Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 15 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française

Part 12

Chapter 123,299 wordsPublic domain

La seule difficulté était de savoir si on pourrait passer brusquement la Tormès, et se déployer au delà, avant que lord Wellington eût rappelé à lui son aile droite compromise. Les reconnaissances qu'on venait d'exécuter ne permettaient à cet égard aucun doute. La Tormès entre Alba et Salamanque était presque partout guéable; au delà, pour arriver sur Calvarossa de Ariba, s'étendait une vaste plaine, qui s'élevait en pente douce vers Calvarossa, et où se trouvaient les Arapiles. En se faisant précéder de toute la cavalerie, qui était de plus de 12 mille hommes dans les trois armées, et dont le déploiement aurait couvert le passage, nos colonnes d'infanterie eussent traversé les gués, envahi la plaine, abordé Calvarossa, puis se rabattant sur Alba de Tormès eussent infailliblement tourné et enveloppé le général Hill. Ce projet, exposé sur le terrain même à Joseph, en présence de tous les généraux, fut universellement regardé par eux comme d'un succès immanquable, et ils demandèrent à l'exécuter sur-le-champ, avant que les Anglais eussent rectifié leur position. Mais le maréchal Soult n'en fut point d'avis. Il ne fallait pas, disait-il, aborder les Anglais de front, ce qui était vrai quand ils avaient pris leur position de combat, mais ce qui n'était pas le cas ici, puisqu'il s'agissait de les surprendre en marche, et d'enlever un de leurs corps laissé dans l'isolement. Il pensait qu'il valait mieux franchir la Tormès au-dessus d'Alba, afin de tourner la position de Salamanque, et d'obliger ainsi les Anglais à décamper. On lui répondit que c'était justement ce qu'il ne fallait pas faire, car en remontant à gauche la Tormès pour la passer au-dessus d'Alba, on allait forcer le général Hill à quitter Alba, à se replier sur Calvarossa de Ariba, puis sur Salamanque, qu'on allait rendre ainsi aux Anglais le service de leur montrer leur faute, et de les réunir tous ensemble aux environs de Salamanque; que si en se portant sur leurs communications avec 85 mille hommes on les obligeait à décamper, le résultat de cette heureuse mais coûteuse concentration de forces n'aurait pas été bien considérable! Au lieu d'un triomphe dont on avait grand besoin, on aurait ménagé à lord Wellington la gloire de se tirer sain et sauf de l'un des pas les plus difficiles où jamais général se fût trouvé.

Le trop modeste maréchal Jourdan, qui n'avait guère l'habitude d'être affirmatif, car il discernait le vrai, mais s'y attachait avec la mollesse d'un homme découragé, fut cette fois plus vif que de coutume, affirma que si on voulait faire reposer sur sa tête la responsabilité de l'opération proposée, il était prêt à l'assumer, et répondait de n'y compromettre ni l'armée ni sa propre gloire. Tous les généraux présents, Souham, d'Erlon et autres, partageaient son avis, l'appuyaient du regard et de la parole. Mais par égard pour la situation et le grade du maréchal Soult, on remit à décider cette question après une nouvelle reconnaissance du cours supérieur de la Tormès.

[En marge: Joseph et le maréchal Jourdan ont la faiblesse d'abandonner un plan que tous les généraux approuvaient.]

Le lendemain le maréchal Soult reproduisit son projet de passer la Tormès à gauche au-dessus d'Alba, car là aussi on l'avait trouvée guéable, et il insista fortement pour faire adopter son opinion. Joseph consulta le maréchal Jourdan, et celui-ci, avec une condescendance qui était la suite de son âge et de son caractère, conseilla à Joseph de se rendre. Exécuter le plan qu'il avait indiqué avec la mauvaise volonté du commandant de la principale armée était selon lui bien dangereux, et quoique les Anglais n'eussent pas encore rectifié leur position, que le coup décisif pût encore leur être porté, et que la tentation de l'essayer fût grande, faire ce que voulait le maréchal Soult lui sembla ce qu'il y avait de moins hasardeux. Ainsi éclata dans Joseph et dans Jourdan cette fatale indécision, qui chez les esprits justes est quelquefois aussi funeste que l'entêtement de l'erreur chez les esprits faux, et qui, après les négligences de Napoléon, les détestables sentiments de certains chefs, fut la principale cause de nos revers en Espagne.

[En marge: On adopte l'idée proposée par le maréchal Soult.]

