Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

Part 9

Chapter 93,950 wordsPublic domain

Cet oiseau est de la grosseur de notre faucon. La femelle diffère du mâle par sa taille, qui est d'un tiers plus forte; la base de son bec et ses pieds sont d'un jaune plus foible encore, et c'est principalement dans le tems des amours que ces mêmes parties, dans le mâle, prennent une couleur plus vive ou plus orangée; c'est alors aussi qu'il chante, ainsi que la plupart des autres espèces d'oiseaux chanteurs. Perché sur le sommet d'un arbre, auprès de sa femelle, qu'il ne quitte pas de toute l'année, ou bien dans le voisinage du nid où elle couve, il chante des heures entières, et d'une manière particulière; comme notre rossignol, on l'entend le matin au lever du soleil, le soir au déclin du jour, et quelquefois durant toute la nuit. C'est pendant le tems qu'il chante d'une voix forte qu'on peut facilement l'approcher pour le tirer; mais il faut que le chasseur, qui s'avance sur lui, s'arrête, demeure immobile, et ne fasse aucun mouvement dans l'instant où l'oiseau se tait pour reprendre haleine, parce que dans ces intervalles, il part et s'éloigne au moindre bruit; mais, comme tous les oiseaux chanteurs, il semble s'écouter avec une sorte de complaisance, et n'entend plus ce qui se passe autour de lui; toute sa sûreté étant alors confiée à ses yeux, qui sont très-clairvoyans. Assez généralement cet oiseau se perche sur un arbre isolé, où il est impossible de l'approcher; dans ce cas, le mieux est de l'attendre à la passade, dans un endroit où il soit accoutumé d'aller; car c'est en vain que l'on tenteroit de le surprendre, puisqu'il part aussitôt qu'il voit le chasseur s'avancer vers lui.

Le Faucon chanteur fait une guerre cruelle et sanglante aux lièvres, aux perdrix, aux cailles, et généralement à tout le menu gibier; il prend aussi les taupes, les souris et les rats. La rapine et le carnage sont des fonctions nécessitées chez lui par le besoin de satisfaire un appétit démesuré: j'en ai élevé un jeune que nous ne pouvions rassasier que difficilement.

La femelle construit son nid dans l'enfourchure des arbres ou dans les gros buissons touffus; sa ponte est de quatre œufs entièrement blancs et presque ronds. Dans des voyages tels que ceux que j'ai faits, on goûte de tout; j'ai mangé ces œufs, fraichement pondus, et je leur ai trouvé un petit goût de sauvaigne; cuits, le blanc conserve une grande transparence et une teinte bleuâtre; le jaune est d'une belle couleur rouge de safran, et le dedans de la coquille d'une couleur verte. Dans son jeune âge, le plumage du Faucon chanteur est mélangé de beaucoup de roussâtre.

Cette belle espèce d'oiseau se trouve dans la Caffrerie et dans tout le pays qui l'avoisine; je l'ai rencontré aussi dans le Karrow et le Camdeboo. La saison des amours est le seul tems où le mâle fasse entendre son chant, dont chaque phrase dure près d'une minute. Je n'ai jamais entendu chanter la femelle. Lorsque j'appercevois une couple de ces oiseaux, s'il m'arrivoit de tuer le mâle le premier, j'étois certain d'avoir bientôt la femelle, qui, par attachement pour son mâle, et le cherchant par-tout, l'appeloit sans discontinuer, d'une voix triste et lamentable, dont les accens m'indiquoient à chaque instant les lieux par où elle passoit et repassoit sans cesse en vain, et où il suffisoit de l'attendre; car, faisant peu d'attention à moi, elle sembloit s'offrir volontairement à la mort. Si, au contraire, j'avois tué la femelle la première, le mâle n'en devenoit que plus méfiant; il se retiroit sur le sommet des arbres les plus isolés, où il chantoit non-seulement tout le jour, mais pendant la nuit entière; et si je cherchois à le poursuivre, il quittoit tout à fait le canton et n'y rentroit plus.

LE FAUCON HUPPÉ, Nº. 28.

