Hokousaï L'art japonais au XVII Siècle

Chapter 12

Chapter 123,726 wordsPublic domain

Et tour à tour défilent l'Hercule mythologique Tatikarao-no-mikoto, portant un rocher sur sa tête; le premier Empereur du Japon regardant son héritier dormant entouré d'un énorme dragon; le ministre Moriya, battant un prêtre bouddhique, après avoir jeté à terre la table et les écrits religieux qu'elle portait; le guerrier Hiraï-no-Hôshô tuant l'araignée monstre ressemblant à une énorme pieuvre; le guerrier Shôki en train d'étrangler un diable; le mangeur d'enfants Mashukoubô, tenant par les pieds un enfant dont il ouvre le ventre au-dessus d'une marmite qui recueille le sang; le guerrier Bénkei portant une cloche au haut de la montagne Ishiyama; la divinité bouddhique Foudô, symbolisant la fermeté de la conviction que ne peuvent ébranler ni le feu ni l'eau où son corps est à la fois plongé; la guerrière Hangakou qui écrase un guerrier sous un tronc d'arbre.

Une suite des HÉROS paraît, la même année, 1836, sous le titre de: _Yéhon Mousashi Aboumi_; LES ÉTRIERS DU SOLDAT, une suite où l'effort d'Hokousaï est d'étudier l'armure sur le corps du guerrier et de montrer la vie, le mouvement, communiqués à cet habit de fer par l'attaque et la défense de la vie: conquête que se vantait d'avoir faite Hokousaï dans le dessin.

Et rien, dans les ÉTRIERS DU SOLDAT, que des hommes et des femmes sous l'armure. C'est l'impératrice Jingô, une tête coupée à ses pieds, en train de tendre son formidable arc; c'est le prince Yamatodaké qui vient de tuer le chef ennemi sous un déguisement de femme; c'est un général japonais blessé par une flèche qui est à ses pieds, et qui envoie dans le camp ennemi, à celui qui l'a blessé, un colossal _taï_ et une cruche monumentale de saké: un acte de courtoisie militaire très commune en ces temps; et ce sont des combats où, sous le harnachement de fer des cavaliers, se cabrent des chevaux hirsutes et échevelés, aux yeux de feu, à la robe toute noire, pareils à des coursiers de l'Érèbe.

À ces planches consacrées à la guerre il faudrait encore ajouter cinq feuilles de guerrier sur fond bleu, avec des verts, des rouges, des jaunes un peu criards, sur les armures.

Kamakoura Gongoro tuant Torino-oumi Yasabrô. Watanabé-no-Tsouna tuant Yénokouma aïyemon. Kousounoki Tamomarou se battant avec Yaono Bettô. Ohtomono Soukouné arrêtant Ohtomono Mahtori. Onikojima Yatarô disputant une cloche avec Saïhô-in.

XLV

En 1835 Hokousaï illustrait le _Yéhon Sénjimon_, MILLE LETTRES ILLUSTRÉES, un ancien ouvrage chinois entré dans l'éducation japonaise et dont la traduction japonaise est donnée en regard du texte chinois.

Deux espèces de jolis culs-de-lampe: des enfants, dont l'un est sur le dos de sa mère, en contemplation devant les ombres chinoises d'une lanterne, et deux enfants entrevus sur une barque à moitié cachée par les nénuphars d'un étang. A côté de ces culs-de-lampe, un beau dessin représente la veuve de Kousounoki Masashighé, élevant en l'air le rouleau où est le testament de son mari et arrêtant son fils au moment où il va se tuer.

En 1837, dans le _Nikkô sanshi_, GUIDE DE NIKKÔ, la montagne où sont enterrés les premiers shôgouns de Tokougawa, un recueil de 5 volumes dont l'illustration est due à la collaboration de plusieurs artistes, Hokousaï publie deux paysages d'après la cascade de Riûdzou (tête de dragon): deux grandes planches, où la fusée blanche de l'armature des arbres se détache, d'une manière remarquable, sur le noir de la feuillée.