Pour faire peser toute la responsabilité sur le maréchal Soult, et l'obliger au moins à se conduire le mieux possible dans l'exécution de sa propre idée, on mit l'armée du Centre sous ses ordres, et on donna celle de Portugal au comte d'Erlon. Le 13 même on franchit la Tormès au-dessus d'Alba, et on s'avança jusqu'à Nuestra Señora de Retiro. Les Anglais sortaient à peine d'Alba et y avaient même laissé un détachement. On les voyait se retirer sur les Arapiles, et s'y réunir. Mais il leur restait à décamper devant 85 mille Français, et il était possible encore de couper une portion de leur longue colonne.

[Date en marge: Déc. 1812.]

[En marge: On laisse échapper lord Wellington, qui se tire sain et sauf du plus grand danger où un général pût se trouver placé.]

Le maréchal Soult avait déjà 50 mille hommes sous la main, toute la cavalerie notamment, et dès le lendemain matin il pouvait se porter en avant. On pressa l'armée de Portugal, que la nécessité d'occuper Alba obligeait à défiler à gauche pour remonter la Tormès, de hâter son mouvement. Le lendemain 14 le temps était affreux, et la fortune, comme dégoûtée de gens qui savaient si peu saisir ses faveurs, ne semblait pas vouloir les seconder. À peine si on apercevait les ennemis devant soi. Pourtant on pouvait distinguer à travers le brouillard les Anglais qui défilaient de notre droite à notre gauche, pour quitter Salamanque, et s'acheminer sur Ciudad-Rodrigo. Plusieurs explosions entendues du côté de Salamanque, en révélant la destruction volontaire d'une partie des munitions de l'ennemi, suffisaient pour indiquer une retraite commencée. Joseph et Jourdan insistèrent pour qu'on fondît au moins avec la cavalerie sur l'armée anglaise, afin d'en enlever quelque portion. Le maréchal Soult, circonspect au dernier point, alléguant pour son excuse l'obscurité du temps, voulut avant de s'avancer avoir été rejoint par toute l'armée de Portugal, ne fit pas même donner sa cavalerie, et, lorsque les 85 mille Français furent réunis, trouva les Anglais hors d'atteinte, et en pleine retraite sur la route de Ciudad-Rodrigo.

[En marge: Départ et colère de l'armée.]

La confusion, l'irritation dans les trois armées furent extrêmes. L'état de l'atmosphère, la lenteur de l'armée de Portugal, qui forcée de remonter au-dessus d'Alba de Tormès ne pouvait cependant pas arriver plus vite, furent les raisons imaginées pour excuser ce déplorable avortement. On suivit les Anglais encore un jour ou deux, et on eut pour résultat de cette formidable concentration de forces environ trois mille prisonniers, qu'on ramassa sur les routes à la queue d'un ennemi réduit à marcher plus rapidement qu'il n'en avait l'habitude.

[En marge: Joseph rentre à Madrid, et fait camper les trois armées à portée les unes des autres.]

Joseph rentra dans Madrid, et plaça ses trois armées en cantonnements, l'armée de Portugal en Castille, celle du Centre aux environs de Madrid, celle d'Andalousie sur le Tage, entre Aranjuez et Talavera.

[En marge: Résumé de la campagne de 1812 en Espagne.]

Telle fut en Espagne cette triste campagne de 1812, qui après avoir débuté par la perte des places de Ciudad-Rodrigo et de Badajoz que nous avions imprudemment découvertes, tantôt pour prendre Valence, tantôt pour acheminer une partie de nos troupes sur les routes de Russie, s'interrompit un moment, puis reprit, et fut signalée par la perte de la bataille de Salamanque, due à l'éloignement de Napoléon, à l'autorité insuffisante de Joseph, au refus de concours de certains généraux, à la lenteur de Jourdan, à la témérité de Marmont; campagne qui se termina par la sortie de Madrid, par l'évacuation de l'Andalousie, par une réunion de forces qui, quoique tardive, aurait pu faire expier à lord Wellington ses trop faciles succès, si la condescendance de Joseph et de Jourdan, discernant le bon parti à prendre, n'osant pas le faire prévaloir, n'avait amené une dernière disgrâce, celle de voir une armée de 40 mille Anglais échapper à 85 mille Français placés sur leur ligne de communication. Ainsi, dans cette année 1812, les Anglais nous avaient pris les deux places importantes de Ciudad-Rodrigo et de Badajoz, nous avaient gagné une bataille décisive, nous avaient un moment enlevé Madrid, nous avaient forcés à évacuer l'Andalousie, nous avaient bravés jusqu'à Burgos, et, en revenant sains et saufs d'une pointe si hardie, avaient mis à nu toute la faiblesse de notre situation en Espagne, faiblesse due à plusieurs causes déplorables, mais toutes remontant à une seule, la négligence de Napoléon, qui, tout grand qu'il était, n'avait pas le don d'ubiquité, et, ne pouvant pas bien commander de Paris, le pouvait encore moins de Moscou; qui se décidant enfin à confier son autorité à son frère, ne la lui avait pas déléguée tout entière par défiance, par prévention, par on ne sait quelle humeur déplacée! Vouloir tout entreprendre à la fois, vouloir être partout en même temps, s'étourdir ensuite sur ce qu'on était forcé de négliger, tel avait été, tel était encore le triste secret de cette funeste guerre d'Espagne! Après l'attentat qui l'avait commencée, on ne pouvait rien imaginer de pis que la négligence qui la continuait!

