Hokousaï L'art japonais au XVII Siècle
Chapter 15
Voici ce que raconte cette théière à saké suspendue à un arbre. Sous l'Empereur Takakoura (XIIe siècle), un souverain poète, dans le jardin impérial, un jour de la fin d'automne, trois domestiques balayeurs avaient fait chauffer du saké pour se mettre un peu de chaleur au corps. L'Empereur, sorti de son palais pour admirer le coucher du soleil dans le bois d'érable, alors tout rouge, arriva seul, là où se tenaient les trois balayeurs. Le sans-gêne de ces domestiques du palais valait leur renvoi mais, avant que quelqu'un de sa suite pût les punir, l'Empereur s'écria sur un ton de bonne humeur: «Quel plaisir de voir ces pauvres gens partager mon inspiration poétique! Cela me rappelle la célèbre ligne ancienne qui dit: «Dans ce bois chauffant le saké, en brûlant les rouges feuilles d'érable...» Et les balayeurs furent pardonnés. Généralement le sujet est représenté avec les trois balayeurs habillés en blanc et coiffés de chapeaux noirs. Mais ici Hokousaï supprime les personnages.
Le _tanzakou_, placé au milieu, porte: «Le plaisir de la vie est d'admirer les vues des quatre saisons, avec la lune, la neige, les fleurs, la montagne verte, le bois à feuilles rouges, dont une partie tapisse la terre.» Signé: _Sajimoti_. Le papier en large, placé en tête du kakémono, est une lettre d'Hokousaï qui recommande un élève au docteur Sanghino, lettre signée: _Le paysan Hatiyémon, habitant en face de la pharmacie Jôsaï_. Datée le 12e jour du 7e mois (probablement de la même année 1843). H. 78.--L. 23. Collection Haviland.
Oiseaux sur un baquet renversé, près d'un oeillet et de marguerites: les marguerites gouachées de blanc avec un tel art qu'elles semblent brodées. Signé: _Katsouskika Hokousaï_. H. 25.--L. 32. Collection Haviland.
À demi abritée par un paravent, une femme en train de se coiffer, les deux mains élevées au-dessus de sa tête, et soulevant par derrière sa natte à l'aide d'une grosse épingle à cheveux. Accroupie dans un mouvement plein de grâce, son miroir, qu'on ne voit pas, est posé sur le genou d'une jambe remontée; dans ce mouvement, un sein sort de sa robe et, sous la robe, s'entrevoit un rien du dessous de la cuisse et du pied de la jambe qui porte le miroir.
En ce kakémono, certainement un des plus soignés, et des plus parfaits du maître, Hokousaï a cherché une opposition entre la finesse de la linéature, pour ainsi dire graphique, faisant le contour des mains, du visage, du sein, de la cuisse, du pied, et le ton neutre et le lavage un peu brutal de la robe. Signé: _Gwakiôjin Hokousaï_. H. 97.--L. 32. Collection Haviland.
Au-dessus d'une cascade, au milieu de fleurs de cerisier, un aigle, le corps ramassé, la tête tendue et projetée en bas comme s'il s'apprêtait à fondre sur une proie. Peinture au cruel dessin de la tête, au solide noir et au beau fauve de la plume hérissée, et comme soulevée par l'instinct carnassier. C'est la même étude mais, je crois, plus poussée que celle de l'aigle pris à Sounamoura, en 1848, et qui est dans la collection de M. Hayashi. H. 106.--L. 54. Collection Manzi.
Sous la pleine lune, une courtisane en marche vers la droite; elle est dans une robe de dessous jaunâtre étoilée de fleurs rouges, sur laquelle est rabattue une robe de dessus bleuâtre décorée de glycines blanches. Signé: _Gwakiôjin Hokousaï_ (1801-1805). H. 115.--L. 30 Collection de Goncourt.
Une courtisane, vue de trois-quarts dans une robe décorée de branchettes de sapin lavées d'encre de Chine, sur lesquelles se détachent des grues volantes, gouachées de blanc.
En haut est jetée cette poésie, signée Méjiro Sanjin:
«Le Bouddha exploita la loi religieuse. Le premier prêtre exploita le Bouddha, les prêtres de la postérité continuent à exploiter leur ancien maître, et toi tu exploites ton corps. Ton commerce consiste à calmer la fièvre des passions. Au fond la réalité c'est le néant, et le néant c'est la réalité. Le feuillage offre sa verdure et la fleur sa couleur. La lune se baigne dans le lac, mais ce n'est là que son image.» Kakémono signé: _Gwakiôjin Hokousaï_ (1801-1805). H. 115.--L. 30. Collection de Goncourt.
