Insurrections et guerre des barricades dans les grandes villes par le général de brigade Roguet
Part 5
1° Unité de commandement militaire dans la 1re division;
2° Concours de la majeure partie de la garde nationale;
3° Lassitude dans la bourgeoisie de tous genres de troubles, par suite de la révolution de juillet, encore trop récente, et aux périls de laquelle on avait miraculeusement échappé;
4° Défaut de prétexte plausible pour l'émeute qui voulait évidemment une révolution et ne savait pas neutraliser, égarer la population, en masquant ses projets;
5° Intervention utile, au moment décisif, du roi et des princes;
6° Enfin, l'ascendant de la vieille expérience du maréchal Soult et de toutes les traditions militaires qu'il représentait.
«Le gouvernement ne doit pas dédaigner des troubles qui ont déjà plusieurs fois eu lieu sans danger; quoique tout nuage n'excite pas une tempête, il en viendra, s'il en passe beaucoup, enfin un qui crèvera et donnera le vent.
«BACON.»
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32. L'émeute de Clermont-Ferrand, dans les journées des 9, 10 et 11 septembre 1841, donne lieu aux remarques suivantes:
Le 9, à 6 heures et demie du soir, une compagnie du 16e léger, chargée de protéger l'opération du recensement contre 200 factieux, reçoit prématurément l'ordre du faire feu; des gardes nationaux, mêlés aux groupes pour les calmer, sont atteints. La population exaspérée se prépare au combat, qui commence le lendemain matin.
Le 10, à midi, les 1,200 hommes du 16e léger et les dragons se concentrent et se barricadent autour de la préfecture, de la mairie, sur les places de la Poterne et d'Espagne. L'absence de postes aux barrières, de patrouiller dans et autour de la ville, permet l'entrée des paysans des environs; une barricade est élevée de la maison Uscale, à la Petite-Fontaine.
Pendant le combat, de 6 heures du soir à minuit, la troupe ne perd que la position de la poudrière.
Les insurgés établissent des postes chez les boulangers de la ville basse, et songent à couper l'eau à la ville haute. Dans leurs attaques infructueuses, ils ont 50 tués et 100 blessés.
Le 11, après quarante-huit heures de pillage, les insurges abandonnent la ville et se retirent dans deux villages voisin. Le lendemain, la troupe reprend toutes les positions évacuées.
De l'infanterie et de l'artillerie furent envoyées de Lyon et de Bourges; les troubles de Moulins, Mâcon et Châlons, empêchèrent les garnisons de ces villes d'arriver.
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33. Pendant la lutte, plus politique que militaire, mais si sérieuse de février 1848, on remarque un concours de circonstances fatalement décisives.
Une revue étrangère, bien informée, a traité ce sujet de manière à ne plus laisser rien à dire de nouveau après elle. Nonobstant son point de vue particulier, nous la prendrons pour guide, chaque fois que nous aurons il parler des mêmes événements.
Elle a signalé, avant tout, une prospérité inouïe qui, exaltant les ambitions et poussant chacune au delà des limites de la prudence, avait amené un véritable malaise dans les affaires.
Un nombre d'ennemis, et parmi lesquels de très-redoutables, successivement grossi d'année en année, par tant d'ambitions non satisfaites.
Peu pour défendre résolument le présent, quelque riche d'avenir qu'il fût; beaucoup trop pour l'attaquer. Chez tous, un vague et inexplicable désir d'innovation.
Ensuite, on a remarqué le défaut d'unité dans le commandement de toutes les forces militaires réunies à Paris.
La moins bonne partie de la garde nationale s'assembla d'abord et devint maîtresse des plus importantes positions; le reste, abandonné aux menées des partis, passa successivement de l'inquiétude à l'indifférence, de celle-ci à la turbulence ou à l'hostilité.
De graves changements dans les commandements militaires les plus importants, intempestivement faits, au moment le plus critique, quant au personnel et aux circonscriptions.