XLVI

Tous les arts descendant du dessin, Hokousaï veut que son imagination aille à ces arts, que son pinceau y touche, que sa main en donne des modèles. C'est ainsi qu'en 1836, le vieux peintre qui signe: _le vieillard fou de dessin_, publie le _Shin-Hinagata_, NOUVEAUX MODÈLES DE DESSINS D'ARCHITECTURE, et écrit en tête cette préface:

Depuis l'antiquité, l'homme a copié la forme des choses: ainsi dans le ciel il a pris le soleil, la lune et les étoiles, et sur la terre les montagnes, les arbres, les poissons, et puis les maisons, les champs; et ces images simplifiées, modifiées, dénaturées, sont devenues les caractères de l'écriture. Mais celui qui se fait appeler un dessinateur doit respecter la forme originale des choses, et, ce dessinateur, quand il dessine les maisons, les palais, les temples, il est de toute nécessité qu'il sache comment les charpentes sont agencées.

Il existait un ouvrage fait par un architecte, sous ce titre: LES MODÈLES DE L'ARCHITECTURE, mon éditeur m'a demandé de dessiner le second volume. Le premier a été fait par un homme du métier, avec des données techniques. Moi, ce que j'ai fait dans ce volume est plutôt du domaine de l'art; toutefois si, grâce à mon enseignement, les jeunes dessinateurs arrivent à ne pas faire un chat à la place d'un tigre, un tombi à la place d'un faucon, quoique mon travail ne soit qu'un caillou à côté d'une montagne, je serai glorieux de ce résultat devant la postérité.

Et, à l'appui de la préface, après la représentation du fil à plomb, ce sont des modèles de constructions en bois à la légère et élégante menuiserie; ce sont des terrasses aux balcons complètement ajourés, aux escaliers aériens; ce sont des toits aux souplesses courbes d'une toile de tente, avec de jolis auvents de bambous; ce sont des modèles de cloches pour bonzeries, au bronze sillonné de dragons fantastiques de la mer; ce sont de riches frontons formés de deux énormes _taï_ et affrontés; ce sont des ponts de cordage passant au-dessus des arbres; ce sont des lanternes de jardin faites de la pyramide de trois enfants japonais montés l'un sur l'autre; ce sont les développements d'un temple bouddhique dans toute sa hauteur:--dessins précédés de la figuration, en son riche et nobiliaire costume, de l'architecte officiel du palais impérial et des charpentiers travaillant sous ses ordres. Le volume gravé par Yégawa, l'habile graveur des CENT VUES DU FOUZI-YAMA, eut une seconde édition, faite postérieurement et teintée de rose. A la fin de l'édition en noir l'éditeur annonçait la publication de trois volumes qui devaient suivre et qui n'ont pas paru.

Détail curieux, le professeur d'architecture d'Hokousaï fut un des élèves de son atelier, nommé Hokou-oun, qui s'assimila tellement la manière de son maître qu'il publia une MANGWA où des pages de croquis seraient données par les plus fins connaisseurs à Hokousaï.

Mais ce n'a pas été seulement de la forme et du contour de l'habitation qu'a été préoccupée la pensée artistique d'Hokousaï, il a donné des heures de son pinceau à la décoration des objets de la vie intime de son temps, cherchant à faire, ainsi que cela a été dans notre société du moyen âge, un objet d'art de tout objet servant à la vie usuelle, et sur la pipe et le peigne, ces deux choses où les Japonais ont dépensé les plus jolies imaginations et associé à leur ornementation les plus belles et délicates matières, il a laissé deux merveilleux petits livres sous le titre: _Imayô Koushi Kisérou Hinagata_, MODÈLES DES PEIGNES ET DES PIPES À LA MODE D'AUJOURD'HUI. Trois volumes, dont deux consacrés aux peignes, avaient paru en 1822, et dont le troisième, consacré aux pipes, paraissait en 1823.

Le volume des peignes, qui a pour frontispice une Japonaise en train de polir des peignes sur une meule, contient les plus variés et les plus divers motifs d'ornementation de ce joli objet de toilette où la laque, l'ivoire, la nacre, l'écaille, les pierres dures, se mêlent et se marient pour le décor.

Et le goût dépensé sur ces peignes! Ici, ce semis de pétales de fleurs, là, cette jonchée d'iris, là, cet enguirlandement par un volubilis, là, ce couronnement par une fleur de nénuphar. Et des envolées à tire d'aile de grues, et des nages de canards mandarins, et des batailles de moineaux. Et encore, en leur petitesse minuscule, des coins de village, des plages, des aspects du Fouzi-yama, des vues panoramiques aux grands horizons. Et enfin des choses qu'aucun peuple n'a fait servir à la décoration des objets usuels et familiers, comme les cassures du charbon de terre, le treillis d'une vannerie, le fouillis enchevêtré de clous, les crêtes des vagues, les rayures de la pluie.