En Hollande, au musée ethnographique de Leyde, M. Gonse cite trois kakémonos représentant des courtisanes, kakémonos non signés mais dignes de lui être attribués.
En Angleterre, au British Museum, venant de la collection Anderson, un kakémono en couleur sur soie (Sise 21-5/8 x 32-3/8) représentant: «Tamétomo et les diables dans l'île des diables.» Le héros est assis sur un rocher, près de trois diables qui essayent avec de grands efforts son arc. M. Anderson dit dans son catalogue que c'est une peinture d'une grande vigueur et très expressive dans les figures: peinture exécutée dans l'année où Hokousaï illustrait la sixième partie du CROISSANT DE L'ARC, roman qui est l'histoire fabuleuse de Tamétomo.
Il est signé: _Katsoushika Hokousaï_.
Ce dessin, en haut duquel est une poésie de Bakin, l'auteur du roman, est datée: _Une nuit d'hiver de 1811_. La boîte du kakémono porte une inscription du petit-fils de Bakin, disant que cette peinture, conservée dans sa famille, avait été exécutée au moment où Bakin écrivait son roman.
Dans la collection de M. Ernest Hart, à Londres, se trouvent cinq kakémonos:
1° Des oies sauvages: kakémono signé _Manji à 88 ans_.
2° Okamé lapidant un diable avec des haricots. Aquarelle cursive, légèrement colorée en rose et bleu. Ce kakémono, où l'opposition est charmante entre la grâce d'Okamé et la hideur du diable épouvanté, est une des plus remarquables peintures du maître en Angleterre. Il est signé _Manji_, et provient de l'ancienne collection Wakai.
3° Trois chiens jouant. Signé: _I-itsou_.
4° Guerrier chinois. Signé: _Gwakiô-rôjin Hokousaï_.
5° Une Japonaise. Signé: _Hokousaï Taïtô_.
Dans la collection de M. S. M. Samuel, un kakémono, que le propriétaire considère comme un chef-d'oeuvre.
Une femme debout s'habillant et se regardant dans un miroir: Signé: _Hokousaï_.
En Amérique, dans la collection de M. Morse de Boston, dit M. Gonse dans son ART JAPONAIS, est conservé un kakémono (H. 17 pouces) représentant un guerrier japonais au milieu d'un passage montagneux, qui serait d'une harmonie exquise dans les rouges, les verts, les gris.
De nombreux kakémonos existeraient encore chez M. Fenellosa.
Enfin, voici plusieurs kakémonos d'Hokousaï qui font partie de la riche collection du Japonais Homma Kôsô, à Sakata, et dont les reproductions photographiques ont été publiées dans le _Magazine of Art Japanese_, paraissant en japonais et en anglais, à Tôkiô.
Le premier est un grand arbre penché sur les rapides d'une rivière, au milieu duquel est assis un petit berger qui, de là, regarde le Fouzi-yama.
Le second est une courtisane entre ses deux petites accompagnatrices, appelées _Kamourô_.
Les autres, au nombre de douze, et formant les panneaux d'un paravent, ont pour titre: LES PEINTURES DES SIX TAMAGAWA (des six rivières du même nom, dans six provinces différentes).
1° Une cascade.
2° Un bûcheron qui se repose sur son fagot.
3° Le poète Nô-in-hôsshi s'inspirant de la nature.
4° Une envolée de pluviers au-dessus d'un bord de rivière tout couvert de neige.
5° Un village de la province de Mousashi au bord de l'eau.
6° Des femmes blanchissant du linge.
7° Le cours d'une rivière de la province d'Ohmi, coupé par le feuillage des arbres de la rive.
8° Un poète ancien en contemplation devant la lune.
9° Une carpe, traversée dans l'eau de la rivière de la province de Ki-i, par des rayons lumineux.
10° Un coin de jardinet de la province de Settsu, au milieu duquel est du linge à laver.
11° [La description n'est pas donnée par l'auteur]
12° La princesse-poétesse Sagami composant une poésie.