Cet oiseau me paroît approcher beaucoup de celui qu'Adanson a rapporté du Sénégal, et que les Nègres de ces contrées nomment _tanas_; il est également huppé et son plumage ressemble infiniment aussi, tant par ses couleurs que par leurs distributions, à celui de notre faucon d'Europe; mais il diffère cependant du tanas par la grandeur, puisqu'on lui donne une taille un peu moindre seulement que celle du faucon, tandis que mon Faucon huppé est beaucoup plus petit. Ce dernier a encore un caractère très-remarquable, et dont Buffon ne fait pas mention dans la description du tanas: c'est la mandibule inférieure du bec, qui non-seulement est garnie, comme dans le tanas, d'un crochet très-apparent de chaque côté, mais de plus est tronquée net à son extrémité et coupée carrément. La figure que j'ai donnée indique très-bien ce caractère; qui, s'il est le même dans l'oiseau du Sénégal, n'aura point été saisi ni par le dessinateur, ni par Buffon. La huppe, dont il est aussi question dans la description du tanas, manque absolument dans la figure qu'on en a donnée; et en tout, ce portrait ne se rapporte nullement à la description de cet oiseau, tandis qu'elle convient, au contraire, parfaitement à mon Faucon huppé, à la grandeur près; mais nous savons qu'il arrive souvent que, dans le même pays, les oiseaux varient beaucoup dans leurs tailles, à plus forte raison la même chose peut avoir lieu dans deux contrées aussi éloignées l'une de l'autre, que le sont le Sénégal et le Cap de Bonne-Espérance. Il est donc probable que le tanas, ou faucon pêcheur du Sénégal, est de la même espèce que le Faucon huppé du Cap; et que la figure des planches enluminées de Buffon, Nº. 478, qui est censée représenter le tanas, est celle d'un autre oiseau de proie. Nous allons voir encore que les mœurs du Faucon huppé sont aussi les mêmes que celles du tanas: raison qui vient à l'appui de mes soupçons sur l'unité d'espèce de ces deux oiseaux africains. Mais comme la description du tanas n'est point assez détaillée, et que deux oiseaux peuvent bien se ressembler, et ressembler encore à un troisième, sans être cependant de la même espèce, nous remettrons à prononcer plus affirmativement, jusqu'au moment où nous aurons vu en nature le tanas du Sénégal; en attendant, nous laisserons à cet oiseau de proie du Cap le nom particulier que je lui ai donné.

La huppe de ce petit faucon est très-apparente; elle part du front et s'étend jusque passé le derrière de la tête, quand l'oiseau la couche; il la relève souvent, et particulièrement quand il est animé, soit par la colère, ou par un sentiment plus doux, celui de l'amour: c'est dans ce moment sur-tout qu'il l'épanouit et l'étale pour plaire à sa femelle, à laquelle il paroît très-attaché. Dans cette espèce, le mâle est de la grosseur d'un pigeon ordinaire; sa femelle est d'un grand quart plus forte, et sa huppe est moins longue; du reste, ils se ressemblent beaucoup pour la teinte et la distribution des couleurs, qui sont, sur tout le dessus du corps, d'un gris-bleu ardoisé; la huppe est brunâtre. La gorge, le cou et la poitrine sont d'un blanc sali; tout le dessous du corps, sur ce même fond, porte des bandes transversales; la queue est également rayée en travers. Les pieds et les doigts sont jaunes; la base du bec est bleuâtre et la pointe en est noire, ainsi que les griffes qui sont très-effilées et fortes. De chaque côté de la bouche descend une balafre brune; les aîles ployées s'étendent au-delà du bout de la queue; l'œil est d'un jaune orangé.

