Infernaliana Anecdotes, petits romans, nouvelles et contes sur les revenans, les spectres, les démons et les vampires

Part 7

Chapter 73,715 wordsPublic domain

Je me mis de suite à la tête de l'armée; elle était belle et pleine d'ardeur, aussi n'eûmes nous pas de peine à vaincre le rebelle, mais les Anglais étant venus à son secours, il fallut recommencer le combat; une bataille décisive allait se donner: j'exhortai mes soldats et je les conduisis à l'ennemi; ils firent des prodiges de valeur, néanmoins ils allaient céder au nombre et à la fortune, lorsque je m'adressai à Ernof: Mon fils, lui dis-je, le salut de l'armée dépend de nous: vois-tu ce gros d'ennemi? lui seul porte le désespoir et la mort, courons et qu'il nous reconnaisse pour les favoris du prince. Ernof me suit, notre présence rétablit le combat, mon jeune ami était comme un lion, et bientôt les Anglais cèdent à sa valeur; mais ce ne fut point sans que notre sang coulât. Ernof entouré d'une troupe de gendarmes venait de tomber, prompt comme l'éclair, j'accours pour le sauver; j'y parviens; mais moi même blessé grièvement, je fus emporté sans connaissance.

En apprenant mes succès et mes blessures, le roi était accouru; il me trouva presque mourant: sa tendre amitié, ses soins, hâtèrent ma guérison, et la paix vint y ajouter un beaume qui ferma toutes mes plaies.

De retour à la cour, le roi voulut tenir sa promesse. Comte, me dit-il, dans huit jours vous serez l'époux de ma cousine. Hélas! tant de bonheur était-il fait pour moi.

La veille de mon himen, jour malheureux, la princesse me fit demander; je me rendis à ses désirs. Quel fut mon désespoir, lorsque fondant en larmes elle me dit: Chevalier, si la vertu et la valeur seules avaient le pouvoir de subjuguer les coeurs, qui mieux que vous mériterait d'être aimé; mais apprenez un fatal secret: j'aime, chevalier, j'aime depuis longtems, et j'aime sans espoir. Le roi ignore cette funeste passion, et je n'aurai jamais la force de la lui avouer. Mon seul espoir est en vous chevalier: si vous voulez me conduite à l'autel, j'obéirai, mais non, vous vous laisserez fléchir; vous ne voudrez pas me désespérer, et vous empêcherez une union qui serait malheureuse pour nous deux.

J'étais stupéfait, la douleur m'ôtait la parole, et je ne pus que m'écrier: Comment faire, eh! que dire au roi? Je prétexterai une maladie, dit la princesse, et pendant ce tems nous aviserons à quelques moyens.

Que vous dirai-je, enfin; je me vis forcé de dire à mon roi, à mon ami, que je ne pouvais accepter son alliance. Le monarque fit tout ce qu'il put pour m'arracher mon secret, j'eus la force de le lui cacher: dans sa colère, il me traita d'ingrat, de perfide, et me bannit de sa présence. Le jeune Ernof ne fut point compris dans cet arrêt, mais sa tendre amitié pour moi, a préféré mon exil aux plaisirs de la cour.

Lorsque le chevalier eût fini, l'abbé lui dit: Mon fils, vos chagrins sont grands et justes; perdre sans l'avoir mérité la faveur de son souverain, le coeur de son ami, voilà de véritables chagrins; mais prenez courage, le moment n'est pas éloigné... Je prévois... Oui, l'avenir se déroule à mes yeux.... le ciel m'inspire.... je vous vois dans les bras de notre monarque adoré.... je vous vois près de la princesse: elle devient sensible, elle reconnaît que l'objet de sa passion est indigne d'elle, et elle vous abandonne son coeur et sa main. Mais avant, il faut détruire l'oeuvre du démon; jusqu'ici vous avez combattu des hommes, maintenant c'est la malin esprit qu'il faut attérer; soyez insensible, que votre coeur soit de roc, que rien ne vous touche, ne vous effraye, voilà vos sauveurs, ce Christ, cette image de la Vierge vous rendront invulnérable. Ce soir, à la troisième heure de la nuit, vous partirez; pendant ce tems, mes religieux et moi serons en oraison pour la réussite de votre périlleuse entreprise. Cependant mettez-vous en prière, et que le plus saint des sacrements fortifie vos âmes comme une nourriture succulente fortifie nos corps.

