Histoire Médicale de l'Armée d'Orient. Volume 1
Chapter 14
Je me repose avec la plus grande confiance sur les sentiments distingués et connus du général en chef Hutchinson, et sur l'assurance que vous m'avez tant de fois réitérée que vous ne mettrez pas de différence entre nos malades et les vôtres.
J'ai l'honneur de vous saluer.»
Le 21, j'adressai la réponse suivante à une lettre que m'avait écrite le chef de bataillon Alliot, qui se trouvait en otage au camp du grand vizir (nº 751 de ma correspondance).
«Je ne reçois qu'aujourd'hui, citoyen commandant, votre lettre du 19, à laquelle je m'empresse de répondre pour satisfaire les désirs de S. Ex. le Reis Effendi, auquel je rends ses salutations.
C'est à l'eau, qui éprouve dans ce moment une altération manifeste, qu'il faut attribuer le léger vomissement qui a affecté les troupes dans les divers camps.
Pour en prévenir le retour, il est essentiel d'aller puiser l'eau du Nil, ainsi que nous le faisons, un peu avant et au courant, jusqu'à ce que la crue du fleuve soit arrivée à un plus haut degré.»
Le 24, nos hôpitaux descendaient le Nil, et le 27 ils étaient à la hauteur de notre camp d'Omdinar, d'où ils se portèrent à Rosette sans suivre les mouvements trop lents de l'armée.
_Note pour l'ordre du jour._
Au camp de Teranéh, le 30 messidor an IX.
«L'armée est invitée par la chaleur excessive à se baigner dans les eaux du Nil; mais elle oublie les avis fréquemment répétés dans les ordres du jour relativement à l'usage du bain.
Il est dangereux de se baigner indistinctement à toutes les heures; on compromet sa vie en se baignant après avoir mangé; il est au contraire très bon de se tenir dans l'eau une demi-heure peu après ou peu avant le lever et le coucher du soleil.
L'armée se livre à un grand excès en mangeant des pastèques, qui ne sont pas bien mûres, et par conséquent indigestes. Une indigestion est une maladie pour un homme indispensablement soumis à la fatigue.
Les militaires qui couchent presque nus sur les bords du Nil s'exposent à des maux d'yeux, à des diarrhées, et à des dysenteries. Il faut se tenir couvert le matin, le soir, et la nuit, et surtout couvrir soigneusement ses yeux pendant la nuit.
_Signé_ R. DESGENETTES.»
J'arrivai dans la nuit du 3 au 4 thermidor devant Rosette, et j'arrêtai de suite avec l'inspecteur-général des hôpitaux les bases de l'évacuation de nos malades et de nos invalides; je profitai de cette circonstance pour réunir nos officiers de santé de toutes les professions et de toutes les classes avec ceux de l'armée anglaise, et donner un témoignage de nos regrets sur la perte de l'illustre Lorentz. J'étais loin de soupçonner qu'à la même époque le conseil de santé des armées, avec une bienveillance digne de toute ma reconnaissance, me désignait au ministre de la guerre pour occuper la place que ce premier-médecin laissait vacante dans l'hôpital-militaire-d'instruction de Strasbourg[25].
[Note 25: Voyez la seconde partie de ce recueil.]
Je passe ici sur une foule de détails.
Le 7, j'écrivis au général Belliard la lettre suivante (nº 764 de ma correspondance).
«J'ai eu lieu, général, d'être très satisfait de la détermination qui m'avait engagé à descendre à Rosette pour y surveiller nos établissements, organiser et hâter le départ de nos malades.
L'inspecteur-général Young, qui a trouvé avec raison beaucoup trop de frottement dans notre régime administratif, indépendamment de ce qu'un peu d'âpreté et de manque d'égards y ont ajouté, avait déjà déclaré ne vouloir communiquer qu'avec moi, ou celui par qui je me ferais représenter: il a tenu parole; mais j'ai tout arrangé de manière à ménager le plus possible les prétentions, pour pouvoir arriver plus directement à notre but.
