Hokousaï L'art japonais au XVII Siècle

Chapter 3

Chapter 33,863 wordsPublic domain

La promenade, dans un temple, de Japonais et de Japonaises examinant les tableaux accrochés au mur, et où est représenté un groupe de deux Japonais arrêtés devant un kakémono, dont l'un regarde la peinture et l'autre regarde les femmes.

Un Japonais dans une «Maison Verte» en train de fumer. Sa maîtresse, à côté de lui, fait essayer, pour l'amusement de son amant, un pas de danse à sa _kamouro_, à sa fillette de service, dont un maître de danse, agenouillé devant elle, guide les mouvements.

Je citerai, dans le format moyen, parmi les sourimonos de M. Haviland:

Un dieu du tonnerre se précipitant au milieu des éclairs dans le bain d'une femme à moitié déshabillée; un lutteur ou un kami, dont une femme remplit de saké la coupe, une coupe grande comme un plat, tandis que deux autres femmes accroupies à ses pieds rient de sa grosse bedaine poilue, prenant l'air.

Dans les grandes bandes:

Une vue de la Soumida couverte de bateaux.

Des tisseuses de soie, au métier établi en pleine campagne, et dont l'une se voit à travers les fils d'un compartiment du métier.

De petits Japonais jouant auprès d'un pont. Impression signée: _Gwakiôjin Hokousaï, en état d'ivresse_.

Citons en dernier lieu, dans la collection de M. Chialiva:

Un sourimono unique, le plus grand sourimono qu'on connaisse (L. 100) et qui représente un pont dans le genre du grand pont de la Soumida d'Outamaro et où, dans un personnage de profil, au petit bonnet noir, à la robe bleuâtre, on croit reconnaître Hokousaï. C'est, sur ce pont, des promeneurs et des promeneuses dans une halte de repos et de contemplation. Il y a un groupe de trois femmes dont la tête penchée de l'une en dehors de la balustrade, regarde dans la rivière; un autre groupe d'hommes est en train de disserter; un Japonais, qui a accroché à une traverse une branche d'arbuste fleuri, est à demi couché sur la barrière tandis qu'au bout du pont une femme cause avec une amie, les deux mains appuyées contre la rampe dans une attitude charmante de vérité.

Ce sourimono qui est la réunion de deux grands sourimonos est signé: _Hokousaï Sôri_.

VII

Mais revenons en arrière; revenons à ces années où, en même temps que Hokousaï publie de nombreux sourimonos, il illustre un certain nombre d'ouvrages.

En 1797, paraît _Hatsou Wakana_, LES PRIMEURS DES LÉGUMES VERTS.

Un volume rarissime, illustré en tout d'une seule planche d'Hokousaï, qui signe: _Hokousaï Sori changé de nom._

Une paysanne en train de cueillir des herbes, à laquelle un enfant indique que le soleil se couche, et qui se retourne une main devant les yeux.

La même année paraît: _Yanaghi-no-ito_, CORDELETTES DU SAULE PLEUREUR, un volume de poésies, dont l'illustration était due à Yeshi, Kitao Shighémasa, et à Hokousaï, qui représente la rive de la mer, à Yénoshima, où déferle une grosse vague, une planche qui a le doux coloriage et le joli gaufrage d'un sourimono.

La même année paraît _Shunkiô-jô_, DISTRACTIONS DU PRINTEMPS, un volume de poésies dont Hayashi n'a jamais rencontré qu'un seul exemplaire, un volume aux nuances douces, amorties des planches, annonçant une publication faite par une société d'amateurs.

Une impression charmante est la planche en couleur où Hokousaï a représenté une collation dans la campagne, et où des femmes s'amusent à faire flotter sur un cours d'eau des coupes à saké, et l'homme auquel le courant l'apporte est obligé d'improviser une phrase poétique, sous peine, s'il ne peut l'improviser, de boire trois coupes.

La même année paraît encore _Sandara Kasoumi_, LA BRUME DE LA CAMPAGNE, un volume fait en collaboration avec Shighémasa et Tsoukané.

La planche qu'Hokousaï signe _Hokousaï Sôri_ nous fait voir une habitation de la campagne dont sort une paysanne, un enfant à la main, un autre enfant lié sur son dos par sa ceinture, tandis que dans le fond arrivent des femmes de la ville suivies d'un porteur.

