Hokousaï L'art japonais au XVII Siècle
Chapter 18
_Onna Itidaï Yeigwashû_, AGRÉMENTS DE LA VIE DES FEMMES.--Recueil de poésies, avec deux planches de «I-itsou, autrefois Hokousaï, et âgé de 72 ans». 1 vol. format moyen, 1831.
Albums de poésies Kiôka avec des planches en couleur.
Ces albums sont du grand format.
_Shunkiôjo_, DISTRACTIONS DU PRINTEMPS, 2 vol., 1791 et 1798.--Un dessin par volume signé: «Sôri et Hokousaï Sôri.»
_Hatsou Wakana_, LE PREMIER LÉGUME VERT.--1 vol. Une planche de «Hokousaï, Sôri changé de nom», 1798.
_Sandara Kasoumi_, BRUME DE SANDARA.--1 planche de Hokousaï Sôri. 1 vol., 1797.
_Yanaghino Ito_, CORDELETTES DE SAULE PLEUREUR.--1 planche de Hokousaï Sôri. 1 vol., 1797.
_Dantôka_, CHANT DE DANSE D'HOMME.--1 planche de Hokousaï Sôri. 1 vol., 1798.
_Haïkaï Shijikou zôshi_, CAHIER DES QUATRE SAISONS.--1 planche de «Hokousaï Tokimasa, Sôri changé de nom». 1 vol., 1798.
_Hananoyé_, L'AÎNÉE DES FLEURS.--2 planches signées: «Hokousaï, Sôri changé et Hokousaï Tokimasa». 1 vol., 1798.
_Onna Sanjû Rokkasén_, TRENTE-SIX POÉTESSES, par Yeishi, et une composition par «Hokousaï, fou de dessin». 1 vol., 1801.
_Harouno Fouji_, FOUZI-YAMA AU PRINTEMPS.--Recueil de Kiôka, dont le titre est perdu, mais paraît, selon le texte, porter ce nom. 2 dessins de «Hokousaï, fou de dessin». 1 vol. 1803.
Albums de dessins.
_Hokousaï Shashin Gwafou_, ALBUM DES ÉTUDES D'APRÈS NATURE DE HOKOUSAÏ. --15 planches en largeur. 1 vol. grand format, 1814.
Albums de dessins originaux avec titre imprimé et vendus chez les libraires.
_Nikoushitsou Gwajô_, ALBUM DE DESSINS ORIGINAUX ou _Zén Hokousaï Manji-ô Nikoushitsou Gwajô_ ALBUM DE DESSINS ORIGINAUX DU VIEILLARD MANJI, AUTREFOIS HOKOUSAÏ.--Signé: «Manji, le vieillard fou de dessin, âgé de 80 ans.» Format en largeur. 29 centimètres de largeur sur 19 1 2 de hauteur, 1 vol. renfermant 12 dessins cursifs, coloris léger, 1839.
Cet ouvrage a été inventé, exécuté et vendu par Hokousaï, à la suite des années de famine.
Albums et livres de dessins du printemps.
_Kinohéno Komatsou_, JEUNES POUSSES DE PINS.--Livres en couleur de format moyen, 3 vol.
_Tsouma Kasané_, DOUBLE OCCUPATION.--Livres en format moyen, 3 vol.
_Foukoutokou Wagôjin_, LES DEUX DIEUX D'UNION ET DE BONHEUR.--Livres en couleur du format moyen, 3 vol.
SANS TITRE.--Album à couverture aux planches de bois laqué noir et dessin or. 12 grandes feuilles en largeur, pliées en deux, grands dessins tirés sur un fond micacé et coloriés à la main, 1 vol.
NOTA.--Les autres albums ou livres érotiques attribués à Hokousaï, sont de ses élèves.
Albums d'amateurs.
Il existe nombre d'albums faits par des amateurs, avec des estampes, ou des sourimonos parus par série, tels que les Poètes, les Attributs du Cheval, les Scènes des rônins, les Tôkaïdo, les 36 Vues de Fouzi-yama, les Ponts célèbres, les 8 Vues de Liou-Kiou, les cent Poésies expliquées par la nourrice, les Fleurs, les Fleurs et Oiseaux, les Caricatures, etc.
