Histoire littéraire des Fous

Part 3

Chapter 33,894 wordsPublic domain

“... He raves; his words are loose As heaps of sand, and scatter'd wide from sense; So high he's mounted on his airy throne, That now the wind has got into his head, And turns his brains to frenzy.”

DRYDEN.

BELLES LETTRES.

Ici les écarts de l'esprit humain ne font qu'effleurer les objets. L'imagination ne les touche que d'un main légère. Les figures, les tropes et les analogies bizarres sont les instruments dont elle se sert. Elle galope et bondit comme un cheval sans frein, ou pirouette sur elle-même comme une toupie, qui paraît d'autant plus immobile que son mouvement est plus rapide.

Les spéculations de longue haleine font rarement partie de ces sortes d'aberrations mentales. L'esprit s'occupe d'avantage du mode et de la forme d'expression des idées, que de la nature abstraite et de la valeur de ces idées elles-mêmes. La surface des choses est tout ce qu'il peut saisir. Les émotions qu'éveille cette sorte de folie sont d'une nature générale, et produites par une très grande variété d'objets. Aussi les forces intelligentes de l'individu étant moins concentrées que dans les fous qui s'occupent d'idées philosophiques ou théologiques, l'épuisement est beaucoup moins grand.

Le premier, dans l'ordre de date, qui se présente dans cette section, est un professeur de l'université de Salamanque, nommé _de Arcilla_, né au milieu du seizième siècle.

Il avait déjà donné son cours d'histoire pendant deux ou trois ans, lorsqu'il tomba dans une profonde mélancolie, qui se termina bientôt en folie déclarée. Comme il était docile et doux, ses amis en prirent soin. Il employait tout son temps à écrire de nombreux essais qu'il intitulait: _Programme d'histoire universelle_.

Son idée fixe était que les annales telles que nous les avons, des Egyptiens, des Juifs, des Grecs et des Romains, avaient été composées par des fanatiques et des insensés, et que les hommes avaient existé de toute éternité. Dans l'espoir d'amener quelque calme dans son esprit malade, ses amis consentirent à publier un ouvrage renfermant le résumé de ses idées absurdes. Ce livre porte le titre de: _Divinas Flores Historicas_.

Un exemplaire s'en trouve dans la Bibliothèque Royale de Madrid.

Ici du moins le raisonnement joue encore un certain rôle, mais le dérangement du cerveau est bien plus complet dans Guillaume Dubois, sur lequel Pluquet, dans ses _curiosités littéraires_ et Mr Edouard Frère, dans son _Manuel du Bibliographe Normand_, nous donnent des renseignements. Ce Dubois publia à Paris en 1606, in 12º un ouvrage à peine intelligible intitulé: “Les œuvres de Guillaume Dubois, natif de la paroisse de Pulot en Bessin, et ouvrier du métier de maçon, maistre tailleur de pierre à la ville de Caen, où il lui a été donné le don d'écrire en poésie françoise, par un ordre alphabétique, pour opposer au fantastique, comme on pourra voir en ce petit livre.” Six pièces singulières et rares sont réunies sous ce titre.

Shakespeare a dit que l'aliéné, l'amoureux et le poète

_Are of imagination all compact_.

C'est en Angleterre que nous trouvons la preuve vivante de cette expression poétique du dramatiste anglais, dans la personne de _Nathaniel Lee_, né à la fin du dix-septième siècle.

Les compositions de Lee ont été louées par Addison. Ses vers sur la passion de l'amour prouvent qu'il la comprenait comme un esprit dérangé, et ses actes nous le montrent dans un si constant état de folie, qu'un soir qu'il composait un de ses drames dans sa cellule à Bedlam, un nuage venant à passer sur la lune qui l'éclairait pour écrire, il s'écria soudain: Jupiter, mouche la lune! _Jove, snuff the moon!_

Dryden, dans une lettre à Dennis, raconte que Lee répondit à un mauvais poète qui lui disait qu'il était facile d'écrire comme un fou: comme un sot, oui, mais comme un fou, non, _It is very difficult to write like a madman, but it is very easy to write like a fool_.