Il dit et se retira.

Le soir, les chevaliers sortirent armés de toutes pièces. A peine étaient-ils hors de l'abbaye, que la biche vint se présenter à eux, ils la poursuivirent; elle les conduisit au milieu de la forêt; arrivés là, ils virent un palais magnifique; une cour nombreuse était assemblée et le monarque qui la présidait était le roi de France, l'ami du chevalier. A son côté était la princesse; le chevalier resta interdit; il oublia un moment que c'était l'oeuvre du malin, et il allait se jeter aux pieds du roi et de sa cousine, lorsqu'Ernof, qui devina sa pensée, le retint et lui dit: Ces images sont trompeuses, point de faiblesses. C'en fut assez, le chevalier tirant son épée, fondit sur le fantôme; celui-ci lui cria, malheureux veux-tu égorger ton ami, ton bienfaiteur; veux-tu immoler ton épouse; viens plutôt dans leurs bras. Vains discours, le chevalier armé de la foi, tomba sur le fantôme et le mit en fuite ainsi que sa princesse. Alors le château s'écroula de toutes parts, le tonnerre gronda d'une horrible manière, la terre s'entr'ouvrit, et les deux guerriers en mesurèrent toute la profondeur d'un coup d'oeil. Il en sortait une fumée noire et infecte et des nuées de fantômes voltigeaient autour des deux chevaliers; ils frappaient indistinctement sur tout ce qui les entourait, et chaque coup qu'ils portaient, occasionnait un changement: tantôt, c'était une femme en pleurs, qui les priait de l'épargner; tantôt c'était un jeune enfant à la mamelle; une autre fois c'était une bête féroce.

Il y avait plus d'une heure que ce combat durait, lorsqu'un chevalier gigantesque se présenta à eux: sa force semblait égaler sa bravoure, et les coups qu'il porta à nos héros furent horribles; tout autre qu'eux en aurait été épouvantés, mais leurs coeurs d'acier ne redoutèrent rien.

Ils s'apperçurent cependant que leur ennemi était invulnérable; leurs épées ne pouvaient l'entamer, tandis qu'ils voyaient leurs armes en pièces et leur sang couler. Faibles femmes, disait-il, osez-vous, vous mesurer avec moi, tremblez, votre dernier moment approche, et vous irez rejoindre les téméraires qui comme vous ont voulu braver ma puissance. O! Dieu, s'écria le chevalier noir, si jamais j'ai blasphêmé ton saint nom, si jamais j'ai cessé de protéger le faible, l'innocent, fais-moi périr; mais si j'ai toujours été selon ton coeur, si la vertu a toujours été ma passion, fais-moi sortir victorieux de ce combat.

Nos chevaliers voyant que leurs armes ne pouvaient rien contre le démon, saisirent leur crucifix et en frappèrent l'ennemi du genre humain; mais, ô! surprise, aussitôt que le divin signe l'eût touché, le guerrier disparut, et ils ne virent plus à sa place qu'un spectre horrible qui les glaça d'épouvante; ils continuèrent à le harceler, et bientôt après il disparut totalement. Ils parcoururent la vaste enceinte où ils étaient, et ne trouvèrent plus que les arbres de la forêt.

Ils se retiraient lentement, lorsqu'ils entendirent des cris plaintifs. Illustres chevaliers, leur disait-on, venez délivrer des malheureux, aussi braves que vous, mais qui avaient moins de foi et de vertus: nous gémissons depuis nombre d'années dans les entrailles de la terre, venez à notre secours.