[En marge: Immense émotion produite en Europe par les événements militaires de 1812, tant en Russie qu'en Espagne.]

Du reste tant d'événements à la fois, désastreux au nord, fâcheux au moins au midi, devaient produire et produisirent effectivement une immense émotion en Europe. Que de surprise, que de satisfaction parmi ces innombrables ennemis que nous nous étions attirés de toutes parts! L'Angleterre, qui oubliant qu'elle était sortie de Madrid, ne songeait qu'à l'honneur d'y être entrée, qui après avoir rendu Séville au gouvernement de Cadix, se flattait d'avoir presque délivré la Péninsule de ses envahisseurs, qui après avoir fort encouragé la résistance de l'empereur Alexandre sans en rien espérer, était tout étonnée d'apprendre que nous arrivions vaincus sur le Niémen, se livrait à une sorte de joie délirante! Malgré toute la crédulité de la haine, elle osait à peine ajouter foi aux nouvelles répandues en Europe, et en publiant nos malheurs par les cent voix de ses journaux, elle ne les croyait pas encore si grands qu'on les disait, et qu'elle les proclamait elle-même. L'Allemagne, stupéfaite du spectacle qu'elle avait sous les yeux, commençait à nous croire vaincus, n'osait pas encore nous croire détruits, se laissait aller à l'espérer en regardant défiler l'un après l'autre nos soldats égarés, gelés, affamés, s'attendait toujours à voir enfin paraître le squelette de la grande armée, et ne le voyant pas venir, commençait à penser que ce que publiait l'orgueil des Russes était vrai, et que ce squelette lui-même n'existait plus! À chaque jour de ce triste mois de décembre, l'Allemagne sentait renaître en elle l'espérance, avec l'espérance le courage, et avec le courage une sorte de rage furieuse. Toutes les sociétés secrètes formées dans son sein étaient en fermentation, et se préparaient à un soulèvement général. Mais elle flottait encore entre l'espoir et la crainte, n'osait point se livrer à tout l'élan de ses passions, et attendait les événements avec une ardente curiosité. C'est au milieu de cette disposition des esprits que Napoléon s'acheminait clandestinement vers Paris, où allaient l'accueillir la joie coupable de certains adversaires de son gouvernement, l'abattement de ses flatteurs, la douleur étonnée des hommes honnêtes, la douleur sans surprise des hommes éclairés! Et cependant nos vainqueurs dans l'exaltation de leur orgueil, nos ennemis dans l'emportement de leur haine, les bons citoyens dans la profondeur de leur affliction, ne pouvaient aller jusqu'à imaginer toute l'étendue du mal. Bientôt, hélas! ils devaient la connaître tout entière!

FIN DU LIVRE QUARANTE-SIXIÈME.

LIVRE QUARANTE-SEPTIÈME.

LES COHORTES.