Au Japon, Wakai posséderait encore une dizaine de kakémonos et une collection d'esquisses et d'études, parmi lesquelles un fragment d'un dessin à moitié brûlé, peut-être arraché à l'incendie de son atelier en 1839. Ce dessin exécuté au trait d'encre de Chine, à un _seul coup de pinceau_, sur plusieurs morceaux de papier assemblés, serait la _première pensée_ du «Bain» et l'enfant tenu par sa mère aurait presque un tiers de sa grandeur naturelle.
Wakai cite dans une lettre, comme collectionneurs d'Hokousaï au Japon, MM. Houki, Kaivasaki, Masouda; mais le Japonais n'aime pas la publicité autour de ce qu'il possède, et le catalogue de l'oeuvre d'un peintre est très difficile à établir en ce pays artistique.
MAKIMONOS[31]
[Note 31: Rouleau de peinture qui, contrairement au kakémono, se déroule dans sa largeur et contient un certain nombre de motifs.]
Makimono contenant:--une feuille de lotus et son bouton,--une branche de pin,--un paysage par un jour de neige,--une feuille de _tônabasou_, un potiron du Japon de la grosseur de nos melons,--un sanglier,--une aubergine,--un renard habillé en Japonais,--un morceau de saumon salé, --un narcisse,--des poissons,--un rapide où flottent des fleurs de momiji, --un bol,--une racine de lotus,--un chat,--une anguille,--une traversée de renards sur la glace d'un lac: un dessin curieux, parce qu'il nous laisse voir, sous l'aquarelle, les restes d'une esquisse au bois brûlé, au charbon de polonia, le fusain du Japon, dont Hokousaï se servait parfois, et surtout quand il dessinait en présence de quelqu'un. Ce makimono aux nombreux dessins est signé: _Manji, vieillard fou de dessin, âgé de 80 ans (hiver de Tempo X)_ (1839). Collection Hayashi.
Un autre makimono intéressant, c'est un panorama des bords de la Soumida, fait au temps de ses livres illustrés, avec des seconds plans qui son des merveilles de délicatesse, et où il y a une recherche du reflètement des choses dans l'eau, tout à fait nouvelle, et où, dans des arbres d'un centimètre, sont des réserves pour les branches. Je n'ai jamais vu d'Hokousaï une aquarelle aussi travaillée, aussi poussée au fini. Et la dernière aquarelle est une assemblée d'hommes et de femmes dans un salon. Ce makimono est signé: _Koukoushin Hokousaï_ (1805) et avec la signature se trouve cette note: _En souvenir d'une promenade que Hokousaï a faite avec ses amis sur la Soumida; et à la demande de Tausiûrô Yémba_ (un lettré qui a fait le récit de la promenade) _Hokousaï a dessiné sur place à Yoshiwara, ses amis avec les courtisanes d'une Maison Verte: quatrième mois_ (le mois de mai).
Et il est à croire que le buveur, au crâne socratique, au petit nez relevé, aux yeux railleurs, habillé d'une robe d'un brun fauve, et qui montre sa coupe de saké vide, pour la faire remplir à nouveau, est Hokousaï. Collection Hayashi.
Un autre makimono d'une grande beauté, provenant de la vente de l'atelier de Kiôsaï, et contenant 46 sujets, fait partie de la collection de M. Gonse.
C'est une langouste posée sur un morceau de charbon, dessin symbolique des cadeaux du Jour de l'An,--une envolée de moineaux,--quatre croquetons de poètes, lisant à la lumière d'une lampe,--la jetée, sur une page, d'une tortue, d'un faisan, d'un crabe à l'encre de Chine, au milieu desquels est un pigeon modelé entièrement avec du blanc de gouache et dont le bec et les pattes sont roses,--des processionnaires et des bégonias,--un rat mangeant une tranche de pastèque,--des plantes de mer et des coquillages, --deux canards dormant, enlevés d'un coup de pinceau, à la façon des dessins de l'album _Ippitzou_,--des fizalis et une épingle à cheveux,--une poule d'eau,--un cyprin dans un vase de cristal,--une plieuse d'éventails, --la _danse des moineaux_, avec une amusante et infinie perspective des derniers petits danseurs, etc., etc.
PANNEAUX, DESSINS ENCADRÉS ET FEUILLES DÉTACHÉES
Dans la collection Hayashi.
Un diable, lapidé avec des pois, se met à l'abri sous le tableau de Shôki. Un barbouillage tout à fait lâché. Non signé. H. 65.--L. 48.
Un guerrier tenant à la main une tête coupée. Non signé. H. 53--L. 26.
Un pigeon perché sur le haut d'un tori-i. Dessin de premier coup, fait avec un nuage d'aquarelle. Non signé, mais portant le cachet d'Hokousaï. H. 29.--L. 27.
Sous un énorme pot de saké, Hokousaï et ses élèves déguisés en _shôjô_, en train de boire. Hokousaï, au milieu, avec l'aspect d'un homme gris, à sa droite Hokouga faisant de la musique avec un balai; et derrière Hokouga, à la gauche d'Hokousaï, Shinshaï, la tête tombée dans ses mains; et, contre le pot de saké, Hiromaro. Chaque peintre dessiné et signé par lui. H. 38.--L. 39.
Une répétition de la «Vague» du Fouzi-yama, avec des pluviers volant au-dessus. H. 30.--L. 52.
Enfant japonais ramassant des feuilles de pin. Signé: _Manji, vieillard de 85 ans_. H. 30.--L. 52.
Un tigre à la tête un peu humaine, comme les fait Hokousaï, qui n'en avait jamais vu. Une encre de Chine pleine de furie. Signé: _Hokousaï_. H. 55.--L. 27.
Paysage, au lever du soleil éclairant sur le premier plan un rocher dans la mer, au fond de montagnes bleuâtres. Signé: _Hokousaï, fou de dessin_. H. 26.--L. 28.
Cuvette de cuisine, dans laquelle est un pilon sur lequel est posé un oiseau et, derrière la cuvette, une tige de cerisier fleuri.
La cuvette et le pilon lavés d'un ton rosâtre, l'oiseau et la tige de l'arbuste à l'encre de Chine. Effet original. Non signé. H. 27.--L. 44.
Une oie sauvage fendant l'air.
Un dessin très légèrement aquarellé. Signé: _Manji, vieillard fou de dessin_. H. 29.--L. 56.
Une grenouille sur une feuille de lotus. Non signé. H. 20.--L. 26.
Deux enfants de paysans, dont l'un, couché sur le ventre, écoute l'autre. Non signé. H. 26.--57.
Hotei mettant un petit Japonais dans son sac. Non signé. H. 27.--L. 42.
Dans la collection Bing.
Une tête coupée de femme, entourée d'un serpent.
Une encre de Chine très délavée, avec dans des parties un ton rougeâtre, et où le peintre a mis comme de la volupté dans le dessin des yeux demi-fermés, de la bouche entr'ouverte. H. 20.--L. 22.
Un pigeon sur un perchoir fait en forme de racine d'arbre. Encre de Chine, relevée de blanc, et lavée de rose au bec et aux pattes. Signé: _Gwakiôjin_.
Une perspective de sapins d'un lavis aux parties réservées dans les parties lumineuses, d'un art stupéfiant. H. 150.--L. 54.
Ce grand panneau aurait pour pendant un panneau d'égale grandeur, représentant un paysan qui, la tête entre ses jambes, chercherait avoir les feuilles en dessous.
Indépendamment de ces panneaux, M. Bing possède un certain nombre de feuilles détachées, dont je donne les feuilles principales.
Hotei, pour amuser les enfants, faisant danser un pantin attaché par des fils à un écran.
Des têtes de femmes publiées dans le JAPON ARTISTIQUE.
Pêcheur, un feu allumé au bout d'une gaule pour attirer le poisson.
Un serpent s'enroulant autour d'une branche, dessin qui rend, à la fois, et l'élasticité et la rigidité du reptile.
Une femme de profil, sur laquelle il y a un peu de bleu et de rose, comme bu par un papier buvard, dessin d'une délicatesse, d'une fluidité sans pareille.
Une guésha accroupie, vue de dos, jouant du schamisén, à la riche coiffure vue par derrière: dessin à la ligne sculpturale.
Un guerrier sur un cheval cabré, un de ces dessins où il y a comme l'emportement d'un pinceau.
Un groupement de poissons.
Une femme surplombant un Téngou auquel elle indique quelque chose de la main, dessin où la tête de la femme a une grâce voluptueuse indicible.
Une tête de profil d'apparition, qui n'a pas été gravée dans les CENT CONTES.
Une belette guettant deux oiseaux perchés sur une branche.
Quatre femmes couchées à terre, dans des allongements d'une élégance adorable.
Une étude à l'aquarelle d'une tige de soleil.
Un cerf couché.
Une femme, avec, au bout du bras levé, une raquette.