Le Faucon huppé fréquente les lacs, les bords de la mer et les rivières poissonneuses; il ne chasse point, mais pêche, et se nourrit de tous les petits poissons et crabes qu'il peut attraper; il s'accommode aussi d'oursins, de moules et d'autres coquillages, dont il brise l'enveloppe avec son bec qui est très-fort. Je l'ai vu poursuivre, avec acharnement, les mouettes, les hirondelles de mer, et même les albatros et les pélicans, oiseaux dont la grosseur et la force auroient dû lui en imposer; mais tous le fuyoient également; les hirondelles de mer paroissoient même moins le redouter que ces grands et lâches palmipèdes. Quand ce Faucon huppé s'est adonné à vivre sur les bords de la mer, c'est sur les rochers qu'il fait alors son nid; dans les terres, il le construit sur les arbres qui bordent les rivières qu'il fréquente et qui lui procurent le plus abondamment sa nourriture. La ponte est de quatre œufs entièrement d'un blanc roussâtre. Le mâle partage les soins de l'incubation et ne quitte point sa femelle, dont il prend le plus grand soin, ayant l'attention de lui apporter amplement les fruits de sa pêche. Toute la petite famille vit long-tems ensemble, et les jeunes ne se séparent que pour donner eux-mêmes leurs soins à une nouvelle postérité.

Les très-longues aîles du Faucon huppé paroîtroient devoir lui faciliter les moyens de chasser, car il a le vol très-rapide; mais jamais je ne l'ai vu prendre les oiseaux auxquels il donnoit la chasse; ce qu'il auroit pu faire facilement, puisqu'il les abordoit d'assez près pour leur donner des coups de bec et les faire crier; mais il m'a paru que c'étoit simplement pour les écarter du canton qu'il s'étoit choisi et dont il s'éloignoit très-peu lui-même.

Les jeunes diffèrent des vieux par une teinte fauve répandue sur tout leur plumage, et par le blanc sale de la gorge, du cou et de la poitrine qui est varié de roux et de gris-brun; et leur huppe ne paroît aussi que quelques mois après qu'ils ont pris l'essor.

LE FAUCON A CULOTTE NOIRE, Nº. 29.

L'oiseau dont il est question dans cet article est encore un faucon d'Afrique, dont la taille est intermédiaire entre celles des deux faucons précédens. Ses aîles, moins amples que celles du faucon huppé, ne s'étendent pas plus loin que les deux tiers de la longueur de la queue. Le dessus de la tête et les plumes des jambes sont d'un noir-brun; les pennes des aîles et celles de la queue ajoutent, à cette même teinte, une bordure blanchâtre, qui dessine les contours extérieurs, et les détachent les unes des autres. La gorge est blanche; le manteau, ainsi que les couvertures des aîles, sont d'un gris-brun, et marquées de quelques traits plus foncés le long du milieu de chaque plume. Toute la partie antérieure du corps est d'un léger roussâtre, sur lequel sont répandues des taches brunes, formées en coups de pinceau. Le bas-ventre et les recouvremens du dessous de la queue sont de la même couleur et tachés de même; mais les traits bruns qui s'y trouvent également sont plus déliés. Le bec, qui offre absolument les mêmes caractères que celui du faucon huppé, est jaune à sa base, et couleur de corne dans le reste. Les doigts, très-forts, portent des griffes noires; ils sont jaunes, ainsi que les tarses, qui se trouvent emplumés un peu au-dessous du talon. L'œil, très-vif, est d'un brun-noisette. La queue est un peu arrondie.

J'ai tué ce faucon dans le pays des Grands Namaquois; lorsque je l'apperçus il étoit posé sur un rocher et en train de dévorer un jeune lièvre, qu'il venoit sans doute de prendre à l'instant même; ce que je jugeai à la chaleur du petit animal, dont les membres étoient encore palpitans. Très-occupé à son repas, l'oiseau se laissa approcher, et je le tuai sur sa proie. Mon coup de fusil fit partir, à quelque distance de là, un autre oiseau de rapine, qui me parut un peu plus gros que celui que je venois d'abattre, et que je crus d'autant plus être sa femelle, que nous étions dans la saison où tous les oiseaux du canton étoient en amour, et que celui que j'avois tué étoit un mâle. Je guettai en vain cette femelle, que je vis passer et repasser à plusieurs reprises, évitant toujours de m'approcher; j'avois cependant laissé le levreau sur la place où le mâle s'étoit fait tuer, espérant qu'elle s'y abattroit aussi en l'appercevant. Toutes mes ruses n'aboutirent à rien, ne voyant plus reparoître son mâle, elle disparut entièrement. Je n'ai pas vu depuis un autre individu de cette même espèce.