Il composa treize tragédies. Lorsqu'on dut l'enfermer, jeune encore, à Bedlam, il continua à écrire dans un style des plus ampoulés, mais on rencontre assez souvent dans ses écrits des passages qui témoignent d'une imagination puissante. Malgré ces éclairs de génie, on ne peut s'empêcher en le lisant, de sourire à la description de ses caractères impossibles, de ses sentiments extravagants, et de ses héros en dehors de toute vérité. Il mourut à 34 ans.

Si nous avons assez généralement l'idée qu'il y a de certains rapports entre la folie et les élucubrations des poètes, nous ne nous figurons guère l'auteur d'un livre d'érudition, devenir fou par amour.

Ce fut le sort d'_Alexandre Cruden_ qui perdit la raison à la suite d'une passion malheureuse pour la fille d'un ecclésiastique de la ville d'Aberdeen en Ecosse.

Il n'avait guère que vingt ans, et ne recouvra jamais complètement l'esprit. Nous donnons dans ce volume sa Biographie détaillée.

Un contraste frappant se rencontre, chez _Christophe Smart_, compatriote de Cruden, et qui développa une puissance poétique remarquable au milieu de sa déraison. Ayant reçu une éducation brillante à Cambridge, il fut couronné durant cinq années de suite, pour la composition du meilleur poème.

Atteint, en 1754, d'une folie qui ne permettait pas même de lui laisser la liberté, et non seulement enfermé dans une maison d'aliénés, mais privé dans sa cellule, de papier, de plume, et d'encre, il composa un poème de près de cent strophes, à la Gloire du Roi prophète David. Quelques unes ont le cachet d'un véritable poète. Ces vers, tracés à l'aide d'une clef, sur les panneaux de bois de sa chambre, doivent faire douter qu'il fut réellement fou lorsqu'il les composa.

Les pensées et le langage sont nobles et dignes, dans les strophes qui suivent:--

He sang of God--the mighty source Of all things--the stupendous force On which all strength depends; From whose right arm, beneath whose eyes All period, power, and enterprise Commences, reigns, and ends.

Sweet is the dew that falls betimes, And drops upon the leafy limes; Sweet Hermon's fragrant air; Sweet is the lily's silver bell, And sweet the wakeful taper's smell That watch for early prayer.

Sweeter in all the strains of love, The language of the turtle-dove, Pair'd to thy swelling chord; Sweeter, with every grace endued, The glory of thy gratitude Respired unto the Lord.

Strong is the lion--like a coal His eye-ball--like a bastion's mole His chest against his foes; Strong the gyre-eagle on his sail; Strong against tide, the enormous whale Emerges, as he goes.

But stronger still, in earth and air, And in the sea, the man of prayer, And far beneath the tide, And in the seat to faith assign'd Where ask is have, and seek is find, Where knock is open wide.

Glorious the sun in mid career; Glorious the assembled fires appear; Glorious the comet's train; Glorious the trumpet and alarm, Glorious the Almighty's stretched-out arm; Glorious the enraptured main.

Glorious--more glorious is the crown Of Him that brought salvation down By meekness, call'd thy Son; Thou that stupendous truth believed, And now the matchless deed's achieved, Determined, dared, and done.

On croirait presque lire une des paraphrases des psaumes par J. Bte Rousseau:--

Il chanta Dieu d'abord,--Dieu, la fin et la cause, Le pouvoir immuable, imposant, grandiose, Eternel et toujours divers; Dont le bras nous soutient, dont l'œil perçant nous guide, Qui par sa volonté, d'un mot, peuple le vide. Et qui règne sur l'Univers, &c.

