si habiles à profiter des hésitations et des malentendus, et décidés à pousser tout à l'extrême, tant que l'on reste sur la voie des concessions. Toute hésitation est funeste, même au seul point de vue de l'humanité.

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107. Les gros détachements doivent se lier entre eux et au quartier général par des postes intermédiaires ou, au moins, par des signaux de correspondance.

108. Quelques grandes cours seront occupées comme places d'armes avec des réserves de toutes armes.

Elles sont d'autant plus avantageuses qu'elles dominent mieux un plus grand nombre de débouchés et qu'elles assurent les communications entre les principaux détachements.

109. Les divers postes, et même les plus considérables, doivent toujours pouvoir se soutenir et, au besoin, réunir toutes leurs forces contre un gros rassemblement qui se formerait dans leur rayon d'activité.

110. Chaque poste ou détachement a son but, son centre d'action, sans y être immobilisé.

Il doit marcher, soit au secours des corps voisins, soit au secours du quartier général lui-même, selon les circonstances.

La première règle, pour tous, est de ne pas cesser d'être utiles et de prendre conseil des événements.

111. Le temps de l'établissement des troupes sur leurs positions de combat est le plus critique de toute la lutte.

Il faut l'abréger autant que possible, et éviter de modifier, pendant ce mouvement, les ordres donnés, ce qui le rendrait plus long, plus difficile, plus dangereux.

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112. Les dégâts résultant de la lutte donnent lieu à une dépense de 100 à 200,000 fr., par journée, et pour un arrondissement de 100,000 âmes.

113. La perte en tués et en blessés, pour les deux partis, s'élève de 1 à 15/10,000 de la population, par journée de combat: la force armée supporte les 2 à 5/10 de ces pertes. Dans les deux partis, les hommes tués font les 3 à 4/12 de tous ceux frappés.

114. Par heure, un parc d'artillerie organisé à raison de 50 bouches à feu, dont 1/2 à 2/3 mortiers, pour 100,000 âmes de population hostile, jettera dans un quartier de ville de cette importance 100 projectiles, dont 2/3 bombes, 1/3 boulets rouges. Il détruira 100 maisons et fera pour 250,000 fr. à 500,000 fr. de dégâts. Ce genre d'attaque, employé contre Bruxelles en 1695, peut se prolonger pendant 2 et 3 jours: l'humanité le réprouve, même contre une population étrangère.

115. Dans la moitié ou les deux tiers d'une ville en émeute, et pendant deux à quatre jours, on élève ordinairement 8 à 12 barricades par hectare.

On distribue le plus souvent 4 à 8 cartouches, par journée de lutte, à chaque soldat ou garde national; les 2/3 de ces munitions sont consommées. On peut tirer 400 à 800 coups de canon pur jour, dans la plus grande capitale; les approvisionnements seront faits d'avance à chaque quartier général, en conséquence, ainsi que pour les vivres. C'est surtout le quartier militaire qui doit être abondamment pourvu, non-seulement de tous moyens de résistance, mais encore des transports nécessaires.

116. Si la ville a une surface en hectares de S hect. le chiffre P de la population sera 250 S y compris une population flottante de 50 S

Le nombre d'individus gênés en temps difficile 2/3 P Les individus secourus P/3 parmi lesquels sont indigents P/10

Chiffre de la classe ouvrière P/36 dont sans ouvrage en temps difficile P/160

L'effectif de la garde nationale est 2P/25 dont un quart se présentera au rappel P/50

L'effectif des gardes journalières fournies par la troupe sera P/250

La troupe disponible fera les 2/3 de son effectif total.

Le chiffre des gardes nationaux de province, accourus 2 ou 3 jours après au secours de l'autorité, s'élèvera peut-être à P/20

La garnison nécessaire pour avoir de suite, et sans compter sur ce dernier secours tardif ou incertain, moitié en sus des plus gros rassemblements hostiles possibles, sera P/20

Le chiffre maximum des hommes sur lesquels l'émeute pourrait compter, hommes la plupart accourus à cet effet du dehors, s'élèverait peut-être, dans les circonstances les plus critiques, à P/30

Chiffre plus probable des anarchistes P/250

Parmi lesquels sont véritablement résolus P/5000

Détenus de toute espèce P/100

Telles sont les moyennes qui peuvent servir à fixer très-approximativement les idées. Telle est la triste statistique de la plus horrible de toutes les guerres civiles.

§ III.

MOYENS MATÉRIELS NÉCESSAIRES.

117. Dès que l'émeute est solidement retranchée dans ses positions, l'attaque ne peut réussir, à moins d'une lutte longue et sanglante, qu'à l'aide des précautions et moyens accessoires ordinairement employés dans la guerre des retranchements.

«Aux affaires de villages retranchés, de barricades, de maisons, dit Antoine de Ville, il y a des préparatifs sans lesquels je ne crois pas qu'on pusse réussir, si ce n'est par hasard, ou que la peur gagne ceux qui sont dedans, ce qui n'arrive jamais souvent.

