Hokousaï L'art japonais au XVII Siècle
Chapter 16
La collection Odon de Mussy contiendrait un certain nombre d'éventails.
Dans la collection de M. Ernest Hart, à Londres, le possesseur me signale un éventail sur lequel est peint à la sépia un faisan, de la facture la plus artistique.
Il est aussi passé, entre les mains de MM. Hayashi et Bing, un certain nombre de dessins d'écrans, aujourd'hui dispersés et passés dans des collections inconnues. Je citerai cependant chez M. Gillot un écran où se voit le Fouzi-yama derrière un saule pleureur, et coupé par les mailles de filets de pêche mis à sécher.
Parmi les paravents, je n'en citerai qu'un, qui est de la plus belle qualité, et formé de deux panneaux (H. 170.--L. 80). Il représente, sur le panneau de droite, la déesse Béntén planant au milieu des nuages; un dessin très légèrement lavé d'aquarelle; sur le panneau de gauche, un dragon largement enlevé à l'encre de Chine.
Ce paravent aux panneaux sur papier fait partie de la collection Blasini, qui contiendrait des kakémonos et des makimonos intéressants.
Enfin, comme destination originale, le dessin d'une courtisane en train d'arracher les cheveux blancs d'un Darma dont la tête fumante est recouverte d'un mouchoir mouillé.
Kakémono ironique, enlevé par les rapides coups d'un pinceau chargé d'encre de Chine, avec quelques tons de chair dans la tête du Darma. Signé _Katsoushika Hokousaï Taïto_ (vers 1817). H. 39.--L. 68.
Sait-on d'où vient cette curieuse pochade? De l'entre-deux d'épaules, enlevé d'un pardessus appelé _haori_ au Japon, où l'on aime à avoir la peinture d'un homme célèbre dans le dos, et qui se voit seulement au moment où on le donne aux servantes pour l'accrocher?
Ce dessin, monté en kakémono, est possédé par M. Hayashi.
LVII
ALBUMS DES PREMIÈRES PENSÉES D'HOKOUSAÏ
Mais, mieux encore que ces kakémonos, que ces makimonos, que ces panneaux, des documents plus révélateurs pour étudier Hokousaï, pour se rendre compte de ses procédés, pour pénétrer le secret de son art, se trouvent dans trois ou quatre albums appartenant à Hayashi, et renfermant les projets, les croquis, les esquisses de ses dessins terminés--de tout cela, que le XVIIIe siècle français appelait les _premières pensées_ d'un peintre.
Voici, dans un album, des études de femmes ressemblant à nos _griffonnis_ à la plume et, à côté d'une petite femme à peine formulée, sa reprise au carreau en grand, avec des parties lavées à l'encre de Chine. Quelques croquis, au contour légèrement vermillonné, prennent l'aspect de dessins aux dessous de sanguine. Ici un _repentir_, montrant sur le haut d'un temple de Yédo un petit morceau de papier sur lequel le peintre a ajouté des grues. Comme Watteau, comme Gavarni, Hokousaï fait de nombreuses études de mains, de mains en toute l'énergie de leurs mouvements. Il a aussi des études de jambes, où il cherche le carré des muscles à l'instar de Bandinelli, ne faisant jamais rond, mais voulant toujours dans son dessin l'accentuation et le ressaut du muscle, ayant même une tendance à mettre dans l'anatomie du corps humain les reliefs plats et les lignes cassées de la sculpture. Et toujours des dessins où, dans le premier jet, il saisit la mimique d'un corps qui danse, la gesticulation de bras et de jambes qui bataillent, et jusqu'à la gymnastique plongeante d'une pêcheuse de coquilles au fond de la mer. Et vraiment, en la verve et la fièvre de ce dessin, vous avez de ce cheval, le cabrement, de cet oiseau, l'envolée, de ce singe, le prenant et l'agrippement de la patte.