La demande de médicaments, que j'ai approuvée parce qu'elle était juste, modérée, et conforme à nos besoins, n'a pas éprouvé la moindre difficulté: il n'en a pas été de même d'un long état de comestibles, de vêtements, d'effets, et fournitures, qui n'est basé, ni sur les règlements, ni sur les approvisionnements ordinaires des hôpitaux militaires des deux nations: l'état sera réduit aux termes nécessaires.
Nos malades vont s'embarquer: ils sont au nombre de 550; et de plus trente convalescents des lazarets. Il n'y avait le 3 du courant que sept hommes hors d'état d'être embarqués. On s'est conformé à vos intentions, qui m'étaient connues relativement au renvoi des légers malades à leurs corps respectifs: il y aura une semblable opération de faite quand on recevra le second convoi de malades.
L'amiral lord Keith n'a demandé relativement à notre trentaine de suspects que des mesures très raisonnables, et également profitables et rassurantes pour tous.
Le général Morand, qui veut bien se charger de vous remettre cette lettre, vous donnera de vive voix tous les détails que vous désirez.»
Le 8, le 9 et le 10 furent employés à notre évacuation.
_Note pour l'amiral lord Keith, commandant des flottes de S. M. B. dans la Méditerranée_ (nº 777 de ma correspondance).
«Les soussignés certifient que les convalescents du lazaret, au nombre de vingt-sept, ont été savonnés, ensuite lavés avec de l'eau et du vinaigre; que tous leurs effets ont été brûlés, qu'ils ont été revêtus de nouveaux habits, et qu'enfin ils sont dans un état à ne faire rien craindre de leur transport en Europe pour la santé publique.
Signés à l'original, écrit en anglais, sous la date du 29 juillet 1801, R. DESGENETTES, _médecin en chef de l'armée de la république française_, et TH. YOUNG, _écuyer, inspecteur-général des hôpitaux de l'armée de_ S. M. B.»
J'écrivis au général Belliard le 12, (nº 781 de ma correspondance).
«Général, j'ai la satisfaction de vous apprendre que nos hôpitaux et nos convalescents des lazarets sont enfin partis hier, et qu'ils ont probablement passé le Boghaz.
Il a été impossible de procéder dans les hôpitaux à une visite des convalescents susceptibles de rentrer dans leurs corps, parce que tous nos malades se sont précipités confusément hier sur les barques d'évacuation.
Je ne sais si on pourra faire cette opération en mer; dans le cas où elle ne pourrait avoir lieu, nous serons obligés de demander un quatrième bâtiment-hôpital.»
Le brigadier-général Oakes m'ayant communiqué avec empressement, le 14, une dépêche du lord Keith, qui mettait à la disposition de l'armée française, sur la demande du général Belliard, un quatrième vaisseau-hôpital, je prévins l'inspecteur-général qu'il nous restait cent quatre-vingts malades à embarquer.
J'écrivis, le 17, au général Belliard (nº 792 de ma correspondance).
«Général, j'ai l'honneur de vous prévenir que M. l'inspecteur-général des hôpitaux de S. M. B. m'a informé qu'il avait donné des ordres pour fournir au quatrième vaisseau-hôpital, la _Peggy-Success_, tout ce qui lui est nécessaire.
Je lui ai fait quelques observations relativement à l'amélioration des vivres et fournitures; mais il s'est constamment retranché dans les termes de la convention, qui porte que nous serons traités conformément aux règlements maritimes de l'Angleterre.
Le _Niger_, vaisseau-hôpital, a mis à la voile avec tant de précipitation qu'il n'a pu recevoir différents objets très essentiels qui lui étaient destinés.»
Le lendemain l'évacuation totale des malades étant terminée, et les troupes rendues au lieu de l'embarquement, en partant pour me rendre à bord, j'écrivis la lettre suivante à M. l'inspecteur-général Young (nº 795 de ma correspondance).