Rapide voyage de Napoléon. -- Il ne se fait connaître qu'à Varsovie et à Dresde, et seulement des ministres de France. -- Arrivée subite à Paris le 18 décembre à minuit. -- Réception le 19 des ministres et des grands dignitaires de l'Empire. -- Napoléon prend l'attitude d'un souverain offensé, qui a des reproches à faire au lieu d'en mériter, et affecte d'attacher une grande importance à la conspiration du général Malet. -- Réception solennelle du Sénat et du Conseil d'État. -- Violente invective contre l'idéologie. -- Afin d'attirer l'attention publique sur l'affaire Malet, et de la détourner des événements de Russie, on défère au Conseil d'État M. Frochot, préfet de la Seine, accusé d'avoir manqué de présence d'esprit le jour de la conspiration. -- Ce magistrat est condamné, et privé de ses fonctions. -- Napoléon, frappé du danger que courrait sa dynastie, s'il venait à être tué, songe à instituer d'avance la régence de Marie-Louise. -- L'archichancelier Cambacérès chargé de préparer un sénatus-consulte sur cet objet. -- Soins plus importants qui absorbent Napoléon. -- Activité et génie administratif qu'il déploie pour réorganiser ses forces militaires. -- Ses projets pour la levée de nouvelles troupes et pour la réorganisation des corps presque entièrement détruits en Russie. -- Il reçoit des bords de la Vistule des nouvelles qui le détrompent sur la situation de la grande armée, et qui lui prouvent que le mal depuis son départ a dépassé toutes les prévisions. -- Joie des Prussiens lorsqu'ils acquièrent la connaissance entière de nos désastres. -- À leur joie succède une violence de passion inouïe contre nous. -- Arrivée de l'empereur Alexandre à Wilna, et son projet de se présenter comme le libérateur de l'Allemagne. -- Actives menées des réfugiés allemands réunis autour de sa personne. -- Efforts tentés auprès du général d'York, commandant le corps prussien auxiliaire. -- Ce corps en retraite de Riga sur Tilsit abandonne le maréchal Macdonald et se livre aux Russes. -- Dangers du maréchal Macdonald resté avec quelques mille Polonais au milieu des armées ennemies. -- Il parvient à se retirer sain et sauf sur Tilsit et Labiau. -- Le quartier général français évacue Koenigsberg, et se replie du Niémen sur la Vistule. -- Macdonald et Ney, l'un avec la division polonaise Grandjean, l'autre avec la division Heudelet, couvrent comme ils peuvent cette évacuation précipitée. -- Officiers, généraux et cadres vides courant sur Dantzig et Thorn. -- Il ne reste au quartier général que neuf à dix mille hommes de toutes nations et de toutes armes, pour résister à la poursuite des Russes. -- Murat démoralisé se retire à Posen, et finit par quitter l'armée en laissant le commandement au prince Eugène. -- Effet que produit dans toute l'Allemagne la défection du général d'York. -- Mouvement extraordinaire d'opinion secondé par les sociétés secrètes, et voeu unanime de se réunir à la Russie contre la France. -- Immense popularité de l'empereur Alexandre. -- Premières impressions du roi de Prusse, et son empressement à désavouer le général d'York. -- Son embarras entre les engagements contractés envers la France et la contrainte qu'exerce sur lui l'opinion publique de l'Allemagne. -- Il se retire en Silésie, et prend une sorte de position intermédiaire, d'où il propose certaines conditions à Napoléon. -- Contre-coup produit à Vienne par le mouvement général des esprits. -- Situation de l'empereur François qui a marié sa fille à Napoléon, et de M. de Metternich qui a conseillé ce mariage. -- Leur crainte de s'être trompés en adoptant trop tard la politique d'alliance avec la France. -- Désir de modifier cette politique, et de s'entremettre entre la France et la Russie, afin d'amener la paix, et de profiter des circonstances pour rétablir l'indépendance de l'Allemagne. -- Sages conseils de l'empereur François et de M. de Metternich à Napoléon, et offre de la médiation autrichienne. -- Comment Napoléon reçoit ces nouvelles arrivant coup sur coup à Paris. -- Il donne un nouveau développement à ses plans pour la reconstitution des forces de la France. -- Emploi des cohortes. -- Levée de cinq cent mille hommes. -- Napoléon convoque un conseil d'affaires étrangères pour lui soumettre ces mesures, et le consulter sur l'attitude à prendre à l'égard de l'Europe. -- Sans repousser la paix, Napoléon veut en parler, en laisser parler, mais ne la conclure qu'après des victoires qui lui rendent la situation qu'il a perdue. -- Diversité des opinions qui se produisent autour de lui. -- La majorité se prononce pour de grands armements, et en même temps pour de promptes négociations par l'entremise de l'Autriche. -- Napoléon, à qui il convient de négocier pendant qu'il