Ces dessins n'ayant pas été édités en albums, ils entrent dans la classification des estampes et des sourimonos.
Les noms arbitrairement donnés à ces albums, ne sont pas acceptés par nous.
Livres parus ou non, mais dont on ne connaît que le titre annoncé dans des ouvrages.
_Gwatsétsou_, ESTHÉTIQUE DU DESSIN, 1 vol.
_Hokousaï Ringwa_, LE CALQUE, 1 vol.
_Hokousaï Zankô_, LA COMPOSITION ET LE DESSIN, 1 vol.
_Hokousaï Gwakau_, MODÈLES DE DESSINS DE HOKOUSAÏ. 3 vol.
_I-tsou gwafou_, ALBUM DE DESSINS D'I-ITSOU.
_Shônin Kagami_, ENCYCLOPÉDIE DES COMMENÇANTS. 3 vol.
_Meizan Shokei Shinzou_, PAYSAGES VRAIS DES MONTAGNES CÉLÈBRES. 1 vol.
_Yédou Hakkei Shinzou_, VRAIS DESSINS DES HUIT VUES DE YÉDO. 1 vol.
_Mitino Shiori_, INDICATEUR DU CHEMIN DES BEAUX PAYSAGES. 1 vol.
_Azouma Hiakounin Isshu Tamazousa_, LETTRES DES CENT POÈTES DE YÉDO. 1 vol.
_Mandaï Hiakounin Isshu Misao Bounshô_, EXPLICATION DES CENT POÉSIES. 1 vol.
_Taïsei Hiakounin Tiyékagami_, L'ESPRIT DE CENT PERSONNES. 1 vol.
_Riôsandô Itiran_, COUP D'OEIL SUR LES DEUX ROUTES DES MONTAGNES. 3 vol.
_Tchûshingoura Jûnidan_, LES DOUZE TABLEAUX DES SCÈNES DES RÔNINS. 1 vol.
_Yéhon Katsoushika-bouri_, LE FAIRE DES DESSINS DE KATSOUSHIKA.
_Kiôgwa Katsoushika-bouri_, DESSINS COMIQUES A LA MANIÈRE DE KATSOUSHIKA.
_Yéhon Nakouté Nanakousé_, LES SEPT MANIES DE LA PERSONNE QUI N'EN A PAS.
_Riakougwa Mousha Kagami_, DESSINS CURSIFS DES GUERRIERS.
_Noui-moyô Tébikino Ito_, DESSINS DE BRODERIE.
_Yéhon Tokibano Matsou_, LE PIN TOUJOURS VERT.
_Yéhon Tiyéno Ita_, LE JEU DES PLANCHES GÉOMÉTRIQUES.
_Yéhon Irohagoura_, MAGASIN DE L'ALPHABET.
_Yéhon Hitori Annaï_, GUIDE POUR SOI-MÊME.
_Iitsou Sensei Keirokou Gwafou_, ALBUM DE DESSINS DU MAÎTRE I-TSOU.
_Fougakou Hattaï_, HUIT ÉTATS DU FOUZI-YAMA.
_Gwato Fou-ou Sessôhén_, DESSINS DU VENT, DE LA PLUIE, DE LA GELÉE ET DE LA NEIGE.
_Yéhon Oyakogousa_, MÈRES ET ENFANTS.
_Katsoushika Gwariôbaï_, LA STRUCTURE DU DESSIN.
_Yéhon Kounizoukoushi_, GÉOGRAPHIE DES PROVINCES.
_Yéhon Hana-shikishi_, FLEURS DES QUATRE SAISONS.
_Yésô Hiakkwasén_, CENT FLEURS D'HERBES.
_Hiakka Hijitsou_, ART PITTORESQUE DES CENT MAÎTRES.
_Kiôgwa Sôshitsou Hiakouyan_, DESSINS COMIQUES ET CURSIFS DE CENT YEUX.
_Hiakouju Hiakoufoukou_, CENT LONGÉVITÉS ET CENT BONHEURS.
_Onsén Hiakkei_, CENT VUES THERMALES.
_Ippiakou Jinén-zouyé_, CENT DESSINS VENUS TOUT SEULS.
_Hiakouba Hiakouguiou_, CENT CHEVAUX ET CENT BOEUFS.
_Hiakkin Hikoujû_, CENT ANIMAUX ET CENT OISEAUX.