Des roses, des gris, des jaunes, qui sont comme l'aube de ces couleurs, et au milieu desquelles éclate le rouge de la robe de l'enfant que la paysanne tient par la main.

VIII

En 1798, paraît _Dan tóka_, CHANSONS DE DANSE POUR HOMMES[12].

[Note 12: Le titre est trompeur, car le volume ne contient que des poésies qui ne peuvent pas se chanter.]

Un volume de poésies où collaborent les dessinateurs Yékighi Tôrin, Yeishi, Shighémasa, Outamaro, Hokousaï: chaque artiste apportant le dessin d'une planche.

Une impression très soignée ressemblant à de la vraie aquarelle, avec le marron comme couleur dominante dans les robes des femmes.

La même année Hokousaï publie, sous la signature _Kakô_, l'HISTOIRE NATURELLE DES MONSTRES, _Wakémono Yamato Honzô_, dont le texte était donné par Kiôdén.

Un livre aux allusions ironiques, sans doute à propos de la publication d'un sérieux ouvrage sur l'histoire naturelle, et où l'imagination du dessinateur se donne toute liberté dans la création de ses monstres, les faisant, tour à tour, ridicules ou terribles. C'est dans l'effroi de femmes se cachant la figure, d'hommes couchés à terre, un monstre aux ailes de toile d'araignée, à la queue formée par le déroulement d'une lettre japonaise, à la tête faite par des besicles jouant l'appareil visuel de la libellule; c'est une tête de femme flottant sur l'eau, dont les épingles de la chevelure lui donnent l'aspect d'un crabe; c'est un arbre dont les feuilles sont des pièces d'or; c'est un oiseau à deux têtes, un dessin faisant revivre la légende des deux oiseaux si amoureux l'un de l'autre qu'ils semblaient ne faire qu'un oiseau.

IX

En ces années, en cette fin du XVIIIe siècle, le talent d'Hokousaï n'a pas seulement fait sa popularité chez ses compatriotes, ce talent commençait à être apprécié par les Hollandais faisant leur visite d'office, tous les cinq ans, à Yédo, et l'un d'eux, que l'on croit être le capitaine Isbert Hemmel, avait eu l'intelligente idée de rapporter en Europe deux rouleaux dus au pinceau de l'illustre maître, représentant, le premier, tous les épisodes de l'existence d'un Japonais depuis sa naissance jusqu'à sa mort, le second, tous les épisodes de l'existence d'une Japonaise, également depuis sa naissance jusqu'à sa mort.

Le prix convenu de ce curieux historique de la vie japonaise était de 150 rios d'or (le rio d'or vaut une livre sterling). Et Hokousaï recevait du médecin hollandais attaché à l'expédition une commande d'un double des deux rouleaux.

Hokousaï apporta tous ses soins et sa science à la confection des quatre rouleaux, terminés au moment du départ des Hollandais. Et, quand Hokousaï livra ces rouleaux, le capitaine, très enchanté, lui remit l'argent convenu, mais le médecin, sous prétexte qu'il avait un traitement inférieur à celui du capitaine, ne voulut payer que la moitié du prix. À quoi Hokousaï se refusa, aussi bien qu'à lui laisser un rouleau à 75 rios.

Mais la somme que le peintre devait toucher était déjà escomptée pour payer des dettes, et la femme d'Hokousaï lui reprochant de n'avoir pas cédé un rouleau au médecin, dont les 75 rios auraient sauvé le ménage de la grande misère, Hokousaï laissant parler sa femme, après un long silence, lui disait qu'il ne se faisait aucune illusion sur la misère qui les attendait, mais qu'il ne pouvait supporter le manque de parole d'un étranger les traitant avec si peu d'égards, ajoutant: «J'ai préféré la misère à un _piétinement_ (humiliation).»

Le capitaine, mis au fait du procédé du médecin, envoyait son interprète avec l'argent et faisait prendre les deux rouleaux commandés par le médecin.

Maintenant, sont-ils arrivés en Europe ces quatre rouleaux? Le capitaine Isbert Hemmel mourait en 1798, dans la traversée de Yédo à Nagasaki. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils ne sont pas au musée de la Haye, dont M. Gonse a fait une étude.