Rosette, le 18 thermidor an IX.
«Monsieur, j'ai l'honneur, en quittant cette place, de vous prévenir que nous y laissons cinq à six malades hors d'état d'être évacués sans compromettre ce qui leur reste d'existence.
J'espère que vous voudrez bien donner des ordres pour qu'ils soient transférés dans vos hôpitaux, où je ne doute pas qu'ils recevront le traitement le plus convenable à leur malheureuse situation.
Agréez les témoignages de l'estime la plus distinguée, que je ne cesserai de conserver pour vous, d'après vos manières loyales, et la confiance amicale que vous avez portée dans toutes nos relations.»
Nous mîmes enfin à la voile; mais nos regards se portèrent encore longtemps sur la terre antique et célèbre dont nous nous éloignions, et sur cette Alexandrie où nous laissions nos concitoyens, nos amis, nos frères.
J'avais des sujets particuliers d'inquiétude: une lettre que j'adressai en messidor à l'ordonnateur en chef pour qu'il chargeât le citoyen Garros de me suppléer ne lui parvint point, et je fus remplacé, contre toutes les convenances, par un médecin qui se crut dispensé pour toujours de correspondre même avec moi. Cependant j'avais appris avant de quitter l'Égypte que le scorbut commençait à régner à Alexandrie, où il a depuis fait tant de ravages, qu'il a hâté, s'il n'a pas nécessité la reddition de cette place.
Une traversée plus ou moins longue, mais qui fut en général de six semaines, nous porta sur les côtes de France. Moins heureux qu'un grand nombre d'autres, nous ne touchâmes la terre sacrée qu'au bout de cinquante et quelques jours. Au moment où nous l'aperçûmes nous la saluâmes par des cris d'allégresse, et nous oubliâmes nos fatigues et nos maux: bientôt le tableau riant de la prospérité et de la gloire de notre pays vint ajouter à nos délices. _Qu'y a-t-il de nouveau_, criâmes-nous tous à la fois à un pilote côtier qui vint le premier au-devant de nous en mer, _je ne sais pas trop_, nous répondit-il, _parce que je sors d'entre deux rochers où je passe ma vie, près la Ciotat; mais je vais vous dire le prix du pain et du vin, que l'on mange et que l'on boit à présent tranquillement partout... puis, pour les ennemis de la République, il faut que notre premier consul les ait envoyés à tous les diables, car on n'en parle plus... il devrait bien en faire autant_, ajouta-t-il, _de ces petits bâtiments anglais qui rôdent encore par-là tous les jours... on ne peut seulement pas pêcher_.
Le général Cervoni, commandant de la huitième division militaire, qui revoyait ces troupes à la tête desquelles il se signala souvent en Italie, le général Léopold Berthier, spécialement chargé de l'honorable mission de recevoir l'armée d'Orient, enfin les conservateurs de la santé publique nous procurèrent dans le lazaret tout ce que nous pouvions désirer dans notre position.
Ce fut dans cette enceinte que des cris de joie nous apportèrent la nouvelle des préliminaires qui devaient bientôt nous rapprocher de l'Angleterre; et ce fut un touchant spectacle que de voir l'enthousiasme qu'inspirait à tant d'intrépides guerriers l'espoir d'une paix profonde.
Je m'empressai, CITOYENS MEMBRES DU CONSEIL DE SANTÉ DES ARMÉES, de vous écrire d'abord le 7 vendémiaire an X (nº 797 de ma correspondance) pour vous prévenir que le nombre de nos malades au moment du départ était d'environ six cents.
Ma dépêche du 10 (nº 800 de ma correspondance) contenait neuf états des médecins employés à toutes les époques, l'état de situation de nos malades le 7 du courant, et deux autres pièces.
Ma dépêche du 21 (nº 807 de ma correspondance) vous faisait part du mouvement des hommes sains et malades, avec indication des maladies.
J'écrivis au citoyen Lorentz, médecin en chef de l'hôpital militaire de Marseille, la lettre suivante (nº 813 de ma correspondance).
Au lazaret de Marseille, le 25 vendémiaire an X.
«J'ai l'honneur de vous prévenir, citoyen collègue, d'une évacuation d'environ 130 malades, au nombre desquels il y a 32 fiévreux, et qui doit avoir lieu demain sur votre hôpital.
J'ai donné des ordres pour qu'il vous fût adressé une liste nominale avec l'indication de l'état antérieur et actuel de chaque malade.
J'informerai de ce mouvement le conseil de santé des armées, et il ne pourra plus concevoir d'inquiétude pour nos malades quand il saura qu'ils sont confiés à vos soins.»
J'écrivis au conseil les deux lettres suivantes, que je crois devoir rapporter ici (nº 815 et 824 de ma correspondance).
Au lazaret de Marseille, le 25 vendémiaire an X.
«CITOYENS,
J'ai eu l'honneur de vous faire connaître par ma lettre du 21 du courant, nº 807, l'état des malades arrivés à bord des vaisseaux-hôpitaux l'_Amiral-Mann_, et le _Niger_, et de ceux fournis par les autres bâtiments de cartel.
Demain 26, une portion de ces malades sera évacuée avec toutes les formalités exigées et requises sur l'hôpital militaire de Marseille; l'autre portion est déjà rentrée ou rentrera dans le jour dans les différents corps.
J'ai la satisfaction de vous annoncer que le _Julius-César_, autre vaisseau-hôpital, est entré dans le port de Pomegue le 22 du courant. D'après le rapport que m'adresse le citoyen Carrié, médecin de l'armée chargé du service de ce bâtiment, il mit à la voile de la rade d'Aboukir le 13 thermidor; avant de relâcher à Malte il perdit dix-neuf hommes, et il fut contraint de laisser neuf malades dans le lazaret de ce port. Le 25, il n'y a plus sur ce bord que six malades dont un seul l'est très gravement.
Nous n'allons conserver qu'un seul hôpital: il y a aujourd'hui quinze malades; on en attend six ou sept du _Julius-César_; en supposant que quinze autres bâtiments, à bord desquels se trouvent environ quatre mille hommes, et dont l'un porte notre respectable corps d'invalides, ne fournissent pas plus de malades, le mouvement du 30 de ce mois n'excédera pas quatre-vingt-dix fiévreux.
J'ai l'honneur de vous saluer.»
Au lazaret de Marseille, le 1er brumaire an X.
CITOYENS,
Je vous écris fréquemment, parce que je crois pouvoir calmer par ce moyen une partie des sollicitudes du ministre sur les restes précieux d'une armée constamment l'objet de ses affections.
Vous trouverez ci-joint le mouvement journalier de l'hôpital établi dans le lazaret de Marseille pour la troisième décade de vendémiaire, relevé d'après les mouvements délivrés par l'économe, certifiés par le médecin de l'armée chargé du service, et visés par le commissaire des guerres chargé de la police dudit établissement.
La note qui répond au 15 vendémiaire vous fera connaître que l'évacuation dont je vous ai prévenus le même jour par ma lettre nº 815, a eu lieu le lendemain.
Une seconde note portée sur le même mouvement indique que les seize bâtiments de l'arrivée desquels je vous prévenais aussi, et notamment le _Julius-César_, n'ont pu, à cause de la houle, débarquer leurs malades avant le 30. Cette cinquantaine de malades va recevoir les soins que nous lui devons, et que lui assurent la cordialité fraternelle de nos troupes, et les sentiments distingués et connus des généraux qui les commandent.
Nos maladies sont, comme je vous l'ai annoncé, des dysenteries chroniques: nos derniers entrants ont été affectés d'un violent coup de vent du nord, qui a porté sur les organes de la respiration et de la déglutition des hommes mal couverts; mais au moment où j'écris le vent paraît vouloir passer au sud.