Mon vieux gardien Swanepoel m'a assuré cependant que cet oiseau étoit assez commun sur les _Sneeuw-bergen_ (Montagnes de neige), et qu'on le nommoit, dans ce canton, _klyne-berg-haan_ (petit coq de montagne). Nous avons déja vu que ce nom de coq de montagne est celui que les colons du Cap donnent généralement à tous les oiseaux de proie un peu grands, et qu'ils ne regardent pas comme des vautours (_aas-voogel_). Quant aux plus petits, ils les désignent généralement par le nom de _valk_ (faucon).

Nous allons, après avoir parlé d'un petit faucon indien, passer à des espèces plus petites d'oiseaux de proie d'Afrique, lesquelles, n'étant pas si robustes que les faucons, semblent destinées à remplacer, dans ces contrées éloignées, nos éperviers, nos cresserelles et nos hobereaux, enfin, tous ces oiseaux de proie de race moins noble, pour me servir de l'expression des fauconniers.

LE CHICQUERA, Nº. 30.

Voici un petit oiseau de proie dont la mandibule inférieure du bec est absolument de la même forme que celle des deux faucons des articles précédens; il ressemble beaucoup au faucon huppé par les couleurs générales du corps; mais il n'est pas huppé. Cette espèce, que je regarde aussi comme un véritable faucon, n'a point encore été décrite ni figurée dans aucun ouvrage sur les oiseaux. Je l'ai trouvée dans une collection que j'ai achetée, et que tout m'assure avoir été faite au Bengal. _Chicquera_ est le nom indien que cet oiseau portoit dans la note qui m'a été remise avec toute la collection: j'ignore ce qu'il signifie; je sais seulement que c'est celui que les habitans de Chandernagor, où il a été tué, donnent à ce petit faucon, dont je n'ai vu que ce seul individu, qui a également servi à cette description et de modèle à mon dessinateur, qui l'a parfaitement rendu de grandeur naturelle, et tel enfin que je le fais colorier ici dans les planches enluminées, Nº. 30.

La mandibule supérieure du bec porte, dans le Chicquera, deux crans très-marqués; ses aîles, dans leur situation naturelle, ne passent pas les deux tiers de la longueur de la queue, et cette queue est un peu étagée et arrondie. Ces trois caractères sont plus que suffisans pour ne pas faire prendre cet oiseau pour une variété de celui dont nous avons parlé sous le nom de faucon huppé. Il a le dessus de la tête et le derrière du cou d'un roux ferrugineux très-foncé. Une foible teinte de cette même couleur se trouve répandue sur le blanc de la gorge, aux environs du bec, sur le devant du cou et sur le poignet de l'aîle. Tout le dessous du corps, sur un fond blanc, porte une légère rayûre gris-noir. Le manteau est d'un joli gris-bleu, dont la teinte forme aussi la base de la couleur de toutes les plumes des aîles et de la queue, qui sont de plus rayées transversalement. La queue est traversée, à son extrémité, d'une large bande noire, et elle se termine enfin par un blanc roussâtre. Le bec, si on en excepte sa pointe noirâtre, est du reste entièrement d'un jaune pâle. Les pieds et les yeux sont d'un beau jaune.

La note dont j'ai parlé n'indiquoit absolument rien sur la manière de vivre de cet oiseau, et ne faisoit pas mention non plus de son sexe.

L'ACOLI, Nº. 31.

L'acoli est un oiseau de proie qui peut tenir sa place à côté de l'oiseau saint-martin[17], avec lequel il a infiniment de rapport: même taille, mêmes proportions, et les couleurs à peu près aussi les mêmes, feroient prendre cet oiseau pour n'être qu'une variété de l'oiseau saint-martin; mais une particularité qui les distingue l'un de l'autre, c'est que l'Acoli a la base du bec d'un beau rouge, particulièrement dans le tems des amours, et qu'il a le ventre rayé.

[17] Voyez les planches enluminées de Buffon, Nº. 459.