«Au contraire j'ai vu la plupart des attaques de ce genre échouer, les assaillants être repoussés avec perte et honte, l'assurance des ennemis augmenter, celle des nôtres diminuer lorsqu'il s'agissait de retourner à de nouvelles attaques, soit contre les mêmes positions, soit contre de nouvelles.

«Cela est arrivé faute de s'être présenté muni de ce qui se peut préparer et conduire partout facilement, de ce qui assure la vie des soldats et diminue les obstacles à franchir.

«Ces obstacles sont un fossé avec parapet derrière, une muraille, une barricade, palissade, barrière ou porte.

«Si on n'emploie aucune invention pour les forcer, que celle des hommes, on en viendra difficilement à bout, et on n'en recevra que de la perte.

«On a à faire à des gens assurés derrière leurs parapets; ceux qui attaquent viennent de loin et à découvert; on les canarde sans qu'ils puissent répondre efficacement; le remède est d'employer les moyens accessoires suivants:

«Je voudrais premièrement avoir des chariots légers, tant des roues que du reste, qui puissent être facilement tirés par un cheval et marcher aussi vite que la cavalerie.

«Il faudrait quelques pétards bien chargés, en état d'être appliqués avec leurs madriers, des fourchettes, des marteaux et autres choses nécessaires à cet effet. Cet instrument est indispensable dans toute entreprise où il peut y avoir quelque chose à rompre.

«Les pièces de bois, en guise de béliers pour faire tomber les clôtures des jardins, sont aussi très-utiles: on passera, par ce moyen, en des endroits dont les défenseurs ne se doutent pas.

«Les serpes, haches, hoyaux, pics et pelles sont également nécessaires pour abattre ou ouvrir les retranchements.

«On rompt les portes à l'aide de gros marteaux ou en arrachant la serrure et le verrou avec de fortes tenailles longues de 3 pieds; d'autres tenailles plus petites et quelques scies seraient aussi utiles.

«Qu'on ne dise pas que cet attirail serait embarrassant à porter; d'ailleurs, si on a bien reconnu la position, on ne traînera avec soi que les outils nécessaires à l'entreprise.

«Les mantelets sont indispensables; je voudrais les faire avec 2 ou 3 petites roues, 2 manches et des montants pour les tenir debout; ils auraient 5 pieds de hauteur par-dessus la partie à 1'épreuve du mousquet; j'y joindrais 5 pieds d'exhaussement en planches légères avec canonnières de 3 pieds de large pour tirer.

«Il faudra avoir plusieurs mantelets; un chariot en portera 3. Lors de l'attaque, plusieurs avanceront de front poussés par les soldats abrités: lorsque ceux-ci seront aux barricades, ils abattront le mantelet contre, en haussant les manches, de manière à se couvrir des endroits où les ennemis seront; on montera par-dessus pour entrer dans le retranchement. Ce moyen est bon là où il n'y a pas de fossés.

«J'ai vu quelquefois les paysans se retirer dans des églises où ils résistent tant qu'ils peuvent; puis ils montent au haut de la voûte et tirent l'échelle après eux; la voûte est percée en plusieurs endroits, d'où ils fusillent ceux qui veulent entrer pour prendre le butin qu'ils y ont retiré.

«Pour ce cas, on aura des mantelets élevés et portés sur l'essieu de deux roues, à l'aide de pieds droits; ils seront soutenus debout par des soldats marchant au-dessous.

«Avec ces mantelets, on avancera à couvert sans être exposé.

«En marchant à travers la campagne, on les laisse porter sur l'essieu pour les élever quand cela est nécessaire.»

118. Dans l'émeute de Toulouse, du 11 au 17 mai 1562, on fit avantageusement usage de mantelets analogues à ceux que recommande le chevalier de Ville.

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119. L'attaque de l'armée de Condé retranchée derrière les barricades du faubourg Saint-Antoine, le 2 juillet 1652, ne fut aussi sanglante qu'à cause du mépris de ces règles.

Le roi, le cardinal et la cour, aussitôt qu'ils virent l'infanterie arrivée, envoyèrent ordre au vicomte de Turenne d'attaquer, sans attendre le maréchal de La Ferté, le canon et toutes les choses nécessaires pour rompre les murailles, combler les retranchements, enfoncer les barricades.

M. de Turenne les fit inutilement prier de prendre patience; il représenta que l'ennemi ne pouvait échapper, si les Parisiens, dont on croyait être assuré, ne lui ouvraient les portes; le temps qu'il fallait pour avoir le canon n'en donnerait pas assez à Condé pour se fortifier davantage; il était dangereux de s'exposer ainsi, sans les précautions nécessaires, à un échec qui ferait manquer une entreprise, au contraire assurée si l'on attendait que le canon et les outils de pionniers fussent arrivés.