Voilà un autre album presque tout rempli de projets de titres de livres faits de kakémonos que déroulent des femmes, des enfants, Foukorokou et Yébisou. A la suite de ces projets, des déhanchements d'hommes prêts à donner un coup de sabre, des indications de vêtements de Shôki, qui sont comme les vagues d'une tempête; et, mêlés à ces croquis de la force et du mouvement, des pivoines doucement lavées d'une eau rose, et un dessin érotique représentant le dieu du Tonnerre violant une danseuse vierge d'un temple, mais de l'érotisme se passant, comme disent les Japonais, _dans le nuage_.
Puis, c'est encore des dessins de grande proportion (H. 39--L. 28), des dessins où, au milieu d'éclaboussures de l'encre de Chine, quelques contours délicats sont finement tracés comme avec une encre pourpre. Et beaucoup de dessins, à la plus grande partie au trait, avec un morceau terminé, ainsi que dans ce coq et cette poule, où seulement la queue du coq est lavée. Et des chevaux galopants qui ont l'air de licornes volantes.
Un album très curieux et un album contenant presque toutes les esquisses des impressions en couleur du SHASHIN GWAFOU, comme le faisan doré, les canards mandarins, la tige de navet, l'homme en contemplation devant le vol de deux papillons, et encore les esquisses de la caverne du Fouzi-yama, des pêcheuses d'_awabi_ du _Fougakou_, et l'esquisse du grand faucon sur son perchoir.
Enfin un album qui est, pour ainsi dire, la représentation héroïque des guerriers en lutte, en _empoignade_ de corps: dessins au trait avec, par-ci par-là, dans les violences des membres, quelques écrasements rageurs de pinceaux. Et des épilepsies d'ivrognes et des désarticulations d'acrobates: des anatomies admirables de vie vivante. Et des études de jambes et de pieds en marche qui donnent l'illusion de leur avancement sur le papier, et des physionomies faites de rien,--comme dessin des yeux, du nez, de la bouche,--et ayant, je ne sais comment, l'expression de la passion humaine, ou gaie, ou triste, ou colère.
M. Bing possède, ainsi que Hayashi, quelques albums de croquis, très révélateurs des procédés du Maître.
Un album, formé par Isaï, renfermant des _premières pensées_ de ses illustrations de Bouddha, des romans chinois: dessins au premier coup, tout pleins de repentirs, d'effacements, de raturages: croquis dans lesquels, aux larges traits du pinceau écrasé, sont opposés des traits d'une finesse, à croire qu'ils sont tracés avec une plume de corbeau. Une feuille d'un grand caractère: l'exposition d'une tête coupée, regardée par toute une foule.
Un album très curieux, dont les dessins n'ont pas été gravés, et qui représentent huit vues (H. 28--L. 40) de la Soumida, aux rives peuplées de différents corps d'ouvriers en leur travail du bord de l'eau: de larges et puissants croquis à l'encre de Chine, dont un seul est lavé d'un rien de teinte bleue.
Un album presque entièrement consacré à des personnages mythologiques, à des guerriers, aux lavages à grande eau, aux beaux noirs d'encre de Chine, dans lequel est un musicien qui fait danser un crapaud, d'un velouté extraordinaire. A la fin de cet album est une lettre d'Hokousaï signée: _Gwakiôjin_.
Un album ayant une parenté avec la variété des dessins de SHASHIN GWAKIO, et où M. Bing faisait remarquer justement l'art particulier avec lequel le pinceau d'Hokousaï représentait la matière de l'objet dessiné: le duveteux de la plume d'un oiseau, le soyeux d'une étoffe, la transparence du verre, le tiqueté d'un fruit.