_Guioka Hiakkei_, CENT VUES DES VILLAGES DE PÊCHEURS.
_Yéhon Katsoushika Bounko_, LA MALLE DE PAPIERS DE KATSOUSHIKA.
_Yéhon Gwaïdén_, LES TRADITIONS.
_Hanékomi Ousou-zaïshiki_, LE COLORIS CLAIR.
_Gokou Soshitsou_, DESSIN EXTRÊMEMENT CURSIF.
_Jinboutsou Dompitsou_, DESSIN NÉGLIGÉ DES PERSONNAGES.
Livres et Albums sont illustrés de planches en couleur ou en noir, mais très souvent les tirages en noir sont harmonisés à l'aide d'une teinte grise, d'une teinte rose.
POSTFACE
Par Léon Hennique
Qui remarque une paille dans l'oeil d'autrui n'aperçoit pas toujours la poutre qui crève le sien. Nous allons le montrer une fois de plus. J'ai entre les mains (_Feuilles de Momidzi_, page 287) une vieille étude de M. Léon de Rosny: «Un mot aux amateurs de Japoniaiseries», étude où, après avoir déclaré qu'il se refuse à écrire un article sur _Hokousaï_, le nouveau livre d'Edmond de Goncourt, il en écrit un, désagréable, avec tranquillité; étude où il accuse pédantesquement ledit Edmond de Goncourt d'avoir appelé un poète chinois Lihacou, lorsqu'il se nomme Li-Taï-peh.
«Le terrible empereur Tsin-chi Hoang-ti, ajoute M. de Rosny, qui fit construire la grande muraille et brûla les livres et les lettrés de son heureux pays, lui aussi est cité par M. de Goncourt sous le nom de Shiko!»
Il n'y a point à barguigner, je suis tenu de découvrir la paille dans l'oeil du yamatophile incriminé. Yamatophile signifie, paraît-il, amoureux du Japon. Comment Edmond de Goncourt et son habituel conseiller, le Japonais Hayashi, ont-ils pu se tromper de la sorte?... Coupables, oui, plaidons coupables, je ne demande pas mieux... Cependant, pourquoi, en même temps, vois-je là-bas, au diable, malgré moi, un M. de Rosny coiffé d'un bicorne, et, le coupe-chou au poing, veillant sur ce qu'il croyait être son domaine?...
M. de Rosny fut un galant homme et un ethnographe. De son vivant, il déchiffrait assez bien trois langues: la chinoise, la japonaise et la coréenne. Elles se ressemblent comme trois soeurs, du reste. Je consulte quelquefois ses livres, quelquefois seulement, parce que les savants tels que lui sont des rocs abrupts, lourds, ennuyeux, et que, pauvre ignorant, j'aime à rencontrer à droite et à gauche, au cours de mes lectures, les simples, les jolies fleurettes d'une rhétorique choisie; mais j'ai consulté ses livres, je les consulterai peut-être derechef, tout est possible... Et cela est un pont de M. de Rosny à ma personne; et cela m'autorise à le joindre dans l'Empyrée, une minute, et à lui affirmer, en mon nom et en d'autres noms, que, s'il s'agit de l'art ou d'un artiste, ce n'est, le cas échéant, ni à lui, qui n'est pas artiste, ni à son érudition que nous nous adresserons. Ce sera, de préférence, à Edmond de Goncourt, plus averti, plus affiné, ou à Philippe Burty, à Théodore Duret, Henri Vever, Gustave Geffroy, ou à MM. Revon, Focillon Louis Aubert, au groupe serré de nos peintres et de nos dessinateurs. Car, vis-à-vis de la paille dévolue à M. de Goncourt, voici la poutre que je trouve aux yeux de M. de Rosny--va pour les à peu près médiocres,--à la fin de l'étude «Un mot aux amateurs de Japoniaiseries»,--poutre devant écraser net l'illustre Hokousaï et ses thuriféraires. Nous en sommes.
Je cite, textuellement:
«Qu'on me permette un mot sur ce fameux Hok'saï, le peintre japonais «fou de dessin» dont M. de Goncourt est le panégyriste enthousiaste et au char de triomphe duquel il espère atteler le public amateur des grandes cocasseries artistiques.»