L'impatience de la cour l'emporta sur toutes ces bonnes raisons; M. de Bouillon pressa plus que personne son frère de suivre aveuglément des ordres imprudents, mais formels, plutôt que de s'exposer à la censure des courtisans capables de persuader au roi qu'il voulait épargner le prince de Condé.

M. de Turenne n'était pas encore assez bien dans l'esprit du roi; il n'avait pas alors cette réputation de probité acquise depuis; pour oser désobéir à des ordres contraires au bien du service, il ne se fiait pas, à cette époque, sur sa capacité et son expérience, autant qu'il le fit dans la suite en plusieurs occasions; après avoir opposé la résistance qui lui était alors permise, il crut qu'il était sage d'obéir à des volontés que son autorité, toute grande qu'elle était déjà, ne pouvait cependant pas encore éclairer.

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120. Mais de tous les moyens matériels d'action, ceux dont il faut constamment se préoccuper de la manière la plus sérieuse, et dont le défaut a fait triompher la plupart des émeutes, ce sont les approvisionnements de vivres et de combat, sur la plus grande échelle, et pour les diverses éventualités.

Cette prévoyance des services administratifs, si importante dans toutes les guerres, devient encore plus décisive en celle-ci; le moral est alors plus impressionnable; tant de péripéties diverses peuvent tout à coup surprendre, et si peu de moments sont accordés, au milieu de la tourmente révolutionnaire, pour pourvoir aux nécessités nouvelles de chacun de ces instants, où se décident irrévocablement les plus grandes destinées.

En pareille circonstance, la victoire sera presque toujours pour celui qui, le dernier, pourra subsister et combattre.

Les magasins de vivres et de munitions des divers quartiers généraux, ceux du quartier militaire ou de la position extérieure de ralliement, les approvisionnements de vivres particuliers des fournisseurs protégés par ces centres d'action, les moyens de transports suffisants et de toute nature, des services administratifs actifs et mobiles avec l'armée, assureront, ainsi qu'il sera expliqué ultérieurement, ces grands et impérieux besoins.

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Nous venons de voir l'opinion de Turenne sur l'utilité de l'artillerie dans une semblable lutte.

À propos du deuxième siége de Sarragosse, en 1808, Napoléon répète plusieurs fois: _La prise de cette ville est une affaire de canon, que ne pourraient avancer de nouveaux renforts de troupes_.

Ainsi, plus la lutte sera sérieuse, plus la répression aura dû employer les voies lentes et régulières, plus il faudra de matériel: nécessité moins regrettable, si l'abondance des moyens prévient l'effusion du sang, en rendant toute lutte impossible.

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Après avoir résumé les principaux faits observés ou les principes qui s'en déduisent pour ce triste genre de guerre, et avant d'exposer le système général de répression qu'il convient d'adopter, rappelons une maxime du chancelier de L'Hospital, qui doit être toujours présente à l'esprit:

«Toute sédition est mauvaise et pernicieuse en royaume et république; encore qu'elle eust bonne et honnête cause, il vaut mieux souffrir toutes pertes et injures qu'être cause d'un si grand mal, que d'amener guerre civile en son pays.»

CHAPITRE IV.

_Mesures générales de défense._

§ Ier.

DISPOSITIONS PERMANENTES.

En conséquence des principes qui viennent d'être exposés, les dispositions suivantes doivent être prises dans le cas où l'on veut soutenir la lutte à l'intérieur de la ville, partout où éclatera la révolte.

121. Les légions, bataillons et compagnies de gardes nationales à pied ou à cheval sont établies par arrondissement, quartier et rue, pour les garder sans avoir à se déplacer.

Des bataillons, demi-bataillons ou compagnies désignés d'avance occupent les positions importantes à proximité.

D'autres détachements, tirés des arrondissements hostiles à l'émeute qui n'a pu s'y développer, vont de suite suppléer les gardes nationales moins bien disposées des plus mauvais arrondissements.

122. L'artillerie de la garde nationale reste concentrée à la réserve générale; sa dissémination dans les divers arrondissements aurait peu d'utilité, elle pourrait donner lieu à la perte de quelques pièces.

123. Les fractions de garde nationale ne laissent pas stationner dans les rues, dissipent les groupes, empêchent la formation des barricades, en font au besoin de défensives là où celles-ci ne peuvent être nuisibles à la répression, fouillent ou arrêtent les personnes suspectes, accompagnent les autres à l'aller et au retour.

124. Dans chaque compagnie, on tient, pendant la lutte, un état des hommes hostiles du quartier ou des gardes nationaux qui manquent à l'appel.

125. Sitôt que l'insurrection s'est complètement démasquée, des bataillons ou légions des arrondissements restés tranquilles, la moitié ou le tiers des troupes de ligne primitivement affectées à leur défense, viennent renforcer les réserves des divisions et subdivisions militaires engagées.

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