Smart mourut en 1770. Il traduisit les psaumes, Phèdre, et Horace en prose. Ses poèmes furent publiés en 1791. Garrick et Johnson l'honorèrent de leur amitié, et ce dernier écrivit sa biographie. _Tantum est in rebus inane!_

Peut-être que si Smart, malgré ses accès de folie, eût été laissé en liberté, comme _Edme Billard_, dont le public Parisien s'amusait, à peu près vers la même époque, et dont nous dirons quelques mots, peut-être qu'il serait mort aussi tranquillement.

Edme Billard se croyait un génie incompris. Un jour, il se lève à l'orchestre du Théâtre Français, apostrophe le parterre, en leur racontant ses griefs contre les Comédiens, les supplia de faire jouer de force sa comédie du _Suborneur_, et fut conduit à Charenton. On a de lui quatre pièces: _Le joyeux moribond_, Genève, 1779; _Voltaire apprécié_, sans date; _Le Pleureur malgré lui_, sans date; _Le Suborneur_, en cinq actes, Amsterdam et Paris, 1782.

La seconde et la troisième de ces pièces ne sont pas indiquées par Quérard. Dans le _Pleureur malgré lui_, les personnages sont M. Parterre, Mme Loge, et M. Balcon.

Quoiqu'évidemment sorties d'un cerveau malade, ces pièces ne manquent pas d'une certaine gaîté, qui nous empêche de compatir aussi vivement à cette sorte de folie, qu'à celle de l'infortuné dont nous allons nous occuper.

_Thomas Lloyd_ se persuadait qu'il était le plus sublime poète qui eut existé. Les annales d'aucune maison d'aliénés ne présentent peut-être un mélange plus hétérogène que celui-ci, de malice, d'orgueil, de talent, de mensonge, de vils défauts et de grandes qualités.[13]

[13] Dans les _Sketches in Bedlam, or Characteristic Traits of Insanity_,--London, Sherwood, 1823, in 8º pp. 30 et suiv.,--on trouve des détails sur lui et d'autres fous singuliers.

Dès qu'il pouvait se procurer un morceau de papier, il se mettait à composer des vers. Mais comme généralement ils ne lui plaisaient pas, il les jetait dans sa boisson, pour les nettoyer, disait-il. Tout ce qu'il a mis dans ses poches, ou tout ce qu'il trouve sous la main, sa manie est de le mêler ainsi à ce qu'on lui donne à manger et à boire: petits cailloux, tabac, morceaux de cuir, os, charbons, sont jetés dans son potage, et cela d'après un procédé scientifique, à ce qu'il prétend. Le cuir le clarifie, les cailloux le purifie, le charbon le minéralise; telle chose y ajoute un acide agréable, telle autre, un alkali utile, et ainsi de suite. Si l'on n'y prend pas garde, il avale le tout, avec le goût d'un Apicius.

Il proclamait en toute occasion qu'il avait une connaissance universelle des langues anciennes et modernes, que les sciences, l'histoire, la musique, lui étaient très familiers.

Plusieurs fois on le remit en liberté, mais toujours on fut obligé de l'enfermer de nouveau, après un peu de temps. Successivement il fut logé dans diverses maisons d'aliénés de Londres et des environs, et vécut au delà de soixante ans. Voici un exemple de son talent poétique, qui était parfois réellement remarquable; mais excepté la pièce dont nous citons un extrait, il est très douteux que rien ait été conservé.

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When disappointment gnaws the bleeding hearts; And mad resentment hurls her venom'd darts; When angry noise, disgust, and uproar rude, Damnation urge and every hope exclude; These, dreadful though they are, can't quite repel The aspiring mind, that bids the man excel.

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To brighter mansions let us hope to pass, And all our pains and torments end. Alas! That fearful bourne we seldom wish to try, We hate to live, and still we fear to die.

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_Pro bono publico_, I do write what is true, Nor care what others think, or say, or do. Three-score long years' experience have I had, Through thick and thin, and still I am not dead.