Ouf!... Récitons:
«J'aurais sans doute mauvaise grâce, moi qui ai dit plus d'une fois, comme saint François Xavier, que les Japonais étaient les délices de mon coeur, de médire sur n'importe lequel de leurs artistes et surtout sur ce brave Hok'saï dont j'ai le premier fait une courte mention dans la biographie générale de Firmin Didot, il y a une vingtaine d'années...»
Oh! si courte, si incomplète, la mention, M. de Rosny! Poursuivons:
«Hok'saï est, à coup sûr, caricaturiste drôle par moments, bizarre presque toujours. Ses nombreuses charges à outrance amusent un instant. On s'arrête quelques minutes avec plaisir sur les premiers cahiers de la Mangwa, on parcourt les autres un peu plus vite, on examine les derniers avec le pouce...»
On, c'est M. de Rosny. Poursuivons encore:
«Je n'ignore pas qu'une telle déclaration est de nature à arracher des cris d'horreur à certains bibliophiles, et, pour cause, à un bon nombre de marchands de curiosités. Aussi bien qu'eux tous, j'apprécie parfois l'ancien art japonais, mais je juge qu'on a beaucoup surfait, chez nous, quelques-uns de ses choryphées... Mais, en feuilletant les oeuvres d'Hok'saï, on a parfois la velléité de dire qu'il a réalisé l'idéal du grotesque. Hok'saï, d'ailleurs, n'est devenu un artiste hors ligne aux yeux de ses compatriotes que depuis le jour où nous nous sommes avisés _de rire un peu, pas bien longtemps_, de ses croquis fantaisistes et ensuite de les admirer _par genre, sans mesure et à tort et à travers_.»
Halte! Brisons-là cette mauvaise humeur, l'épilogue ne nous apprendrait rien de neuf. On a lu et on a déjà haussé les épaules. De quel côté sont l'ignorance et la niaiserie? Du côté des Japonisants ou du côté de l'ethnographe?... Je me demande, pour ma part, si, lorsqu'il voulut écrire son étude, M. de Rosny, traducteur d'un traité sur l'éducation des vers à soie, connaissait à fond Katsushika Hokousaï. Et je me hâte de répondre: non, puisqu'il ne s'occupa que du moindre aspect de ce Protée, _du caricaturiste qui le faisait rire un peu, pas bien longtemps_. Ce _bon_ M. de Rosny n'a donc pas l'air de se douter que le _brave_ Hokousaï est l'inventeur d'une oeuvre immense, qu'il a tout essayé et tout réussi sous des appellations diverses: Shiunrô, Tokitaro, Tokimasa, Seshin, Taïto, Katsushikano, Iitsou et Manrôdjin, le vieillard fou de dessin. Il n'a pas l'air de savoir davantage que nos impressionnistes ont enrichi leur technique de celle que nous apportèrent les artistes nippons, à commencer par Hokousaï.
Je n'ai pas l'intention de narrer l'existence de ce grand homme; maints critiques l'ont racontée avec ferveur, avec talent. Edmond de Goncourt les précéda, fut disert et renseigné autant qu'il pouvait l'être en 1896. Mentionnons néanmoins qu'Hokousaï, noué à un labeur formidable jusqu'au terme de sa très longue carrière, fut une sorte de nomade archiméconnu par les plus titrés, les plus magnifiques de ses contemporains, regardé par les autres comme un maître sans doute, mais comme un maître adonné à un petit art, à l'art _vulgaire_, indigne de l'art noble et de l'Histoire, ce jardin où s'étaient épanouis les rosiers de Tosa et de Kano. Grave injustice à l'égard d'un semblable historien, d'un peintre aussi parfaitement distingué de la femme, de l'oiseau, de la fleur et du paysage! C'est elle qu'avait enfourchée M. de Rosny lorqu'il s'avisa de vilipender Hokousaï. Au nom de qui, au nom de quoi osa-t-il être plus Japonais que les Japonais d'à présent? Eux, ont oublié les préventions de naguère, de l'époque où leur archipel était clos de fils barbelés, et ils admirent comme nous Français, Anglais, Hollandais.