Un autre album de croquis, et des plus désirables, est aujourd'hui en la possession de M. Gillot. C'est une série de ces étourdissants lavis à l'encre de Chine, sabrés de gouache, parmi lesquels est un danseur, à la tête baissée que masque son chapeau, aux mains tressautantes au bout de ses bras tendus dans l'espace, un pied levé devant lui à la hauteur de la poitrine, dans le plus savant raccourci: le danseur le plus extraordinairement dansant qui se puisse voir. Puis, à côté de ces oeuvres à l'encre de Chine, des aquarelles de premier coup, grandes ou petites, d'un _faire_ inimitable, comme ce papillon bleu dont les ailes ont l'air d'être faites avec l'azur qui habille les papillons du Brésil, et une grappe de raisin où le safranement de l'automne est en germe dans l'encre de Chine des feuilles, et où les grains de la grappe semblent des bulles de cristal contenant l'eau bleuâtre du raisin noir, et des tortues qui ont cette couleur qui leur est propre, la couleur de la patine de vieux bronzes. Et, au milieu de ces petits chefs-d'oeuvre semés sur les feuillets qu'on retourne, une grande grue qui mériterait d'être encadrée, une grue lavée de teintes verdâtres et bleuâtres, impossibles à décrire dans leur charme harmonique,--et cet au-delà de la couleur qui met un peu du rêve dans une reproduction, par la peinture, d'un être.
À Londres, chez M. S. M. Samuel, il y aurait un album de croquis d'Hokousaï consacrés uniquement à la représentation du Yoshiwara, du quartier de la prostitution.
À côté de ces albums de _premières pensées_ de l'artiste, donnons l'indication d'un album de dessins terminés, de dessins pour la gravure, faisant partie de ma collection.
Réunion de cinquante dessins à l'encre de Chine (H. 14--L. 14), dont la plupart sont rehaussés d'une petite teinte rose, pour être exécutés en gravure, comme les impressions de la Mangwa et autres livres gravés. Quelques-uns de ces dessins sont, avec des changements, des reproductions de compositions publiées ailleurs.
Tous ces dessins auraient été faits au temps où il signe Katsoushika Taïto (vers 1816) et sont enfermés dans une double circonférence formée par l'allongement des deux caractères _Hokou_ avec deux cartouches sur les côtés, contenant, répété, le caractère saï.
L'OUKIYÔ YÉ ROUIKÔ, par Kiôdén, en célébrant le talent d'Hokousaï, parle de l'adresse de sa main, s'étend sur le _virtuosisme_ de l'artiste, qualité appréciée au Japon où l'on tient compte du dessin fait sans la reprise d'un trait, sans _repentir_, du dessin fait dans un temps donné. Et Kiôdén affirme que Hokousaï peignait admirablement bien avec sa main gauche, et de bas en haut. Il ajoute: «Et sa peinture, au moyen de ses ongles, était tout à fait étonnante et, quant à ce faire particulier, il fallait être témoin soi-même du travail de l'artiste, sans quoi on eût pris sa peinture à l'ongle pour de la peinture avec un pinceau.» J'avoue que j'avais une certaine défiance à l'endroit de ces tours de force, et j'avais tort cependant. Je trouve d'abord, dans la collection d'Hayashi, un panneau (H. 44--L. 19) représentant un danseur, qui a été dessiné de manière que la personne qui regardait le peintre dessiner le vît dans son sens. En effet il est signé: _Dessiné dans le sens inverse par Hokousaï_.--Et un kakémono (H. 26--L. 25) représentant, dans un aquarellage léger et très large, un pigeon sur une branche de saule pleureur, est signé: _Hokousaï a fait ce dessin avec l'ongle_.
LVIII
LES GRANDES COLLECTIONS DE SOURIMONOS ET D'ESTAMPES EN NOIR ET EN COULEUR DE HOKOUSAÏ
Après les collections dont j'ai cité des épreuves remarquables dans l'énumération des sourimonos, des planches séparées, des illustrations de livres, il faut citer les trois collections de MM. Camondo, Koechlin, Rouart, comme renfermant des épreuves de premier tirage hors ligne.
En outre Hayashi me signale comme d'importantes et intéressantes collections d'estampes et de livres les collections suivantes:
EN FRANCE:
Les collections de MM. Blasini, Odon de Mussy, Georges Hugo, Bermond, Jacquin, Blondeau, Raphaël Collin, Gélis Didot, Gallimard, Grasset, Houdard, Migeon, Isaac, Vian, Paul Schmidt.
Et, parmi les collections publiques, la collection Guimet, et la collection commencée du Louvre, avec les dons des collectionneurs.