Une succession rapidement fatale de ministres et de commandants de la garde nationale, qui n'eurent même pas le temps d'agir et de se faire connaître.
Un moment, le Roi veut rallier son gouvernement, son armée autour de Vincennes: heureuse pensée qui n'est pas suivie.
Un changement de règne, dans une pareille crise, devait immédiatement briser, disperser tous les pouvoirs, décourager les plus fermes dévouements; la prépondérance, que le roi exerçait autour de lui, ne pouvait alors être ni déléguée, ni suppléée, ni supprimée.
On sait comment fut accueillie la courageuse démarche de la duchesse d'Orléans, du duc de Nemours et des deux jeunes princes: dans cette heure solennelle, un groupe d'inconnus, d'étrangers peut-être, dispose de la société surprise.
La chambre, cornue tous les pouvoirs légaux, devait être méconnue tant qu'elle resterait sous la pression de l'émeute; il était urgent de s'y dérober; il fallait suivre cette autre pensée de rallier l'armée à Saint-Cloud; un fatal et généreux espoir entraîna la monarchie.
Au milieu de si graves événements, on ne fut pas assez en rapport avec les populations.
On a aussi constaté le défaut d'approvisionnements nécessaires; le long stationnement des troupes au milieu des rassemblements; leur emploi en fortes colonnes isolées, sans les points d'appui indispensables.
Enfin, ajoute-t-on, une pensée générale d'opposition, dans le but d'arracher quelques réformes à un Gouvernement qu'on ne voulait pas renverser, mais d'autant plus violemment attaqué qu'on le croyait inébranlable; pas assez de croyance au droit, ou plutôt au devoir de résister à l'anarchie; beaucoup trop de confiance dans la force de la légalité et dans la raison du pays.
«Le prince ne doit pas mesurer le danger sur la justice des motifs qui ont aliéné les esprits, ce serait supposer au peuple plus de raison qu'il n'en a: souvent il regimbe contre ce qui peut lui être le plus utile.»
«BACON.»
Ce Gouvernement s'est manqué à lui-même, par trop de confiance dans ses bonnes intentions et dans l'évidente nécessité de son existence; il eut, d'ailleurs, le tort grave de prendre au sérieux le régime constitutionnel dans un pays où, à de certains jours, rien ne paraît être sérieux.
Mais, a-t-on dit, pourquoi chercher les causes d'une catastrophe qui restera inexplicable?
Une royauté paraissait forte par sa tête, par ses rejetons, par son avenir, par les principes divers qu'elle représentait, par sa nécessité, par une armée, des ministres, des généraux également éprouvés; cette royauté, dont l'origine remontait aux premiers âges de notre monarchie, et qui rappelait à la France ses plus grandes splendeurs, avait fait trôner auprès d'elle, pendant 18 années de prospérité inouïe, les principes les plus sages de la bourgeoisie: en trois jours elle fut jetée aux abîmes.
La postérité aura peine à le comprendre; les contemporains, pour qui l'instabilité était devenue habitude ou besoin, en sont eux-mêmes encore étonnés.
Les chefs des peuplades sauvages ont d'autant plus d'inquiétude et de vigilance que leurs tribus sont plus prospères; que les récoltes, que les troupeaux sont plus riches; ils disent alors: _Méfie-toi, la prospérité, c'est l'ivresse_: On s'est demandé s'il devait en être de même des peuples civilisés?...
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34. Lors de l'émeute de juin 1848, toutes les forces avaient d'abord été concentrées près des Invalides, à l'extrémité du quartier militaire de la capitale, sans détachements dans les faubourgs Saint-Antoine, Saint-Marceau et Saint-Denis, comme centres extérieurs de résistance; les approvisionnements de combat étaient insuffisants; la lutte fut sanglante.
Grâce au pouvoir unique et respecté de l'Assemblée, au péril évident qui menaçait la société, à de nobles dévouements dans l'armée et la garde nationale, à la précision, à la vigueur des opérations, à l'élan des provinces, le succès définitif resta assuré.