Hokousaï illustra seul plus de cent vingt ouvrages, dont l'un, le _Souiko-Gwaden_, compte quatre-vingt-dix tomes; il a collaboré à une trentaine de volumes. Le tas se forme avec les livres jaunes, livres populaires; le tas grossit avec des promenades orientales et occidentales, des coups d'oeil aux lieux célèbres, des manuels pratiques pour décorateurs et artisans, une vie de Çakiamouni, une conquête de la Corée, des contes, des légendes, des romans, des biographies de héros, d'héroïnes, des trente-six et des cent poètes, avec des recueils de chansons; et le faîte se couronne par de multiples albums d'oiseaux, de plantes, de patrons à la mode nouvelle, par des livres d'éducation, de morale, d'anecdotes, de croquis fantaisistes ou d'après nature, etc... etc... Hokousaï a tout abordé, tout réussi, je le répète. Il fut abondant, varié, génial, n'en déplaise à M. de Rosny; il accumula dessins sur dessins, estampes sur estampes, nous y enseigna ses compatriotes, leurs travaux et leurs plaisirs, le peuple de la rue, celui des champs et de la mer. Il nous mena des brillantes courtisanes, soies et broderies, à large noeud de ceinture étalé contre la poitrine et le ventre, au loqueteux sordide, estropié; puis vers des apparitions, des imaginations fantastiques, les plus terribles et les plus émouvantes que je sache. Le meilleur, selon moi, des Tchou-Chin-Goura, série de planches où l'on assiste à la vengeance et au triomphe des quarante-sept fidèles Ronins, est de lui. Quel pieux hommage il rendit à la montagne sacrée du Japon, au Fuji, par le moyen du livre et de la gravure! J'ai vu d'Hokousaï quantité de sourimonos charmants, gaufrés, rehaussés d'ors et d'argentures, nombre d'éventails fragiles et délicieux, de kakémonos pleins de grâce ou d'une puissance inattaquable. L'un d'eux nous présentait Yama-Uba, mère de Kentoki, l'enfant rouge, une Yama-Uba échevelée, bleue et verte, rayon de soleil, joie du regard et de l'esprit. L'autre, chez Octave Mirbeau, figurait un aigle robuste, fauve, l'oeil implacable. Debout sur un pic, la bête avait mine d'empereur, inspectait l'horizon; elle attendait; elle était prête à jaillir, à déchirer et à dévorer toute proie. Je me souviens en outre d'avoir vu, du même Hokousaï, encadrées d'une étoffe rosâtre, deux têtes fraîchement coupées. La première, celle d'un barbon, gisait blafarde, ruisselante de sang, et la deuxième était celle d'un jeune homme, les paupières fermées, la mâchoire à peine tachée de pourpre, une mâchoire sur laquelle un petit lézard avait élu domicile, se complaisait à la dernière tiédeur du mort. Je jure aux mânes de M. de Rosny que ces trois pièces ne sentaient point la caricature, le grotesque, ne dilataient aucune rate, pas plus que les précédentes.
Pour comprendre d'ailleurs, l'art d'un peuple lointain, très particulier, il ne suffit guère d'apprendre plus ou moins bien la langue de ce peuple: il faut avoir pénétré son âme, son goût; il faut s'être fait l'écolier docile de cette âme et de ce goût. Quelques privilégiés, par hasard, don naturel, ont eu la chance d'éviter l'école, mais ils sont rares. Aux gens que hante le Japon et qui le recherchent, je conseillerai, s'ils veulent aller vite, de lire d'abord les oeuvres de Lafcadio Hearn, ce professeur anglais échoué, un matin, aux rivages du Soleil Levant, ce vigoureux observateur qui, frappé d'admiration pour la force et le vouloir japonais, devint Japonais, puis épousa une indigène. La lecture terminée,--nul ne s'y morfondra une seconde,--on peut fréquenter les artistes du précieux empire, les anciens à l'aveuglette et les quasi-modernes avec prudence. On y constatera qu'ils abandonnèrent tout à coup leurs initiateurs, les Chinois. La raison de cette volte-face?... L'amour, l'extase profonde qu'ils ressentirent à exprimer la patrie. Ils l'ont aimée passionnément; ils ont chéri sa beauté, sa clarté, ils se sont ingéniés à «reproduire sa vie par le coeur»--l'expression est de Toriyama Sekiyen, au sujet des _Insectes_ d'Outamaro;--ils ont peint leur Japon quand il pleut, quand il vente, quand il neige, lorsqu'il s'éveille dès l'aube, ou s'agite ivre de lumière, ou dort gavé de nuit noire et au clair de lune. Les cerisiers y dressent perpétuellement leurs bouquets radieux, les pins et les bambous y foisonnent sous la brise ou dans la tempête. Affection heureuse, travail incessant! Hokousaï est le résumé d'une foule. On me désignera des peintres plus élégants, plus coloristes: il n'en est pas un de plus mâle, ayant mieux accompli ce qu'il jugea utile de nous offrir.
