Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 16 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française

Part 50

Chapter 503,313 wordsPublic domain

On en était là de cette épouvantable évacuation de Leipzig, lorsqu'une subite catastrophe, trop facile à prévoir, vint jeter le désespoir parmi ceux qui pour le salut commun s'étaient dévoués à la défense des faubourgs de Leipzig. On avait ordonné au colonel du génie Montfort de miner la première arche de ce pont continu, qui est tantôt un pont tantôt une levée de terrain, et embrasse, avons-nous dit, les bras nombreux de la Pleisse et de l'Elster. Cette arche était située à l'extrémité de Leipzig qui correspond à Lindenau, et construite sur le principal bras de l'Elster. Le colonel Montfort l'avait minée, et y avait placé quelques sapeurs avec un caporal qui attendaient le signal la mèche à la main. Mais sa perplexité était grande, car du côté du faubourg de Halle on entendait à travers les bois qui couvrent cette partie des environs de la ville, la fusillade se rapprocher. À tout moment on s'attendait à voir l'ennemi déboucher pêle-mêle avec nos soldats, et on ignorait si au delà il ne restait pas d'autres troupes françaises encore occupées à combattre. Aussi le colonel Montfort demandait-il à tout venant s'il y avait encore plusieurs corps en arrière, dans quel ordre ils se succédaient, quel serait le dernier, et chacun sachant à peine ce qui s'était passé immédiatement sous ses yeux, était incapable de répondre. Dans cet embarras, le colonel imagina de se rendre à l'autre bout du pont, c'est-à-dire à Lindenau, où était Napoléon, pour obtenir qu'on l'éclairât sur ce qu'il devait faire, et, en s'éloignant pour un instant, il prescrivit au caporal des sapeurs de ne mettre le feu à la mine que lorsqu'au lieu des Français il verrait paraître les ennemis. À peine avait-il fait quelques pas à travers la foule épaisse qui encombrait le pont, qu'il s'aperçut de l'impossibilité d'aller jusqu'à Napoléon et de revenir. Il voulut rebrousser chemin vers son poste, vains efforts! Au pont qu'il avait quitté se passait la scène la plus tumultueuse. Quelques troupes de Blucher poursuivant les débris du corps de Reynier à travers le faubourg de Halle, se montrèrent aux abords du pont pêle-mêle avec les soldats du 7e corps. À cet aspect, des voix épouvantées se mirent à crier: Mettez le feu, mettez le feu!--Le caporal, auquel de toutes parts on répétait qu'il fallait détruire le pont, crut le moment venu, et mit le feu à la mine! Une épouvantable explosion retentit aussitôt; les débris du pont, volant dans les airs et retombant sur les deux rives, y firent des victimes des deux côtés. Mais cette déplorable erreur eut en quelques instants de bien autres conséquences. Reynier avec un reste du 7e corps, Poniatowski avec ce qui avait survécu de ses Polonais, Lauriston, Macdonald avec les débris des 5e et 11e corps, étaient encore sur les boulevards de Leipzig, pressés entre deux cent mille ennemis et plusieurs bras de rivières sur lesquels les moyens de passage étaient détruits. Plus de vingt mille de nos soldats avec leurs généraux étaient ainsi condamnés ou à périr, ou à devenir les prisonniers d'un ennemi que l'exaspération de cette guerre rendait inhumain. Ils se crurent trahis, exhalèrent des cris de fureur, et dans les alternatives d'une sorte de désespoir, tantôt se ruaient baïonnette baissée sur ceux qui les poursuivaient, tantôt revenaient vers la Pleisse et l'Elster pour franchir ces rivières à la nage. Après une mêlée confuse et sanglante, les uns se rendirent, les autres se jetèrent dans les rivières, un certain nombre réussit à les passer à la nage, beaucoup furent emportés par la force des eaux. Les généraux commandants, parmi lesquels il y avait deux maréchaux, ne voulaient pas laisser de si beaux trophées à l'ennemi, et ils cherchèrent à se sauver. Poniatowski, fait maréchal la veille par Napoléon, pour prix de son héroïsme, n'hésita pas à lancer son cheval dans l'Elster. Parvenu à l'autre bord, mais le trouvant escarpé, et chancelant par suite de plusieurs blessures, il disparut dans les eaux, enseveli dans sa gloire, la chute de sa patrie et la nôtre. Macdonald ayant suivi son exemple, atteignit la rive opposée, y trouva des soldats qui l'aidèrent à la gravir, et fut sauvé. Reynier et Lauriston, entourés avant qu'ils pussent tenter de s'enfuir, furent conduits devant les souverains de Russie, de Prusse et d'Autriche, en présence desquels ils n'avaient longtemps paru qu'en vainqueurs. Alexandre, en reconnaissant le général Lauriston, ce sage ambassadeur qui avait fait tant d'efforts pour empêcher la guerre de 1812, lui tendit la main en lui reprochant d'avoir cherché à se soustraire à son estime. Il fit traiter avec égard les généraux français devenus ses prisonniers, dissimula pour eux son orgueil profondément satisfait, mais voulut qu'ils assistassent à tout l'éclat de son triomphe. En effet, les généraux, les princes victorieux étaient réunis sur la principale place de la ville, se félicitant les uns les autres, se complimentant réciproquement de ce qu'ils avaient fait, en présence des habitants de Leipzig qui, pâles encore de la terreur de ces trois jours, sortaient des caves de leurs maisons, et poussaient des acclamations en l'honneur des souverains libérateurs. Au milieu de ces personnages agités se faisait remarquer Bernadotte, persuadé qu'il avait à lui seul décidé la victoire en arrivant le dernier, étant seul à le croire, mais bien accueilli par Alexandre, qui, dans sa politique raffinée, tenait à garder sous son influence le futur souverain de la Suède. Tandis qu'Alexandre accueillait si bien ce Français combattant contre la France, il se montrait bien dur à l'égard d'un prince allemand, qu'il appelait injustement traître envers l'Allemagne. Ce prince était l'infortuné roi de Saxe. Deux fois depuis le matin, des officiers étaient venus de sa part demander un moment d'entretien, et ils avaient été repoussés. En ce moment il y en avait un troisième qui, le chapeau à la main, suppliait Alexandre de permettre au vieux roi de lui offrir ses hommages. Ce malheureux monarque était à quelques pas de là, tête nue, implorant vainement un regard du vainqueur. Napoléon, il faut le reconnaître, plus habitué à la victoire, avait mieux traité les rois vaincus. Alexandre, cédant à un sentiment peu digne de lui, fit dire au roi de Saxe qu'il ne voulait point le voir, qu'il était pris les armes à la main, et dès lors prisonnier de guerre; que les souverains alliés décideraient de son sort, et lui feraient notifier leur décision. Ainsi, en nous abandonnant sur le champ de bataille, les soldats saxons n'avaient pas même acheté le pardon de leur roi!

[En marge: Pertes des deux armées aux quatre journées de Leipzig.]

Revenons à l'armée française, se retirant mutilée à travers les bras nombreux de la Pleisse et de l'Elster, et laissant encore dans cette journée vingt mille de ses soldats, ou prisonniers, ou expirants dans les rues de Leipzig, ou noyés dans les eaux ensanglantées de la Pleisse et de l'Elster! Cette dernière des quatre journées néfastes de Leipzig porta les pertes de l'armée française en morts, blessés, prisonniers, noyés ou égarés, à soixante mille hommes environ. L'ennemi n'avait pas perdu moins en hommes atteints par le feu; mais ses blessés allaient recevoir tous les soins du patriotisme allemand reconnaissant: les nôtres, qu'allaient-ils devenir?

Napoléon avait entendu de Lindenau où il était, une violente explosion; il en connut bientôt la cause et les conséquences, se montra fort courroucé contre tous ceux auxquels on pouvait imputer ce funeste accident, et affecta de vouloir trouver des coupables, quand il n'y en avait point, et quand, s'il y en avait un, c'était lui, l'auteur de cette horrible guerre!

[En marge: Caractère de la campagne de Saxe, et causes véritables de nos revers.]

Telle fut cette longue et tragique bataille de Leipzig, l'une des plus sanglantes et certainement la plus grande de tous les siècles, et qui termina si désastreusement la campagne de Saxe, commencée d'une manière si heureuse à Lutzen et à Bautzen. Sans doute on se demandera comment après de si profonds calculs, de si savantes manoeuvres, de si hautes espérances, Napoléon put être conduit à une pareille catastrophe, et on ne le comprendra en effet qu'en se rendant un compte exact de tous les mobiles qui le firent agir, et tournèrent en affreux revers des conceptions qui étaient au nombre des plus belles de sa vie. Qu'on suppose un général moins grand, mais placé dans une situation simple, n'ayant ni toute une fortune prodigieuse à refaire d'un seul coup, ni cent motifs d'orgueil pour se dissimuler la vérité, n'étant pas non plus habitué à chercher dans des combinaisons hardies et compliquées des résultats extraordinaires, il eût certainement agi autrement, et très-probablement s'il n'avait pas obtenu d'éclatants succès, il aurait au moins évité un désastre. À la première menace d'un mouvement sur ses derrières, ou par l'Elbe inférieur ou par la Bohême, il aurait, sans perdre un instant, décampé de Dresde, en n'y laissant que les malades impossibles à transporter. Il aurait pu amener ainsi, outre les 200 mille nommes qui lui restaient à cette époque, les 30 mille laissés dans Dresde, vraisemblablement aussi les 30 mille de Meissen, Torgau, Wittenberg, et rejoindre la Saale en une masse compacte, que les marches excessives ni les détachements obligés sur l'Elbe n'auraient point affaiblie. Si, dans cette situation, l'une des deux armées ennemies, celle de Bohême ou celle de l'Elbe, avait commis la faute de devancer l'autre d'un jour à Leipzig, il l'eût accablée, et se serait ensuite rabattu sur la seconde. Supposez que l'occasion d'un tel triomphe ne lui eût pas été offerte, il aurait au moins regagné sain et sauf les bords de la Saale, et si cette ligne qui est courte, facile à déborder de tous les côtés, n'avait pu être défendue, il aurait sagement repris le chemin du Rhin, et par des instructions adressées à temps à toutes les garnisons des places de l'Elbe inférieur, il leur aurait prescrit de se replier les unes sur les autres jusqu'à Hambourg, où certainement elles auraient pu parvenir sans accident, l'ennemi étant attiré tout entier à la suite de la grande armée. Elles auraient formé ainsi avec le maréchal Davout une belle armée de 80 mille hommes, qui aurait rejoint le Rhin par Wesel, et dès lors près de 300 mille soldats en bon état se seraient retrouvés sur la frontière de l'Empire, et y auraient opposé à l'invasion une barrière invincible! Mais Napoléon, par caractère, par orgueil, par habitude et besoin de résultats extraordinaires, s'était rendu impossible une conduite aussi simple.

À la nouvelle d'une double marche de ses ennemis sur Leipzig, les uns descendant de la Bohême, les autres remontant de l'Elbe le long de la Mulde, il ne songea pas un instant à sa sûreté. Habitué à les voir se dérober sans cesse, il n'eut qu'une crainte, c'est qu'ils pussent lui échapper encore, et au lieu d'aller droit à Leipzig, par le chemin direct, ce qui lui aurait sauvé douze ou quinze mille soldats laissés au milieu des boues de l'automne, il descendit l'Elbe dans la direction de Düben, pour saisir à coup sûr Blucher et Bernadotte, toujours convaincu dans son orgueil qu'on était beaucoup plus disposé à le fuir qu'à le combattre. À peine en marche, et toujours en quête de combinaisons qui pussent procurer de vastes résultats, il imagina de se jeter sur les traces de Blucher et de Bernadotte, de les suivre à outrance au delà de l'Elbe, de les refouler sur la roule de Berlin, puis de remonter par la rive droite l'Elbe jusqu'à Torgau ou Dresde, de passer ce fleuve de nouveau sur ces points, et de tomber à l'improviste sur les derrières de l'armée descendue de Bohême. Certes la combinaison était aussi profonde qu'audacieuse, et avec les soldats, l'ardeur et la fortune d'Austerlitz, elle devait amener des résultats prodigieux. Mais pour cette espérance chimérique, il fallait se résigner à laisser 30 mille hommes à Dresde, et Napoléon les y laissa. Arrivé à Düben, sur la basse Mulde, il put bientôt s'apercevoir que loin de vouloir fuir, Blucher et Bernadotte cherchaient à le gagner de vitesse sur Leipzig, pour s'y réunir à Schwarzenberg, et l'accabler. Il prit son parti sur-le-champ, rebroussa chemin vers cette ville, et avec la sûreté ordinaire de son coup d'oeil se plaça de la seule manière propre à empêcher la réunion de ses ennemis. Mais il revenait à Leipzig après une marche inutile de cinquante lieues, qui avait épuisé ses soldats et fort diminué leur nombre; il revenait privé de trente mille combattants laissés à Dresde, d'une quantité égale laissée à Wittenberg, Torgau, Meissen, et il marchait en une longue colonne, dont un tiers au moins ne pouvait pas assister à la première et à la plus décisive bataille. Obligé de faire face à tous ses ennemis, non pas présents mais pouvant l'être, il lui fut impossible le 16 d'amener Bertrand et Ney à lui, de les jeter avec Macdonald sur le flanc droit de Schwarzenberg pour accabler ce dernier, et dès lors n'étant pas vainqueur d'une manière foudroyante le premier jour, il se vit tout à coup dans une position affreuse, où il était condamné à succomber les jours suivants sous une écrasante réunion de forces. Prendre sur-le-champ le parti de la retraite, l'exécuter sinon le 17, puisqu'il attendait encore Reynier, du moins dans la nuit du 17 au 18, regagner au plus tôt par Lindenau, Lutzen et Weissenfels, ses communications menacées, établir pour cela les ponts nécessaires sur la Pleisse et l'Elster, était la seule conduite à tenir, la conduite simple du capitaine sage, plus occupé de sauver son armée que de conserver son prestige. Mais faire une retraite fière, imposante, en plein jour, en se ruant sur l'ennemi qui oserait être pressant, afin non pas de se sauver, mais de garder l'attitude du victorieux, fut, et devait être la pensée du conquérant longtemps gâté par la fortune, du conquérant qui ne sut pas sortir de Moscou à temps, et il s'ensuivit la funeste bataille du 18, et la retraite plus funeste encore du 19, exécutée avec un seul pont. La confusion inévitable qui s'introduisit au dernier moment dans les choses ainsi conduites, amena l'explosion du pont de l'Elster, qui marqua du sceau de la fatalité cette effroyable bataille de quatre jours.

Ce résumé des faits montre donc la vraie cause de tous les malheurs que nous venons de raconter. Ce n'est pas plus ici qu'à Moscou dans l'affaiblissement des talents du capitaine qu'il faut chercher la cause de si déplorables résultats, car le capitaine ne fut jamais ni plus fécond, ni plus audacieux, ni plus tenace, ni plus soldat, mais dans les illusions de l'orgueil, dans le besoin de regagner d'un coup une immense fortune perdue, dans la difficulté de s'avouer assez vite sa défaite, dans tous les vices, en un mot, qu'on aperçoit en petit et en laid chez le joueur ordinaire, risquant follement des richesses follement acquises, et qu'on retrouve en grand et en horrible chez ce joueur gigantesque qui joue avec le sang des hommes, comme d'autres avec leur argent. De même que les joueurs perdent leur fortune en deux fois, une première pour ne pas savoir la borner, une seconde pour vouloir la rétablir d'un seul coup, de même Napoléon compromit la sienne à Moscou pour la vouloir faire trop grande, et dans la campagne de Dresde pour la vouloir refaire tout entière. C'était toujours l'action des mêmes causes, l'altération non du génie, mais du caractère gâté par la toute-puissance et le succès.

[En marge: Après les tragiques événements de Leipzig, une prompte retraite sur le Rhin était le seul parti à prendre.]

À la suite de tels revers, retourner immédiatement sur le Rhin était la seule ressource qui restât à Napoléon. Après avoir eu 360 mille hommes de troupes actives à la reprise des hostilités, sans compter les garnisons, après en avoir eu 250 mille encore deux semaines auparavant, et en avoir laissé 30 mille à Dresde, un nombre peut-être égal sur la route de Dresde à Düben, de Düben à Leipzig, après en avoir perdu 60 à 70 mille dans les diverses batailles de Leipzig et un nombre qu'on ne peut guère préciser par la défection des alliés, il en conservait 100 à 110 mille tout au plus, dans l'état le plus déplorable. La seule chose qu'il eût encore en quantité considérable et en excellente qualité, mais malheureusement difficile à ramener, c'était l'artillerie. Il en avait une très-belle, très-bien servie, qui avait toujours mis son honneur à sauver ses canons, et n'avait perdu que ceux que la destruction du pont de l'Elster avait empêché de transporter à temps d'une rive à l'autre. Ce qui restait d'artillerie était le double en proportion de ce qui restait de soldats. Si c'était un embarras, c'était au moins une ressource et des plus précieuses dans un jour de combat.

[En marge: Marche de l'armée sur la Saale.]

Napoléon passa autour de Lutzen la nuit du 19 au 20 octobre avec les débris de son armée. Bertrand et Mortier avaient culbuté Giulay, et parvenus à Weissenfels s'étaient assuré la possession de la Saale. Le 20 au matin Napoléon courut à Weissenfels pour diriger lui-même la retraite, et devancer tous les corps ennemis aux passages essentiels. Si on suivait à gauche (gauche en retournant vers le Rhin) la grande route de Weissenfels à Naumbourg et Iéna, on rencontrait le fameux défilé de Kosen, où le maréchal Davout s'était couvert de gloire en défendant la plaine d'Awerstaedt, et où l'on était exposé à trouver Giulay qui, repoussé par Bertrand et Mortier, pouvait bien aller y chercher une revanche. Napoléon, dont le malheur n'avait pas troublé la prévoyance, imagina de faire un détour à droite, et au lieu de passer la Saale à Naumbourg, de la traverser à Weissenfels, dont on possédait les ponts, de gagner ensuite Freybourg pour y franchir l'Unstrutt, de déboucher de là dans la plaine de Weimar et d'Erfurt, tandis que Bertrand porté rapidement par un mouvement à gauche sur le défilé de Kosen, tâcherait d'y prévenir l'ennemi, et de s'y défendre le plus longtemps possible contre la grande armée de Schwarzenberg. Ce plan de marche à peine conçu, Napoléon en ordonna l'exécution. Bertrand dont le 4e corps avait été augmenté comme on l'a vu de la division Guilleminot, fut acheminé tout de suite sur Freybourg, avec Mortier qui commandait deux divisions de la jeune garde, avec la cavalerie légère de Lefebvre-Desnoëttes, avec le 2e de cavalerie du général Sébastiani. Cette nombreuse cavalerie, battant partout l'estrade et sabrant les Cosaques, devait précéder et flanquer l'avant-garde, puis, lorsqu'on serait rendu à Freybourg, et qu'on aurait occupé la ville et les ponts sur l'Unstrutt, Bertrand devait courir à Kosen, et Mortier rester à Freybourg pour protéger le passage de l'armée.

Ces ordres furent ponctuellement exécutés. Bertrand arriva le 21 au soir à Freybourg avec les divers corps qui escortaient sa marche. Il n'y avait dans cette ville que quelques troupes légères ennemies que l'on expulsa. On s'empara d'un pont de pierre sur l'Unstrutt, solide mais étroit. On en jeta un en charpente dans la nuit, pour faciliter le passage de l'armée, et tandis que Mortier se livrait à ces soins, Bertrand gravissant les hauteurs à gauche alla prendre position à Kosen. Il y parvint avant l'ennemi.

[En marge: Le 21, l'armée passe la Saale à Weissenfels.]

Ces mesures résolues à temps et exécutées avec vigueur, eurent le résultat qu'on devait en attendre. L'armée après s'être écoulée à travers les plaines de Lutzen, arriva le 21 au soir à Weissenfels, où elle franchit la Saale sans être poursuivie par d'autres troupes que les coureurs de l'ennemi. Schwarzenberg et Bernadotte étaient restés dans Leipzig, l'un à refaire son armée épuisée par trois batailles, l'autre à passer des revues. Giulay seul avait marché par la route de Naumbourg et de Kosen. De l'infatigable armée de Silésie, il n'y avait que le corps du général d'York qui eût pu nous suivre, et les moyens de passage sur la Pleisse et l'Elster ayant été détruits à Leipzig, Blucher lui-même avait été obligé de faire un détour, et de descendre fort au-dessous de Leipzig pour traverser ces rivières. Nous l'avions à notre droite, mais en arrière, tandis qu'à notre gauche nous n'avions que Giulay, lequel pour nous atteindre était réduit à forcer le défilé de Kosen.

[En marge: Le 21 au soir l'armée arrive à Freybourg, et commence à y passer l'Unstrutt.]

[En marge: La débandade s'introduit de nouveau parmi nos troupes, ainsi qu'il était arrivé dans la retraite de Russie.]

[En marge: Oudinot défend énergiquement l'Unstrutt le 22, et donne à toute l'armée le temps de défiler.]

[En marge: Le général Bertrand, de son côté, défend vaillamment les défilés de Kosen.]