L'Acoli, comme l'oiseau saint-martin, a le corps alongé et svelte, les jambes et les tarses longs, ainsi que la queue: caractères qui conviennent également aux éperviers. Ceux-ci n'ont point les aîles longues, comme les oiseaux du genre de l'Acoli; ils sont, au contraire, de tous les oiseaux de proie, ceux qui ont les pennes de l'aîle les plus courtes, si nous en exceptons pourtant les autours qui ont également les aîles très-petites, et qui se distinguent à leur tour des éperviers, par les tarses qui ne sont pas si longs que les leurs.

La couleur principale de l'Acoli est un beau gris-bleu pâle, répandu sur la tête, le cou et le manteau. Cet oiseau est très-culotté; c'est-à-dire, que les plumes qui recouvrent les jambes descendent fort bas, quoique le tarse ne soit point emplumé par lui-même. Toute la partie inférieure du corps est blanchâtre, et finement rayée, comme celle du faucon chanteur, avec lequel il ne faut point non plus le confondre. Ce dernier est beaucoup plus gros: d'ailleurs, sa queue étagée le distingue de l'autre. Il est encore à remarquer que dans les cantons où ces deux espèces se trouvent en même tems, jamais ils ne se mêlent ensemble, et que l'Acoli n'a qu'un cri aigre et ne chante point.

Dans la Colonie, cet oiseau fréquente les terres labourées; dans les déserts, il habite les terres sablonneuses; et c'est sur une taupinière, une motte de terre ou sur une de ces voûtes que bâtissent les fourmis, qu'il se perche pour guetter les souris, les mulots et les taupes, ainsi que tous les petits oiseaux, dont il fait également sa proie. Cet oiseau vole très-bien et avec une grande vîtesse; mais son vol est toujours bas. Il est peu farouche, et se laisse assez facilement approcher. Il suit le chasseur et vient de lui-même tourner autour de l'homme qu'il voit dans la plaine, afin de se jeter sur les alouettes qu'il fait lever sur son passage, ce qui facilite beaucoup le moyen de le tirer. Satisfait de sa chasse, l'Acoli se retire sur un buisson pour se reposer.

On voit communément le mâle et la femelle ensemble. Ils construisent leur nid dans les buissons. La ponte est de quatre œufs, d'un blanc sale; ils sont ovales, tandis que ceux du faucon chanteur sont presque ronds. C'est principalement dans le Swart-land, le Rooye-sand et les Vingt-quatre-rivières, que j'ai vu le plus communément l'Acoli: pays où je n'ai jamais trouvé le faucon chanteur. Dans l'intérieur des terres, ce n'est que vers les rivières de Swarte-kop et le Sondag où j'ai vu l'Acoli: à la vérité bien plus rarement que dans la Colonie, où il paroît que les défrichemens l'ont attiré.

Les colons du Swart-land nomment l'Acoli _Witte-valk_ (faucon blanc); dans d'autres endroits, on le nommoit encore _Leeuwerk-vanger_ (attrapeur d'alouettes). Il a le bec bleuâtre, et le tour du nez d'un beau rouge très-vif; les yeux sont d'un jaune orangé, qui est aussi la couleur des pieds. Les ongles sont noirs, ainsi que le bout du bec. La femelle est d'un bon tiers plus forte que le mâle, la base de son bec est d'un rouge plus terne que celui du mâle.

LE TCHOUG, Nº. 32.

L'oiseau nommé ainsi au Bengale, qui est son pays natal, est une seconde espèce étrangère d'oiseau saint-martin, dont aucun naturaliste n'a encore fait mention, et qui tiendra naturellement sa place à côté de l'acoli d'Afrique. Il suffira de jeter un coup-d'œil sur la figure exacte que j'ai donnée de ce bel oiseau de proie, pour être convaincu que je ne me suis pas trompé sur son genre. Il est absolument de la taille de notre oiseau saint-martin. Son bec est entièrement noir et fort luisant, particulièrement à sa base, d'où partent des poils roides de la même couleur, qui tous sont dirigés en avant et se recourbent après en l'air, en recouvrant les narines; on remarque aussi des poils autour de la mandibule inférieure. Le Tchoug a la tête, le cou et tout le manteau d'un brun très-foncé, que l'on pourroit même appeler noir tant il est sombre et approche de cette dernière couleur, qui cependant, sur les plus grandes scapulaires, s'éclaircit tout à fait en un brun ordinaire. Cette dernière teinte est aussi répandue sur une partie des recouvremens des aîles, tandis que les autres sont d'un blanc-gris; plusieurs d'entre elles sont même à demi-blanches et brunes. Sur le derrière de la tête, on remarque un espace où le noir, le blanc et le brun forment un mélange agréablement varié. Les grandes pennes des aîles sont noires, et les moyennes d'un joli gris de perle. Cette bigarrure de l'aîle fait un effet vraiment flatteur à l'œil. Le croupion, ainsi que tout le dessous du corps y compris les plumes des jambes qui pendent fort bas, et les recouvremens du dessous de la queue, sont du blanc le plus pur. La queue, dont toutes les pennes sont d'égale longueur, est généralement par-tout d'un beau gris-blanc roussâtre; les deux seules plumes du milieu portent chacune à leur bout une tache brune formant un croissant. Les tarses, grêles et longs, de cet oiseau, sont d'un jaune pâle; les doigts ont la même couleur, et sont armés de griffes noires. Je ne connois pas la couleur des yeux; la note qui m'indiquoit le nom et le pays de cette charmante espèce n'apprenoit absolument rien de plus sur son compte. J'observerai pourtant, d'après les connoissances que l'expérience m'a données sur les oiseaux, que je crois l'individu que je viens de décrire un oiseau encore dans son jeune âge, et dont la seconde mue n'étoit point achevée. Je fonde mes soupçons: premièrement, sur cette bigarrure de l'aîle, dont plusieurs des moyennes pennes et des recouvremens étoient mélangés d'autant de plumes brunes que de noires et de blanches; secondement, les deux aîles ne portoient point absolument les mêmes distributions de couleurs: d'un côté il y avoit, par exemple, plus de plumes noires, tandis que de l'autre, il y en avoit, au contraire, davantage de blanches et de grises: indice bien certain d'un oiseau en mue. Il s'agit de savoir maintenant laquelle des deux couleurs, du gris de perle ou du noir-brun, est la couleur de l'oiseau lorsqu'il est parvenu dans son état parfait. Je hasarderai encore mon idée sur cet article: l'oiseau pendant sa mue, devant en même tems et perdre et refaire des plumés, quelles sont celles qui tombent en mue? Tout le monde sait que ce sont toujours les vieilles; c'est-à-dire, celles qui sont déja formées et dont le tuyau est par conséquent solide et dur. Or, toutes les pennes grises et les recouvremens blancs de l'aîle étoient dans cet état, tandis que la plupart des noires et des brunes étoient, au contraire, des plumes qui sortoient de leur tuyau, et dont une partie des barbes étoit encore enveloppée dans une petite pellicule blanchâtre. Je crois donc pouvoir assurer que le Tchoug du Bengale, dans son état parfait, doit avoir la tête, le cou, le manteau et les aîles entièrement noirs et le reste blanc. Quelques voyageurs nous apprendront un jour si je me suis trompé dans ma conjecture.

Je suis bien porté à croire que cette espèce se trouve aussi au Cap de Bonne-Espérance, car je me rappelle avoir vu passer au-dessus de ma tête, pendant que nous étions en marche et que nous côtoyions la rivière _Krom_, dans le _Lange-kloof_, un oiseau qui m'a paru absolument pareil à celui de cet article; du moins il lui ressembloit beaucoup. J'ai bien remarqué qu'il avoit le croupion et le ventre blancs; et toute la tête, le cou et les aîles noirs. Il vola très-près de moi, j'étois à cheval, et ne l'ayant apperçu qu'au moment où il me passoit, je ne pus assez vîte débarrasser mon fusil, que je portois en bandoulière, ce qui fut cause qu'il m'échappa. Au reste, il n'y auroit rien d'étonnant que cet oiseau se trouvât également au Cap et au Bengale; car j'ai rapporté de cette partie du monde bien d'autres espèces qui sont, comme on le verra, communes à l'Afrique et à l'Inde.

LE GABAR, Nº. 33.