Pour quel but, avec, derrière eux, de tels guides, certains Japonais modernes s'acharnent-ils à nous imiter, à copier notre manière et notre plastique?... Artistes nés au pays de Kôrin et de Sharakou, gardez-vous ferme de vos cosmopolites: ils en sont à fabriquer des portraits de jolies mondaines et de messieurs tout-le-monde; ils suivent d'un pas léger les moindres de nos fabricants habituels. Ne les cultivez point: vous perdriez le contact des ancêtres, vous ne seriez plus qu'une filiation bâtarde. Visitez-nous, parbleu! continuez à nous visiter! Nonobstant, la visite bâclée, dépêchez-vous de regagner le Japon; persistez, en vue de l'effet, à ne vous servir que du trait nécessaire, à ne flanquer d'ombres ni vos personnages, ni vos maisons, ni vos arbres. Ils n'en ont pas plus besoin aujourd'hui qu'hier: absurde est le progrès qui dépouille les êtres de leurs origines. Appréciez plutôt, appréciez comme se conduisent actuellement beaucoup de vos nationaux, malgré leurs marins, leurs soldats à l'européenne, malgré leurs nouveaux riches, leurs automobiles. Le soir tombé, rentrés au logis, en famille, à la lueur des douces lanternes de chez vous, des lanternes polychromes, ne reprennent-ils point les traditions, les moeurs et les costumes d'antan?... Demeurer soi, ne demeurer que soi, pas d'idéal supérieur à cet idéal.
Artistes japonais, je vous souhaite de rester vous-mêmes. Et c'est encore, je pense, la grâce que vous souhaiterait Edmond de Goncourt, s'il devait revivre, Edmond de Goncourt, un de vos plus indubitables, de vos plus vieux amis, en France.
LÉON HENNIQUE, de l'Académie Goncourt.
_Ce livre parut en mars 1896 dans la "Bibliothèque Charpentier". Il en fut tiré 30 exemplaires sur japon et 25 sur hollande._--N. D. E.
TABLE DES PARAGRAPHES
I
La mésestime des Japonais pour le fondateur de _l'École Vulgaire_.
II
La naissance d'Hokousaï (5 mars 1760).--Son entrée comme commis dans une librairie. Son renvoi.--Il prend l'état de graveur.
III
Hokousaï abandonne la gravure pour la peinture.--Ses premières illustrations, sous le nom de Shunrô, des Livres Jaunes, dont le premier est: _Grâce à un mot galant_.--Puis il illustre les _Courriers de Kamakoura. Les quatre Rois célestes des points cardinaux, habillés à la dernière mode; Les parfums des fleurs d'éventail; Expédition dans la montagne de Yoshitsouné, vue dans une boîte à spectacle_, etc.
IV
Hokousaï, à la suite d'une affiche, qu'il avait faite pour un marchand d'estampes, déchirée par un camarade de l'atelier Shunshô, quitte l'atelier et signe sous le nom de Mougoura des compositions tout à fait indépendantes du style des anciennes écoles.
V
De 1786 à 1794, Hokousaï illustre un _Fragment de l'Histoire de Minamoto, un Conte pour les enfants, Conte du voyage des deux routes de la Richesse et de la Pauvreté, le Cordon d'une fille, la Fête improvisée au quartier des Maisons vertes_.
VI
Les Sourimonos d'Hokousaï de 1793 à 1804, dans lesquels apparaît pour la première fois seulement en 1798, le nom d'_Hokousaï_.
VII
En 1797 Hokousaï publie: les _Primeurs des légumes verts_, les _Cordelettes du saule pleureur_, la _Distraction du Printemps_, la _Brume de la Campagne_.