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Shut up in dreary gloom, like convicts are, In company of murd'rers! Oh! wretched fate! If pity e'er extended through the frame, Or sympathy's sweet cordial touch'd the heart, Pity the wretched maniac, who knows no blame, Absorbed in sorrow, where darkness, poverty, and every curse impart.

Methinks that still I see a brighter ray, That bids me live, to see a happier day, And when my sorrows, and my grief-worn spirit flies, My Maker tells me--fear not, Lloyd,--it never dies. This cheering hope has long supported me, I live in hope much happier days to see...

Ces vers furent écrits vers 1817. On y trouve un sentiment de mélancolie, qui pourrait faire douter, comme dans le cas du poète Christophe Smart, si l'intelligence qui rencontre de pareilles expressions pour ses pensées, peut être absolument dérangée. L'un et l'autre néanmoins sont morts dans un état complet de folie, après une longue détention.

M. Forgues[14] nous a donné la description d'une visite à Bicêtre, où il s'est occupé des fous littéraires. Les faits qu'il rapporte font regretter qu'il n'ait pas jugé à propos de saisir cette occasion pour développer davantage ce sujet. Il cite un certain _Pentecôte_ dont la chimère favorite consistait en ce qu'il se croyait l'inventeur d'un système infaillible pour s'emparer d'Abd-el-Kader. Il existe plusieurs de ses lettres adressées au Roi, où il revendique avec acharnement la qualité _d'homme de lettres_. “J'ai plusieurs ouvrages littéraires à terminer,” écrit-il à M. Deleffert. “J'ai fait en littérature de fort beaux ouvrages,” dit-il, “dans une requête à l'administration des hospices.”

[14] _Revue de Paris_, 3me série, tomes 25 et 26, année 1841.

Il adressa une lettre à un des aliénés qui avait voulu se donner la mort. Sans être un modèle d'éloquence, elle ne manque ni de suite ni d'onction.

M. Forgues cite encore des vers anonymes, et des titres de compositions tels que: _Ma Némésis_--_Le Fou_,--_Souvenirs de jeunesse_, &c. Dans le morceau intitulé _le Fou_, on trouve cette apostrophe originale:--

Malheureux conducteur de ta machine usée.

L'auteur fait ailleurs allusion à une tentative de suicide qui fut déjouée, à ce qu'il semble: “Mon Dieu!” ajoute-t-il.

Mon Dieu vous m'avez vu chaque jour vous prier De terminer la vie que je n'ai pu m'ôter! Ami, qui m'empêchas, viens donc me consoler!

Ce dernier vers semble émaner d'un vrai sentiment poétique.

Un des plus féconds romanciers de l'Allemagne, _Johan Carl Wezel_, né en 1747, tomba à 39 ans dans un état complet d'aberration mentale après une vie laborieuse. D'abord il eut l'idée de fonder une maison de banque, pour laquelle il fabriquerait lui-même les billets. Il fuyait toute société, laissa croître ses cheveux et ses ongles, et malgré les soins du docteur Hahnemann, sa folie devint chronique. Il passa le reste de ses jours à Sondershausen, lieu de sa naissance, jusqu'en 1819, époque de sa mort.

De temps à autre quelques éclairs de raison se laissaient appercevoir, mais toute idée poëtique l'avait abandonné, et en écrivant il se croyait être dieu. On lui permit même d'imprimer quelques unes de ses élucubrations sous le titre de _Opera Dei Wezelii W. S. des Gottes_.

On a fait en Amérique une attention particulière aux phénomènes intellectuels que présente la folie. Dans plusieurs des journaux de ce pays ont paru, de temps à autre, des articles intéressants sur cette matière. Les bornes dans lesquelles nous devons nous renfermer, ne nous permettent pas d'entrer dans des détails qui seuls rempliraient un volume, mais nous citerons l'histoire d'un nommé _Milman_, qui naguère excita singulièrement l'attention dans l'état de Pensylvanie, et fut répétée par un grand nombre de journaux. Milman était un avocat d'une fortune indépendante. Le jour où allait se célébrer son mariage, et tandis que la fiancée se parait pour aller à l'autel, un violent orage éclata, et elle fut frappée par la foudre, au milieu de son appartement.