À L'ÉTRANGER
Les collections, en Belgique, de Mmes Michotte, de Pachtère et de M. Van den Brock, de Bruxelles; en Allemagne, de Mme Meyer de Presburg, de M. Oeder de Dusseldorf, du Dr Brinckmann, directeur du Musée de Hambourg; en Espagne, de MM. Mausana de Barcelone, et Aspeztenia de Cuba; en Amérique, de MM. Havemeyer, Dana, Laffin, Baumgarten, Weir, Herter, Wason, Lafarge, tous collectionneurs de New-York et de MM. Nickerson et de Gonkin de Chicago.
En outre, le musée de Chicago, indépendamment de peintures originales, renferme une nombreuse réunion de livres et d'estampes provenant de la collection faite par M. Gavard au Japon.
LIX
C'est vraiment curieux, dans la vie d'un peintre japonais, les changements de noms et de signatures, et je crois qu'il est de toute nécessité, pour l'étude de l'oeuvre d'Hokousaï, chez lequel ces changements sont plus fréquents que chez tout autre peintre du Japon, de les indiquer, de les signaler.
De 1778 à 1785, Hokousaï, alors dit Tétzouzô, signe ses compositions du nom de _Katsoukawo Shunrô_ ou simplement _Shunrô_.
En 1785, il signe un des deux livres, qu'il publie dans l'année: _Goummatei_.
En 1786, à la sortie de l'atelier Shunshô, il abandonne complètement la signature _Katsoukawa Shunrô_, pour prendre la signature _Mougoura Shunrô_, faisant comprendre par le nom de Mougoura (buisson) qu'il est indépendant de toute école. Il signe ainsi jusqu'en 1795.
En 1795 il signe _Hishikawa Sôri_ ou simplement _Sôri_. Mais, avant d'adopter le nom de Hokousaï pour plusieurs années, un grand diptyque en couleur représentant un défilé d'hommes, de femmes, d'enfants, se promenant devant le temple d'Asakousa: planche qui est un mélange de Kiyonaga et d'Outamaro, nous le montre signant, peut-être quelques semaines: _Tôshû Shunrô, changé de nom_.
En 1796 il signe: 1° _Hishihawa Sôri_; 2° _Sôri_ tout court; 3° _Hokousaï Sôri_; 4° _Hokousaï_.
C'est donc à partir peut-être des derniers mois de l'année 1795, mais bien positivement à partir du Jour de l'An de 1796, qu'il prend le nom d'Hokousaï (l'atelier du Nord) entremêlé d'autres noms.
En 1797 il signe: 1° _Hishikaw Sôri_; 2° _Sôri_; 3° _Hokousaï Sôri_.
En 1798 il signe: 1° _Sôri_; 2° _Hokousaï Sôri_; 3° _Hokousaï_.
Cette année, il donne son nom de _Sôri_ à son élève _Sôji_, et il signe: _Sôri changé en Hokousaï_.
En 1799 il signe: _Sôri changé en Hokousaï_ et _Hokousaï_.
En 1800 il signe: _Hokousaï, précédemment Sôri_, et _Gwakiôjin Hokousaï_ (_Hokousaï fou de dessin_) pour la première fois.
La même année il signe le COUP D'OEIL SUR LES DEUX BORDS DE LA SOUMIDA et le COUP D'OEIL SUR LES ENDROITS CÉLÈBRES DE YÉDO, et les POÉSIES ILLUSTRÉES SUR LES RÔLES DES RÔNINS, publiées en 1802: _Hokousaï Tokimasa_.
En 1801, 1802, 1803, 1804, il signe: _Gwakiôjin Hokousaï_ (_Hokousaï fou de dessin_).
Il y a vers ce temps des estampes signées de lui _Kakô_, signature qu'il a mise au bas de sa prose, signant _Tokitaro Hakô_ la TACTIQUE DU GÉNÉRAL FOURNEAU et autres livres jaunes.
En 1805 il signe: _Koukoushin Hokousaï Gwakiôjin Hokousaï_.