Hokousaï continua de vendre un certain nombre de dessins aux Hollandais, jusqu'au jour, où il lui fut interdit de livrer aux étrangers les détails de la vie intime des Japonais.

X

Si vraiment il a été versé 300 rios d'or à Hokousaï par le capitaine hollandais, Isbert Hemmel, pour les quatre makimonos sur la vie japonaise, je crois bien que c'est la seule fois où sa peinture a été richement payée, car ses dessins pour l'illustration des livres--le revenu le plus clair de l'artiste,--sont misérablement rétribués par les éditeurs, et au moment où l'artiste jouit de toute sa célébrité. Je donnerai, comme preuve, ce fragment d'une lettre, adressée en 1836, d'Ouraga, à l'éditeur Kobayashi. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . _Je vous envoie trois feuilles et demie des Poésies de l'époque des Thang. Sur 42 mommés_ (le mommé vaut 10 sous), _que j'ai à toucher, retranchez un mommé et demi que je vous dois; et veuillez remettre le reste, 40 mommés et demi, au porteur de la lettre_.

D'après cette lettre, ça mettrait le payement des dessins d'Hokousaï de six à huit francs.

Et il se conserverait au Japon des billets où Hokousaï empruntait de misérables sommes pour le payement des choses de la vie journalière, près des fruitiers, des marchands de poissons, et c'est ainsi que j'entendais conter à M. Bing que, parmi les documents qu'il avait réunis sur Hokousaï, il existait la demande par le peintre à un éditeur d'un emprunt d'un riô (25 francs), le priant de lui payer ces 25 francs dans la plus petite monnaie possible, afin de solder ses infimes dettes criardes près des fournisseurs de son quartier.

Oui, ainsi que le témoigne une autre lettre, où Hokousaï se plaint de n'avoir qu'une robe pour défendre son vieux corps de 76 ans contre le froid d'un hiver rigoureux, l'artiste a vécu, toute sa vie, dans une misère noire, par suite des bas prix payés au Japon par les éditeurs aux artistes, et l'effet d'une indépendance d'esprit qui lui faisait accepter seulement le travail qui lui plaisait, et aussi à l'occasion des dettes qu'il eut à payer pour son fils Tominosouké et son petit-fils, né de sa fille Omiyo,--du reste tirant une espèce de vanité de cette pauvreté.

XI

En 1799 Hokousaï publie _Azouma Asobi_, PROMENADE DE L'EST (Promenade de la capitale de l'Est, qui est Yédo), un volume en noir, republié en trois volumes en couleur, l'année 1802.

Des intérieurs de ville et des paysages vilainement coupés de langues de nuages rouges, couleur de soleil couchant, dissimulant tout ce que l'artiste ne trouve pas d'intérêt à dessiner, procédé qu'abandonna plus tard Hokousaï.

Dans le premier volume: la vue intéressante du temple sinthoïste Shimméi avec sa sobre architecture, et le pont de Nihon-bashi avec la foule grouillante qui l'emplit tout le jour.

Dans le second volume: une boutique de _nori_, la plante marine comestible dont il se fait au Japon une grande consommation; une maison de thé où se tient sur la porte une _guésha_; une rue du quartier marchand de Sourouga-tebô; une boutique de poupées à Jikkendana, avant la fête des filles, avec les pyramides des caisses, le petit monde de ses vendeuses, la queue interminable des acheteurs allant jusqu'au bout de la rue; une teinturerie à la porte de laquelle un teinturier tend ses étoffes; une tuilerie; l'hôtel des Hollandais, Nagasakiya, devant lequel un rassemblement de curieux regarde trois habitants de l'hôtel à une fenêtre; la boutique du libraire Tsoutaya, l'éditeur d'Outamaro, avec sa marque faite d'une feuille de vigne vierge surmontée du pic de Fouzi-yama, sur une lanterne, et ses piles d'images, et ses commis en train de faire des rangements, et l'annonce de ses albums nouveaux sur les planches de bois de la devanture.

Dans le troisième volume: la cour du temple Asakousa emplie de la presse des acheteurs et des acheteuses devant les petites boutiques de la cour; un atelier d'armurier où un ouvrier martèle une pièce et où sont suspendus une selle, des étriers, des gants pour l'escrime du sabre.