À la suite de la préface, Hokousaï écrit ces quelques lignes.

La fabrication des objets change selon le temps. Des objets qui étaient carrés, on les fait ronds et le monde trouve cela plus beau: ça s'appelle la mode. Tous les objets sont soumis à cette modification, à plus forte raison les peignes et autres objets de toilette servant aux femmes dont les caprices se plaisent au changement. Si je ne dessinais que pour la mode présente, mes dessins ne seraient d'aucune utilité pour les fabricants de l'avenir; donc les dessins de ce petit volume ont été faits avec l'idée de créer un décor pouvant s'appliquer à des formes variables. Ainsi, si la mode exige que les peignes soient épais, les artistes devront augmenter le dessin pour couvrir l'épaisseur. Dans le cas contraire, ils n'ont, ce qui leur sera plus facile, qu'à simplifier le dessin. Donc j'ai tâché de prévoir, autant que possible, ces variations.

Et il signe: _Précédemment Hokousaï Katsoushika I-itsou_.

Le volume des pipes a, pour frontispice, un Coréen qui fume une pipe interminable; et commence une suite de petits carrés où se trouve le motif dessiné de la ciselure entre un fourneau et un tuyau de pipe: motif en général exécuté sur une pipe toute en argent, ou sur une pipe en bambou avec des revêtements partiels en argent, ou sur une pipe en bronze avec des parties en ivoire. Et les motifs représentent tout un monde: un tigre, un ascète, une cascade, un enfant enlevant un cerf-volant, un Hotei, des chauves-souris, le porteur du bâton aux morceaux de bambous pour battre le thé, une biche, une branche de sapin, un acrobate, un Darma, une assemblée de renards au clair de la lune, une grenouille, une mouche, des flammes, des bulles de savon.

De ces volumes sur l'architecture, sur les peignes et les pipes, on pourrait rapprocher le _Shingata Komon-tchô_, ALBUM DE PETITS DESSINS POUR NOUVEAUTÉS, publié en 1824.

Une série de planches où l'ingénieuse combinaison de l'enlacement, de l'entre-croisement, de l'enchevêtrement de carrés, de ronds, de losanges, fait le décor de robes, et qui devait être suivi d'un autre volume consacré aux broderies qui n'a pas paru.

En tête de ce volume, la préface de Tanéhiko dit: «Les artistes qui dessinent librement sont d'ordinaire maladroits avec le compas et la règle, et ceux qui font des dessins géométriques ne savent pas dessiner librement. Hokousaï, lui, fait tout bien, et il arrive à faire avec sa règle et son compas, non pas seulement des dessins artistiques, mais encore des dessins d'une invention infinie.»

XLVII

À la suite de trois mauvaises récoltes du riz, pendant les années 1836, 1837, 1838, l'année 1839 fut une année de disette pendant laquelle les Japonais restreignant leurs dépenses n'achetaient plus d'images, et où les éditeurs se refusaient à faire les frais de publication d'un livre, d'une planche séparée. En cette grève des éditeurs, Hokousaï comptant sur la popularité de son nom, eut l'idée de composer des albums _au bout de son pinceau_, et il trouva à vivre à peu près cette année de la vente de ces dessins originaux vendus sans doute très bon marché.

Un de ces albums, composé de douze dessins, existe dans la collection de M. Hayashi. Un demi-quarteron de lavis rapides, au coloriage brutal, lavis où, sous le barbouillage hâtif, se sent le maître, dans la silhouette des êtres et des choses. C'est Foukorokou déroulant un makimono sur lequel une tortue vient se promener, c'est le diable déguisé en prêtre faisant sa prière. Et ce sont aussi bon nombre de motifs déjà publiés par lui, et qu'il répète sans pudeur: ainsi le hoche-queue sur un rocher, qui revient si souvent dans ses dessins, ainsi le Japonais regardant s'envoler des papillons, du _Shas-hin gwafou_.

L'album est signé: _Gwakiô rôjin manji_ (vieillard fou de dessin à l'âge de 80 ans).