Les chevaliers ne demandaient pas mieux que d'aller les délivrer, mais par où passer. Il me vient une idée, dit Ernof, posons notre crucifix à terre et prions: ils exécutent leur projet. O! surprise, la terre s'ouvre et laisse apercevoir un chemin. Nos guerriers s'y précipitent, et bientôt ils arrivent près des malheureux qui les avaient appelés: mais des barrières insurmontables s'opposent à leur délivrance; toute la malice infernale s'est déployée pour défendre ces lieux; des fantômes, des spectres, des lacs de sang, de souffre, rendent ce lieu inexpugnable; une multitude de démons en défendent l'entrée; nos chevaliers frappent d'estoc et de taille, tous leurs efforts n'aboutissent à rien; ils approchent leur divine relique, les grilles disparaissent, les démons sont en fuite, tout cède à leurs efforts: ils emmènent les malheureux prisonniers. Ils retrouvent leur chemin, et arrivent presque mourans au monastère.

Dieu soit loué, s'écria l'abbé, l'oeuvre du démon est donc détruite, et nous pourrons respirer en liberté.

Depuis cette époque, la forêt ne fut plus fréquentée par les esprits, et pour les empêcher d'y retourner, l'abbé y fit planter des croix de distance en distance.

Nos deux preux habitaient le monastère depuis quelques jours, lorsqu'ils reçurent un message du roi qui les envoyait chercher. Ils se rendirent à ses ordres, leur innocence fut reconnue et le chevalier épousa la princesse.

LA MAISON DU LAC.

Me promenant sur le lac de Genève, je vis en passant devant un vieux château abandonné, la terreur peinte sur le visage de mon batelier, qui fit force de rames pour gagner le large. Qu'avez-vous, lui dis-je? ah! Monsieur, laissez-moi fuir au plus vite; voyez ce fantôme qui est à une croisée et qui me menace. Je vis en effet un spectre qui faisait des signes menaçans. Voilà qui est plaisant! raconte-moi donc ce qui se passe d'extraordinaire dans ce château? Monsieur, reprit le batelier, j'étais autrefois pêcheur et très intrépide, mes camarades m'avaient dit cent fois: Honoré, n'approche pas du vieux château; quoique le poisson y soit très abondant, ne te laisse point tenter, tous les revenans de l'autre monde l'habitent. Je méprisai leurs conseils et trouvant mes filets toujours garnis, je revenais tous les jours dans ce fatal endroit; j'avais vu plusieurs fois des apparitions, mais je m'en moquais et de dedans ma nacelle, je narguais les revenans.

Un soir, soir funeste! que je tirais ma seine, je vois un fantôme épouvantable marcher sur le lac, je n'en fus pas effrayé, et je saisis mon aviron pour repousser le spectre, (c'est le même que vous venez de voir) mais ô terreur! le monstre secoue son bras et il me fait voir une flamme qui éclaira tout le lac: dans le même instant il remplit ma barque de reptiles; le feu sortait de sa bouche, de ses narines, de ses yeux, et sa voix était semblable au tonnerre. Cependant d'une main vigoureuse il saisit mon bateau et le fit disparaître en un clin d'oeil: comme toute ma petite fortune sombrait, j'entendis le fantôme qui disait: Téméraire, l'enfer va te recevoir, que cet exemple apprenne aux faibles humains à ne jamais lutter contre les esprits infernaux.

Cependant je nageais de toutes mes forces sans savoir où j'allais, heureusement pour moi je rencontrai un pêcheur qui me recueillit, me fit revenir à la vie, (car j'étais tombé presque mort dans son bateau) et me conduisit chez moi. Hélas! je fus sauvé, mais ma barque, mes fillets, et mon jeune frère, tout périt.

Voilà, monsieur, ce qui m'est arrivé, aussi n'approché-je jamais de ce maudit château sans un ordre exprès des voyageurs.

Depuis ce tems je mène une triste existence, je suis domestique, tandis qu'avant je gagnais bien ma vie, et celle de ma pauvre famille.

Mon ami, je suis fâché de ton malheur; néanmoins je veux aller voir ton spectre. Le ciel vous en garde, monsieur, vous n'en reviendrez pas vivant. Viens-y avec moi?--Non? j'ai eu une trop bonne leçon.--Eh bien! débarque-moi.--Pour Dieu, ne faites pas cette folie.--Marche toujours, débarque-moi.--Soit, je vais vous attendre à quelque distance.

Me voilà au commencement de la nuit au pied du donjon. J'étais armé jusqu'aux dents, non contre les revenans; je n'y croyais point, mais dans la crainte de trouver des habitans de ce monde occupés à toute autre chose qu'à prier Dieu. J'entre, tout est tranquille dans le château, j'allume de la chandelle, je me promène partout, je vois tout en ordre, je m'installe dans une chambre, mes armes sur une table, j'attends l'ennemi de pied ferme.

Je commençais à croire que les diables ou les esprits me respecteraient, lorsque j'entendis tomber quelque chose de la cheminée, je me lève pour voir, c'était une tête de mort, un moment après une jambe suivit, ensuite des bras et enfin le reste du cadavre. Oh! oh! me dis-je, il ne fait pas bon ici; ces esprits font autre chose que peur. Je songeais à me retirer, lorsqu'un bruit de chaînes se fit entendre, j'écoute, et bientôt je vois mon spectre, qui m'adresse ces paroles: Incrédule, ne te suffisait-il pas du terrible châtiment de ton batelier; devais-tu venir dans cette maison?... Téméraire, tremble, tout l'enfer est déchaîné contre toi. Je ne perds point la tête, je fais feu sur le fantôme; il se rit de ma colère, et ayant fait un signe, une multitude de démons accoururent dans l'appartement. Ils faisaient un vacarme horrible. Je fuis de cette maudite chambre, je gagne un escalier, je monte, je me précipite dans une autre, j'y trouve un spectre enveloppé d'un linceul tout dégoûtant de sang; je fuis de nouveau, des milliers de squelettes me retiennent avec leurs mains décharnées; je cours dessus le sabre à la main, mes coups sont de nul effet, un spectre monstrueux veut se jeter sur moi, je l'évite, je me sauve; mais je ne sais bientôt plus où aller, une fumée épaisse et infecte remplit toute la maison: sans cesse harcelé par une armée de fantômes, je me précipite dans une pièce voisine; mais à peine ai-je mis le pied dedans, que le plafond s'abîme et je tombe je ne sais où.

Cependant j'étais sans connaissance et je ne me reconnus que lorsqu'il fit grand jour, alors je me trouvai sur les bords du lac. Mes vêtemens étaient en lambeaux, et j'étais si faible que je ne pouvais me tenir debout. Mon pauvre batelier vint me prendre et il me dit: Que de dessus le lac il avait vu des choses qui l'avaient glacé d'effroi, et qu'il croyait bien fermement que je n'étais plus de ce monde.

Nous reprîmes tristement le chemin de Genève, là, je donnai à mon conducteur une somme assez forte pour le mettre à même de reprendre son premier état.

Quant à moi, je fus plusieurs fois me promener sur le lac, mais je ne fus plus tenté de visiter l'infernal château.

LE REVENANT ET SON FILS.

M. Cayol, riche propriétaire à Marseille régla un compte avec un de ses paysans; celui-ci, lui compta une somme de douze cent francs: le maître se trouvant fort occupé dans ce moment lui dit: tu reviendras demain, je te donnerai ta quittance; sur cela le cultivateur s'en va: tranquille sur la probité de son bourgeois, il ne se presse pas d'aller demander son récépissé; plusieurs jours se passent: durant cet intervalle, M. Cayol meurt d'apoplexie.

Son fils unique prend possession de son héritage. En visitant les papiers de son père, il voit que son paysan, Pierre, lui doit douze cent francs, il les lui demande; celui-ci répond qu'il les a payés. M. Cayol demande le reçu, le malheureux Pierre ne l'a point, il raconte le fait; le propriétaire n'y ajoute point foi, donne congé au paysan, le poursuit, et obtient condamnation. Il allait faire saisir ses meubles, lorsqu'une nuit bien éveillé (à ce qu'il m'a dit lui-même), son père lui apparaît et lui tint ce discours: «Malheureux! que vas-tu faire, Pierre m'a payé, lève-toi, regarde derrière le miroir qui est sur la cheminée de ma chambre, et tu y trouveras mon reçu.

Le fils se lève tout tremblant, obéit, et trouve la quittance de son père.

Il paya tous les frais qu'il avait faits à son paysan et le garda.

Il l'avait encore à mon dernier voyage dans cette ville.

LE TRÉSOR.

Étant dans une grande ville de province, logé chez un ami, il me dit que depuis la mort du propriétaire, personne ne pouvait habiter la maison, parce que toutes les nuits on faisait un sabat épouvantable. Nous entendrons ce sabat, dis-je, et nous dénicherons peut-être le revenant. Il n'est pas difficile à dénicher, répondit-il, puisque tous les soirs nous voyons son ombre. Ah! ah! tant mieux.

Me voilà donc aux aguets dès la brune: j'avais pris la précaution de m'armer. Vers les onze heures, comme nous étions à souper, il entre un grand fantôme couvert d'un linceul, chacun tremble; moi seul je me mets à rire. Le spectre me fait signe de le suivre, je lui réponds: _Allons marche_.

Nous descendons; il m'emmène dans la cave, là il me montre une pioche et me dit: fouille. Je me mets en devoir d'obéir, à peine avois-je donné cinquante coups de bêche, que je trouve une marmite de fer bien hermétiquement fermée. Prends cette marmitte, me dit le fantôme, et vois ce qu'elle contient. Quelle fut ma surprise en la voyant pleine d'or. Elle contient mille louis, reprend mon interlocuteur, porte les à mon fils et dis lui bien qu'il ne m'imite pas; dévoré du démon de l'avarice, ma seule passion a été d'entasser or sur or; maintenant j'en porte la peine, je suis condamné à cent ans de souffrances. Dis de plus à mon fils qu'il me fasse dire cinquante messes par an, cela abrégera ma pénitence. Adieu, en finissant cela, il disparut. Je remis fidèlement à son fils le dépôt que j'avais trouvé, et depuis ce tems, la paix fut rétablie dans la maison de mon ami.

FACÉTIES SUR LES VAMPIRES.

--Tandis que les vampires faisaient bonne chère en Autriche, en Lorraine, en Moravie, en Pologne, on n'entendait point parler de vampires à Londres, ni même à Paris. J'avoue, dit Voltaire, que, dans les deux villes, il y eut des agioteurs, des traitans, des gens d'affaires, qui sucèrent en plein jour le sang du peuple; mais ils n'étaient point morts, quoique corrompus. Ces suceurs véritables ne demeuraient pas dans des cimetières, mais dans des palais fort agréables.

--C'est une chose véritablement curieuse que les procès-verbaux qui concernent les vampires. Calmet rapporte qu'en Hongrie, deux officiers délégués par l'empereur Charles VI, assistés du bailli du lieu et du bourreau, allèrent faire enquête d'un vampire mort depuis six semaines, qui suçait tout le voisinage. On le trouva dans sa bière frais, gaillard, les yeux ouverts, et demandant à manger. Le bailli rendit sa sentence. Le bourreau arracha le coeur au vampire et le brûla; après quoi le vampire ne mangea plus. Qu'on ose douter après cela des morts ressuscités dont nos anciennes légendes sont remplies! (_Dictionnaire phylosophique._)

--Dans le vaudeville des Variétés, _les trois Vampires_ se font connaître de cette sorte:

_Le vampire Ledoux_. «Un instant!... Je suis connu, je me nomme Ledoux, fils de M. Grippart Ledoux, huissier de Pantin..... Messieurs.»

_Le vampire Larose._ «Moi je m'appelle Larose, fils de Pierre Taxant Larose, percepteur des contributions de Sceaux..... Messieurs; et honnête homme, si j'ose m'exprimer ainsi.»

_Le vampire Lasonde._ «Et moi, je suis Lasonde, commis à la barrière des Bons-Hommes..... Messieurs.»

_M. Gobetout._ «Puisque votre père est huissier, que le vôtre est percepteur des contributions, et que monsieur est commis à la barrière...., je ne m'étais pas tout-à-fait trompé en vous prenant pour des vampires. Vous nous sucez bien un peu....

--Quand les vents glacés du dernier hyver eurent perdu les oliviers de la Provence, un mauvais plaisant dit:»Les vents de l'année passée étaient bien mauvais, mais ceux de cette année sont encore des vents pires....»