XII

Avec les livres et les sourimonos mis au jour par Hokousaï depuis 1778 jusqu'à la fin du siècle, il est de toute nécessité de cataloguer les planches publiées séparément par l'artiste pendant ces vingt années.

D'abord, dans ces planches publiées séparément,--quoique souvent réunies en albums,--ce sont vers 1778, avons-nous déjà dit, des impressions d'acteurs ressemblant tout à fait à des Shunshô, et tirées dans des tons jaunes avec un rien de coloration rosâtre, d'une harmonie un peu triste.

Et parmi les rarissimes estampes de ces années, il y a un Kintoki entre un singe et un chien portant son coffre; un petit Japonnais riant d'un pêcheur auquel une pieuvre s'est attachée; des têtes caricaturales destinées à être découpées pour l'amusement des enfants; des promenades de Japonaises dans des campagnes désagréablement coupées par ces nuages rouges qui sont des imitations malheureuses des bandes de poudre dorée des anciens rouleaux. Au fond, des reproductions assez grossières de dessins que ne recommande pas encore aux éditeurs un nom connu.

Vers 1793, une belle planche représentant le corps à corps de deux lutteurs aux anatomies éléphantines.

Dans les années suivantes, un _bateau de bonheur_ sur lequel l'Olympe japonais pêche à la ligne; deux diptyques, l'un représentant une procession d'enfants, l'autre, une réunion d'enfants dessinant d'après des images; un triptyque de l'attaque du château de Kôzouké par les ronins.

Parmi ces compositions, un dessin tout à fait capital, signé _Shunrô_, et où s'annonce la maîtrise future de l'artiste. Un dessin, où Kintoki est représenté une main autour du cou d'un ours, un aigle sur l'épaule, et où le corps couleur de brique de l'enfant herculéen, entre le noir de l'aigle et le fauve de l'ours, fait de la coloration toute-puissante.

Une autre impression d'un grand caractère, représentant l'impératrice Dakki qui, d'après une légende japonaise, serait un _renard à neuf queues_: cette impératrice ayant le goût du sang, faisant ouvrir le ventre des femmes enceintes, et que l'on voit à une fenêtre, regardant un enfant qu'un bourreau tient suspendu en l'air par le collet de sa robe, prêt à lui couper la tête avec son sabre.

Une autre impression vous montre la déesse du Soleil, née du mariage de Isanagui et de Izanami, les premières divinités mâles et femelles créatrices du Japon, retirée dans la grotte fermée par un immense rocher, et laissant le ciel et la terre plongés dans les ténèbres au moment où le dieu Tatikara, _aux bras puissants_, va la tirer, charmée qu'elle est par le chant d'Ousoumé, va la tirer hors de sa grotte.

En 1796 Hokousaï apprend la perspective de Shiba Kôkan, qui la tenait des Hollandais, et cette étude amène, cette année, la publication d'une suite de douze paysages qui ont, sous le pinceau du maître japonais, comme un sentiment hollandais, et où Hokousaï signe son nom horizontalement, ainsi que dans l'écriture de l'Europe.

De cette série qui renferme la première idée de «la Vague», M. Mauzi possède un tirage extraordinaire qui a l'air d'une suite d'aquarelles tirée sur un papier torchon.

Vers cette époque Hokousaï publie encore une série de huit feuilles représentant huit vues du lac Biwa, dans une teinte de grisaille violacée où bien certainement existe une influence européenne.

Ici il faut énumérer les séries de Tókaïdô, la route principale reliant Yédo à Kiôto, et qui traverse les villes servant de stations. De là le nom des 53 _stations_ qui, ajoutant celles de Yédo et Kiôto, forme une suite de 55 planches.

On compte cinq séries, car cette route de Tôkaïdô a été un des sujets préférés par le pinceau d'Hokousaï qui, d'après Hayashi, en aurait dessiné quatre avant 1800.

Une première série est du format in-4 en largeur avec un médaillon:

De petits croquetons spirituels.

Une deuxième série également du format in-4 en largeur, tirée sur le papier des sourimonos, et où, comme ton, domine le bistre.

Une jolie impression: un enfant faisant du trapèze à la branche d'une ancre.