se prépare à combattre, accepte la médiation de l'Autriche, mais en indiquant des bases de pacification qui ne sont pas de nature à lui concilier cette puissance. -- Réponse peu encourageante adressée à la Prusse. -- Immense activité administrative déployée pendant ces négociations. -- État de l'opinion publique en France. -- On déplore les fautes de Napoléon, mais on est d'avis de faire un grand et dernier effort pour repousser l'ennemi, et de conclure ensuite la paix. -- Aux levées ordonnées se joignent des dons volontaires. -- Emploi que fait Napoléon des 500 mille hommes mis à sa disposition. -- Réorganisation des corps de l'ancienne armée sous les maréchaux Davout et Victor. -- Création, au moyen des cohortes et des régiments provisoires, de quatre corps nouveaux, un sur l'Elbe, sous le général Lauriston, deux sur le Rhin, sous les maréchaux Ney et Marmont, un en Italie, sous le général Bertrand. -- Réorganisation de l'artillerie et de la cavalerie. -- Moyens financiers imaginés pour suffire à ces vastes armements. -- Napoléon, tandis qu'il s'occupe de ces préparatifs, veut faire quelque chose pour ramener les esprits, et songe à terminer ses démêlés avec le Pape. -- Translation du Pape de Savone à Fontainebleau. -- Napoléon y envoie les cardinaux de Bayane et Maury, l'archevêque de Tours et l'évêque de Nantes, pour préparer Pie VII à une transaction. -- Le Pape déjà d'accord avec Napoléon sur l'institution canonique, est disposé à accepter un établissement à Avignon, pourvu qu'on ne le force pas à résider à Paris. -- Lorsqu'on est près de s'entendre, Napoléon se transporte à Fontainebleau, et par l'ascendant de sa présence et de ses entretiens décide le Pape à signer le Concordat de Fontainebleau, qui consacre l'abandon de la puissance temporelle du Saint-Siége. -- Fêtes à Fontainebleau. -- Grâces prodiguées au clergé. -- Rappel des cardinaux exilés. -- Les cardinaux revenus auprès du Pape lui inspirent le regret de ce qu'il a fait, et le disposent à ne pas exécuter le Concordat de Fontainebleau. -- Napoléon feint de ne pas s'en apercevoir. -- Content de ce qu'il a obtenu, il convoque le Corps législatif, et lui annonce ses résolutions. -- Marche des événements en Allemagne. -- Enthousiasme croissant des Allemands. -- Le roi de Prusse, dominé par ses sujets, se montre fort irrité des refus de Napoléon, et s'éloigne de plus en plus de notre alliance. -- Les Russes, quoique partagés sur la convenance militaire d'une nouvelle marche en avant, s'y décident par le désir d'entraîner le roi de Prusse. -- Ils s'avancent sur l'Oder, et obligent le prince Eugène à évacuer successivement Posen et Berlin. -- Nouveau mouvement rétrograde des armées françaises, et leur établissement définitif sur la ligne de l'Elbe. -- Le roi de Prusse séparé des Français, et entouré des Russes, se livre à ceux-ci, et rompt son alliance avec la France. -- Traité de Kalisch. -- Arrivée d'Alexandre à Breslau, et son entrevue avec Frédéric-Guillaume. -- Effet produit en Allemagne par la défection de la Prusse. -- Insurrection de Hambourg. -- Demi-défection de la cour de Saxe, et retraite de cette cour à Ratisbonne. -- Influence de ces nouvelles à Vienne. -- Le peuple autrichien fort ému commence lui-même à demander la guerre contre la France. -- La cour d'Autriche, ferme dans sa résolution de rétablir sa situation et celle de l'Allemagne sans s'exposer à la guerre, s'efforce de résister à l'entraînement des esprits, et d'amener la France à une transaction. -- Conseils de M. de Metternich. -- Napoléon, peu troublé par ces événements, profite de l'occasion pour demander de nouvelles levées. -- Sa manière de répondre aux vues de l'Autriche. -- Ne tenant aucun compte des désirs de cette puissance, il lui propose de détruire la Prusse et d'en prendre les dépouilles. -- Choix de M. de Narbonne pour remplacer à Vienne M. Otto, et y faire goûter la politique de Napoléon. -- Napoléon avant de quitter Paris se décide à confier la régence à Marie-Louise, et à lui déléguer le gouvernement intérieur de la France. -- Ses entretiens avec l'archichancelier Cambacérès sur ce sujet, et ses pensées sur sa famille et l'avenir de son fils. -- Cérémonie solennelle dans laquelle il investit Marie-Louise du titre de régente. -- Avant de partir il a le temps de voir le prince de Schwarzenberg, dont il écoute à peine les communications. -- Confiance dont il est plein. -- Chagrin de l'Impératrice. -- Départ pour l'armée.

[Date en marge: Déc. 1812.]

[En marge: Voyage clandestin de Napoléon de Smorgoni à Paris.]

[En marge: Il s'arrête quelques heures à Varsovie et à Dresde.]

[En marge: Secrète entrevue avec le roi de Saxe.]

[En marge: Lettre écrite de Dresde à l'empereur François.]