XLVIII

En cette mauvaise année pour l'art, Hokousaï a cependant la chance de trouver un éditeur pour une grande série de planches séparées, et cette date de 1839 est non seulement appuyée par la signature _Manji, précédemment Hokousaï_, mais certifiée par une lettre d'Hokousaï, datée de cette année, où il est question de la commande de cette série faite par l'éditeur Yeijudô, lettre que Hayashi aurait eue entre les mains, au Japon.

Cette série renfermant une suite de paysages en largeur, tirés en couleur, de la même facture que les TRENTE-SIX VUES DU FOUGAKOU est intitulée: _Hiakounin isshu Ouwaga Yétoki_, LES CENT POÉSIES EXPLIQUÉES PAR LA NOURRICE.

Des 100 planches, qui devaient former la collection, 27 seulement ont paru.

1. _Poésie de l'empereur Tenti_. La récolte du riz.

2. _Poésie de l'impératrice Jitò_. Un bord de rivière l'été, avec lavage de linge.

3. _Poésie de Kakinomoto-no-Histomaro_. La nuit auprès d'un feu allumé, des pêcheurs tirant un filet.

4. _Poésie de Yamabé-no Akahito_. Le n° 4 manque.

5. _Poésie de Saroumarou Duyù_. À l'automne, retour de paysans de la cueillette, leurs pelles fourchues sur l'épaule. Au haut d'une montagne, un cerf bramant, qui fait songer aux paysans à l'attente de leurs femmes.

6. _Yakamoti_. Un bateau à la forme de gondole, sur une rivière baignant une ville bâtie sur un rocher.

7. _Abéno Nakamaro_. La lune rappelant en Chine au poète japonais son pays.

9. _Onono Komati_. Paysanne en train de nettoyer une étoffe sur une porte détachée de ses gonds.

11. _Sanghi Takamoura_. Pêcheuses de coquilles, appelées _awabi_.

12. _Sôjô Henjô_. Danseuse de temple, dansant la nuit, en grand costume, les cheveux épars, un éventail à la main. Le poète dans la poésie, en tête de la planche, dit au vent d'empêcher les nuages de couvrir la lune.

17. _Ariwarano Narihira_ (aux environs de Kiôtô). Gens traversant un pont sur une rivière dont les eaux roulent la pourpre de nombreuses feuilles de momiji.

18. _Foujiwara Toshiyuki_. Bâtiment de commerce japonais.

19. _Issé_ (une poétesse). Sur l'avance d'une petite terrasse, deux femmes regardant la campagne.

20. _Motoyoshino Shinnô_. Un boeuf chargé de roseaux, au milieu de promeneurs autour d'une baie.

24. _Kwanké_. Voiture aux roues énormes, ayant l'air d'un temple portatif et à laquelle est attelé un boeuf: voiture dans laquelle, seul, le souverain peut monter.

26. _Teijinkô_. Noble visitant le temple d'Ogouroyama, célèbre pour ses momiji.

28. _Minamoto-no-Mounéyuki_. Chasseurs faisant du feu dans la neige.

32. _Haroumiti-no-Tsouraki_. Scieurs de bois au bord d'une rivière.

36. _Kiyowarano Foukayabou_. Bateaux de promenades à Yédo, au milieu desquels un bateau-restaurant va de l'un à l'autre.

37. _Boun-yano Asayasou_. Sur un bateau, de jeunes garçons de la noblesse cueillant des pousses de lotus: un mets dont les Japonais sont très friands.

36. _Sanghi Hitoshi_. Un daïmio, accompagné de serviteurs, parcourant la campagne.

46. _Ohnakatomi Norinobou_. Serviteurs japonais attendant leur maître à la porte d'un jardin impérial.

50. _Foujiwarano Yoshitaka_. Établissement de bains où l'on voit des femmes en peignoir sur une terrasse d'où sort un jet de vapeur d'eau chaude.

52. _Foujiwarano Mitinobou_. Porteurs de cago descendant une route.

68. _Sanjô-no-in_. L'intérieur d'un temple sinthoïste.

71. _Dainagon Tsounénobou_. Fontaine où des femmes remplissent des baquets.

97. _Gontûnagon Sada-iyé_. Au bord de la mer, un four à sel.

Enfin, à cette série il y aurait encore à rattacher la série ayant pour titre: _Sétsouguekkwa_, NEIGE, LUNE ET FLEURS, composée de trois planches.

1. _La neige de la Soumida à Yédo_.

2. _La lune de Yodogawa_ (nom de rivière) _à Ohsaka_.