Une troisième série d'un petit format carré et où Yédo et Kiôto font des diptyques.

Coloriage d'une publication à bon marché.

Une quatrième série in-12 en hauteur. De beaux dessins anatomiques.

Une cinquième série de format in-12, tirée en sourimono, et qui a paru seulement en 1801.

Dans cette série il y a sept planches en format double et en largeur. Série d'une grande finesse dans le trait et d'une remarquable douceur de couleur.

Deux planches charmantes: une femme se coiffant accroupie à terre et tenant d'une main derrière elle sa natte qu'elle peigne de l'autre, tout en se regardant dans un miroir; et une femme faisant du filet, qui se retourne dans sa marche vers un petit enfant se traînant derrière elle, attaché par une corde à sa robe.

Il y a encore des séries de paysages.

La série des SIX TAMAGAWA, série de six paysages d'un faire un peu brutal.

Une seconde série des SIX TAMAGAWA, avec le médaillon.

Une série des TROIS SOIRÉES, série de trois petits paysages animés par des promenades de femmes.

Une grande vue panoramique des deux rives de la Soumida (H. 25, L. 65), aux maisons et aux arbres minuscules, commençant à la fin d'un pont qui réunit les deux rives, et où se voit dans le haut du ciel un imperceptible cerf-volant.

Et sans doute il existe d'autres, bien d'autres de ces feuilles de passages séparées, que peut-être la publicité donnée au nom d'Hokousaï fera retrouver au Japon ou ailleurs. Pour ma part je possède seize de ces paysages en largeur, réunis en un album qui porte sur la couverture le titre écrit à la main: _Tòto Meisho shû_, COLLECTION DES ENDROITS CÉLÈBRES DE YÉDO, ILLUSTRÉS PAR DES POÉSIES: seize feuilles au tirage le plus rapproché des sourimonos et qui ont dû être publiés à la fin du dernier siècle, ou au commencement de celui-ci.

1. Le coucher du soleil sur la mer à l'embouchure de la Soumida.

2. Dans la campagne, un grand cercle en paille entre deux bambous, un cercle sacré où un prêtre fait passer les enfants d'après la croyance que ce passage évite aux enfants les épidémies.

3. Un coup de vent forçant deux femmes à ramener sur elles leurs robes enroulées dans un enveloppement plein de grâce.

4. Admiration de Japonais et de Japonaises devant les pruniers en fleurs de l'autre côté de la Soumida.

5. Terrasse de Ouyéno où un enfant laisse tomber des feuilles de papier en bas.

6. Japonais flambant le fond d'un bateau qu'il vient de construire.

7. Promenade de trois femmes de la société suivies d'un serviteur au bord de la Soumida.

8. Le grand sapin sacré du temple de Miôkén à Yanaghishima, entouré de paille.

9. Terrasse du temple d'Inari à Mimégouri, où un Japonais porte sur ses épaules son petit garçon.

10. Maison de paysan à Sékiya, un endroit renommé pour la quantité de ses lucioles que les Japonais s'amusent à enfermer dans une petite cage de soie.

11. Deux femmes, suivies d'un serviteur porteur d'une plante et de deux bouteilles de saké, se promenant au bord de la Soumida, en vue d'un grand bateau d'où un homme puise de l'eau avec un seau.

12. Jardinier arrosant des légumes à Ayasé, près d'un petit pont sur lequel sèchent des bottes de paille de riz.

13. Une femme apportant une tasse de thé à un Japonais, jouissant à l'endroit, appelé autrefois Mattiyama, de la belle vue de la rivière.

14. Une barque où sont embarquées deux Japonaises.

15. Effet de neige à Mouméwaka.

16. Et la promenade se termine, comme pas mal de promenades de Hokousaï, par la descente de deux Japonais dans une «Maison Verte» du Yoshiwara.

Parmi d'autres impressions de collections parisiennes.

Une promenade dans le Yoshiwara.

Une vue de l'entrée d'un théâtre, avec les têtes de la foule d'hommes et de femmes rassemblés pour entendre le boniment des acteurs sur l'estrade.

Des teinturières, cette composition de deux femmes coupées par une bande d'étoffe, qui a tenté successivement Outamaro, Toyokouni.