En 1806 il signe: _Gwakiôjin Hokousaï, Katsoushika Hokousaï_.
En 1807 il signe: _Katsoushika Hokousaï_. Ce nom, il le prend par amour pour ce quartier campagnard qu'il habita une partie de sa vie et qui le faisait se faire annoncer chez ses amis comme le paysan de Katsoushika.
En 1808 il signe: _Hokousaï_ (tout court).
En 1809, 1810, 1811, 1812, 1813, peut-être 1814 et 1815, il signe: _Katsoushika Hokousaï_.
En ces années, quand il peint à Riôgokou un formidable Hotei, il signe: _Kintaïsha Hokousaï_ (Kintasha voulant dire la maison au sac de brocart, qui est une allusion au sac de toile d'Hotei).
En 1816 il change de nom et signe: _Hokousaï, changé en Taïto_.
En 1817, sur la résistance du public à accepter le nom de Taïto, il signe: _Hokousaï Taïto_, dans les premiers mois de l'année: _Taïto, précédemment Hokousaï_.
En 1818 et 1819 il continue à signer: _Taïto, précédemment Hokousaï_.
En 1820 il change encore de nom, et signe: _Katsoushika I-itsou, changement du nom de Hokousaï Taïto_.
En 1821 il signe: _Katsoushika I-itsou_ (celui qui ne fait qu'une chose), comme s'il voulait exprimer le regret de n'avoir fait que de la peinture depuis sa jeunesse; il signe encore: _Guetti rôjin I-itsou_ (I-itsou vieillard fou de la lune).
En 1822 il signe: _Fouzénkio I-itsou_ (I-itsou, celui qui ne fait qu'une chose, sans se laisser influencer par les autres).
En 1823 il signe: _I-itsou_. Hayashi dit que Hokousaï, voulait qu'on prononçât ce mot _Tamekazou_ ou _I-itsou_, et que c'est une erreur de prononcer _Tamé-itchi_.
En 1824 il signe: _I-itsou, le vieillard de Katsoushika_, et le _vieux fou I-itsou_.
En 1826 il signe: _le vieillard de Katsoushika I-itsou_.
En 1829 il signe: _le vieillard I-itsou_, et cependant comme le public a l'habitude de son ancien nom, il signe cette année, les HÉROS DE SOUIKO: _le vieillard I-itsou de Katsoushika, précédemment Hokousaï_.
En 1834 il change une dernière fois de nom et signe: _Manji changement de nom de Hokousaï_, et _Svastica_ [Symbol: svastika], le signe de _Man_ (dix mille).
En 1835 il signe: _Manji_.
À partir de 1836, jusqu'à sa mort, il signe: _Manji vieillard fou de dessin_.
Hokousaï a usé encore d'autres signatures; de 1799 à 1800 il a signé: _Shinsai_, nom qu'il a quitté pour le donner à son élève Hanji, et encore vers 1800 il a signé: _Raïto_ et _Raïshin_, le mot tonnerre, à la suite d'un terrible coup de tonnerre qui l'avait fait tomber de la chaussée dans une rivière.
Enfin, ainsi que l'annonce l'Oukiyo-yé Rouikô de Kiôdén, a-t-il signé des DESSINS D'AMOUR du nom de _Goumma_ ou _Gounmatei_?
LX
Une étude sur Hokousaï serait incomplète sans une brève énumération de ses élèves, qui sont:
TODOYA HOKKEI, vulgairement Iwakoubo Kinyémon, et sortant d'une maison qui avait le privilège de fournir le poisson aux daïmios. De là, le nom de _Todoya_ (marchand de poissons). Il porte aussi les noms Aohiga-oka, Kiôsaï.
C'est l'élève au talent le plus inspiré par le maître, et qui parfois l'imite si bien, que le _Dôtchûgwafou_, ALBUM DE DESSINS DE VOYAGE, par Hokousaï, lui a été attribué par quelques-uns.