La nouvelle de ce malheur fut portée, avec tous les ménagements possibles, à l'infortuné Milman, dont l'imagination éprouva néanmoins une telle commotion, qu'il tomba évanoui. Lorsqu'il revint à lui, il éclata d'un rire insensé, et l'on vit bientôt, qu'il avait complètement perdu la raison.

Comme sa démence lui laissait de longs intervalles d'apparente tranquillité, on espéra le guérir, mais son esprit resta égaré jusqu'à sa mort, et l'on fut obligé de l'enfermer dans une maison de sûreté. Ses parens étaient riches, et sa folie, d'une nature assez paisible pour permettre que de temps à autre on lui fît faire des excursions à la campagne, pour sa santé: on le menait quelquefois pour deux ou trois jours de suite, sur les bords pittoresque de l'Hudson. De là il écrivait des lettres à ses amis, dans ses moments lucides; mais jamais on ne pouvait le laisser seul trois heures de suite, sans craindre de le voir retomber dans un accès de démence, ou dans un état de prostration stupide. Voici deux morceaux écrits durant ces intervalles,[15] l'un est la description des dispositions où il faut être, pour jouir du loisir de la campagne, l'autre la description d'un cheval échappé, que l'on finit par reprendre.

[15] Réunis, avec beaucoup d'autres dans: _Records of Pennsylvania_; _Philadelphia_, 1802, et réimprimés dans un des journaux de cette ville, en 1840.

“Nobody has any business to expect satisfaction in a pure country life for two months, unless they have a decided genius for _leisure_. If a man expects to live in a country, of course he must have something to do, and do it all the while. But to gather up yourself, and sit down in a plain country house, without bears and lions about it, without anything to do, but to rest, with no marvels or phenomena, but only the good, real, common country;--if you mean to be happy in this, I repeat you should have the element of _leisure_ very full and powerful within you. You cannot be happy if you are in a hurry. You must not be in a hurry to get up or sit down; you must not be in a hurry to get up in the morning, or to retire at night; you must regard it quite the same whether you look at a tree ten minutes or thirty; if you walk out, never must you look at your watch; go till your return; if you sit down upon a breezy fence or wall, it should be a matter of indifference to you, whether it be four o'clock, or five, or six. There can be no greater impertinence than to say, ‘It is time to go!’ There is no such thing as time to a man in a summer vacation.

* * * * * * * *

“Yet amid the tranquil, dreaming, gazing life, one cannot always be quite as serene as one would. For example, this morning, while the dew was yet on the grass, word came in that _Charley had got away_. Now Charley is the most important member of the family, and as shrewd a horse as ever need be. Lately he had found out the difference between being harnessed by a boy and a man. Accordingly, on several occasions, as soon as the halter dropped from his head, and before the bridle could take its place, he proceeded to back boldly out of the stable, in spite of the stout boy pulling with all his might at his mane and ears. This particular morning we were to put a passenger friend on board the cars at 8.10; it was now 7.30. Out popped Charley from his stall like a cork from a bottle, and lo! some fifty acres there were in which to exercise his legs and ours, to say nothing of temper and ingenuity. First, the lady, with a measure of oats, attempted to do the thing, by bribing him genteelly. Not he! he had no objection to the oats, none to the hand, until it came near his head, then off he sprang. After one or two trials, we dropped the oats, and went at it in good earnest--called all the boys, headed him off this way, ran him out of the growing oats, drove him into the upper lot, and out of it again. We got him into a corner with great pains, and he got himself out of it without the least trouble. He would dash through a line of six or eight whooping boys, with as little resistance as if they had been as many mosquitoes! down he ran to the lower side of the lot, and down we all walked after him. Up he ran to the upper end of the lot, and up we all walked after him--too tired to run. Oh! it was glorious fun! the sun was hot. The cars were coming, and we had two miles to ride to the depôt! He did enjoy it, and we did not. We resorted to expedients--opened wide the great gate of the barn-yard, and essayed to drive him in, and we did it too, almost; for he ran close to it,--and just sailed past, with a laugh as plain on his face as ever horse had! Man is vastly superior to a horse in many respects, but running on a hot summer day, in a twenty-acre lot, is not one of them. We got him by the brook, and while he drank, oh, how leisurely! we started up and succeeded in just missing our grab at his mane. Now comes another splendid run. His head was up, his eyes flashing, his tail streamed out like a banner, and glancing his head this way and that, right and left, he allowed us to come on to the brush corner, from whence, in a few moments, he allowed us to emerge and come afoot after him, down to the barn again. But luck will not hold for ever, even with horses. He dashed down a lane, and we had him. But as soon as he saw the gate closed, and perceived the state of the case, how charmingly he behaved! allowed us to come up and bridle him without a movement of resistance, and affirmed by his whole conduct that it was the merest sport in the world, all this seeming disobedience; and to him I have no doubt it was!”

On fait observer, dans l'ouvrage dont nous extrayons ces deux morceaux, que ce qui ajoute encore à l'étrangeté du cas de Milman, c'est qu'avant sa folie, il ne montra jamais la moindre disposition pour tout ce qui tient à l'imagination; son aptitude naturelle le portait vers les sciences positives et abstraites. Mais, dès que les opérations de ses facultés intelligentes sont arrêtées dans leur marche régulière, ses idées prennent une teinte de plaisanterie et de satire.

Assez rarement il arrive que le sculpteur, le peintre ou le graveur deviennent poètes après avoir perdu la raison. C'est pourquoi nous avons un double motif en insérant ici le nom de Luc Clennell, l'élève le plus distingué du célèbre Bewick, comme dessinateur et graveur sur bois.

Clennel naquit près de Morpeth, dans le Northumberland, en 1781. Après avait terminé ses sept années d'apprentissage sous Bewick, il vint à Londres en 1804. Il excellait également dans les aquarelles, et les encouragements qu'il reçut comme peintre, l'engagèrent à s'adonner exclusivement à ce genre, et à abandonner la gravure sur bois. En 1814, le Comte de Bridgewater lui avait commandé un important travail, dont il s'occupait avec ardeur, lorsqu'en 1817 il perdit soudainement la raison. Jamais ses plus intimes camarades n'avaient aperçu précédemment le moindre symptôme de folie dans ses actes, ni dans ses paroles. Il est digne de remarque que sa femme, peu après, fut aussi frappée de folie, ainsi que le peintre E. Bird, chargé d'achever le tableau commandé par le Comte de Bridgewater.

Après avoir subi une réclusion de quatre ans environ dans un hospice d'aliénés, il devint possible de lui accorder une certaine liberté, et l'un de ses parents, qui habitait les environs de Newcastle, le prit chez lui. Il y demeura pendant plusieurs années, tranquille et doux, mais privé de raison.

Vers 1831, on fut de nouveau obligé de l'enfermer dans une maison de Santé, à cause de ses moments de violence. Dans ce lieu, comme auparavant chez son parent, il s'amusait, en ses moments de calme, à dessiner et à écrire de la poésie, et chose curieuse, ce qu'il faisait de moins mal, était les vers. Voici une des différentes pièces de sa composition que ses amis rassemblèrent.

L'ETOILE DU SOIR.

Look! what is it, with twinkling light, That brings such joys, serenely bright, That turns the dusk again to light? 'Tis the evening star!

What is it, with the purest ray, That brings such peace at close of day, That lights the traveller on his way? 'Tis the evening star!

What is it, of purest holy ray, That brings to man the promised day, And peace? 'Tis the evening star!