VIII
En 1798 Hokousaï publie: _Chansons de danse pour hommes, Histoire naturelle des Monstres du Japon_.
IX
Vente par Hokousaï de deux makimonos au capitaine de vaisseau hollandais, Isbert Hemmel.
X
Le prix payé au maître pour ses dessins par les éditeurs japonais.
XI
En 1799 Hokousaï illustre: _Promenade de la capitale de l'Est_ (Yédo).
XII
Feuilles séparées, publiées depuis 1778 jusqu'à la fin du siècle.
XIII
En 1780, publication de la _Tactique du Général Fourneau_, avec l'illustration, le texte, et la préface d'Hokousaï.
XIV
_Coup d'oeil sur les deux rives de la Soumida_.
XV
En 1801, publication du _Téngou, tombé du haut de son nez dans le monde bête d'ici-bas_, les _Trente-six poétesses_, _Chacun une pensée_.
XVI
En 1802, publication des: _Cinquante poètes modernes_, _Magasin des fidèles vassaux_, _Chansonnettes d'Hakoboushi_.
XVII
En 1803, publication de la _Cuisine au hasard_, de _l'Inventaire des Mensonges_.
XVIII
En 1804, _Montagnes et Montagnes_, et le _Panier à papier_.
XIX
Le caractère fantasque d'Hokousaï.
XX
L'illustration des romans japonais de Bakin, de Shighérou, de Tanéhiko, de Shakougakoudei, Mandei-Sôsa, Shôtei-Kinsoui, etc., de 1805, à 1846.
XXI
La _Mangwa_.
XXII
Peinture d'Hokousaï exécutée sous les yeux du Shôgoun de Tokougawa.
XXIII
En 1811, publication de _l'Ivresse de deux jours_, _des Légendes fantastiques de la province de Yétigo_, etc.
XXIV
En 1814, le _Shashin Gwafou_.
XXV
En 1815 Hokousaï illustre les _Morceaux de drames_ et les _Leçons de danse par soi-même_.
XXVI
La peinture du Darma de 194 mètres, exécutée à Nagoya, en présence de toute la ville, et peinture du cheval colossal à Honjô, et de l'Hoteï géant à Riôgokou.
XXVII
En 1818: _Le Miroir des dessins qui viennent de l'âme_.
XXVIII
En 1819: _Méthode de dessin_.
XXIX
En 1822: _Poésies sur les chevaux_, et en 1826: les _Vieux papiers jetés_.
XXX
Les feuilles séparées d'impressions, publiées de 1800 à 1826.
XXXI
Hokousaï, président de la Société des poètes appelés les _sociétaires de Katsoushika_.
XXXII
Les _Trente-six vues du Fouzi-yama_, les _Cascades_, les _Ponts_.
XXXIII
Les Peintures _du printemps_ d'Hokousaï.
XXXIV
En 1828: _Correspondances traitant du Jardin de famille_, et _Leçon du dessin au sable_.
XXXV
En 1830, les cinq apparitions des _Cent Contes_.
XXXVI
_Image des Poètes_.
XXXVII
Les cinq grandes planches des «Grues dans la neige», du «Faucon sur son perchoir», des «trois Tortues», des «deux Carpes dans la Cascade», des «deux Chevaux et du poulain» et les autres grandes planches des collections particulières.
XXXVIII
Les sourimonos d'Hokousaï de 1805 à 1835.
XXXIX
Les portraits d'Hokousaï.
XL
_Poésies de la dynastie des Thang_.
XLI
En 1834: _La Fidélité envers le maître_ et la _Piété filiale illustrée_.
XLII
Les _Cent vues du Fouzi-Yama_.
XLIII
La retraite d'Hokousaï à Ouraga. Ses lettres: lettres où il fait ses recommandations aux éditeurs pour la gravure de ses dessins, et où il se plaint des coquineries de son petit-fils.
XLIV
Les albums guerriers: _Les gloires de la Chine et du Japon_, et les _Héros_ et les _Étriers du Soldat_.
XLV
En 1835: _Mille lettres illustrées_, et en 1837: _Guide de Nikko_.
XLVI
_Nouveaux modèles d'architecture_, _Modèles des peignes et des pipes à la mode d'aujourd'hui_, _Album de petits dessins pour nouveautés_.
XLVII