Il est l'auteur d'une Mangwa publiée vers 1830, où il y a des compositions dignes de son maître. De charmants et spirituels livres d'Hokkei sont: _Foujin gwa zo shou_, PORTRAITS DES FEMMES POÈTES DU JAPON, ACCOMPAGNÉES D'UN CHOIX DE LEURS POÉSIES RÉUNIES, PAR GWURIUYÉN, publiés en 1806. _Kioka Santo Meishô zouyé_, LES ENDROITS CÉLÈBRES DES TROIS CAPITALES AVEC LES POÉSIES, publiées en 1812; _Tôto jûnikei Kiôkashû_, POÉSIES SUR LES DOUZE VUES DE YÉDO, publiées en 1819; _Fûsô meishô, Kioka-shû_, POÉSIES SUR LES ENDROITS CÉLÈBRES DE FUSO (nom poétique du Japon), publiées en 1824; _Gakoumen Kiôka Siû_, LES POÉSIES DANS DES CADRES ORNEMENTÉS, publiées en 1826. Un des beaux et rares livres d'Hokkei est le _Shôkokou Meishô_, LES ENDROITS CÉLÈBRES DES CONTRÉES DU JAPON, et encore _Yoshiwara juninotoki_, LES DOUZE HEURES DU YOSHIWARA, et encore: _Kiôka Sonikodeiô_, trois volumes en couleur.
Indépendamment des livres, il a publié nombre de sourimonos de la plus belle couleur.
Deux cahiers d'esquisses au trait, que Duret a acquis à Londres, et un certain nombre de croquis du cabinet d'estampes de Berlin, montrent l'habile dessinateur qu'il était.
On n'a aucun détail sur la vie de cet artiste qui aurait été un littérateur distingué. La date de sa mort est ignorée et, si M. Gonse n'avait eu la bonne fortune de découvrir dans l'exemplaire de _Rokoujouyén_, POÉSIES ET PORTRAITS DE 120 POÈTES MODERNES, ayant appartenu à Hokkei, une note indiquant qu'il avait 31 ans en 1811, nous ne saurions pas qu'il est né en 1780.
GAKOUTEI, l'admirable artiste des sourimonos, le dessinateur de la femme de l'aristocratie, de la femme à l'aspect sacerdotal, et qui, dans un petit livre intitulé: _Itirô Gwafou_, ALBUM DES DESSINS D'UN VIEILLARD, a un paysage dans le brouillard, merveilleux de vérité. Indépendamment de la signature Gakoutei Harounobou, il se servait de la signature Sada-oka ou Teikô.
Gakoutei serait un littérateur qui aurait traduit du chinois les 75 volumes du _Sangokoushi_, HISTOIRE DES TROIS ROYAUMES, un littérateur donnant ses inspirations à Hokousaï et qui, à la fin, fut si charmé, si séduit par son talent, qu'il devint peintre, et se fit son élève.
TEISAI HOKOUBA. Son nom vulgaire est Arisaka Gorohati. Il signifie quelquefois Shushunsaï. Il se reconnaît à la grâce contournée de ses femmes. M. Anderson donne comme son oeuvre principale _Hoshi-zoukiyo Kénkwaïrokou_, OMBRES ET LUEURS DES ASTRES DE LA NUIT, publié en 28 volumes à Yédo, en 1809. Hokouba avait la réputation de dessiner aussi bien de la main gauche que de la main droite.
SHINSHAÏ. Son nom vulgaire est Hanjiro, propriétaire à Kanda. Il signe quelquefois Riûriûki. Il travaillait en 1800 et 1810.
KATSOUSHIKA TAÏTO. Ce nom, porté par Hokousaï pendant cinq ans, de 1815 à 1819, il le donna à un élève nommé Kameya Kisabro, d'une habileté hors ligne. Les biographies disent que ce nom a été cédé par Hokousaï à Kameya en 1816, mais il y a une erreur, car en 1819, le Maître signe encore Taïto dans le second volume d'_Hayabiki_, où Ikkou, un ami d'Hokousaï, parle dans sa préface du talent du vieux Taïto; ce n'est donc qu'en 1819 ou 1820 qu'a eu lieu cette cession, car c'est à l'automne de l'année 1820 que Hokousaï signe: _I-itsou autrefois Hokousaï_.