Je vous enverrai au sortir de ma quarantaine, qui sera, je l'espère, terminée le 9 du courant, 1º une note des travaux publiés par les médecins de l'armée d'Orient; 2º celle des travaux déposés entre mes mains; 3º celle des travaux annoncés. J'aurais voulu faire beaucoup plus, et je m'y suis pris de toutes les manières pour exciter les autres à faire davantage; mais des circonstances pénibles et difficiles ont contrarié mon zèle et l'ardent désir que j'avais de vous offrir l'hommage d'un travail plus complet, et plus digne de l'attention de l'Europe, si longtemps fixée sur notre armée[26].
J'ai l'honneur de vous saluer.»
[Note 26: Voyez la seconde partie de ce recueil.]
Ma quarantaine se trouvant terminée, je sortis du lazaret le 9. L'administration eut lieu d'être satisfaite de la discipline et de la docilité de nos troupes; c'était le résultat de notre expérience. J'eus en mon particulier beaucoup à me louer de la confiance dont m'honorèrent les conservateurs, en me faisant concourir avec leurs officiers de santé à toutes les visites et à tous les rapports de salubrité pendant mon séjour dans le lazaret.
Je désirerais seulement qu'on supprimât la cérémonie puérile et illusoire du parfum la veille de la sortie, et qui consiste à enfumer les personnes en brûlant une botte de foin. Il ne faut pas qu'un établissement aussi utile puisse fournir matière à aucun ridicule.
Le jour de ma sortie j'envoyai au conseil de santé des armées le mouvement journalier des hôpitaux du lazaret pour la première décade de brumaire jusqu'au 7 inclusivement; je le prévins que nous avions évacué vingt-un malades sur l'hôpital militaire de Marseille; enfin je lui annonçai l'arrivée d'une partie de la garnison d'Alexandrie.
Le 12, j'adressai une note sous forme d'instruction au citoyen Vautier, en le félicitant sur son heureuse arrivée d'Alexandrie, et en le chargeant seul, pour le moment, du service pénible du lazaret, d'après les motifs que j'avais de me reposer sur son zèle (nº 839 de ma correspondance).
J'écrivis au conseil, avant mon départ pour Paris, les lettres suivantes:
À Marseille, le 18 brumaire an X.
(Nº 855 de ma correspondance.)
«CITOYENS,
J'appris, le 9 du courant, et après ma dépêche de ce jour, nº 836, quelques détails sur la garnison d'Alexandrie.
Au moment de la reddition de cette place elle avait 1700 malades, dont 1300 scorbutiques, et le reste blessés.
Il a dû, d'après les conventions, rester en Égypte 400 scorbutiques.
Le dernier mouvement des hôpitaux établis dans le lazaret de Marseille a donné pour résultat:
Hôpital de l'enclos neuf, 125 malades, qui doivent avoir l'entrée le 22 du courant.
Hôpital du grand enclos, 350 malades, sur lesquels il y a 300 scorbutiques, dont l'état s'améliore chaque jour, et 30 blessés.
Ne pouvant d'après les règlements du lazaret surveiller personnellement le service, je me rends auprès du ministre de la guerre pour y prendre des ordres ultérieurs relativement à ma nouvelle destination.
Les citoyens Barbès, Renati, et Sotira, doivent vous adresser une demande pour être employés dans l'expédition d'Amérique: ce sont des médecins habiles, distingués par un grand zèle, et qui ont subi toutes les épreuves.
Tous les médecins attendent avec impatience, ainsi que les chirurgiens, et pharmaciens, que vous leur donniez une destination ou leur congé; une grande partie sont près de leur famille, et le séjour de Marseille est très coûteux.
Je vous ai adressé pour mon service, dès le 10 vendémiaire, sous le nº 800, neuf états très détaillés.
Vous trouverez ci-jointe la note sur les travaux littéraires des médecins de l'armée, dont je vous ai déjà annoncé l'envoi par ma lettre du 1er de ce mois, nº 824.
J'ai l'honneur de vous saluer.»
Marseille, le 21 brumaire an X.
(nº 856 de ma correspondance.)
«CITOYENS,
Des pluies affreuses, qui durent encore, et ont déjà causé pour plusieurs millions de dégâts dans le territoire de cette commune, ont retardé mon départ.
Je profite de cette prolongation de séjour pour vous communiquer la nouvelle satisfaisante de l'arrivée de onze bâtiments parlementaires le 19 du courant.
Voici la note de ces bâtiments:
La _Peggy-Success_, quatrième bâtiment-hôpital des troupes du Kaire, partie d'Aboukir, et portant cent soixante-quinze hommes, dont trente malades seulement; le reste en bonne santé. . . . . . . . 175 hommes.
Le _Trent_, parti du même lieu, portant. . . . . 101 hommes.
La _Peggy_, venant d'Alexandrie, portant. . . . . 150 hommes.
L'_Alexandre_, venant du même lieu, portant . . . 185 hommes.
La bombarde le _S.-Antoine_, venant du même lieu, et portant. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88 hommes.
Le gouverneur _Miller_, venant du même lieu, portant. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98 hommes.
Le _S.-Nicolas_, venant du même lieu, portant. . 231 hommes.
L'_Infatigable_, venant du même lieu, portant. . 217 hommes.
Le _Juste_, venant du même lieu, portant. . . . . 124 hommes.
Le brigantin le _S.-Georges_, venant du même lieu, portant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 182 hommes.
La polacre la _Bellette_, venant du même lieu, portant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 150 hommes. ------------- TOTAL . . . . . . 1701 hommes. =============
Je n'ai de renseignements à vous donner que sur la santé du premier de ces bâtiments, sur le sort duquel j'étais très inquiet.
J'ai l'honneur de vous saluer.»
Après l'évacuation de l'Égypte le citoyen Frank est resté chargé du service de l'hôpital conservé à Alexandrie conformément à la capitulation.
RÉSUMÉ.
Maintenant quels sont les résultats de cette expérience, suivie plus de trois ans et demi sur trente mille hommes transportés d'Europe en Afrique, et ayant fait en Asie une pénible campagne?
La première question qui se présente est celle de l'acclimatement; on le voit se faire en deux ans environ: les Anglais que le sort de la guerre rend nos prisonniers le subissent comme nous; il est marqué par des éruptions à la peau, des ophtalmies, des diarrhées, et des dysenteries.
Cependant la salubrité du climat de l'Égypte, et surtout de la haute, est définitivement jugée par le nombre comparatif des malades, moindre dans l'armée d'Orient que dans aucune des autres armées de la République en Europe sans nulle exception.
Les fièvres pestilentielles, ou mieux la peste (car il est temps de donner aux choses leur véritable nom, lorsqu'aucunes considérations politiques n'empêchent plus de le faire) a été enfin abordée, étudiée, et traitée par plusieurs médecins: mais les secours ont manqué pour des observations plus exactes et plus suivies; j'entends parler du local convenable, des médicaments, du concours des soins d'hommes courageux et intelligents. Ici, par exemple, je dois faire remarquer qu'il n'y a rien eu de déterminé avec précision sur l'efficacité du traitement par les onctions ou frictions d'huile; les ouvertures des cadavres n'ont été ni assez multipliées ni assez authentiques pour en rien déduire également de positif.
La peste est endémique dans l'Égypte inférieure, et le long des côtes de la Syrie, puisqu'elle y règne depuis des siècles, et qu'elle a été cent fois observée dans cent lieux qui n'avaient eu entre eux aucune espèce de communication.
La peste se développe généralement dans une saison déterminée; mais on a vu dans le courant de cette histoire qu'il y en a eu des exemples à toutes les époques de toutes les années.
Les vents du sud, l'air chaud et humide, en favorisent, s'ils n'en produisent pas seuls le développement.
Les vents du nord, les extrêmes du froid et du chaud, la font cesser presque entièrement.