Une promenade de femmes et d'enfants préparée pour la gravure, qui n'a pas la sécheresse habituelle de ces sortes de dessins.
Une femme qui fait sa toilette devant un miroir où se voit sa figure, et dont le bras droit tient, derrière elle, un autre miroir où se reflète le derrière de sa coiffure.
Dans la collection Gonse.
L'entrée de la Soumida. Une double rangée de rochers émergeant de l'écume des flots. Un des plus beaux et des plus importants paysages à l'aquarelle d'Hokousaï. H. 30.--L. 130.
Une étude de tête coupée de supplicié, la bouche et les yeux entr'ouverts, avec un filet de sang qui, semblable à un rameau de corail, se répand de l'oreille sur le pâle visage. Signé: _Hokousaï I-itsou_.
À ces deux dessins encadrés, il faut joindre trois feuilles détachées, trois merveilles provenant de la vente de l'atelier Kiôsaï.
Skôki jouant de la flûte. Une tapageuse encre de Chine, avec coloration en rouge de la tête et des mains. H. 40.--L. 28.
Deux canards mandarins, dans le sillage que leur nage met dans l'eau. Aquarelle où la blancheur des deux canards se détache, de la façon la plus harmonieuse, sur le bleuâtre de l'eau. H. 40.--L. 39.
Un aveugle appuyé sur un bâton, son chapeau tombé sur le dos, traversant un gué. L'encre de Chine la plus largement traitée, et où est une tête du dessin le plus savant. H. 38.--L. 28.
Dans la collection Vever.
Un grand dessin librement jeté dans un trait représentant le viol d'une femme, prise entre les jambes d'un homme, le haut du corps retombé de côté, d'une main repoussant la main qui veut s'introduire dans sa gorge, de l'autre main égratignant la figure de l'homme.
Ce grand et ce très beau dessin de la collection Vever (H. 30--L. 30) a été reproduit, ainsi qu'à peu près tous les dessins d'Hokousaï, en une réduction de 10 centimètres en hauteur, dans une gravure publiée parmi l'illustration de SOUIKÔ.
Dans la collection de M. Gillot.
La grande étude (H. 54--L. 53) de l'aigle, pris l'année 1848, et dont il y a un kakémono chez Hayashi, et un autre chez Manzi. Une étude de toute beauté, où se voit la cruelle courbe de ce bec déchireur de chairs palpitantes, et la grandeur morne de cette prunelle qui peut fixer le soleil.
Et une étude curieuse, parce qu'elle vous révèle des procédés d'aquarelle pareils aux dessous que nous faisons en Europe à la peinture à l'huile, dessous sur lesquels nous revenons avec des glacis, et nous avons ici, avant que ces colorations soient perdues et peut-être un peu assombries dans les kakémonos, le bleu du tronc d'arbre, le rougeâtre des ailes, enfin toute la variété des tonalités qui doivent dormir sous la couverte dernière.
Une femme brandissant une branche de fleurs au-dessus d'un guerrier couché à terre, sa hache entre les jambes.
Un certain nombre de paysages où, tout en haut d'une colline dominant la mer, se voit un homme portant sur l'épaule une perche où sont attachés deux paquets d'herbes.
Une tête de supplicié dans un plat. Un crâne où le sommet se termine par une grosse loupe, d'où pendent de longs cheveux mouillés de sueur, des paupières fermées, une bouche entr'ouverte dans un rictus sur lequel se détachent, dans une blancheur effrayante, les dents. La tête et le fond, comme éclairés par une lumière lunaire, où il tomberait de la neige.
Dans la collection Duret.
Deux aquarelles relevées de gouache et signées (H. 40.--L. 120) représentant des vues de la Soumida. Dans l'une, deux femmes, aux robes soulevées par le vent, font des signes au passeur dont le bateau est au milieu de la rivière; dans l'autre, c'est la marche, le long de la rivière, de cinq hommes et de deux femmes avec des enfants en promenade pour une partie de campagne.
Dessins très poussés, très finis, et ayant le caractère de ses dessins appliqués de la Soumida dans les dernières années du siècle dernier.
Dans la collection Edmond de Goncourt.
Deux crevettes à l'encre de Chine, trois à l'encre carminée. Dessin, dans son jet rapide, d'une science extraordinaire. Signé: _Katsoushika Hokousaï_, avec le cachet de _Tokimasa_ (vers 1812). H. 30.--L. 18.
La lune, vue au travers de deux branches d'un prunier. Grand effet de cette pâle lune sur le bleu nocturne d'où se détachent les blanches fleurs du prunier. Un dessin de poète. Non signé. H. 39.--L. 38.
En Angleterre, au British Museum, cinq croquis:
1. Un renard métamorphosé en prêtre.
2. Une grenouille nageant au-dessus de l'eau.
3. Rats et piments.
4. Décoration symbolique du Jour de l'An: sardine desséchée, orange, fougères, papier découpé.
5. Kousounoki Masashigé, le type du courage et de la loyauté, avant sa dernière campagne, remettant à son fils le rouleau ancestral.
Croquis signés avec le Svastica, la marque adoptée par l'artiste en son vieil âge,--et des croquis n'ayant pas la lourdeur des dessins de ce temps, et se rapprochant du _faire_ des dessins de Korin.
Le British Museum possède encore un dessin en couleur sur soie, non monté (17 5/8x24) représentant un oiseau. Signé: _Tame-ichi autrefois Hokousaï_.
Chez M. S. M. Samuel.
Jeune femme portant une lanterne. Croquis à l'encre de Chine.
Jardinier fumant sa pipette. Aquarelle.
Chez M. Anderson.
Un coq, aquarelle lavée à grande eau de bleu et de rouge, exécutée vers 1810.
Trois esquisses à l'encre de Chine. Deux dragons.--Un coq.--Un aigle. Croquis dans le _faire_ du maître, vers 1840.
Chez M. Ernest Hart.
Deux dessins inédits de la série des CENT POÈTES RACONTÉS PAR LA NOURRICE, dessins destinés à être gravés; quatorze dessins de la même illustration, venant de la vente de l'ancienne collection Hart, sont chez M. Samuel, et un certain nombre encore chez M. Tomkinson[32].
[Note 32: M. Anderson me signale encore des dessins d'Hokousaï dans les collections de MM. Marcus, B. Hinsh, W.-C. Alexander, J.-M. Suran, du sir Frederic Leigton, de lord de Saumarez.]
En Allemagne, le Musée de Berlin, d'après M. Gonse, posséderait deux feuilles d'albums provenant de la collection Gierke. Ces dessins à l'aquarelle représenteraient comiquement un moine mendiant volant des pêches, puis surpris par le propriétaire au moment où il les cache dans ses manches.
En outre le Cabinet des estampes de Berlin se serait enrichi de trois ou quatre études à l'encre de Chine, rapportées par le prince Albert de Prusse de son voyage au Japon.
En Amérique la collection de M. Morse de Boston, renfermerait, indépendamment du kakémono déjà cité, une feuille de croquis pleins de mouvement, d'après la reproduction qu'en a fait L'ART JAPONAIS.
LVI
ÉVENTAILS, ÉCRANS, PARAVENTS, PEINTURES DE PARDESSUS
Un album de douze dessins d'éventails, dont quelques-uns sont des petites merveilles. Je citerai des oiseaux, une sauterelle sur une lanterne aux ombres chinoises, un champignon tombé sur des feuilles de momiji, etc.
Ces dessins d'éventails, portant la signature d'_Hokousaï_, appartiennent à M. Hayashi, qui en possède d'autres, comme:
Un marchand d'écumoirs de thé en bambou. Signé: _Hokousaï Taïto_.
Un chrysanthème, large dessin, un peu lavé de rose sur l'encre de Chine. Signé: _I-itsou! Hokousaï changé de nom_.
Deux moineaux. Signé: _Hokousaï_.
Des maigres se grisant de saké. Dessin caricatural. Signé: _Taïto_.
M. Bing possède également une série importante de dessins d'éventails:
Un oiseau et une araignée.
Une tige de nénuphar.
Un Japonais qui lit, couché à terre.
Des crevettes.
Une tortue et un poisson rouge dans un vase de cristal à la transparence presque invisible.
Sur un papier crépon fait particulièrement pour les éventails, un hochequeue sur une pierre où, d'un côté est une fleurette bleue, et de l'autre côté une tige de plante couverte de neige. Éventail signé: _Gwakiô rôjin Manji_ (Manji, vieillard fou de dessin), 1839-1840.
Cet éventail fait partie de ma collection.
Dans la collection Haviland se trouve un éventail représentant un coq qui s'enlève de la manière la plus heureuse sur une poule blanche.