L'arrivée d'un grand convoi de munitions fut décisive.
Pour ces divers motifs, vu les circonstances et le faible effectif des troupes au premier moment, cette concentration, sur l'opportunité de laquelle les militaires et les hommes d'état seront souvent partagés, fut peut-être utile; ces journées eurent, d'ailleurs, après celles de février une immense portée. Honneur aux généraux et aux soldats! Honneur à tant de victimes du plus noble devoir!
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35. L'émeute du 13 juin 1849, si heureusement comprimée, prouve que le plus souvent ces sortes de mouvements commencent par une grande démonstration; une colonne se porte, avec un drapeau ou à un certain cri de ralliement, à un lieu convenable pour faire éclater la révolte.
Attendre cette colonne à l'endroit choisi pour couronner la manifestation; chercher à résister de front à une masse qui se grossit en avançant de toute la foule des curieux, et dont la force morale peut devenir irrésistible au terme, serait une faute.
Il faut charger transversalement sur ses flancs allongés; une double masse, composée de cavalerie en tête et d'infanterie, débouche d'une rue latérale; chaque colonne rabat sur l'un des deux côtés, et refoule la moitié séparée jusqu'à une bonne position, dont on occupe toutes les avenues; La cavalerie charge au milieu; l'infanterie l'appuie à droite et à gauche.
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36. Ces luttes, quelquefois usitées chez les anciens, très-souvent au moyen-âge, sont devenues plus sérieuses aujourd'hui, par suite de l'usage des armes à feu; du grand nombre de grosses voitures, barricades roulantes en circulation dans les grandes villes; de la nature du pavage des rues et des constructions qui les bordent; du système de recrutement qui jette chaque année, en dehors des armées, la partie la plus militaire de la population dès-lors déclassée; de l'extension exagérée de l'industrie; de la misère accidentelle qu'elle occasionne, dans des masses agglomérées d'ouvriers de même état; d'un luxe surabondant d'aspirants aux fonctions publiques de tous les degrés; mais, surtout, d'une centralisation imprudente et de l'affaiblissement graduel de tous les pouvoirs.
De l'examen de chacun des faits précédents résultent des principes généraux et la nécessité de les modifier selon les circonstances.
Nous essaierons de tenir compte de ces graves enseignements. Problème difficile, important, digne des méditations des hommes d'état, des militaires et des amis de l'humanité, non dans l'intérêt de la France mais de l'Europe: la première a eu trop à souffrir des révolutions pour désormais s'y exposer.
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Heureuse la nouvelle génération européenne, si le hideux tableau des luttes intestines, des excès barbares des âges passés; si le souvenir plus saisissant des jours néfastes qui l'ont vu grandir, pouvait la dégoûter, pour longtemps, de l'anarchie, et rendre oiseuse toute préoccupation à l'égard des moyens de prévenir ou de réprimer les désordres de la guerre civile.
CHAPITRE II.
_Différents partis à prendre en cas d'émeute._
§ 1er.
RÉPRIMER LA RÉVOLTE DANS TOUTE LA VILLE.
37. Selon l'état moral de la troupe, de la garde nationale, de la population, des provinces, des insurgés; selon les desseins avoués ou secrets des factions, les forces respectives de tous, la nature du théâtre de la lutte, la position du Gouvernement vis-à-vis les pouvoirs légaux et l'étranger, il y a quatre partis différents à prendre, de prime-abord, en cas de révolte.
1° N'évacuer aucun quartier, réprimer partout l'émeute;
2° Occuper un quartier militaire, sauf à agir ultérieurement au dehors de ce grand réduit;
3° Concentrer toutes ses forces dans une position extérieure, contiguë, dominante;
4° Se replier sur une place voisine pour revenir, avec toutes les forces réunies, contre la capitale.
38. Le premier parti est ordinairement suivi; c'est le plus naturel: celui que conseillent à la fois l'humanité, la politique et les devoirs imposés à un Gouvernement dans sa capitale.
Le plus souvent, il restreint l'insurrection et ses ravages; il permet d'éviter, dans tout le pays, une commotion sanglante; il empêche les dévouements de faiblir, les moyens répressifs d'échapper; il couvre mieux le Gouvernement menacé, en s'opposant directement à l'installation des pouvoirs révolutionnaires: nous nous en occuperons spécialement dans ce mémoire.
Avant de s'arrêter à ce premier parti, il faut bien examiner la situation, peser toutes choses et leurs conséquences; les émeutes deviennent chaque jour plus fréquentes, redoutables et décisives.
Il faut savoir si l'on peut, si l'on veut livrer bataille à l'intérieur, partout ou se présentera la révolte; si l'on est sûr de rester toujours calme au milieu du dédale immense des différents quartiers hostiles; en présence des vagues frémissantes d'une population follement impressionnable, qui sera, dans de certaines circonstances, à la suite, à la discrétion apparente ou réelle des partis les plus audacieux; si l'on doit compter sur l'inébranlable solidité de la troupe, même au delà de l'heure suprême; si la nature de la ville, les communications et obstacles qui la traversent, les positions qui y existent, facilitent la lutte; si une trop grande concentration ne donnerait pas plus de force et d'audace à l'insurrection que de chances à la répression; si le pouvoir sera certain de rester toujours un et fort; si, au milieu des surprises, des péripéties qui vont augmenter ses embarras, il ne sera pas exposé à laisser échapper ses moyens d'action les plus essentiels et jusqu'à l'autorité suprême.
Dans une ville de province, où l'existence du Gouvernement ne peut être mise en question, et plus encore dans toute ville étrangère, différentes circonstances pourraient faire rejeter ce parti comme anti-militaire, si la question d'humanité ne devait pas le plus souvent dominer.
§ II.
OCCUPER UN QUARTIER MILITAIRE.
39. Le second parti, c'est-à-dire la concentration dans et autour d'un grand quartier militaire, est plus conforme aux règles spéciales de la guerre; différentes circonstances, détaillées précédemment, peuvent le faire préférer, même au point de vue politique; il est moins exclusif, moins absolu; il n'abandonne pas entièrement la population à tous les écarts et à toutes les influences.
Ce parti se prête d'ailleurs merveilleusement, pendant la lutte même, aux modifications devenues désirables, soit pour passer au premier plan, soit pour adopter successivement les deux derniers; il permet de tenir compte de toutes les éventualités et circonstances ultérieures, si variables, si imprévues.
Il serait dangereux, inhumain et souvent inutile d'en venir de suite, sans une impérieuse nécessité évidemment démontrée par l'insuccès des premiers plans successivement et sérieusement essayés, au parti extrême de l'évacuation complète, du blocus et du bombardement; il faut se résoudre à combattre énergiquement, dans la ville même, et s'organiser de longue main en conséquence.
40. Ce système de défense doit être adopté par une garnison inférieure, chargée de maintenir une population nombreuse, en s'appuyant à une position intérieure fortifiée, d'où elle peut donner la main aux amis de l'ordre.
Si elle abandonnait la ville, ses forces affaiblies, en s'éloignant de la citadelle et de ses partisans, éprouveraient de grandes pertes au milieu d'une masse d'insurgés rapidement accrue sur la ligne de retraite: les plus graves désordres seraient commis dans la ville évacuée.
41. Ce parti et le précédent sont les seuls à prendre, à l'égard de toute ville amie ou ennemie fortifiée d'une enceinte continue, derrière laquelle l'insurrection pourrait longtemps se défendre, avec des approvisionnements et moyens suffisants.
Ils sont encore les plus convenables, malgré l'existence et la possession des forts dominants les rares issues de cette enceinte et toutes les avenues du la ville.
42. Dès que les attroupements menacent d'une émeute, la garde nationale a dû faire d'abord ses efforts pour éloigner cette triste éventualité; elle tient bon, et se replie, en cas de nécessité, sur les casernes et mairies.
Pendant ce temps, la troupe de ligne disposée, dès le premier bruit, à prendre les armes, et restée jusque-là au repos, sort de ses casernes pour occuper militairement le quartier de la ville le plus favorable.
Elle prend position à l'intérieur des principaux établissements qui s'y trouvent, et où ont été rassemblés des approvisionnements de vivres, de munitions et de tout ce qui est indispensable pour faciliter la défense ou l'attaque dans ce genre de guerre.
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43. Le quartier militaire de défense choisi doit, autant que possible, dominer le reste de la ville et le dehors; communiquer facilement avec eux sans défilés intermédiaires; être à cheval sur les obstacles qui traversent la cité; renfermer le centre du gouvernement, les grandes administrations, les principaux magasins de vivres et de munitions ou, au moins, les couvrir; isoler les uns des autres les différents arrondissements insurgés; communiquer directement avec la capitale ou avec les villes et contrées principales d'où l'on peut être secouru.
Il serait à désirer qu'il fût séparé de la partie de cité non occupée par une enceinte d'obstacles ou de grandes communications faciles à garder; et qu'il isolât, d'avec le dehors, les arrondissements abandonnes ou révoltés.
La surface du quartier militaire doit être le tiers ou le quart, au moins, de celle de la ville.
Les flancs de l'enceinte de séparation, difficiles à tourner, seront convenablement appuyés à de fortes positions extérieures dominantes, le tout afin de pouvoir agir dans les diverses directions, et d'éviter d'être bloqué ou refoulé.
44. Dans le même but, et suivant que la ville a 100,000 âmes ou 1,000,000 d'âmes de population, 500 ou 5,000 hectares de superficie, il est presque toujours nécessaire d'occuper, au milieu de la partie non gardée, à 800 ou 1500 mètres en avant, par des détachements de 1/2 bataillon à 2 bataillons de ligne, renforcés, s'il y a lieu, à l'aide des gardes nationaux de l'arrondissement, trois positions importantes, fortes et approvisionnées: ces avancées devront, autant que possible, dominer les principaux défilés que forment les obstacles transversaux.
S'il existe un quartier populeux et hostile plus en dehors de cette ligne avancée, il est même utile d'y occuper, au centre, par un détachement pareil, un poste dominant, fort et approvisionné, où peuvent se rallier également les gardes nationales des environs.
Ces trois ou quatre positions extérieures au quartier militaire forment, dans la partie de ville non entièrement occupée, un réseau de centres d'action pour les retours offensifs, espacés de 500 à 1500 mètres l'un de l'autre, suivant que la ville a 100,000 âmes ou 1,000,000 d'âmes de population; elles sont surtout utiles contre une insurrection qui fait usage des barricades: elles retardent l'établissement de celles-ci, ou donnent le moyen de les tourner toutes lorsque l'on reprendra l'offensive.
Les défilés existants, sur les communications de ces établissements avec le gros de la garnison, seront également gardés.
Les mairies, la manutention, les télégraphes, l'arsenal, la poudrière, la poste, et même les messageries, pourraient être ainsi occupés comme postes extérieurs. On choisira, parmi ces édifices, les plus importants par eux-mêmes et par l'avantage de leur situation.
Si, nonobstant le concours des gardes nationaux, la conservation de quelques-uns de ces établissements principaux, affaiblissait la troupe en exigeant un trop grand fractionnement de forces, on réduirait ces postes extérieurs au strict nécessaire.
Mais il faudrait, autant que possible, avant d'évacuer les édifices les moins utiles à la défense, rallier la garde nationale de l'arrondissement; transporter dans le quartier militaire, ou au moins détruire tout ce dont les révoltés pourraient profiter, voitures, bateaux, moyens de transport, de correspondance ou de combat.
La majeure partie des gardes nationales seront successivement dirigées, par détachements suffisants, sur des positions à occuper en arrière de la troupe de ligne.