3. _Les Fleurs de Yoshino_ (nom d'une montagne toute rose de ses arbres en fleurs) _aux environs de Kiôto_.

XLIX

Oui, cette année 1839 où Hokousaï au bout de ces quatre ans d'exil passés à Ouraga revient à Yédo, est une année vraiment malheureuse: une année fatale pour l'artiste. A peine s'est-il logé, établi à nouveau dans le quartier Honjô, le quartier campagnard, affectionné par le peintre, qu'un incendie brûle sa maison, détruit un grand nombre de ses dessins, et les esquisses et les croquis qu'il a pris tous les jours de sa vie,--et de la maison où brûle son oeuvre le peintre n'emporte que son pinceau.

L

De 1840 à 1849, l'année de sa mort, Hokousaï illustre _Wakan Inshitsoudén_, TRADITIONS CHINOISES ET JAPONAISES SUR LES CONSÉQUENCES DE LA CONDUITE INVISIBLE (sur les bonnes ou mauvaises actions secrètes, non connues), et où le bien et le mal se trouvent récompensés dans la personne des gens bons ou mauvais ou dans leurs descendants. Dans ce petit livre, chaque personnage, dont on rapporte un acte de la vie, a son nom imprimé près de la représentation de cette action.

Peut-être cette année ou une des années suivantes, Hokousaï illustre le _Yéhon Onna Imagawa_, le LIVRE ILLUSTRÉ DE L'ÉDUCATION DES FEMMES.

Dans les environs de l'année 1840, Hokousaï publie encore quatre estampes en hauteur représentant le travail en paille exposé dans la cour du temple d'Asakousa.

Ces planches représentent les douze signes du zodiaque, les deux guerriers Kôméi et Schûsô, une femme sur un éléphant blanc, une cage de grues, une arme d'une longueur de 23 mètres.

Vers le même moment paraît encore _Shimpan Daïdô Zoui_, NOUVELLES PLANCHES DES DESSINS SUR LA VOIE PUBLIQUE, une série de douze feuilles en largeur.

Une série d'un mouvement diabolique: un défilé de pèlerins sous des masques de Téngous, de garçons de marchands de saké ayant trop goûté à leurs marchandises, de marchands de savon faisant des bulles au bout d'un chalumeau, de forgerons d'ancres, d'aveugles masseurs, de mendiants criant, chantant, dansant en brandissant des écrans, menant une bacchanale folle, épileptique, bras et jambes en l'air, et qui serait la fin des étudiants paresseux de là-bas.

Sous la même date, on classe aussi _Tiyénooumi_, L'OCÉAN D'IDÉES, une série rarissime.

En 1843 Hokousaï publie le _Shoshin gwakan_, ALBUM DE DESSINS POUR LES COMMENÇANTS, un album qui a une certaine parenté par le faire avec le _Shashin gwafou_.

Des dessins de premier coup, de la brutalité la plus savante, faisant mépriser le joli et le fini du petit art.

D'abord un dessin comique d'Hotei, le dieu des enfants, s'ouvrant de ses deux mains la bouche jusqu'aux oreilles, avec devant lui un petit Japonais qui lui tire la langue.

Puis des riens du tout, comme des champignons, comme un morceau de bambou, etc., etc., des merveilles d'un rendu comme produit par la fièvre du dessin.

Et, au milieu de ces croquis, le dessin du dialogue d'un ministre retiré des affaires et d'un pêcheur où, dans l'épine dorsale et la gesticulation gouailleuse des mains de ce pêcheur, est donné comme l'accent de la phrase qu'il jette au ministre démissionnaire, disant qu'il a quitté le ministère parce que le monde a l'esprit à l'envers: «N'est-ce pas vous qui êtes à l'envers? Moi, quand la rivière est trouble, je me lave les pieds dedans et, quand elle est claire, je la bois!»

Les gravures de cette publication ont été republiées plus tard en couleur, en mauvaise couleur, sous le titre de _Hokousaï Gwayén_, LE JARDIN DES DESSINS d'HOKOUSAÏ.

En 1847, deux ans avant la mort de l'artiste, paraît _Rétsoujo Hiakouninshû_, CENT PENSÉES DE CENT FIDÈLES FEMMES, dont les cent figures sont de Toyokouni, mais dont les dix premières pages sont d'Hokousaï.