Le Hokousaï Taïto a illustré des livres et publié des estampes en un assez grand nombre, mais sa signature est toujours accompagnée soit d'un cachet, soit d'un autre nom et, pour éviter la confusion avec le maître, voici ses noms: Guénriûsai, Beikwa, Kankwan, Foumiô Yatikou, Shôzan.
Son exécution ressemble tellement à son maître qu'il est de toute nécessité d'étudier la signature si l'on ne veut pas se tromper. C'est ainsi que, parmi ses estampes, on a pris pour des Hokousaï les pièces suivantes:
1° La carpe dans l'eau; 2° Deux cigognes et deux pins; 3° Femme en promenade, dans le format en hauteur, et dans les autres formats des fleurs et oiseaux, des paysages, des personnages, et un paysage de nuit où il y a un pont éclairé par la lune.
HOKOUSÉN, qui signe Toyénrô, et qui collabora à la Mangwa.
HOKOUSOU, qui signe aussi Souiteisaï ou Kankanrô, ou Ransaï, et qui illustra des romans entre 1804 et 1805.
HOKOUJU, signant aussi Shôteï, et qui publia des paysages dits _de l'école hollandaise_.
HOKOU-OUN, qui signe au-dessus de son nom: Tonasé, et passe pour avoir beaucoup aidé Hokousaï dans la Mangwa. De son premier état architecte; il apprit l'architecture à Hokousaï.
BOKOUSÉN portait aussi les noms de Hokouteï, Quekkôteï, Hiakousaï, Tokôrô, etc. C'était l'artiste de Nagoya chez lequel descendit Hokousaï, quand il se rendit dans cette ville, et ce fut chez lui que le premier volume de la Mangwa fut dessiné. On a de lui _Hokousén sogwa_, un recueil de planches en couleur publiées en 1815.
SÔJÏ, qui signa successivement Tawarayo, Hishikawa, et en 1799 Sôri, le nom qu'avait porté un moment son maître, et qu'il lui abandonna. Il est célèbre par ses fleurs, ses oiseaux, ses paysages, dessinés à l'encre de Chine.
HOKOUTAÏ, signant Yeisaï, Hokoutaï, et qui illustra quelques romans aux environs de 1805.
HÔTEI HOKOUGA, un illustrateur de livres.
KODAÏ, un fabricant de saké de la province de Shinano, en même temps qu'un artiste. Hukousaï resta chez lui plus d'un an.
YANAGWA SHIGHÉNOBOU, né vers 1778 et mort en 1832. Il signa d'abord Raïto, nom que lui donna Hokousaï dont il devint le gendre, ayant épousé sa fille Omiyo qui divorça et mourut assez jeune. À la suite d'une dispute avec son maître et son beau-père, il abandonna son _faire_ et imita Toyokouni.
Il a collaboré avec Sadahidé et Keisaï Yeisén à l'illustration de _Satomi Hakkendén_, et a publié en 1821 deux albums: le _Riûsén gwa-jô_ et le _Riûsén gwa-fou_.
Les autres élèves sont:
Raïshiù,--Raïsén,--Hokouga (autre que Hôtei Hokouga),--Hokoumokou, --Hokoushiû,--Hokonyén--Hokouguiou,--Katsoushika Hokouriou,--Hokouitsou, --Hokoumei,--Hokoudô,--Hôkkô,--Hokouyô (Faucon du Nord),--Hokouyei, Hokouyô (Océan du Nord),--Hokojiû,--Hokoushiû (Nord distingué), --Hokkei--(Nord respectueux; ne pas le confondre avec celui du même nom, Todoya Hokkei),--Hokousén,--Hokou-i,--Taïgakou,--Taï-itsou,--Shimrei, --Hakouyei,--Raijin,--Taïsô,--Isaï,--Masahisa,--Guessaï Outamasa, --Gwasanjin.
On remarquera l'appropriation que les élèves d'Hokousaï ont faite du premier caractère de son nom, le caractère _Hokou_.
BIBLIOGRAPHIE