45. Si G représente le chiffre de la garnison qui était nécessaire dans la ville, pour y combattre partout l'émeute, conformément au premier plan, l'effectif de la troupe indispensable dans cette seconde hypothèse sera 1/8 G plus 2 à 8 bataillons, en général, la moitié de la garnison précédente.
L'effectif de la troupe détachée au dehors du quartier militaire variera du tiers à la moitié au plus des forces totales.
§ III.
OCCUPER UNE POSITION CONTIGUË.
46. Le troisième parti, la concentration dans une position dominante, extérieure et contiguë, tient à la fois du second et du quatrième.
Par les motifs précédemment exposés, on ne peut soutenir la lutte à l'intérieur: la garde nationale est momentanément indifférente; l'évacuation complète offre plus d'avantages que d'inconvénients sous les rapports politiques et militaires. Une fois ce parti pris, la position de la garnison doit chaque jour s'améliorer, et celle de l'insurrection devenir plus difficile: cette révolte, restreinte dans la ville à une faction, n'a pas de racines au dehors; elle a été le résultat passager, imprévu, d'une excitation, d'une surprise, d'une erreur accidentellement partagée par une population entière, faible ou aveuglée, mais que ses véritables intérêts doivent bientôt ramener. De quelque manière que ce soit, cette insurrection renferme des germes de faiblesse et de dissolution: le parti de la révolte veut et peut empêcher la violation des personnes et des propriétés; c'est alors le cas, pour le Pouvoir, d'abandonner momentanément la capitale aux habitants; de rallier les forces militaires, avec tous les moyens d'action, dans une position extérieure, contiguë et dominante.
Là, il fait appel à la raison du pays entier bientôt éclairé par l'audace et les excès de la faction un instant victorieuse: celle-ci, promptement réduite à ses faibles ressources, effrayée de son isolement, laissera la population rappeler le Gouvernement.
47. On ne doit prendre ce parti extrême, dans sa propre capitale, qu'en cas de nécessité absolue et bien évidente pour tous.
À l'égard d'une ville de province, et surtout d'une ville ennemie, ce parti est plus souvent admissible.
Si, en février 1848, le dernier Gouvernement s'était retiré, avant l'abdication du roi, à Chaillot, dans l'anse de la Seine limitée par la route de Neuilly, en conservant le Champ de Mars, l'École militaire et les Invalides, comme tête de pont offensive, sur la rive gauche du fleuve, il eût peut-être sauvé la monarchie, sans avoir même besoin d'occuper d'autre position extérieure et voisine que Vincennes.
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Des hommes d'état, dont nous allons résumer ci-dessous les idées, avaient pensé que ce parti extrême de l'évacuation, tout décisif qu'il est contre une émeute, ne doit être pris, même dans une ville de province, qu'en cas d'une absolue nécessité et dans les circonstances exceptionnelles suivantes:
1° Alors que la collision, n'ayant pas de couleur politique, doit naturellement cesser après l'exaspération passagère qui y a donné lieu.
2° Quand la révolte, abandonnée à elle-même, pourra mieux juger les difficultés de sa position et les conséquences de ses excès.
3° La faiblesse numérique d'une garnison cernée au milieu d'une population nombreuse, moitié exaspérée et hostile, moitié indifférente ou terrifiée.
4° La chance, soit de périr faute de vivres, de munitions et de communications avec le pouvoir central ou les secours; soit de compromettre l'honneur du drapeau; soit de faiblir ou de succomber, au milieu d'un débordement de flot révolutionnaire, à l'influence duquel il est urgent de se soustraire, sont aussi des motifs pour évacuer le théâtre de la lutte.
49. Ce parti, bien hasardeux dans une capitale, doit être pris vigoureusement et non comme une fuite, présage d'une chute définitive par l'affaiblissement de tous les dévouements, la dispersion de tous les pouvoirs, l'abandon de tous les moyens d'action.