Il semble qu'alors l'artiste, qui a 87 ans, redoute la responsabilité de l'illustration d'un livre tout entier, et il se contente d'une espèce d'introduction dessinée, faite par de petits croquis jetés dans un trait, mais des plus spirituels.

En 1848, c'est _Shûga hiakounin shû_, LES CENT POÈTES, publication due à la collaboration de Kouniyoshi, Shighénobou, Yeisén, mais dont les dix premières pages sont d'Hokousaï.

Une planche d'un beau sentiment: un Empereur exilé, regardant mélancoliquement du bord de la mer une volée d'oiseaux se dirigeant vers son pays.

Cette même année 1848, Hokousaï donne une grande planche en largeur, représentant une opération topographique faite avec nos instruments d'arpentage et qui a presque le caractère d'un dessin européen. Elle est signée: _Manji rôjin à l'âge de 89 ans_.

Au printemps de 1849, l'année de la mort d Hokousaï, c'est _Yokou yeiyû hiakounin shû_, CENT POÉSIES DE HÉROS, illustration due à plusieurs artistes, et où Hokousaï a encore dix feuilles de dessins dont la première est une planche de détails d'armures.

LI

En 1848, un an avant sa mort, Hokousaï publie _Yéhon Saïshiki-tsou_, LE TRAITÉ DU COLORIS, sur la couverture duquel on voit Daïkokou déroulant un kakémono où sont gravés le titre du volume et le nom de l'auteur, et où la première planche représente, au-dessus d'un petit rapin japonais préparant l'encre de Chine, le peintre dans une espèce de danse de Saint-Guy picturale, peignant un pinceau dans la bouche, un pinceau dans chaque main, un pinceau dans chaque pied.

Le traité qui est rédigé par Hokousaï, sous le nom d'Hatiyémon, mérite d'être traduit dans quelques-unes de ses parties. Il commence ainsi:

L'ignorant Hatiyémon dit: J'ai fait ce petit volume pour apprendre aux enfants qui aiment à dessiner la manière facile de colorier... publiant ce petit volume à bon marché, dans l'espoir que tout le monde pourra l'acheter et donner à la jeunesse l'expérience de mes quatre-vingt-huit ans.

Dès l'âge de six ans, j'ai commencé à dessiner, et pendant quatre-vingt-quatre ans j'ai travaillé dans l'indépendance des écoles, ma pensée, tout le temps, tournée vers le dessin. Or donc, comme il m'est impossible de tout exprimer en un si petit espace, je voudrais seulement apprendre que le vermillon n'est pas la laque carminée, que l'indigo n'est pas le vert, et aussi apprendre, d'une façon générale, le maniement du rond, du carré, et des lignes droites ou courbes; et si j'arrive, un jour, à donner une suite à ce volume, je mettrai les enfants en état de rendre la violence de l'Océan, la fuite des rapides, la tranquillité des étangs, et chez les vivants de la terre, leur état de faiblesse ou de force. En effet, il y a des oiseaux qui ne volent pas très haut, des arbres à fleurs qui ne produisent pas de fruits, et toutes ces conditions de la vie autour de nous méritent d'être étudiées à fond, et si j'arrive à persuader les artistes de cette vérité, j'aurai le premier _traîné ma canne_ sur le chemin[20].

[Note 20: J'aurai le premier indiqué le chemin.]

Puis, c'est un tableau d'une cinquantaine de couleurs employées par le maître, et à la page suivante, au-dessus de deux mains qui tiennent un pinceau penché, délayant de la couleur dans une soucoupe, ces recommandations:

Les couleurs ne doivent être ni trop épaisses, ni trop claires, et le pinceau doit se tenir couché; autrement il produit des malpropretés; --l'eau du coloriage plutôt claire que foncée, parce qu'elle durcirait le ton;--le contour jamais trop net, mais très dégradé;--n'employer la couleur que lorsqu'elle a reposé et qu'on a rejeté la poussière montée à la surface;--la couleur fondue avec le doigt, et jamais avec le pinceau; ne passer la couleur que sur les lignes noires de l'ombre, où seulement la couleur peut se superposer.

Et ce sont les couleurs spéciales qu'il faut employer pour colorier les animaux et les plantes, représentés en noir dans les planches qui se succèdent,--pour colorier le hoho, le coq, l'aigle, les canards, les poissons.

Le noir lui fait dire: