Insurrections et guerre des barricades dans les grandes villes par le général de brigade Roguet

Part 12

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237. Si le Gouvernement, disposant d'une troupe suffisante, a pour lui l'opinion, tant dans la capitale qu'au dehors; si, rassuré contre une révolution, il ne peut redouter qu'une simple émeute excitée par un parti sans racines, il protégera l'ordre et les propriétés partout où ils seront menacés.

Il pourra, alors, disséminer ses forces et les laisser à la disposition des agents civils que cette affaire regardera particulièrement.

Mais il faut éviter que ces sortes de troubles se renouvellent et laissent descendre l'agitation jusque dans les dernières profondeurs de la société; éviter aussi que la troupe y soit employée d'une manière indécise et compromettante, et que l'anarchie y fasse parade de ses moyens: ce qui affaiblirait, à la longue, le moral du parti de l'ordre et élèverait celui des factieux, pour des circonstances plus graves.

L'anarchie aveuglée n'apprécie jamais bien ses forces et ses ressources relatives: elle compte tous les mécontents, tous les curieux pour ses adhérents: au premier coup de fusil ceux-ci se retirent: il ne reste plus que quelques groupes compromis dont les chefs prennent leurs sûretés, et alors une moitié se défie de l'autre: il ne faut croire ni à toutes ses espérances, ni à la sécurité que le défaut de ses forces réelles inspirerait.

238. Si l'insurrection préparée, soit dans un faubourg, soit à la campagne, est tout a fait étrangère et extérieure à la ville, où elle veut agir dans une circonstance donnée, le mieux sera de lui barrer le chemin, de l'isoler, soit en gardant les issues de l'enceinte; soit en occupant le débouché des principaux faubourgs et une forte position centrale intérieure, sur laquelle on convergera, en cas de trouble; soit en prenant une position intermédiaire extérieure d'observation avec de la cavalerie, sur la direction des populations agitées.

À l'entrée ou à l'intérieur de la ville, et même dans les communes environnantes suspectes, on arrête les meneurs, mais de manière à ne pas déterminer une explosion.

Dans ce cas, il faut se borner à repousser le désordre, éviter d'aller le chercher dans son centre; de l'exciter, de lui fournir un prétexte; d'appeler aux armes et de forcer, pour ainsi dire, à s'ameuter tous les habitants des communes mécontentes, soit par des dispositions militaires qui ne seraient pas indispensables, soit par des motifs de mécontentement donnés aux approches des jours de fête, de marché ou de réunion; on a soin de ne pas rallumer d'anciens dissentiments, par l'emploi de gardes nationales étrangères à la localité.

239. Éviter, surtout, d'attaquer ouvertement, de retenir dans une lutte des insurgés arrivés de l'extérieur sans but bien déterminé; faciliter, sous main, leurs projets pour une autre direction, sauf à pourvoir: ou aura plus facilement raison de cette insurrection bientôt réduite, au dehors, au dixième, par la dispersion. Dans tous les cas, elle sera moins redoutable que dans une capitale, où existent tant d'éléments inflammables.

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240. Si l'insurrection est dans le quartier militaire qu'occupe la garnison, celle-ci, non affaiblie par des détachements, l'isolera d'abord du reste de la ville et de l'extérieur.

Sans grande effusion de sang, on pourra compter sur un succès avant le second ou le troisième jour, suivant les forces et les approvisionnements des rebelles.

Mais, si l'on veut hâter la conclusion, les différents corps postés dans les établissements publics les plus importants, bien approvisionnés de vivres et de tous les moyens indispensables dans la guerre de maisons, logés à l'écart de la population et des agitateurs, se lieront entre eux et avec l'état-major général, comme il a été expliqué: agissant sur un rayon proportionné à leurs forces, ils offriront ainsi aux gardes nationaux et autorités civiles, dans des espèces de citadelles actives, des centres de réunion et de défense.

Engagées de cette manière, les troupes n'éprouveront nulle part ni perte, ni grande résistance, et triompheront bientôt d'une insurrection débordée de toutes parts.

241. Dans le cas d'une émeute intérieure et sérieuse, les insurgés veulent agir à la fois sur tous les points et se disséminent; alors, on enlève la position la plus importante par un grand effort, et l'on marche ensuite aux autres jusque-là contenues par de fausses attaques.

Ou les réduit successivement, on menace, on avance, avec toutes les troupes réunies, en tête, en queue et par les flancs.

242. Si les insurgés n'occupent réellement qu'un seul point en forces, il faut les y amuser par peu d'hommes éprouvés et, en même temps, les cerner en occupant tous les débouchés environnants.

On agit vigoureusement et simultanément en plusieurs endroits, là où les colonnes d'attaque pourraient être soutenues par une réserve commune.

243. Dans le cas d'une rébellion ouverte, l'émeute se développe à l'extérieur du quartier militaire occupé; des secours attendus, des causes de division ou de lassitude qui peuvent survenir parmi les insurgés engagent à gagner du temps; alors, on se fera une enceinte, en profitant des rues, jardins, vieux murs, canaux, rivières, le long de laquelle on occupera de bons bâtiments, surtout aux embranchements de rues et de carrefours, de 200 en 200 pas, afin du mieux se flanquer, d'enfiler les principales communications parallèles et transversales.

Les édifices, faisant tête de pont au delà de cette enceinte, seront également occupés, pour prendre des revers utiles sur le pourtour, et permettre d'agir au dehors dès que cela sera possible ou nécessaire.

Ce parti serait chanceux, en cas de révolution imminente, dans la capitale d'un gouvernement centralisé: il ne faut le prendre que comme un pis aller, ou un des derniers moyens de ne pas abandonner tout à fait un théâtre si important, et alors seulement que la garde nationale refuse son concours; ainsi l'on reste près des factions, on profite de leurs divisions, hésitations ou découragements.

Dans ce cas, on abandonne à la garde nationale la majeure partie de la ville qu'elle sera obligée de préserver du pillage.

L'émeute de Clermont, en septembre 1841, est, sous certains rapports, un exemple de l'application de ce principe.

244. L'agitation excitée dans la ville, parmi une classe de citoyens, veut agir au dehors, contre quelques localités ou établissements, soit par le pillage, soit par l'incendie.

Des troupes d'infanterie et de cavalerie sont cantonnées, dans des positions intermédiaires d'observation, de manière à intercepter les communications aux mal intentionnés; à les arrêter au départ ou au retour; à se porter rapidement, soit au secours des établissements menacés avec des pompes à incendie; soit aux quartiers de la ville où les rassemblements s'organiseraient, en attaquant ceux-ci, partout où on pourrait les atteindre, avant qu'ils ne deviennent dangereux par leur nombre et leur position.

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245. Si la force armée se compose d'éléments vigoureux et dévoués, tous éprouvés dans des guerres longues et glorieuses, si les chefs sont des hommes d'expérience, si les grands principes d'autorité et de fidélité sont intacts; si de récentes catastrophes n'ont donné ni le goût ni l'habitude des révolutions, le pouvoir ne peut redouter d'émeute que celle qui aurait les motifs les plus graves, les plus irritants, pour l'honneur et les intérêts de la nation: alors, la plus faible garnison agissant, avec un ensemble majestueux, donnera facilement force à la loi. Mais il faut que l'autorité veuille se défendre, et ne se laisse pas égarer, de concessions en concessions, par l'espoir trompeur d'une conciliation quelquefois impossible.

On ne doit pas oublier qu'au commencement de sa victoire, l'émeute n'est en mesure nulle part, même sur les positions les plus importantes: partout elle ne présente qu'une foule ivre de son succès; une compagnie balayerait tout en un instant, si le pouvoir attaqué gardait son sang-froid pour ce moment décisif.

246. Dans les mêmes circonstances, l'effectif du la troupe est si peu nombreux qu'il lui est impossible de conserver ses postes au milieu de l'insurrection. Des forces extérieures peuvent être ralliées: alors on se concentre de plus en plus, se jetant, s'il le faut, au dehors de la ville, ou à une de ses extrémités, de manière à pouvoir, soit rentrer au besoin; soit couper extérieurement les communications de la révolte, conserver les siennes et appeler les secours nécessaires.

Le caractère du chef pourra encore triompher d'une émeute bientôt effrayée de sa propre victoire, et qui, à l'aspect des troupes qui vont fondre sur elle de toutes parts et des difficultés intérieures qui l'attendent, viendra elle-même prier qu'on reçoive sa soumission.

Les autorités civiles resteront, autant que possible, à leur poste, pour profiter des premières bonnes dispositions des rebelles, et empêcher l'élévation d'autorités nouvelles qui, une fois compromises, s'opposent à tout accommodement.

La conduite ferme et habile de la reine-mère, dans l'émeute de 1588, est un exemple de l'observation de ce principe.

247. Dans un état des pouvoirs publics, où ceux-ci auraient besoin d'être fortifiés, encouragés, rassurés par le concours de l'opinion, il faudrait agir avec prudence et résoudre le plus de difficultés possibles sans rien compromettre.

248. Si, à proximité de la ville, existe un corps auxiliaire que l'on ne peut immédiatement y faire entrer, pour quelque motif que soit, le camp provisoirement occupé par ce corps et les positions de combat de la garnison seront tels que leurs communications restent constamment faciles et assurées.

249. Dans les états où il n'existe pas de garde nationale, le plan général de défense exposé, chapitre 4, devra être grandement modifié; il ne sera plus, alors, aussi indispensable d'organiser à l'avance, comme centres d'action et magasins d'approvisionnements, toutes les mairies; les règles pratiques du chapitre 5 resteront utiles.

Dans ce cas nouveau, il ne faudrait pas désespérer de réprimer le désordre; un principe militaire plus fort, vis-à-vis de l'anarchie entièrement désarmée, pourrait encore suppléer au défaut de cet utile auxiliaire.

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250. La topographie de la ville permet à la garnison d'occuper, comme base d'opérations, un quartier militaire à cheval sur toutes les rives, communiquant avec toutes les directions, renfermant les principales administrations et s'étendant de la circonférence vers le centre: c'est le cas le plus avantageux qui puisse se présenter.

251. Le nombre et l'importance des obstacles qui divisent la ville sont à l'avantage de la troupe ou de l'insurrection, selon que la première peut, d'un petit nombre de positions à sa portée, dominer ces obstacles, ou que ceux-ci ne couvrent pas directement l'insurrection.

252. Un quartier militaire central est d'autant moins convenable que les approvisionnements de toute nature y sont moins assurés, que la force publique est moins puissante et que ses communications avec l'extérieur peuvent être plus facilement interceptées. Il a souvent l'avantage d'isoler les différents arrondissements insurrectionnels.

Le plus heureusement placé du tous ces quartiers est celui qui se trouve dans un arrondissement peu habité et ouvert, au point de concours de plusieurs obstacles transversaux, et au centre de diverses parties de ville hostiles, populeuses, rétrécies et éloignées les unes des autres.

253. Si un quartier ennemi, très-habité, mal percé, domine toute la ville, si la troupe ne peut y parvenir, en cas d'émeute, qu'en forçant de redoutables positions, il faut nécessairement y avoir un établissement militaire permanent.

À défaut du celui-ci, et si l'on veut éviter une affaire vive et sanglante, l'attaque par le dehors de la cité ou le blocus peuvent réussir.

254. Une enceinte de ville facilite la répression toutes les fois qu'on peut faire garder ses rares issues, sans se trop diviser; mais elle rend encore plus critique le parti déjà si hasardeux de l'évacuation; dans ce cas, l'émeute, à qui on aurait abandonné la ville, s'y trouverait fortifiée; avec des approvisionnements de vivres et du combat, elle aurait peut-être les moyens de s'y défendre quelque temps.

255. Dans une grande ville que commande une citadelle, et quoiqu'on ait peu de forces, il vaut mieux occuper cette bonne position militaire d'où l'on pourra surveiller, contenir et au moins résister à la révolte, que de laisser, en se retirant, celle-ci libre de soulever les plus indifférents, et de venir, au dehors, profiter des avantages du nombre ou de la position.

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256. La résidence du chef de l'État, ou plus généralement la position éventuelle du pouvoir et de ses principaux moyens d'action ou de défense, avant ou au moment de l'émeute, est souvent décisive.

La position la plus favorable est assurément au dehors; on apprécie, on domine mieux les événements, on est moins gêné par les hommes et les circonstances, on est plus libre d'esprit et d'action, on est obligé à moins de concessions; on peut enfin intervenir, avec autorité et un grand effet moral, au moment opportun, et de la manière la plus convenable; ces grands avantages, il ne faut pas se hâter légèrement de les perdre, d'autant plus qu'on ne les retrouverait pas tels, en se retirant ensuite après s'être avancé.

257. À la supériorité de cette position se joindront tous les moyens de la faire valoir, si le chef de l'État apprend les événements au milieu de forces réunies dans toute autre prévision, ou de populations vigoureuses et dévouées, qu'il serait alors également facile de rallier et de mettre en action.

258. La pire de toutes les positions est l'investissement complet du chef de l'État dans un réduit intérieur; quels que soient la force, la garnison et les approvisionnements de cette citadelle, il faut en sortir, même au prix des plus larges concessions, pour se soustraire aux enlacements de l'émeute ou à la discrétion des dangereux amis qui viendraient la combattre à leur manière; il faut, aussi tôt que possible, se mettre en rapport véritable avec les populations, les moyens de gouvernement et de résistance.

Un bruit vrai ou faux, de nature à servir d'autre aliment à la révolte, pourra la détourner tout à coup de la voie qu'elle suit; avant les conséquences de sa nouvelle direction, si dangereuses qu'elles soient, on aura le temps de prendre un parti et de tenter un effort décisif; ainsi, il y aura moyen d'échapper et de ressaisir la direction des événements.

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Parmi les mesures adoptées par Napoléon, le 13 vendémiaire, on doit remarquer la réunion aux Tuileries de tous les vivres et munitions ramassés dans Paris, et les dispositions prises pour se retirer, avec la Convention, sur la position de Meudon qu'il avait fait occuper, en vue des circonstances les plus extrêmes.

§ II.

TROUBLES AU SUJET DES GRAINS OU DES CONTRIBUTIONS.

Il y a encore malheureusement lieu, quelquefois, de réprimer ou de prévenir d'autres troubles sérieux et peu motivés, mais plus excusables, soit pour la cherté des grains, soit au sujet du recouvrement des contributions; les uns et les autres exigent des mesures spéciales.

Un hiver rigoureux, une certaine situation politique des esprits, peuvent donner à ces désordres la plus grande gravité; ce sujet ne comporte que des détails assez simples et déjà connus; néanmoins il doit être traité ici.

Nous le ferons en résumant les usages et les règlements ou législations le plus généralement adoptés; nous emprunterons presque tout à la France, où, plus souvent menacée, l'autorité a dû s'occuper davantage de la question et fournir d'utiles documents pour les autres pays.

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259. Dans chaque circonscription, l'administration encourage le commerce à faire arriver, vers les ports ou grands dépôts limitrophes, des grains, et, à leur défaut, des denrées alimentaires qui puissent y suppléer; elle assure l'écoulement de ces denrées vers l'intérieur; partout elle oblige, ainsi, les accapareurs et gens timorés à ne pas cacher et retenir leurs approvisionnements, quelquefois considérables.

260. Dans une contrée, les troubles ont lieu à l'occasion de la cherté des grains, tantôt sur un marché, tantôt sur un autre ou à leurs abords; alors on prend les dispositions suivantes:

Une à deux compagnies d'infanterie sont cantonnées de 7 à 8 lieues en 7 à 8 lieues, généralement aux chefs-lieux administratifs, ou au centre des communications les plus importantes, de manière à couvrir le pays agité d'un réseau de détachements espacés d'une journée de marche.

261. Dans la position centrale la plus importante, sous le rapport de la population et des communications, il y aura, pour 4, 5, 6 détachements ou arrondissements pareils, une réserve d'un à un demi-bataillon et escadron.

262. Chaque détachement sera caserné dans un bâtiment loué par la commune; pendant les courses, les cuisiniers et les malades pourront y rester sans craindre d'être inquiétés.

À défaut de ce bâtiment, la troupe sera cantonnée sous la main du chef, autour d'un corps-de-garde central; elle fera ordinaire.

Les visites de santé seront régulièrement faites dans les cantonnements; on dirigera, à temps, les malades sur les hôpitaux voisins.

On évitera de faire voyager, soit des hommes isolés, soit des détachements sans chefs, sans armes, sans munitions; mais les évacuations seront faites, soit sous la protection des patrouilles journalières, soit à des époques fixées.

263. La troupe, ainsi cantonnée, recevra l'indemnité de rassemblement.

L'indemnité de route sera allouée aux troupes casernées dans les garnisons ordinaires, toutes les fois qu'elles feront 24 kilomètres, aller et retour, ou quand elles découcheront; la feuille de route prise au départ constatera le droit de percevoir.

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264. Le jour de marché dans une des communes, à moins d'une demi-journée de marche d'un détachement, celui-ci se transportera auprès de ladite commune, avec armes, munitions, bagages et vivres pour un repas.

Il s'arrêtera dans un local au dehors, et à proximité du marché, afin d'intervenir pour le rétablissement de l'ordre à la première demande des autorités.

Les soldats resteront réunis et prêts à prendre les armes: sur l'avis du maire, que leur présence n'est plus nécessaire, ils rentreront à leur cantonnement.

Les brigades de gendarmerie voisines se réuniront sur le marché pour y assurer la tranquillité; elles arrêteront les mutins et les accapareurs.

265. Les détachements, les piquets armés doivent se faire par fractions constituées.

Les premiers, lorsqu'il s'agira de réprimer ou de prévenir des troubles, à plus de deux lieues de distance, ne doivent jamais être moindres de 40 à 60 hommes.

266. Dans ses courses, la troupe rassurera les habitants, répandra les bonnes nouvelles des villes voisines, engagera à venir aux marchés et à les alimenter.

Partout les officiers verront les autorités, vivront bien avec elles et avec les principaux habitants; la troupe restera étrangère aux inimitiés locales, elle évitera les querelles de cabaret ou avec la population.

267. Les chefs de cantonnement adresseront régulièrement, au commandant territorial des 4 ou 6 arrondissements réunis, le rapport sur les événements de la journée.

Au besoin, ils correspondront entre eux ou avec les brigades de gendarmerie, soit pour combiner des courses dans un but commun, soit pour prévenir ou être prévenus de ce qui se passe.

268. Ainsi, une à deux compagnies d'infanterie assureront les marchés dans un arrondissement de 64 lieues carrées et de 100,000 âmes de population; 1 à 2 bataillons, et autant d'escadrons, en tout 700 à 1,400 hommes, garderont une circonscription de 320 lieues carrées et de 500,000 âmes; c'est-à-dire qu'il faudra moyennement 4 soldats par lieue carrée et par 1,000 âmes.

Le difficile hiver de 1846 à 1847 exigea, dans presque toute la France, l'application de mesures analogues; comme toujours alors l'armée rendit d'utiles services.

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269. En cas de troubles sérieux dans une localité, quatre principes serviront de règle.

1° Nulle troupe, même _requise_ ne doit sortir de la ville où elle se trouve sans un ordre du général commandant la circonscription territoriale.

2° Nulle troupe ne doit être employée, même dans la ville où elle est établie, que d'après des réquisitions écrites par l'autorité civile à l'autorité militaire, indiquant clairement le but à atteindre et laissant au chef militaire le choix des moyens pour y arriver, quant au nombre d'hommes et à leur emploi.

3° Toute action des troupes doit être le résultat du concert préalable entre les autorités civiles et militaires.

En principe, la réquisition est faite par l'intermédiaire du chef supérieur de l'administration civile au général de brigade.

Il n'est fait exception aux deux premières règles que pour le cas de flagrant délit et d'urgence, c'est-à-dire pour ceux où le temps et les moyens d'avoir une réponse, à la réquisition de l'autorité civile, manqueraient absolument.

Mais alors, et bien que le chef de détachement doive toujours obtempérer immédiatement à la réquisition, les formalités prescrites, en cas ordinaire pour celle-ci, seront de suite remplies à son égard, en lieu et place du général; la réquisition écrite sera adressée dans la journée, à ce dernier, ainsi que le rapport sur l'événement, et les suites qu'il peut avoir.

4° En France, conformément à la loi du 3 août 1791, la troupe chargée, soit d'occuper un poste et de le défendre, soit de conserver intact un dépôt ou un convoi, n'a pas besoin, pour faire usage de la force, d'être requise par un magistrat civil, alors que les attroupements se disposent à la forcer dans ses positions, à la désarmer ou à violer la consigne.

Dans cette pénible circonstance, c'est à l'officier qui commande à éviter, autant que possible, l'effusion du sang, en prononçant lui-même à haute voix, si les autorités civiles sont absentes ou muettes, et si la nature de l'attaque le permet, les mots: _obéissance à la loi_; _on va faire usage de la force_; après quoi il agit suivant sa consigne.

Le concert le plus complet entre les diverses autorités, et la réserve de chacune d'elles dans ses attributions spéciales, sont désirables en de telles circonstances.

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270. S'il n'y a qu'une seule compagnie dans la localité, et surtout si le casernement est étendu et ne peut être fermé, le chef juge le petit nombre d'hommes qu'il sera nécessaire de laisser au centre du cantonnement pour le garder pendant son absence.

Mais, lors même qu'il serait assuré de n'avoir pas à agir, il partira en mesure de le faire et restera toujours dans cette position; le détachement étant constamment réuni et chaque homme ayant ses cartouches: de cette manière il ne tentera pas les malintentionnés.

271. Pendant les marchés, on évitera de détacher des hommes au milieu de la foule, comme surveillants, ou comme auxiliaires de la police qu'ils ne peuvent suppléer.

Si des accapareurs occupent les avenues des marchés, achètent ou détournent les grains qui y arrivent, afin de pousser à la hausse, le chef se concertera à ce sujet, avec les autorités; mais il évitera toujours de disséminer son détachement et d'en exiger un service de surveillance individuelle ou fractionné qui n'est pas le sien.

272. Si la troupe ne peut paraître, à la fois, sur tous les nombreux marchés à sa portée, elle fera en sorte d'arriver inopinément, et alternativement, sur chacun d'eux où sa présence sera toujours ainsi attendue.

273. Des signaux, convenus entra tous les détachements, la brigade de gendarmerie et la réserve générale; à leur défaut, des estafettes ou cavaliers de correspondance avertiront de suite, de la nécessite d'être secouru.