--Le fameux marquis d'Argens témoigna, dans ses Lettres juives, quelque crédulité pour les histoires de vampires. Il faut voir, dit Voltaire, comme les Jésuites de Trévoux en triomphèrent: «Voilà donc, disaient-ils, ce fameux incrédule qui a osé jetter des doutes sur l'apparition de l'ange à la Sainte-Vierge, sur l'étoile qui conduisit les mages, sur la guérison des possédés, sur la submersion de deux mille cochons dans un lac, sur une éclypse de soleil en plaine lune, sur la résurrection des morts qui se promenèrent dans Jérusalem: son coeur s'est amolli, son esprit s'est éclairé; il croit aux vampires.....

--Il était reconnu que les vampires buvaient et mangeaient. La difficulté était de savoir si c'était l'âme ou le corps du mort qui mangeait. Il fut décidé que c'était l'une et l'autre. Les mets délicats et peu substantiels, comme les meringues, la crème fouettée et les fruits fondans, étaient pour l'âme; les rost-bif étaient pour le corps. (_Dictionnaire philosophique_).

--Le résultat de ceci est qu'une grande partie de l'Europe a été infestée de vampires, pendant cinq ou six ans, et qu'il n'y en a plus; que nous avons eu des convulsionnaires en France, pendant plus de vingt ans, et qu'il n'y en a plus; que nous avons eu des possédés pendant dix sept cents ans, et qu'il n'y en a plus; qu'on a toujours ressuscité des morts depuis Hyppolite, et qu'on n'en ressuscite plus. (_Même ouvrage._)

CONCLUSION.--Parce qu'on a vu dans ce volume quelques histoires qui portent en apparence une certain caractère de vérité, il ne faut pas pour cela les croire. On n'a lu généralement que des contes, ou des aventures qui ne sont nullement authentiques. Doit-on croire une personne qui a vu seule des choses surnaturelles? Et dans toutes apparitions, il n'y a jamais de témoins imposans.

Il est vrai qu'on a déterré des morts dont le corps était encore frais. Cet accident était causé par la nature du terrain où ils étaient inhumés ou bien par des maladies; la peur et l'imagination troublée en ont fait des vampires.

Mais comme il est reconnu et démontré que les morts ne peuvent revenir, et qu'il n'y a jamais eu de revenants, à plus forte raison, doit-on être assuré qu'il n'y a ni vampires, ni spectres, qui aient le pouvoir de nuire.

Remarquons en finissant que les personnes d'un esprit un peu solide n'ont jamais rien vu de cette sorte, que les apparitions n'ont effrayé que des villageois ignorants, des esprits faibles et superstitieux.--Pourquoi Dieu, qui est clément et juste prendrait-il plaisir à nous épouvanter, pour nous rendre plus misérables?...

FIN.

TABLE.

AVERTISSEMENT La Nonne sanglante. Nouvelle Le Vampire Arnold-Paul Jeune Fille flamande étranglée par le Diable. Conte noir Vampire de Hongrie Histoire d'un mari assassiné qui revient après sa mort demander vengeance Aventures de la Tante Mélanchton Le Spectre d'Olivier. Petit roman Spectres qui excitent la tempête L'Esprit du Château d'Egmont. Anecdote Le Vampire Harppe Histoire d'une apparition de Démons et de Spectres, en 1609 Spectres qui vont en pélerinage Histoire d'une Damnée qui revient après sa mort Le Trésor du Diable. Conte noir Histoire de l'Esprit qui apparut à Dourdans Les Aventures de Thibaud de la Jacquière. Petit roman Spectre qui demande vengeance. Conte noir Caroline. Nouvelle Flaxbinder corrigé par un Spectre L'Apparition singulière. Anecdote Le Diable comme il s'en trouve. Anecdote Fête nocturne, ou Assemblée de Sorciers Histoire d'un broucolaque La Petite Chienne blanche. Conte noir Le Voyage Le Cheval sans fin. Conte noir La Maison enchantée. Conte plaisant Le Pacte infernal. Petit roman Le Revenant rouge. Conte noir Le Lièvre La Biche de l'Abbaye. Conte noir La Maison Du Lac Le Trésor Facéties sur les Vampires.

FIN DE LA TABLE.