Des bûcheronnes, la tête chargée de fagots.

Une série de caricatures amusantes par le changement de place du nez, de la bouche, des yeux.

Une série de SIX POÈTES, série de six feuilles, avec le portrait du poète accompagné d'un paysage ou d'une fleur. Imagerie un peu vulgaire.

Une représentation d'un théâtre chantant où les acteurs ne font que les gestes et où les paroles sont dites par des récitateurs aux bouches immenses.

Une planche de trois musiciennes, l'une jouant du _koto_, l'autre du _schamisén_, la dernière du _kokû_ (espèce de violon).

Une planche d'une femme passant en barque sous un pont.

Une planche d'une femme se promenant sur un boeuf, dans la province de Yénoshima.

Deux planches d'hommes et de femmes, la marée retirée, pêchant avec des paniers le poisson resté dans les anfractuosités de la plage.

Une planche représentant la réunion des six poètes sur une terrasse.

La plantation du riz.

La cueillette du thé.

Une charmante impression est une impression où un amoureux joue de la flûte à la porte d'une habitation, et où l'on voit une servante, envoyée par sa maîtresse qui l'entend de son balcon, traverser le jardin et lui ouvrir la porte.

XIII

En 1800 Hokousaï publie encore un petit livre jaune, avec son titre bien japonais, _Kamado Shôgoun_, LA TACTIQUE DU GÉNÉRAL FOURNEAU, un petit livre dont les dessins et le texte sont fournis par le peintre.

Il est curieux, ce petit livre, par la figuration de l'auteur présentant son livre à l'éditeur, agenouillé, les deux mains posées à terre dans une attitude de supplication, curieux par la modestie de la préface de l'écrivain-dessinateur.

Voici à peu près la préface de ce volume, qui va être un des derniers volumes dont Hokousaï écrira le texte:

Je viens de faire un travail maladroit, si cependant, après examen, ça faisait votre affaire? Et comme je ne suis pas habitué à écrire, pour les passages non réussis, faites-les retoucher par le maître Bakin. Or, si j'ai la chance d'avoir le moindre succès cette année, je travaillerai mieux l'année prochaine.

Maintenant si l'on veut avoir une idée de la littérature du peintre, voici un bout de traduction du livre jaune:

Dans une lointaine province de l'Ouest, il y avait un grand seigneur, nommé «le grand coeur», ayant un revenu d'un million de tonnes de riz. On le surnomma Dadara Daïjin, le Seigneur Désordonné, comme grand amateur de voluptés et fort buveur de saké. Et, non content du plaisir de la chasse dans les montagnes, de la pêche dans la mer, il s'amusait à faire nager les gens avec de lourdes pierres attachées à leurs corps, ou à les faire courir, pieds nus, sur la glace; et le monde de son entourage, il voulait qu'il fût habillé de chaude ouate, en été, et de toile claire, en hiver. Enfin il aurait fallu, pour la distraction de ce seigneur, que les poules chantassent et les roues tournassent de côté. C'est dire que l'argent et l'or étaient entre ses mains, comme l'eau de la rivière.

Or, il se trouvait dans la province voisine un autre seigneur appelé «l'Eau de riz», habitant le château des Créanciers...

Mais ici, le traducteur s'est arrêté, déclarant que le texte, se composant, d'un bout à l'autre, de jeux de mots et d'allusions seulement compréhensibles pour des Japonais, est intraduisible en français.

XIV

La même année, en 1800, Hokousaï illustre les trois volumes de _Soumida gawa Riôgan itiran_, COUP D'OEIL SUR LES DEUX RIVES DE LA SOUMIDA, un panorama des deux rives pouvant se déplier. Dans le premier volume, c'est à Takanava la vue de la baie où l'on voit contre le vieux mur des fortifications de Yédo, à la porte d'une maison de thé improvisée sous des nattes attachées à des bambous, une _mousmé_ invitant les passants à se rafraîchir. Puis, en remontant la rivière, en face de l'île de Tsoukoudajima, ce sont des enfants enlevant un cerf-volant près d'un porteur de ballots de ouate, de cette ouate dont la mariée se voile le visage dans les cérémonies du mariage. A Ohhashi, une femme, à demi couchée sur un grand banc, prend le frais avec ses enfants.